Tribunal judiciaire, ppep référés jcp, 15 juin 2026 — n° 25/02318
Synthèse de la décision
Question juridique
Quelles sont les conséquences de la résiliation d'un bail pour défaut de paiement des loyers ?
Principe retenu
La résiliation d'un bail d'habitation pour défaut de paiement des loyers entraîne la perte du titre d'occupation du locataire et permet l'expulsion de celui-ci. La clause résolutoire inscrite dans le contrat de bail s'applique automatiquement en cas de non-respect des modalités de paiement.
Faits clés
- Contrat de bail signé le 12 septembre 2024 entre Madame [L] [K] et Monsieur [N] [I].
- Montant du loyer mensuel fixé à 462 € avec provision sur charges.
- Commandement de payer signifié le 26 mars 2025 pour un arriéré locatif de 1 389,15 €.
- Résiliation du bail déclarée effective le 9 mai 2025 en raison du non-paiement des loyers.
- Monsieur [N] [I] considéré comme occupant sans droit ni titre depuis la résiliation.
Articles cités
article 24 de la loi du 6 juillet 1989
article 7g de la loi du 6 juillet 1989
article L. 412-1 du Code des procédures civiles d’exécution
article L. 433-1 du Code des procédures civiles d’exécution
article R 433-3 du Code des procédures civiles d’exécution
Exposé du litige
EXPOSE DU LITIGE
Suivant contrat en date du 12 septembre 2024, Madame [L] [K] a donné à bail à Monsieur [N] [I] un logement sis [Adresse 6] à [Localité 4] en contrepartie du paiement d'un loyer mensuel initial de 462 € provision sur charges incluse.
Le 26 mars 2025, Madame [L] [K] a fait signifier à Monsieur [N] [I] un commandement visant la clause résolutoire de payer un arriéré locatif d’un montant de 1 389,15 €.
Selon exploit de commissaire de justice délivré le 30 juillet 2025, Madame [L] [K] a fait citer Monsieur [N] [I] devant le Juge des contentieux de la protection du présent Tribunal statuant en référé aux fins de voir :
-constater la résolution de plein droit du contrat de location par l'effet de la clause résolutoire inscrite dans le bail,
-constater que Monsieur [N] [I] est occupant sans droit ni titre à compter de l'application de la clause résolutoire,
Par voie de conséquence,
-ordonner l'expulsion des lieux loués de Monsieur [N] [I] ainsi que celle de tous occupants de leur chef, avec si nécessaire, l'assistance de la force publique,
-condamner Monsieur [N] [I] à payer les sommes suivantes :
-1 813,15 euros à titre de provision, correspondant aux loyers, charges et indemnités d'occupation échue au 3 juillet 2025, somme qui sera réévaluée au jour de l'audience, sauf règlements postérieurs à la présente assignation ;
-Une indemnité d'occupation d'un montant égal à celui fixé par le bail précité et suivant les conditions de charge et de ré indexation de ce dernier jusqu'à son départ effectif des lieux ;
-800 € au titre de l'article 700 du code de procédure civile ;
-condamner Monsieur [N] [I] aux entiers dépens de l'instance, y compris ceux du commandement de payer visant la clause résolutoire.
Au visa des dispositions des articles 24 et 7g de la loi du 6 juillet 1989, la partie demanderesse expose avoir été contrainte de faire délivrer à Monsieur [N] [I] un commandement de payer visant la clause résolutoire pour défaut de règlement des loyers et des charges, et dont les causes n’ont pas été régularisées dans le délai légal.
A titre subsidiaire, elle demande à voir prononcer la résiliation du bail en raison des manquements du locataire à son obligation de payer les loyers et les charges à échéance.
L’affaire a été évoquée à l'audience du 17 mars 2026 puis renvoyée à la demande des parties pour affiner les demandes en raison du plan de surendettement et d’effacement de la dette. L’affaire a été retenue à l’audience du 28 avril 2026. Madame [L] [K], par la voix de son conseil, a fait reprendre ses conclusions d'assignation en modifiant la demande de la créance à la somme de 935,97 euros.
Monsieur [N] [I] explique avoir repris le paiement des loyers et sollicite de rester dans le logement. Il indique percevoir la somme mensuelle de 1 400 euros au titre de sa retraite.
