Tribunal judiciaire, jcp referes inf 10.000€, 16 juin 2026 — n° 26/00139
Synthèse de la décision
Question juridique
Quelles sont les conditions et conséquences de la résiliation d'un bail pour non-paiement des loyers ?
Principe retenu
La résiliation d'un bail pour non-paiement des loyers est automatique si un commandement de payer a été signifié et que le locataire ne s'est pas acquitté de sa dette. En cas de non-comparution du locataire, le juge peut statuer sur le fond et ordonner l'expulsion.
Faits clés
- Bail signé le 27 janvier 2021 pour un loyer de 451€ plus charges.
- Arriéré locatif de 1369,40€ signalé par commandement de payer.
- Commandement de payer signifié le 12 décembre 2025.
- Résiliation du bail constatée le 12 février 2026.
- Monsieur [P] [G] n'a pas comparu à l'audience du 5 mai 2026.
Articles cités
article 472 du Code de procédure civile
article 700 du Code de procédure civile
articles L433-1 et L433-2 du Code des procédures civiles d'exécution
Exposé du litige
RAPPEL DES FAITS
Par contrat en date du 27 janvier 2021 , Monsieur [R] [Y] et Madame [T] [X] ont donné à bail à Monsieur [P] [G] un bien à usage d’habitation sis [Adresse 7] à [Localité 7] pour un loyer initial mensuel de 451€, outre 57,93€ de provision sur charges.
Des loyers étant demeurés impayés, Monsieur [R] [Y] et Madame [T] [X] , selon acte de commissaire de justice en date du 12 décembre 2025 ont fait signifier à Monsieur [P] [G] un commandement de payer et de justifier d’une assurance visant la clause résolutoire, pour un arriéré locatif d'un montant de 1369,40 €.
Ce commandement de payer a été dénoncé à la CCAPEX le 16 décembre 2025 .
Par acte de commissaire de justice en date du 4 mars 2026 , auquel il est référé pour un plus ample exposé des faits, moyens et prétentions, Monsieur [R] [Y] et Madame [T] [X] ont assigné Monsieur [P] [G] devant le Juge des contentieux de la protection de [Localité 1] statuant en référé aux fins de voir :
*constater la résiliation de plein droit du bail intervenue le 12 février 2026 et en conséquence, voir ordonner l'expulsion de Monsieur [P] [G] ainsi que celle de tout occupant de son chef, si besoin est, avec le concours de la force publique et d’un serrurier ;
*condamner à titre provisionnel Monsieur [P] [G] au paiement de la somme de 1221,77 euros à valoir sur l'arriéré des loyers et des charges impayés arrêtés au 12 février 2026, en outre au paiement d'une indemnité d'occupation mensuelle égale au montant du loyer et des charges, soit la somme de 589,36€, jusqu'à la libération définitive des lieux, ainsi que de la somme de 620€ au titre de l'article 700 du Code de procédure civile, outre les entiers dépens de l’instance .
Aucun diagnostic social et financier n’a été reçu au greffe avant l’audience.
A l’audience du 5 mai 2026 , Monsieur [R] [Y] et Madame [T] [X], non comparants en personne mais représentés par leur avocat, maintiennent l’intégralité de leurs demandes et actualisent la dette due à hauteur de 679,87€, somme arrêtée au 1er mai 2026.
Bien que régulièrement cité par acte de commissaire de justice déposé à étude selon les modalités de l’article 658 du Code de procédure civile, Monsieur [P] [G] n’a pas comparu ni personne pour lui.
L'affaire a été mise en délibéré au 16 juin 2026 pour y être rendue la présente décision par mise à disposition au greffe.
Motivations de la décision
MOTIFS DE LA DÉCISION
Aux termes de l'article 472 du Code de procédure civile, si le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond. Le juge ne fait toutefois droit à la demande que dans la mesure où il l'estime régulière, recevable et bien fondée.
Sur la recevabilité de la saisine en référé
L’article 834 du Code de procédure civile dispose que dans tous les cas d’urgence, le juge des contentieux de la protection, dans les limites de sa compétence, peut ordonner en référé toutes les mesures qui ne se heurtent à aucune contestation sérieuse ou que justifie l’existence d’un différend.
