Tribunal judiciaire, service des référés, 19 juin 2026 — n° 26/52204
Synthèse de la décision
Question juridique
Quelles sont les conditions et conséquences de la résiliation d'un bail commercial en cas de non-paiement des loyers ?
Principe retenu
Le président du tribunal judiciaire peut ordonner en référé la résiliation d'un bail commercial et l'expulsion du locataire en cas de non-paiement des loyers, même en présence d'une contestation sérieuse. La clause résolutoire insérée dans le bail permet de constater la résiliation de droit en cas de manquement aux obligations de paiement.
Faits clés
- Renouvellement du bail commercial pour une durée de 3,6,9 années à compter du 1er janvier 2016.
- Cession du fonds de commerce de la société JM Mode à la société La Gazelle de Pikine.
- Assignation en référé pour constater l'acquisition de la clause résolutoire et obtenir l'expulsion.
- Montant des loyers impayés s'élevant à 13.296,50 euros.
- Indemnité d'occupation provisionnelle fixée à 1.312,73 euros.
Articles cités
article 834 du code de procédure civile
article 835 du code de procédure civile
article L. 145-41 du Code de commerce
Exposé du litige
TRIBUNAL
JUDICIAIRE
DE [Localité 1]
■
N° RG 26/52204 - N° Portalis 352J-W-B7K-DCJXP
N° : 4
Assignation du :
12 Mars 2026
[1]
[1] 1 Copie exécutoire
délivrée le:
ORDONNANCE DE RÉFÉRÉ
rendue le 19 juin 2026
par Maïté FAURY, Première vice-présidente adjointe au Tribunal judiciaire de Paris, agissant par délégation du Président du Tribunal,
Assistée de Carine DIDIER, Greffière.
DEMANDEURS
Monsieur [J] [X] [G]
[Adresse 1]
[Localité 2]
Madame [D] [X] [G]
[Adresse 2]
[Localité 2]
représentés par Maître Ronite COHEN, avocat au barreau de PARIS - #D0946
DEFENDERESSE
La S.A.R.L. LA GAZELLE DE PIKINE
siège social :
[Adresse 3]
[Localité 3]
lieux loués:
[Adresse 4]
[Localité 3]
non constituée
DÉBATS
A l’audience du 22 Mai 2026, tenue publiquement, présidée par Maïté FAURY, Première vice-présidente adjointe, assistée de Carine DIDIER, Greffière,
Suivant acte sous seing privé en date du 6 mai 2016, Monsieur [J] [W] et Madame [D] [W] ont consenti à la société JM Mode un renouvellement du bail commercial portant sur le local sis [Adresse 5], pour une durée de 3,6, 9 années à compter du 1er janvier 2016, moyennant un loyer annuel de 12.500 euros, payable par quart et d’avance.
Par acte sous seing privé du 30 novembre 2016, la société JM Mode a cédé son fonds de commerce à la société La Gazelle de Pikine.
Par acte de commissaire de justice en date du 12 mars 2026, Monsieur [J] [X] [G] et Madame [D] [W] ont assigné la société La Gazelle de Pikine en référé devant le président du tribunal judiciaire de Paris aux fins de constater l’acquisition de la clause résolutoire insérée au bail liant les parties et d’obtenir:
- l’expulsion de la société La Gazelle de Pikine ainsi que celle de tous occupants de son chef des lieux loués, si besoin avec le concours de la force publique et d’un serrurier ;
- la condamnation de la société La Gazelle de Pikine à payer à la requérante à titre provisionnel, la somme de 13.296,50 euros correspondant au montant des loyers, charges, taxes et indemnités d’occupation demeurés impayés outre les intérêts à compter du 4 février 2026 ;
- la condamnation de la société La Gazelle de Pikine au paiement, à titre provisionnel, d’une indemnité d’occupation d’un montant de 1.312,73 euros ;
- la condamnation de la société La Gazelle de Pikine au paiement de la somme de 3.000 euros sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile outre les entiers dépens.
Lors de l'audience du 22 mai 2026, Monsieur [J] [X] [G] et Madame [D] [W], maintiennent oralement leurs demandes.
