Tribunal judiciaire, jcp, 19 juin 2026 — n° 26/00417
Synthèse de la décision
Question juridique
Quelles sont les conditions de résiliation d'un bail et d'expulsion d'un locataire en cas de loyers impayés ?
Principe retenu
La résiliation d'un bail pour loyers impayés nécessite le respect de certaines formalités, notamment la notification d'une mise en demeure. En cas de non-paiement, la clause résolutoire peut être réactivée après un délai de mise en demeure.
Faits clés
- Contrat de bail signé le 2 décembre 2020 pour un loyer de 248,29 euros.
- La société NOV'HABITAT a assigné le locataire pour loyers impayés s'élevant à 1.739,77 euros.
- Le locataire n'a pas comparu ni fourni de pièces à l'audience.
- Un diagnostic social et financier a été réalisé avant l'audience.
- La demande d'expulsion a été faite conformément aux articles de la loi sur les expulsions locatives.
Articles cités
article 472 du code de procédure civile
article 24 II de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989
article 24 III de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989
Exposé du litige
RAPPEL DES FAITS
Par contrat du 2 décembre 2020, la société d’H.L.M. CHALONS-EN-CHAMPAGNE HABITAT a donné à bail à Monsieur [O] [J] un bien immobilier à usage d’habitation situé [Adresse 3] (logement 0055) à [Localité 4], pour un loyer mensuel de 248,29 euros, outre les provisions mensuelles sur charges.
Se plaignant que des loyers demeuraient impayés, la société d’H.L.M. NOV’HABITAT venant aux droits de la société d’H.L.M. CHALONS-EN-CHAMPAGNE HABITAT a fait assigner Monsieur [O] [J] devant le juge des contentieux de la protection du Tribunal judiciaire de Châlons-en-Champagne par acte de commissaire de justice du 07 janvier 2026 pour obtenir la résiliation du bail, l’expulsion et la condamnation au paiement de l’arriéré locatif.
L'affaire a été appelée et retenue à l'audience du 31 mars 2026.
A l’audience, la société d’H.L.M. NOV’HABITAT sollicite le bénéfice de son acte introductif d’instance auquel il convient de se référer pour un plus ample exposé des prétentions et des moyens. La société bailleresse indique que la dette s’élève désormais à 1.739,77 euros. Elle indique qu’un plan a été mis en place avec le locataire.
Convoqué par acte de commissaire de justice signifié le 07 janvier 2026 à étude Monsieur [J] ne comparait pas, n’est pas représenté, et ne fait parvenir aucune pièce.
Un diagnostic social et financier le concernant a été reçu au Greffe avant l’audience. Il a été donné lecture de ses conclusions.
A l’issue des débats, l’affaire a été mise en délibéré au 19 juin 2026 par mise à disposition au greffe de la juridiction.
Motivations de la décision
MOTIVATION DE LA DECISION
L’article 472 du code de procédure civile dispose que si le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond. Le juge ne fait droit à la demande que dans la mesure où il l'estime régulière, recevable et bien fondée.
La présente décision étant susceptible d’appel, il y a lieu de statuer selon jugement réputé contradictoire.
A titre liminaire, le tribunal rappelle qu'il n'est pas tenu de statuer sur la demande tendant à faire rappeler que l’exécution provisoire est de droit, celle-ci ne constituant pas une prétention au sens de l’article 4 du code de procédure civile.
Sur la demande de constat d’acquisition de la clause résolutoire
Sur la recevabilité de l'action
La société d’H.L.M. NOV’HABITAT justifie avoir saisi la Commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives par la voie électronique le 03 juin 2025, soit deux mois au moins avant la délivrance de l’assignation du 07 janvier 2026, conformément aux dispositions de l’article 24 II de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989.
Une copie de l’assignation a été notifiée à la Préfecture de la Marne par la voie électronique le 08 janvier 2026, soit plus de six semaines avant l’audience du 31 mars 2026, conformément aux dispositions de l’article 24 III de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989 dans sa version applicable au présent litige.
L’action est donc recevable.
