Tribunal judiciaire, jcp, 19 juin 2026 — n° 26/00689
Synthèse de la décision
Question juridique
Quelles sont les conditions et conséquences de la résiliation d'un bail pour défaut de paiement des loyers ?
Principe retenu
La résiliation de plein droit d'un contrat de bail d'habitation pour défaut de paiement est prévue par la loi, sous réserve de respecter les procédures de notification et de prévention des expulsions. L'absence de comparution du locataire ne fait pas obstacle à la décision sur le fond.
Faits clés
- Contrat de bail signé le 22 avril 2025 pour un bien immobilier à usage d'habitation.
- Loyer mensuel de 405,04 euros et provision sur charges de 165,71 euros.
- Montant total des arriérés locatifs s'élevant à 4.958,48 euros.
- Assignation du locataire pour résiliation du bail et expulsion le 5 novembre 2025.
- Le locataire ne se présente pas à l'audience et ne fournit aucune pièce justificative.
Articles cités
article 24 II de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989
article 24 III de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989
article 472 du code de procédure civile
Exposé du litige
RAPPEL DES FAITS
Par contrat du 22 avril 2025, la S.A. PLURIAL NOVILIA a donné à bail à Monsieur [F] [Y] un bien immobilier à usage d’habitation situé [Adresse 2] à [Localité 2], pour un loyer mensuel de 405,04 euros, outre 165,71 euros de provision mensuelle sur charges.
Se plaignant que des loyers demeuraient impayés, la S.A. PLURIAL NOVILIA a fait assigner Monsieur [F] [Y] devant le juge des contentieux de la protection du Tribunal judiciaire de Châlons-en-Champagne par acte de commissaire de justice du 5 novembre 2025 pour obtenir la résiliation du bail, l’expulsion et la condamnation au paiement de l’arriéré locatif.
L'affaire a été appelée et retenue à l'audience du 31 mars 2026.
A l’audience, la S.A. PLURIAL NOVILIA sollicite le bénéfice de son acte introductif d’instance auquel il convient de se référer pour un plus ample exposé des prétentions et des moyens. La société bailleresse indique que la dette s’élève désormais à 4.958,48 euros. Elle s'oppose à l'octroi de délais de paiement en l’absence de reprise des paiements du loyer.
Convoqué par acte de commissaire de justice signifié à étude, Monsieur [F] [Y] ne comparait pas, n’est pas représenté, et ne fait parvenir aucune pièce.
Aucun diagnostic social et financier le concernant n'a été reçu au Greffe avant l’audience.
A l’issue des débats, l’affaire a été mise en délibéré au 19 juin 2026 par mise à disposition au greffe de la juridiction.
Motivations de la décision
MOTIVATION DE LA DECISION
A titre liminaire, le tribunal rappelle qu'il n'est pas tenu de statuer sur la demande tendant à faire rappeler que l’exécution provisoire est de droit, celle-ci ne constituant pas une prétention au sens de l’article 4 du code de procédure civile.
Selon l'article 472 du code de procédure civile, si le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond.
Sur la demande de constat d’acquisition de la clause résolutoire
Sur la recevabilité de l'action
La S.A. PLURIAL NOVILIA justifie avoir saisi la Commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives par la voie électronique le 18 juillet 2025, soit deux mois au moins avant la délivrance de l’assignation du 05 novembre 2025, conformément aux dispositions de l’article 24 II de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989.
Une copie de l’assignation a été notifiée à la Préfecture de la Marne par la voie électronique le 06 novembre 2025, soit plus de six semaines avant l’audience du 31 mars 2026, conformément aux dispositions de l’article 24 III de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989 dans sa version applicable au présent litige.
L’action est donc recevable.
Sur l'acquisition des effets de la clause résolutoire
L'article 24 I de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989 dans sa rédaction applicable au présent litige prévoit que « Tout contrat de bail d'habitation contient une clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie. Cette clause ne produit effet que six semaines après un commandement de payer demeuré infructueux. »
Le bail conclu le 22 avril 2025 contient une clause résolutoire et un commandement de payer visant cette clause a été signifié le 16 juillet 2025, pour la somme en principal de 1.629,18 euros.
Ce commandement est demeuré infructueux pendant plus de six semaines, de sorte qu’il y a lieu de constater que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire contenue dans le bail se sont trouvées réunies à la date du 28 août 2025.
En conséquence, Monsieur [F] [Y] est devenu occupant sans droit ni titre à compter de cette date.
Il convient d'ordonner son expulsion ainsi que celle de tous occupants de son chef, selon les modalités fixées au dispositif de la présente décision.
Le sort du mobilier garnissant le logement est prévu par les articles L.433-1 et suivants du code des procédures civiles d'exécution.
Sur l’indemnité d’occupation
Conformément à l’article 1240 du code civil, le maintien dans les lieux postérieurement à la date d’expiration du bail constitue une faute civile ouvrant droit à réparation en ce qu'elle cause un préjudice certain pour le propriétaire dont l'occupation indue de son bien l'a privé de sa jouissance. L'indemnité d'occupation, qui est également de nature compensatoire, constitue une dette de jouissance correspondant à la valeur équitable des locaux.
En l’espèce, Monsieur [F] [Y] est tenu du paiement des charges et des loyers jusqu’à la date de résiliation soit le 28 août 2025. Il se maintient depuis lors dans les lieux ce qui cause nécessairement un préjudice à la S.A. PLURIAL NOVILIA laquelle est privée de la jouissance du bien.