La décision étant susceptible d'appel, il y a lieu de statuer par ordonnance contradictoire en application de l'article 467 du Code de procédure civile.
La partie comparante a été avisée lors de la clôture des débats de la date à laquelle la décision serait rendue par mise à disposition au greffe conformément aux dispositions de l’article 450 du code de procédure civile.
L’affaire a été mise à délibéré au 15 juin 2026.
Motivations de la décision
MOTIFS DE LA DÉCISION
Sur la recevabilité
Aux termes de l’article 24 III de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989 modifiée, sous peine d’irrecevabilité, la demande aux fins de résiliation de bail pour dette locative doit être notifiée au représentant de l’État dans le département au moins deux mois avant l’audience.
De même, son paragraphe II prévoit qu'à compter du 1er janvier 2015, les bailleurs personnes morales autres qu'une SCI constituées exclusivement entre parents et alliées jusqu'au 4ème degré inclus ne peuvent faire délivrer une assignation aux fins de constat de résiliation avant l'expiration d'un délai de deux mois suivant la saisine de la CCAPEX, étant précisé que cette saisine est réputée être constituée lorsque persiste une situation d’impayés, préalablement signalée à l’organisme payeur des aides au logement.
En l’espèce, le bailleur justifie de l’accomplissement de cette formalité dans les délais impartis, la demande en résiliation de bail ayant été notifiée à la préfecture du Haut-Rhin par voie électronique le 31 juillet 2025, soit plus de six semaines avant l’audience. De même, il justifie de la saisine par voie électronique de la CCAPEX le 27 mars 2025.
La partie demanderesse est donc recevable en sa demande de constat de résiliation du contrat de bail.
Sur la demande principale
L’article 834 du code de procédure civile permet au juge des contentieux de la protection, dans tous les cas d'urgence, et dans les limites de sa compétence, d’ordonner en référé toutes les mesures qui ne se heurtent à aucune contestation sérieuse ou que justifie l'existence d'un différend.
Aux termes de l’article 835 alinéa 2 du Code de procédure civile, le juge des contentieux de la protection statuant en référé, peut accorder une provision au créancier qui justifie détenir une créance ne souffrant pas de contestation sérieuse.
En vertu de l’article 1353 du Code civil, celui qui réclame l’exécution d’une obligation doit la prouver; réciproquement, celui qui se prétend libéré doit justifier le paiement ou le fait qui a produit l’extinction de son obligation. De même, ainsi qu’il est expressément prévu à l’article 9 du Code de procédure civile, il incombe à chaque partie de prouver conformément à la loi les faits nécessaires au succès de sa prétention.
Le paiement des loyers et charges aux termes convenus dans le bail est une obligation essentielle du locataire, ce qui résulte tant du bail signé entre les parties le 12 septembre 2024 qui prévoit une clause résolutoire à défaut de respect de ces obligations que des articles 1103 et 1728 du Code civil et de l’article 7 a de la loi du 6 juillet 1989.
L’article 24 I de la loi du 6 juillet 1989 précise que toute clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de bail pour inexécution de cette obligation essentielle produit effet six semaines après un commandement de payer demeuré infructueux
Or, il résulte des pièces produites que des loyers et charges n'ayant pas été réglés, un commandement de payer a été délivré le 26 mars 2025 à Monsieur [N] [I] pour paiement d'une somme principale de 1 389,15 euros au titre de l'arriéré locatif.
Il ressort du décompte du 31 décembre 2025 produit que les causes du commandement n'ont pas été réglées dans les deux mois de sa délivrance de telle sorte que les conditions de résiliation du bail étaient réunies de plein droit dès l’expiration de ce délai de six semaines.
Ainsi, il convient de constater que la clause résolutoire est acquise depuis le 9 mai 2025
Selon le dernier décompte versé contradictoirement aux débats et non contesté, arrêté au 24 avril 2026, la somme en débit s'élève à 935,97 euros. Monsieur [N] [I] ne conteste pas la réalité de la somme due à l’audience.
Il y a donc lieu de condamner Monsieur [N] [I] à payer à Madame [L] [K] une provision de 935,97 euros, au titre des loyers et charges impayés, et des indemnités d’occupation, arrêtés au 24 avril 2026.
Cette somme produira intérêts au taux légal à de la présente ordonnance conformément aux dispositions de l’article 1231-6 du Code civil.
