Tribunal judiciaire, service des référés, 18 juin 2026 — n° 26/52783
Synthèse de la décision
Question juridique
Quelles sont les conditions d'application d'une clause résolutoire dans un contrat de bail commercial ?
Principe retenu
Le juge des référés peut constater la résiliation de plein droit d'un contrat de bail commercial en application d'une clause résolutoire lorsque celle-ci est mise en œuvre régulièrement et en l'absence de contestation sérieuse. Le maintien de l'occupant dans les lieux sans droit ni titre constitue un trouble manifestement illicite.
Faits clés
- La société SAS DELSEB a assigné la société SARL PETIT ANGE en référé pour expulsion.
- Un commandement de payer a été délivré le 16 février 2026 pour un arriéré locatif.
- La clause résolutoire du bail commercial a été acquise le 16 mars 2026.
- La société SARL PETIT ANGE n'a pas restitué les locaux à la date prévue.
- Une indemnité d'occupation a été fixée au montant du loyer augmenté des charges.
Articles cités
article 835 du code de procédure civile
article L. 145-41 du code de commerce
Exposé du litige
TRIBUNAL
JUDICIAIRE
DE [Localité 1]
■
N° RG 26/52783 - N° Portalis 352J-W-B7K-DCHZ3
N° : 12
Assignation du :
03 Avril 2026
[1]
[1] 1 copie exécutoire
délivrée le:
ORDONNANCE DE RÉFÉRÉ
rendue le 18 juin 2026
par David CHRIQUI, Juge au Tribunal judiciaire de Paris, agissant par délégation du Président du Tribunal,
Assisté de Estelle FRANTZ, Greffier.
DEMANDERESSE
Société DELSEB, société par actions simplifiée
[Adresse 1]
[Localité 2]
représentée par Maître Ghislaine CHAUVET LECA, avocat au barreau de PARIS - #C1525 (avocat postulant), et Maître Emilie CAMBOURNAC, avocat au barreau de BORDEAUX - 321 (avocat plaidant)
DEFENDERESSE
Société PETIT ANGE
[Adresse 2]
[Localité 3]
non représentée
DÉBATS
A l’audience du 15 Mai 2026, tenue publiquement, présidée par David CHRIQUI, Juge, assisté de Estelle FRANTZ, Greffier,
Par actes de commissaire de justice en date du 3 avril 2026, la société SAS DELSEB a assigné en référé devant le président du tribunal judiciaire de PARIS la société SARL PETIT ANGE afin notamment de la voir expulser des locaux commerciaux qu'elle exploite au [Adresse 3] à PARIS.
L'affaire a été appelée à l'audience du 15 mai 2026.
A cette audience, la société SAS DELSEB maintient et soutient oralement les termes de son acte introductif d'instance, en sorte qu'elle sollicite du juge des référés de voir :
- expulser la société SARL PETIT ANGE,
- l'autoriser à faire séquestrer les meubles,
- condamner la société SARL PETIT ANGE à lui payer la somme de 39.423,78 euros au titre de l'arriéré locatif dû à l'issue du 1er trimestre de l'année 2026 ainsi qu'aux intérêts légaux à compter du commandement de payer du 16 février 2026,
- condamner la société SARL PETIT ANGE à une indemnité d'occupation équivalente au loyer contractuel majoré de 10%,
- ordonner la conservation du dépôt de garantie à son bénéfice,
- condamner la société SARL PETIT ANGE aux dépens qui comprendront le coût du commandement de payer, de l'assignation, de sa dénonciation aux créanciers inscrits, de la levée du KBIS et de l'état d'endettement ainsi que de la signification à intervenir,
- condamner la société SARL PETIT ANGE à lui payer la somme de 2.500 euros en application des dispositions de l'article 700 du code de procédure civile.
La société OSCARBNB n'est ni présente ni représentée.
