Tribunal judiciaire, ppp pÔle circuit court, 19 juin 2026 — n° 25/04344
Synthèse de la décision
Question juridique
Quelles sont les conditions de résiliation d'un bail pour défaut de paiement des loyers selon la loi du 6 juillet 1989 ?
Principe retenu
En vertu de l'article 24 de la loi du 6 juillet 1989, la résiliation de plein droit d'un bail pour défaut de paiement ne peut être effective qu'après un commandement de payer resté infructueux pendant un délai de deux mois. Si le locataire s'acquitte de sa dette dans ce délai, la clause résolutoire est suspendue.
Faits clés
- Le bail a été conclu pour une durée d'un an avec un loyer mensuel de 393,40 euros.
- Le bailleur a délivré un commandement de payer pour une somme de 3829,97 euros.
- Madame [F] [A] a été assignée pour résiliation du bail et expulsion.
- Le montant actualisé de la créance est de 1384,37 euros.
- Madame [F] [A] propose de régler sa dette par mensualités de 50 euros.
Articles cités
article 7 de la loi du 06 juillet 1989
article 24 de la loi du 06 juillet 1989
Exposé du litige
EXPOSE DU LITIGE
Suivant acte sous seing privé du 28 avril 2017, l'EPIC [Localité 1] [Localité 2] HABITAT, ci après le bailleur, a donné à bail à Madame [F] [A], pour une durée de 1an, un local à usage d'habitation sis [Adresse 4] moyennant un loyer mensuel initial de 393,40 euros, outre provision sur charges.
Par acte de commissaire de justice du 21 juin 2025 visant la clause résolutoire insérée dans le bail, le bailleur a fait délivrer à Madame [F] [A] un commandement de payer la somme de 3829,97 euros.
***
Par acte de commissaire de justice du 22 août 2025, le bailleur a fait assigner Madame [F] [A] afin de voir :
constater ou à défaut prononcer la résiliation du bail liant les parties et ordonner l'expulsion de Madame [F] [A] ,condamner Madame [F] [A] à lui payer :la somme de 4433,20 euros selon état de créance arrêté au 13 mars 2026, avec actualisation le jour des débats,une indemnité d’occupation mensuelle égale au montant du loyer et des charges jusqu’à libération effective des locaux,la somme de 400 euros sur le fondement de l'article 700 du Code de procédure civile,ordonner l'exécution provisoire de la décision,condamner Madame [F] [A] aux dépens.
Lors des débats, le bailleur actualise sa demande en paiement à un montant de 1384,37 euros pour loyers, charges et indemnités d'occupation selon état de créance arrêté au 12 mars 2026 et maintient ses autres demandes.
Madame [F] [A] s'oppose à la résiliation du bail et offre de s'acquitter de sa dette par mensualités de 50 euros en exposant qu’elle a une aide FSL de 800 euros qui lui a été accordée.
La présente décision est susceptible d'appel, par conséquent, il sera statué par jugement contradictoire.
L'affaire est mise en délibéré à ce jour.
Motivations de la décision
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SUR QUOI,
LE JUGE DES CONTENTIEUX DE LA PROTECTION,
- Sur la dette locative
Selon l'article 7 de la loi du 06 juillet 1989, le locataire est obligé de payer le loyer et les charges récupérables aux termes convenus.
En application de ces dispositions légales et en l’absence de contestation de Madame [F] [A] , le bailleur est fondé en sa demande en paiement de la somme de 1384,37 euros correspondant aux loyers et charges impayés jusqu’au mois de février 2026 inclus selon état de créance en date du 12 mars 2026.
- Sur la résiliation du bail
En application de l'article 24 de la loi du 06 juillet 1989 dans sa version applicable au cas d'espèce, le bail ayant été conclu avant l'entrée en vigueur de la loi 27 juillet 2023 visant à protéger les logements contre l'occupation illicite dite loi Kasbarian, toute clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ne produit effet que deux mois après un commandement de payer demeuré infructueux. Ce délai de deux mois est justement repris dans le commandement de payer les loyers et les charges qui a été notifié par le bailleur au locataire.
Le bailleur a régulièrement suivi la procédure imposée par l’article 24 précité et a , dans les délais impartis par la loi, notifié sa demande au Représentant de l'Etat et signalé à l'organisme payeur des aides au logement la situation d'impayés dans les conditions réglementaires.
En exécution de la clause résolutoire insérée dans le contrat de location, le bailleur est, en conséquence, en droit de se prévaloir de la résiliation du bail à la date du 22 août 2025 après avoir fait délivrer au locataire le commandement susmentionné demeuré infructueux.
- Sur les délais de paiement
Selon l'article 24V de la loi du 6 juillet 1989 modifié par la loi Kasbarian du 27 juillet 2023, le juge peut, à la demande du locataire, du bailleur ou d'office, à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu'il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l'audience, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années, par dérogation au délai prévu au premier alinéa de l'article 1343-5 du code civil, au locataire en situation de régler sa dette locative. Le quatrième alinéa de l'article 1343-5 du code civil s'applique lorsque la décision du juge est prise sur le fondement du présent alinéa.