Il convient par conséquent de condamner Monsieur [F] [Y] à payer à la société demanderesse une indemnité d’occupation dont le montant doit être fixé à celui des loyers et charges qui auraient été dus si le bail s'était poursuivi.
Sur la dette locative
Selon l’article 7 de la loi du 6 juillet 1989, l’une des obligations essentielles du locataire est le paiement du loyer et des charges récupérables aux termes convenus.
Pour soutenir sa demande de paiement de la somme de 4.958,48 euros, la société bailleresse produit un décompte arrêté au 17 mars 2026.
L’analyse de ce décompte permet d’établir que le locataire reste à lui devoir cette somme après déduction des frais de poursuite. Il apparaît en outre que la somme demandée comprend non seulement les loyers et charges impayés mais également les indemnités d’occupation dues à compter du 28 août 2025, date de la résiliation du bail.
La dette locative représente donc la somme totale de 4.958,48 euros.
Monsieur [F] [Y], absent, n’apporte par définition aucun élément de nature à contester le principe ni le montant de la dette.
Monsieur [F] [Y] sera donc condamné à payer à la S.A. PLURIAL NOVILIA la somme de 4.958,48 euros avec les intérêts au taux légal à compter du présent jugement.
En équité, la demande formée par la S.A. PLURIAL NOVILIA tendant à la capitalisation des intérêts sera rejetée.
Sur les demandes accessoires
Conformément à l’article 696 du code de procédure civile, Monsieur [F] [Y], partie succombante, sera condamné aux dépens.
Conformément à l’article 700 du code de procédure civile, Monsieur [F] [Y] sera condamné à payer à la S.A. PLURIAL NOVILIA la somme de 200 euros.
Dispositif
PAR CES MOTIFS,
La juge des contentieux de la protection statuant publiquement par jugement réputé contradictoire, en premier ressort, par mise à disposition au greffe,
DECLARE recevable l'action de la S.A. PLURIAL NOVILIA ;
CONSTATE que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire figurant au bail conclu le 22 avril 2025 entre la S.A. PLURIAL NOVILIA et Monsieur [F] [Y] concernant le bien immobilier à usage d’habitation situé au [Adresse 2] à [Localité 2], sont réunies à la date du 28 août 2025 ;
ORDONNE en conséquence à Monsieur [F] [Y] de libérer les lieux et de restituer les clés dès la signification du présent jugement ;
DIT qu’à défaut pour Monsieur [F] [Y] d’avoir volontairement libéré les lieux et restitué les clés, la S.A. PLURIAL NOVILIA pourra, deux mois après la signification d’un commandement de quitter les lieux, faire procéder à son expulsion ainsi qu’à celle de tous occupants de son chef, y compris le cas échéant avec le concours d’un serrurier et de la force publique, et au transport des meubles laissés dans les lieux dans le local qu’il plaira à la demanderesse aux frais et risques de l'expulsé ;
DIT que concernant le sort des meubles, il sera procédé selon les dispositions des articles L. 433-1 et L. 433-2 du code des procédures civiles d’exécution ;
CONDAMNE Monsieur [F] [Y] à payer à la S.A. PLURIAL NOVILIA la somme de 4.958,48 euros représentant les loyers, charges et indemnités d'occupation impayés au 17 mars 2026, échéance de février incluse, avec les intérêts au taux légal à compter du présent jugement ;
DEBOUTE la S.A. PLURIAL NOVILIA de sa demande tendant à la capitalisation des intérêts ;
CONDAMNE Monsieur [F] [Y] à verser à la S.A. PLURIAL NOVILIA une indemnité mensuelle d’occupation d'un montant équivalent à celui du loyer et des charges, tel qu'il aurait été si le contrat s'était poursuivi, à compter du 18 mars 2026 et jusqu’à la date de la libération effective et définitive des lieux, caractérisée par la restitution des clés ;
DEBOUTE la S.A. PLURIAL NOVILIA de ses autres et plus amples demandes ;
CONDAMNE Monsieur [F] [Y] aux dépens ;
CONDAMNE Monsieur [F] [Y] à payer à la S.A. PLURIAL NOVILIA la somme de 200 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile ;
DIT que la présente décision sera notifiée par le Greffe à la Préfecture de la Marne en application de l’article R.412-2 du code des procédures civiles d’exécution ;
Ainsi jugé le jour, mois et an susdits par mise à disposition au greffe.
La Greffière, La Présidente,
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une clause résolutoire dans un bail ?
Une clause résolutoire est une disposition qui permet de résilier le bail automatiquement en cas de défaut de paiement des loyers ou charges.
Quels sont les droits d'un locataire en cas d'impayé ?
Le locataire a le droit d'être informé des procédures d'expulsion et peut contester la résiliation du bail s'il respecte les délais de notification.
Comment se déroule une procédure d'expulsion ?
La procédure d'expulsion commence par une assignation en justice, suivie d'une audience où le juge statue sur la demande d'expulsion.
Quelles sont les obligations du bailleur avant d'expulser un locataire ?
Le bailleur doit notifier le locataire des impayés et respecter les délais de prévention des expulsions, notamment en saisissant les autorités compétentes.
Une question similaire ? Posez-la à Justiweb
Notre IA juridique vous répond avec sources officielles et jurisprudence à jour.
Poser ma question
Important : Cette page présente une décision de justice à titre informatif.
Elle ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour votre situation spécifique,
consultez un avocat ou utilisez l'assistant Justiweb pour explorer vos questions juridiques.