Vu les dispositions des articles 446-1 et 455 du code de procédure civile,
Motivations de la décision
SUR CE :
Sur la demande de constat de l'acquisition de la clause résolutoire du bail et d'expulsion du preneur au titre du bail commercial
Aux termes de l'article 835 du code de procédure civile, le président du tribunal judiciaire peut toujours, même en présence d'une contestation sérieuse, prescrire en référé les mesures conservatoires ou de remise en état qui s'imposent, soit pour prévenir un dommage imminent, soit pour faire cesser un trouble manifestement illicite ; dans les cas où l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable, il peut accorder une provision au créancier ou ordonner l'exécution de l'obligation même s'il s'agit d'une obligation de faire.
En application de ce texte, il entre dans les pouvoirs du juge des référés, même en l'absence d'urgence, de constater la résiliation de plein droit d'un contrat de bail en application d'une clause résolutoire lorsque celle-ci est mise en œuvre régulièrement, en l'absence de toute contestation sérieuse de la validité de cette clause, et, par suite, d'ordonner l'expulsion de l'occupant, dont l'obligation de libérer les lieux n'est pas sérieusement contestable. En outre, le maintien de l'occupant dans les lieux sans droit ni titre par suite du constat de la résiliation du bail constitue un trouble manifestement illicite qu'il appartient au juge des référés de faire cesser.
Aux termes de l'article L. 145-41 du code de commerce, toute clause insérée dans le bail prévoyant la résiliation de plein droit ne produit effet qu'un mois après un commandement demeuré infructueux. Le commandement doit, à peine de nullité, mentionner ce délai.
En l'espèce, le bail commercial liant les parties, lequel est soumis au statut des baux commerciaux, contient une clause résolutoire au visa de laquelle un commandement de payer a été délivré à la société locataire le 16 février 2026 à hauteur de la somme de 39.423,78 euros en principal, au titre de l'arriéré locatif dû à cette date.
Il résulte du relevé de compte général de la société locataire ouvert dans les livres comptables de la société bailleresse et versé aux débats que la société locataire ne s'est pas acquittée des causes du commandement dans le délai d'un mois qui lui était imparti.
Il convient donc de constater que les conditions d'acquisition de la clause résolutoire sont réunies à la date du 16 mars 2026 à 24h00.
Les conditions de l'expulsion et le sort des éventuels meubles seront définis aux termes du dispositif de l'ordonnance.
L'expulsion sera ordonnée, sans délai, à compter de la signification de l'ordonnance.
Quant à l'indemnité d'occupation due à la bailleresse à compter du 17 mars 2026 et jusqu'à la libération effective des lieux par la remise des clés, elle sera fixée à titre provisionnel au montant du loyer augmenté des charges et taxes, tel qu'il résulterait de la poursuite du bail.
Toute demande plus ample formée à ce titre sera, en conséquence, rejetée. En effet, la clause du bail prévoyant une majoration de l'indemnité d'occupation due s'analyse en une clause pénale, laquelle est par nature susceptible de modération par le seul juge du fond.
Sur la demande de provision
Aux termes de l'article 835, alinéa 2, du code de procédure civile, le président du tribunal judiciaire, dans les cas où l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable, peut accorder une provision au créancier ou ordonner l'exécution de l'obligation même s'il s'agit d'une obligation de faire.
Selon l'article 1728 du code civil, le paiement du prix du bail aux termes convenus constitue l'une des deux obligations principales du locataire.
En l'espèce, il résulte des pièces produites que le montant dû à l'issue du 1er trimestre de l'année 2026, et ce, au titre de l'arriéré de loyers, charges, taxes et accessoires au titre du bail s'élève à la somme de 39.423,78 euros.
Cette somme sera assortie des intérêts au taux légal à compter du commandement de payer valant mise en demeure au sens des dispositions de l'article 1231-6 du code civil.