L’article suivant précise qu’il peut toujours, même en présence d’une contestation sérieuse, prescrire en référé les mesures conservatoires ou de remise en état qui s’imposent, soit pour prévenir un dommage imminent, soit pour faire cesser un trouble manifestement illicite. Dans les cas où l’existence d’une obligation n’est pas sérieusement contestable, le juge des contentieux de la protection peut accorder une provision au créancier ou ordonner l’exécution de l’obligation même s’il s’agit d’une obligation de faire.
En l’espèce, l’occupation sans droit ni titre d’un immeuble, qui peut résulter du constat de la résiliation du bail du fait d’impayés, constitue un trouble manifestement illicite que le juge des référés se doit de faire cesser si elle est avérée.
L’action en référé est donc recevable.
Sur la demande de constat de la résiliation du bail et ses conséquences
1°) Sur la recevabilité de l'action :
Une copie de l'assignation a été notifiée à la préfecture de l'Hérault par mail reçu le 6 mars 2026 soit plus de six semaines avant l'audience, conformément aux dispositions de l'article 24 III de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989.
En conséquence, l'action diligentée par Monsieur [R] [Y] et Madame [T] [X] apparaît recevable.
2°) Sur l'acquisition des effets de la clause résolutoire :
L'article 24 issu de la loi n°2023-668 du 27 juillet 2023 applicable au 29 juillet 2023, modifiant la loi n°89-462 du 6 juillet 1989, d’application immédiate pour les contrats en cours, dispose que toute clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie ne produit effet que six semaines après un commandement de payer demeuré infructueux.
Toutefois, conformément à l'avis rendu par la Cour de cassation le 13 juin 2024, ces dispositions n'ont pas pour effet de modifier les délais figurant dans les clauses contractuelles des baux en cours au jour de l'entrée en vigueur de la loi.
Ainsi, elles n'ont vocation à s'appliquer qu'aux contrats conclus postérieurement à la loi du 27 juillet 2023 ainsi qu'à ceux conclus antérieurement dont la clause résolutoire ne préciserait aucun délai.
En l'espèce, le bail conclu le 27 janvier 2021 contient une clause résolutoire prévoyant un délai de deux mois et un commandement de payer visant cette clause a été signifié le 12 décembre 2025 pour la somme en principal de 1369,40€.
Conformément au décompte produit, ce commandement est demeuré infructueux pendant plus de deux mois , de sorte qu’il y a lieu de constater que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire contenue dans le bail étaient réunies à la date du 13 février 2026.
3°) Sur la condamnation au paiement de l'arriéré locatif :
Le paiement des loyers et charges aux termes convenus dans le contrat est une obligation essentielle du locataire, résultant tant des dispositions contractuelles du bail signé entre les parties que de l'article 07, a) de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989.
Monsieur [R] [Y] et Madame [T] [X] produisent un décompte démontrant que Monsieur [P] [G] reste leur devoir, déduction faite des frais de poursuite , la somme de 679,87€ à la date du 1er mai 2026 .
Monsieur [P] [G] , non comparant , n’apporte par définition aucun élément de nature à opposer une contestation tant sur le principe que sur le montant de la dette.
En conséquence, Monsieur [P] [G] sera condamné à titre provisionnel au paiement de la somme de 679,87€ au titre de l’arriéré des loyers, charges et indemnités d'occupation éventuelles.
4°) Sur les délais de paiement :
L’article 24 V de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989 précitée dispose que le juge peut, même d’office, accorder des délais de paiement au locataire à la condition qu'il soit en situation de régler sa dette locative et qu'il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l'audience, dans la limite de trois années. Pendant le cours des délais ainsi accordés, les effets de la clause de résiliation de plein droit peuvent être suspendus. Si le locataire se libère dans le délai et selon les modalités fixées par le juge, la clause de résiliation de plein droit est réputée ne pas avoir joué ; dans le cas contraire, elle reprend son plein effet.
En l’espèce, il apparaît que le versement des loyers a repris. Nonobstant , le tribunal ne dispose d’aucune information concernant la solvabilité de Monsieur [P] [G] , de sorte qu’il est impossible de savoir s’il est en situation de régler sa dette.
Il n’est donc pas possible de lui accorder des délais de paiement.
5°) Sur les conséquences de l’acquisition de la clause résolutoire
Devenu occupant sans droit ni titre à compter de la date de résiliation du bail, Monsieur [P] [G] ne pourra qu’être expulsé selon les modalités prévues au dispositif de la présente ordonnance.