Il convient en conséquence de lui accorder des délais de paiement comme il sera dit au dispositif de la présente décision.
Par application de l'article 24VII de la loi du 6 juillet 1989, lorsque le juge est saisi en ce sens par le bailleur ou le locataire et à la condition que celui-ci ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l'audience, les effets de la clause de résiliation de plein droit peuvent être suspendus pendant le cours des délais accordés par le juge dans les conditions prévue au V et VI et présent article.
En l'espèce il convient de suspendre les effets de la clause résolutoire pendant le cours des délais.
En revanche, en cas d’inobservation des délais de paiement ou de défaut de règlement du loyer courant, le bailleur pourra se prévaloir de la résiliation du bail et le locataire sera redevable d'une indemnité d'occupation égale au montant du loyer et des charges qui auraient été exigibles en cas de continuation de la location.
- Sur les autres demandes
L'équité ne conduit pas à faire application de l'article 700 du Code de procédure civile.
Aucune circonstance particulière de l'affaire n'impose d'écarter l'exécution provisoire de droit en application de l'article 514 du Code de procédure civile.
Conformément aux dispositions de l'article 696 du Code de procédure civile, Madame [F] [A] doit supporter les dépens qui comprendront le coût du commandement de payer.
Dispositif
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PAR CES MOTIFS,
Le juge des contentieux de la protection,
statuant publiquement par jugement contradictoire, en premier ressort et mis à disposition au greffe,
Condamne Madame [F] [A] à payer à l'EPIC [Localité 1] [Localité 2] HABITAT la somme de 1384,37 euros (mille trois cent quatre vingt quatre euros et trente sept centimes) correspondant au montant des loyers et charges dus jusqu'au mois de février 2026 inclus selon état de créance du 12 mars 2026,
Constate qu'est encourue la résiliation du bail consenti par l'EPIC [Localité 1] [Localité 2] HABITAT à Madame [F] [A] sur les locaux à usage d'habitation sis [Adresse 4] par application de la clause de résiliation de plein droit,
Autorise Madame [F] [A] à s'acquitter de sa dette locative par mensualités de 30 euros, la première mensualité étant exigible au plus tard le 15 du mois suivant celui de la signification du jugement, les échéances ultérieures au plus tard le 15 de chaque mois suivant et la 36ème correspondant au solde de la dette,
Dit que pendant les délais ainsi accordés les effets de la clause de résiliation de plein droit sont suspendus ; que, si Madame [F] [A] règle sa dette conformément aux délais accordés et s'acquitte du loyer courant pendant le cours de ces délais, la clause de résiliation de plein droit sera réputée ne pas avoir joué et le bail se poursuivra,
En revanche, si Madame [F] [A] ne règle pas sa dette conformément aux délais accordés ou ne paie pas le loyer courant pendant le cours de ces délais,
Dit que la clause résolutoire reprendra son plein effet et que le bail sera résilié à compter du 1er mars 2026, huit jours après l'envoi d'une lettre recommandée de mise en demeure restée infructueuse,Ordonne la libération des lieux et, à défaut, l'expulsion de Madame [F] [A] tant de sa personne que de ses biens, ainsi que celle de tous occupants de son chef, au besoin avec l’assistance de la force publique, deux mois après signification d’un commandement de quitter les lieux,Condamne Madame [F] [A] à payer à l'EPIC [Localité 1] [Localité 2] HABITAT, à compter de la date de résiliation jusqu’à libération effective des lieux, une indemnité d'occupation égale au montant du loyer et des charges qui auraient été dus en l’absence de cessation du bail,
Dit en outre qu’en cas de défaut de règlement d’une mensualité huit jours après une mise en demeure restée infructueuse, le bailleur pourra réclamer l’intégralité de la dette locative restant due,
Dit n'y avoir lieu à application de l'article 700 du Code de procédure civile,
Rappelle que la présente décision est exécutoire de plein droit ;
Rejette le surplus des demandes de l'EPIC [Localité 1] [Localité 2] HABITAT,
Condamne Madame [F] [A] aux dépens qui comprendront le coût du commandement de payer du 21 juin 2025,
Ainsi jugé et prononcé par mise à disposition les jour, mois et an susdits
par le Président et le Greffier susnommés.
Le Greffier Le Président
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un commandement de payer ?
Un commandement de payer est un acte juridique par lequel le bailleur demande au locataire de régler une somme due, généralement en cas de loyers impayés.
Quels sont les délais pour la résiliation d'un bail en cas de non-paiement ?
La résiliation d'un bail pour non-paiement ne peut intervenir qu'après un commandement de payer resté infructueux pendant deux mois.
Que se passe-t-il si le locataire paie sa dette pendant le délai de deux mois ?
Si le locataire règle sa dette dans le délai de deux mois, la clause résolutoire est suspendue et le bail se poursuit.
Quels sont les droits d'un locataire en difficulté financière ?
Un locataire en difficulté peut demander des aides, comme le FSL, et proposer un échelonnement de sa dette au bailleur.
Comment se calcule l'indemnité d'occupation en cas d'expulsion ?
L'indemnité d'occupation est généralement égale au montant du loyer et des charges dus jusqu'à la libération effective des lieux.
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