La société La Gazelle de Pikine, régulièrement assignée, ne s’est pas constituée.
A l’issue des débats, la décision a été mise en délibéré au 19 juin 2026.
Conformément à l’article 446-1 du code de procédure civile, pour plus ample informé de l’exposé et des prétentions, il est renvoyé à l'assignation introductive d’instance et aux écritures déposées et développées oralement à l’audience.
Motivations de la décision
MOTIFS
1/ Sur les demandes principales
L’article 834 du Code de procédure civile dispose que, dans tous les cas d'urgence, le président du tribunal judiciaire peut ordonner en référé toutes les mesures qui ne se heurtent à aucune contestation sérieuse ou que justifie l'existence d'un différend.
La juridiction des référés n'est toutefois pas tenue de caractériser l'urgence, au sens de l'article 834 du code de procédure civile, pour constater l'acquisition de la clause résolutoire et la résiliation de droit d'un bail.
Aux termes de l’article 835, alinéa 1er du Code de procédure civile, le président peut toujours, même en présence d'une contestation sérieuse, prescrire en référé les mesures conservatoires ou de remise en état qui s'imposent, soit pour prévenir un dommage imminent, soit pour faire cesser un trouble manifestement illicite.
L’article L. 145-41 du Code de commerce dispose que toute clause insérée dans le bail prévoyant la résiliation de plein droit ne produit effet qu'un mois après un commandement demeuré infructueux. Le commandement doit, à peine de nullité, mentionner ce délai.
Selon jurisprudence constante le juge des référés peut constater la résiliation de plein droit du bail au titre d’une clause contenue à l’acte à cet effet, à condition que :
- le défaut de paiement de la somme réclamée dans le commandement de payer visant la clause résolutoire soit manifestement fautif,
- le bailleur soit, de toute évidence, en situation d'invoquer de bonne foi la mise en jeu de cette clause,
- la clause résolutoire soit dénuée d'ambiguïté et ne nécessite pas interprétation ; en effet, la clause résolutoire d'un bail doit s'interpréter strictement.
En l’espèce, la soumission du bail au statut des baux commerciaux ne donne lieu à aucune discussion.
Aux termes du contrat de renouvellement de bail commercial, le bail sera résilié de plein droit à défaut de paiement d’un seul terme de loyer, comme de tout complément de loyer ou d’arriéré de loyer, de dépôt de garantie ou de charges, et un mois après une mise en demeure ou un commandement de payer demeuré sans effet.
Par acte de commissaire de justice du 4 février 2026, Monsieur [J] [X] [G] et Madame [D] [X] [G] ont fait délivrer au preneur un commandement visant la clause résolutoire insérée au bail et reproduisant les dispositions de l’article L 145-41 du code de commerce. Ce commandement de payer est régulier et détaille le montant de la créance. Il est établi que les causes du commandement de payer n’ont pas été réglées dans le mois de sa délivrance.
Il y a lieu en conséquence de constater l’acquisition de la clause résolutoire et la résiliation du bail avec toutes conséquences de droit. L’expulsion du preneur et de tout occupant de son chef sera ordonnée en cas de non restitution volontaire des lieux dans les 15 jours de la signification de la présente ordonnance.
Le sort des meubles trouvés dans les lieux sera régi en cas d’expulsion conformément aux dispositions du code des procédures civiles d’exécution et selon les modalités précisées au dispositif de l’ordonnance.
Il résulte du décompte locatif produit que l’obligation du preneur au titre des loyers, charges, taxes, accessoires et indemnités d’occupation dus à Monsieur [J] [X] [G] et Madame [D] [X] [G] n’est pas sérieusement contestable à hauteur de 13.296,50 euros au terme du 1er trimestre 2026. Aucune actualisation ne sera retenue en l’absence de la défenderesse à l’audience.
Il convient donc de condamner la société La Gazelle de Pikine à payer aux demandeurs à titre provisionnel la somme de 13.296,50 euros au demandeur avec intérêts au taux légal courant à compter du 4 février 2026.