Conformément à l'article L.433-1 du Code des procédures civiles d'exécution, les meubles se trouvant dans les lieux seront remis aux frais des personnes expulsées en un lieu qu'elles désigneront. À défaut, ils seront entreposés en un autre lieu approprié et décrit avec précision par le commissaire de justice chargé de l'exécution après sommation à la personne expulsée d'avoir à les retirer dans le délai imparti.
Monsieur [P] [G] sera enfin condamné au paiement d'une indemnité mensuelle d’occupation pour la période courant du 13 février 2026 à la date de la libération effective et définitive des lieux. Cette indemnité sera fixée au montant du loyer et des charges tel qu'il aurait été si le contrat s'était poursuivi, ce afin de réparer le préjudice découlant pour Monsieur [R] [Y] et Madame [T] [X] de l'occupation indue de leur bien et de leur impossibilité de le relouer.
Sur les dépens
L’article 491 du Code de procédure civile dispose que le juge des référés statue sur les dépens. Il le fait conformément aux dispositions de l’article 696 du Code de procédure civile, selon lesquelles la partie perdante est condamnée aux dépens, à moins que le juge, par décision motivée, n'en mette la totalité ou une fraction à la charge d'une autre partie.
Monsieur [P] [G] , partie perdante , sera donc condamné aux entiers dépens de la présente instance.
Sur les frais irrépétibles
Aux termes de l’article 700 du Code de procédure civile, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou qui perd son procès à payer à l’autre partie la somme qu’il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans tous les cas, le juge tient compte de l’équité ou de la situation économique de la partie condamnée.
Dispositif
ORDONNONS, en conséquence, à Monsieur [P] [G] de libérer les lieux et de restituer les clés dans le délai de quinze jours à compter de la signification de la présente ordonnance ;
DISONS qu’à défaut pour Monsieur [P] [G] d’avoir volontairement libéré les lieux et restitué les clés dans ce délai, Monsieur [R] [Y] et Madame [T] [X] pourront, deux mois après la signification d’un commandement de quitter les lieux, faire procéder à son expulsion ainsi qu’à celle de tous occupants de son chef, y compris le cas échéant avec le concours d’un serrurier et de la force publique ;
DISONS que les meubles et objets mobiliers se trouvant sur place donneront lieu à l'application des dispositions des articles L433-1 et L433-2 du Code des procédures civiles d'exécution ;
CONDAMNONS à titre provisionnel Monsieur [P] [G] à payer à Monsieur [R] [Y] et Madame [T] [X] une indemnité mensuelle d’occupation à compter du 13 février 2026 , jusqu’à la date de la libération définitive des lieux et la restitution des clés ;
FIXONS cette indemnité mensuelle d'occupation au montant du loyer et des charges, calculés tels que si le contrat s'était poursuivi , soit 589,36 euros ;
CONDAMNONS à titre provisionnel Monsieur [P] [G] à verser à Monsieur [R] [Y] et Madame [T] [X] la somme de 679,87€ arrêtée à la date du 1er mai 2026 au titre des loyers dus ;
CONDAMNONS Monsieur [P] [G] aux entiers dépens de l’instance ;
DISONS que s’il devait être exposés des dépens pour l’exécution de la décision, ils seraient à la charge de Monsieur [P] [G] ;
CONDAMNONS Monsieur [P] [G] à verser à Monsieur [R] [Y] et Madame [T] [X] la somme de 300€ sur le fondement de l'article 700 du Code de procédure civile ;
RAPPELONS que la présente ordonnance est de plein droit exécutoire à titre provisoire.
Ainsi jugé et prononcé par mise à disposition de la décision au greffe du tribunal, le 16 juin 2026, les parties en ayant été préalablement avisées dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l’article 450 du Code de procédure civile.
La greffière , Le juge des référés,
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un commandement de payer ?
C'est un acte juridique signifié au locataire pour lui ordonner de régler ses loyers impayés, sous peine de résiliation du bail.
Quels sont les droits d'un bailleur en cas de loyers impayés ?
Le bailleur peut demander la résiliation du bail et l'expulsion du locataire, ainsi que le paiement des arriérés de loyers.
Que se passe-t-il si le locataire ne se présente pas au tribunal ?
Le juge peut statuer sur le fond de l'affaire même en l'absence du locataire, ce qui peut entraîner une décision d'expulsion.
Comment se calcule l'indemnité d'occupation en cas d'expulsion ?
L'indemnité d'occupation est généralement fixée au montant du loyer et des charges, calculée comme si le contrat de bail était toujours en vigueur.
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