Sur l'acquisition des effets de la clause résolutoire
Selon l’article 7 de la loi du 6 juillet 1989, l’une des obligations essentielles du locataire est le paiement du loyer et des charges récupérables aux termes convenus. En cas de manquement à cette obligation, le locataire engage sa responsabilité dans les termes des articles 1217 du code civil.
Plus précisément, l’article 24 I de la loi du 6 juillet 1989 prévoit dans sa version applicable aux contrats de baux d’habitation conclus avant le 29 juillet 2023, que toute clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie ne produit effet que deux mois après un commandement de payer demeuré infructueux.
En l’espèce, le bail conclu le 02 décembre 2020 contient une clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat en cas de défaut de paiement à l'issue d'un délai de deux mois après un commandement de payer demeuré infructueux, et un commandement de payer visant cette clause a été signifié le 2 juin 2025, pour la somme en principal de 2.055,91 euros, stipulant expressément d’avoir à régler cette somme dans un délai de deux mois.
Ce commandement est demeuré infructueux pendant plus de deux mois, de sorte qu’il y a lieu de constater que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire contenue dans le bail étaient réunies à la date du 3 août 2025.
Sur les demandes de condamnation au paiement de la dette locative et de délais de paiement suspensifs de la clause résolutoire
En application de l'article 24 V de la loi du 06 juillet 1989, le juge peut, à la demande du locataire, du bailleur ou d'office, à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu’il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années, au locataire en situation de régler sa dette locative.
Les délais de paiement ordonnés peuvent suspendre l’effet de la clause résolutoire pendant le cours des délais accordés conformément au VII dudit article.
La société d’H.L.M. NOV’HABITAT produit un décompte des loyers, charges et indemnités d’occupation impayés actualisé arrêté au 25 mars 2026 démontrant que Monsieur [O] [J] à lui devoir la somme de 1.739,77 euros après déduction faite des frais de procédure.
Il ressort de ce décompte que le défendeur a effectué un versement d’une somme de 320 euros le 10 mars 2026 et qu’il a bénéficié d’une mesure de FSL à hauteur de 2.192,82 euros le 11 mars 2026, permettant de diminuer le montant de la dette.
Monsieur [O] [J], absent, n’apporte par principe aucune élément contestant le principe et le montant de la dette.
Il sera condamné au paiement de la somme de 1.739,77 euros avec les intérêts au taux légal à compter de l’assignation et d’accorder des délais de paiement selon les modalités précisées au dispositif.
Il y a en outre lieu de suspendre les effets de la clause résolutoire pendant cette période ce qui signifie que si les échéances sont réglées régulièrement, et la dette réglée dans sa totalité, la clause résolutoire sera réputée n’avoir jamais joué. Par ailleurs, les effets de la clause résolutoire étant suspendus, il n’y a pas lieu de fixer une indemnité d’occupation. Dans ces conditions, la demande formulée à ce titre par la société d’H.L.M. NOV’HABITAT sera rejetée.
Au contraire, en cas de non-paiement d’une échéance courante ou d'une mensualité supplémentaire fixée au dispositif, la clause résolutoire reprendrait sa pleine efficacité et l’intégralité de la dette locative restée impayée serait immédiatement exigible par la société d’H.L.M. NOV’HABITAT. L’expulsion de Monsieur [O] [J] et de tout occupant de son chef serait également autorisée. De même, Monsieur [O] [J] serait tenu au paiement d’une indemnité mensuelle d’occupation égale au montant du loyer et des charges qui aurait été perçu à défaut de résiliation du bail, jusqu’à la libération effective des lieux.
Sur les demandes accessoires
Conformément à l’article 696 du code de procédure civile, Monsieur [O] [J], partie succombante, sera condamné aux dépens/
Il sera condamné à payer à la société d’H.L.M. NOV’HABITAT la somme de 200 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile.