L’indemnité d’occupation mensuelle due jusqu’à la libération effective des lieux par la remise des clés, est fixée à titre provisionnel au montant du loyer contractuel, outre les charges, taxes et accessoires soir 1 312,73 euros et la défenderesse sera condamnée à payer cette indemnité d’immobilisation jusqu’à la libération effective des lieux.
2/ Sur les autres demandes
Conformément aux dispositions de l’article 696 du Code de procédure civile, la société La Gazelle de Pikine qui succombe supportera le poids des dépens.
Il est équitable de condamner la société La Gazelle de Pikine au paiementà Monsieur [J] [X] [G] et Madame [D] [X] [G] de la somme de 2.000 euros sur le fondement de l’article 700 du Code de procédure civile.
L’exécution provisoire est de droit.
PAR CES MOTIFS,
Statuant par mise à disposition au greffe, par ordonnance réputée contradictoire et en premier ressort,
Constatons l’acquisition de la clause résolutoire insérée au bail à la date du 4 mars 2026;
Dispositif
Ordonnons, à défaut de restitution volontaire des lieux dans les quinze jours de la signification de la présente ordonnance, l’expulsion de la société La Gazelle de Pikine et de tout occupant de son chef des lieux situés [Adresse 5], avec le concours, en tant que de besoin, de la force publique;
Disons, en cas de besoin, que les meubles se trouvant sur les lieux seront remis aux frais de la personne expulsée dans un lieu désignée par elle et qu’à défaut, ils seront laissés sur place ou entreposés en un autre lieu approprié et décrits avec précision par l’huissier chargé de l’exécution, avec sommation à la personne expulsée d’avoir à les retirer dans le délai d’un mois non renouvelable à compter de la signification de l’acte, à l’expiration duquel il sera procédé à leur mise en vente aux enchères publiques, sur autorisation du juge de l’exécution, ce conformément à ce que prévoient les articles L. 433-1 et suivants et R. 433-1 et suivants du code des procédures civiles d’exécution ;
Condamnons la société La Gazelle de Pikine à payer à Monsieur [J] [W] et Madame [D] [X] [G] la somme provisionnelle de 13.296,50 euros (treize mille deux cent quatre vingt seize euros cinquante centimes) au titre des loyers, charges, accessoires et indemnités d’occupation impayés selon décompte arrêté au terme du 1er trimestre 2026 inclus, avec intérêts au taux légal à compter du 4 février 2026;
Fixons à titre provisionnel l’indemnité d’occupation mensuelle due par la société La Gazelle de Pikine à compter du 1er avril 2026 et jusqu’à la libération effective des lieux par la remise des clés, à une somme égale au montant du loyer contractuel, outre charges et accessoires, normalement exigibles soit 1.312,73 euros (mille trois cent douze euros soixante treize centimes) et la condamnons au paiement de cette indemnité;
Condamnons la société La Gazelle de Pikine aux dépens, qui comprendront notamment le coût du commandement de payer du 4 février 2026;
Condamnons la société La Gazelle de Pikine à payer à Monsieur [J] [X] [G] et Madame [D] [X] [G] la somme de 2.000 euros (deux mille euros) sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile ;
Rappelons que la présente décision est exécutoire à titre provisoire ;
Fait à [Localité 1] le 19 juin 2026
La Greffière, La Présidente,
Carine DIDIER Maïté FAURY
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une clause résolutoire dans un bail commercial ?
Une clause résolutoire permet de mettre fin au contrat de bail en cas de non-respect des obligations, comme le non-paiement des loyers.
Comment se passe une procédure d'expulsion ?
La procédure d'expulsion commence par une assignation en référé, suivie d'une décision du tribunal qui peut ordonner l'expulsion du locataire.
Quels sont les droits des bailleurs en cas de loyers impayés ?
Les bailleurs peuvent demander la résiliation du bail, l'expulsion du locataire et le paiement des loyers dus par voie judiciaire.
Quelles sont les conséquences d'un non-paiement de loyer ?
Le non-paiement de loyer peut entraîner la résiliation du bail et l'expulsion du locataire, ainsi que des demandes de paiement des sommes dues.
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