Sur les délais de paiement et la suspension de la clause résolutoire
L'article 24 de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989, dans sa version applicable au jour de l'audience telle que modifiée par l'entrée en vigueur de la loi du 27 juillet 2023, dispose que "Le juge peut, à la demande du locataire, du bailleur ou d'office, à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu'il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l'audience, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années, par dérogation au délai prévu au premier alinéa de l'article 1343-5 du code civil, au locataire en situation de régler sa dette locative. Le quatrième alinéa de l'article 1343-5 s'applique lorsque la décision du juge est prise sur le fondement du présent alinéa. Le juge peut d'office vérifier tout élément constitutif de la dette locative et le respect de l'obligation prévue au premier alinéa de l'article 6 de la présente loi. Il invite les parties à lui produire tous éléments relatifs à l'existence d'une procédure de traitement du surendettement au sens du livre VII du code de la consommation.
(...) Lorsque le juge est saisi en ce sens par le bailleur ou par le locataire, et à la condition que celui-ci ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l'audience, les effets de la clause de résiliation de plein droit peuvent être suspendus pendant le cours des délais accordés par le juge dans les conditions prévues aux V et VI du présent article. Cette suspension prend fin dès le premier impayé ou dès lors que le locataire ne se libère pas de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixées par le juge. Ces délais et les modalités de paiement accordés ne peuvent affecter l'exécution du contrat de location et notamment suspendre le paiement du loyer et des charges.
Si le locataire se libère de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixés par le juge, la clause de résiliation de plein droit est réputée ne pas avoir joué. Dans le cas contraire, elle reprend son plein effet.".
Compte tenu de la reprise du paiement du loyer courant depuis des mois, de l’engagement de Monsieur [N] [I] à l’audience à apurer la dette locative, il convient de l’autoriser à se libérer du montant de la dette selon les modalités qui seront rappelées au dispositif.
Dispositif
ORDONNONS qu'à défaut pour Monsieur [N] [I] d'avoir libéré le [Adresse 6] à [Localité 4] deux mois après la signification du commandement d'avoir à quitter les lieux conformément aux dispositions de l’article L. 412-1 du Code des procédures civiles d’exécution, il sera procédé à son expulsion et à celle de tous occupants de son chef, avec le concours de la force publique ;
DISONS n’y avoir lieu à réduction ni suppression de ce délai de deux mois ;
RAPPELONS que les meubles trouvés dans les lieux seront traités conformément aux dispositions de l’article L. 433-1 du Code des procédures civiles d’exécution et aux nouvelles dispositions de l’article R 433-3 du Code des procédures civiles d’exécution ;
FIXONS l’indemnité d’occupation provisionnelle mensuelle due par Monsieur [N] [I] à une somme équivalente au montant du loyer et de la provision sur charges, soit la somme de 462 euros qui auraient été dus si le bail n’avait pas été résilié, indexation comprise;
CONDAMNONS Monsieur [N] [I] à payer à Madame [L] [K] cette indemnité d’occupation provisionnelle mensuelle à compter du mois de mai 2026 et ce, jusqu’au départ effectif des lieux de tout bien, de toute personne ;
CONDAMNONS Monsieur [N] [I] aux dépens y compris le coût de l’assignation et du commandement de payer;
DEBOUTONS Madame [L] [K] de sa demande formée au titre de l’article 700 du Code de procédure civile ;
DÉBOUTONS Madame [L] [K] du surplus de ses prétentions ;
RAPPELONS le caractère exécutoire de plein droit de la présente décision.
Le Greffier, Le Président,
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une clause résolutoire ?
Une clause résolutoire est une disposition dans un contrat de bail qui permet de mettre fin au contrat automatiquement en cas de non-respect des obligations, comme le paiement des loyers.
Comment se passe une expulsion ?
L'expulsion se fait par voie judiciaire, après une décision de justice, et peut nécessiter l'assistance de la force publique si le locataire refuse de quitter les lieux.
Quels sont mes droits si je ne peux pas payer mon loyer ?
Vous pouvez demander un délai de paiement ou envisager un plan de surendettement, mais cela ne suspend pas automatiquement les obligations de paiement.
Que faire si je reçois un commandement de payer ?
Il est conseillé de réagir rapidement, soit en payant les sommes dues, soit en contestant le commandement devant le tribunal compétent.
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