Dispositif
PAR CES MOTIFS
La juge des contentieux de la protection statuant par jugement réputé contradictoire et en premier ressort, par mise à disposition au greffe,
DECLARE recevable l'action de la société d’H.L.M. NOV’HABITAT ;
CONSTATE que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire figurant au bail conclu le 02 décembre 2020 entre la société d’H.L.M. NOV’HABITAT venant aux droits de la société d’H.L.M. CHALONS-EN-CHAMPAGNE HABITAT et Monsieur [O] [J] concernant le bien immobilier à usage d’habitation situé au [Adresse 4]) à [Localité 4], sont réunies à la date du 03 août 2025 ;
CONDAMNE Monsieur [O] [J] à payer à la société d’H.L.M. NOV’HABITAT la somme de 1.739,77 représentant les loyers, charges et éventuelles indemnités d'occupation impayés au 25 mars 2026 échéance incluse avec intérêts au taux légal à compter de l’assignation ;
AUTORISE Monsieur [O] [J] à s’acquitter de cette somme, outre le loyer et les charges courants, en 28 mensualités de 60 euros et une 29ème mensualité qui soldera la dette en principal et intérêts ;
PRECISE que chaque mensualité devra intervenir avant le 10 de chaque mois et pour la première fois le 10 du mois suivant la signification du présent jugement;
DIT que les paiements s'imputeront d'abord sur la dette au titre des loyers et charges, puis sur les intérêts ;
SUSPEND les effets de la clause résolutoire pendant l’exécution des délais accordés ;
DIT que si les délais accordés sont entièrement respectés, la clause résolutoire sera réputée n’avoir jamais été acquise ;
DEBOUTE la société d’H.L.M. NOV’HABITAT de sa demande tendant à fixer une indemnité d’occupation ;
DIT qu’à défaut de paiement du loyer courant et des charges ou d’une seule mensualité à sa date d’échéance l'échelonnement sera caduc, la totalité de la somme restante due deviendra immédiatement exigible, et la clause résolutoire reprendra ses effets, et ce, 15 jours après l’envoi d’une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception restée sans effet ;
En ce cas,
ORDONNE, à défaut de départ volontaire des lieux, l'expulsion de Monsieur [O] [J] ainsi que de tout occupant de son chef, dans un délai de deux mois à compter de la signification d'un commandement d'avoir à libérer les lieux, avec si nécessaire le concours et l’assistance de la force publique conformément aux dispositions des articles L.412-1 et suivants, R.411-1 et suivants, R.412-1 et suivants du code des procédures civiles d’exécution ;
DIT que dans ce cas, le sort des biens meubles trouvés sur les lieux serait régi par les dispositions prévues par les articles L.433-1, L.433-2 et R.433-1 et suivants du code des procédures civiles d'exécution ;
CONDAMNE Monsieur [O] [J] à payer à la société d’H.L.M. NOV’HABITAT une indemnité mensuelle d’occupation égale au montant du loyer et des charges qui auraient été dus en l’absence de résiliation du bail à compter de la résiliation du bail jusqu’à la date de la libération effective et définitive des lieux caractérisée par la remise des clés à la bailleresse ou à son mandataire ;
En toute hypothèse,
CONDAMNE Monsieur [O] [J] aux dépens ;
CONDAMNE Monsieur [O] [J] à payer à la société d’H.L.M. NOV’HABITAT la somme de 200 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile ;
DIT que la présente décision sera notifiée par le Greffe à la Préfecture de la Marne en application de l’article R.412-2 du code des procédures civiles d’exécution ;
Ainsi jugé le jour, mois et an susdits par mise à disposition au greffe.
La Greffière, La Présidente,
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une clause résolutoire ?
Une clause résolutoire est une disposition dans un contrat de bail qui permet au bailleur de résilier le contrat en cas de non-respect des obligations par le locataire, comme le non-paiement des loyers.
Comment se déroule une procédure d'expulsion ?
La procédure d'expulsion commence par une mise en demeure, suivie d'une assignation en justice. Si le locataire ne se présente pas, le tribunal peut ordonner l'expulsion.
Quels sont les droits d'un locataire en difficulté financière ?
Un locataire en difficulté peut demander un plan d'apurement de sa dette locative et bénéficier d'un diagnostic social pour explorer des solutions avant l'expulsion.
Quelles sont les conséquences d'un non-paiement de loyer ?
Le non-paiement de loyer peut entraîner la résiliation du bail, l'expulsion du locataire et des frais supplémentaires liés à l'indemnité d'occupation.
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