Enfin, et s'agissant de la conservation du dépôt de garantie, la clause prévoyant sa conservation au bénéfice du bailleur en cas de résiliation fautive en raison des manquements du preneur à bail s'analyse en une clause pénale, laquelle est par nature susceptible de modération par le seul juge du fond.
La demande formée en ce sens sera, en conséquence, et à ce stade rejetée.
Sur les frais et dépens
La défenderesse, partie perdante, sera tenue aux dépens de l'instance en application de l'article 696 du code de procédure civile.
Dès lors qu'il n'appartient pas à la juridiction saisie de lister les sommes faisant partie des dépens au sens des dispositions de l'article 695 du code de procédure civile, toute demande formée en ce sens sera rejetée.
Partie tenue aux dépens, la société SARL PETIT ANGE sera condamnée à payer la somme de 2.500 euros à la société SAS DELSEB au titre des frais irrépétibles.
PAR CES MOTIFS
Statuant publiquement, par mise à disposition au greffe, par décision réputée contradictoire et en premier ressort,
Dispositif
Constatons que les conditions d'acquisition de la clause résolutoire stipulée au contrat de bail commercial liant les parties sont réunies depuis le 16 mars 2026 à 24h00 et la résiliation de plein droit dudit bail;
Disons qu'à défaut de restitution volontaire des locaux situés au [Adresse 3] à [Localité 1], la société SARL PETIT ANGE pourra être expulsée, ainsi que tous occupants de son chef, avec, le cas échéant, le concours d'un serrurier et de la force publique ;
Disons que le sort des meubles se trouvant dans les lieux loués sera régi conformément aux articles L. 433-1 et suivants et R. 433-1 et suivants du code des procédures civiles d'exécution ;
Condamnons la société SARL PETIT ANGE à payer à la société SAS DELSEB une indemnité d'occupation fixée à titre provisionnel au montant du loyer augmenté des charges et taxes (indexation comprise), tel qu'il résulterait de la poursuite du bail, à compter du 17 mars 2026 et jusqu'à la libération effective des lieux par la remise des clés ;
Condamnons la société SARL PETIT ANGE à payer à la société SAS DELSEB la somme provisionnelle de 39.423,78 euros avec intérêts au taux légal à compter du 16 février 2026, date du commandement de payer, au titre de l'arriéré locatif, des charges, taxes, accessoires et indemnités d'occupation dus à la date du 31 mars 2026 (1ère échéance trimestrielle de l'année 2026 incluse) ;
Rejetons le surplus des demandes de la société SAS DELSEB ;
Condamnons la société SARL PETIT ANGE aux dépens ;
Condamnons la société SARL PETIT ANGE à payer à la société SAS DELSEB la somme de 2.500 euros sur le fondement des dispositions de l'article 700 du code de procédure civile ;
Rappelons que la présente ordonnance bénéficie de plein droit de l'exécution provisoire.
Fait à [Localité 1] le 18 juin 2026
Le Greffier, Le Président,
Estelle FRANTZ David CHRIQUI
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une clause résolutoire ?
Une clause résolutoire est une disposition dans un contrat de bail qui permet de mettre fin au contrat automatiquement en cas de non-respect des obligations par l'une des parties.
Comment se passe une expulsion pour non-paiement de loyer ?
L'expulsion se fait généralement après un jugement qui constate la résiliation du bail et ordonne l'expulsion du locataire, souvent avec l'assistance des forces de l'ordre si nécessaire.
Quels sont les droits du bailleur en cas de loyers impayés ?
Le bailleur a le droit de demander l'expulsion du locataire, de réclamer les loyers dus ainsi que des indemnités d'occupation pour la période où le locataire reste dans les lieux après la résiliation du bail.
Quelles sont les conséquences d'une résiliation de bail commercial ?
La résiliation entraîne la perte du droit d'occupation des locaux par le locataire et peut donner lieu à des demandes d'indemnités pour le bailleur, notamment pour loyers impayés et frais d'expulsion.
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