Justiweb – Assistant juridique IA Passez à Justiweb+ Justiweb+ Justiweb
Se connecter Inscription gratuite
← Travaux et urbanisme

Tribunal judiciaire, referes, 19 juin 2026 — n° 26/00292

Désigne un expert ou un autre technicien

Synthèse de la décision

Question juridique

Quelles sont les conditions pour ordonner une expertise judiciaire en cas de malfaçons dans des travaux de construction ?

Principe retenu

Le juge peut ordonner une expertise judiciaire pour évaluer des malfaçons dans des travaux de construction, même en l'absence du défendeur, à condition que la demande soit régulière, recevable et fondée. L'expert doit préciser les désordres, les moyens nécessaires pour y remédier et en chiffrer le coût.

Faits clés

  • Mme [E] a confié des travaux d'isolation à la société JFC RAVALEMENT pour un montant de 17 000 euros.
  • Des malfaçons ont été constatées, notamment des fixations de charnières de volets battants défectueuses et des fissures dans l'enduit.
  • Mme [E] a demandé à l'entreprise de déclarer le sinistre à son assureur et de corriger les malfaçons.
  • Les parties n'ont pas réussi à résoudre le différend à l'amiable.
  • Mme [E] a assigné la SELARL Urbain Associés et la SMA BTP pour ordonner une expertise.

Articles cités

article 145 du code de procédure civile article 472 du code de procédure civile article 473 du code de procédure civile article 455 du code de procédure civile article 446-1 du code de procédure civile article 276 du code de procédure civile article 278 du code de procédure civile article 235 du code de procédure civile

Exposé du litige

EXPOSE DU LITIGE Suivant devis accepté n° 17-0534 en date du 24 mai 2017, Mme [E] a confié à la société JFC RAVALEMENT des travaux d’isolation de la façade et du pignon de son immeuble à usage d’habitation sis [Adresse 4] à [Localité 4] pour le prix TTC de 17 000 euros. Par lettre du 8 mars 2025, Mme [E] a rappelé à l’entreprise JFC RAVALEMENT sa promesse de déclarer le sinistre auprès de son assureur et de reprendre les malfaçons constatées lors de la visite du 14 février 2023 (fixations de charnières des volets battants en bois qui bougent et fissures dans l’enduit). Les parties ne sont pas parvenues à une résolution amiable du différend. Par actes des 21 et 22 avril 2026, Mme [E] a fait assigner la SELARL Urbain Associés en sa qualité de liquidateur de la société JFC Ravalement et la SMA BTP, assureur de la société JFC RAVALEMENT, devant le président du tribunal judiciaire de céans, au visa de l’article 145 du code de procédure civile, aux fins de voir ordonner une expertise dans les termes suivants : Se rendre sur les lieux ;Décrire les désordres ;Préciser les moyens nécessaires d’y remédier et d’en chiffrer le coût et plus précisément dans l’impossibilité pour toute entreprise extérieure d’intervenir sur l’existant, de chiffrer le coût d’une reprise totale de l’isolation.L’affaire a été plaidée à l’audience du 22 mai 2026, au cours de laquelle Mme [N] [E], représentée par son conseil, reprenant oralement les termes de l’assignation, a réitéré ses demandes. En défense, la SMA BTP, représentée par son conseil, a formulé oralement toutes protestations et réserves d’usage. Assignée à personne morale, la SELARL Urbain Associés n’a pas constitué avocat conformément aux exigences de l’article 760 du code de procédure civile. Conformément aux dispositions des articles 455 et 446-1 du code de procédure civile, pour un plus ample exposé des faits, de la procédure et des moyens, il est renvoyé à l'acte introductif d’instance, aux conclusions et aux notes d’audience.

Motivations de la décision

MOTIFS DE LA DECISION Sur l’absence du défendeur En application de l’article 472 du code de procédure civile, si le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond. Le juge ne fait droit à la demande que dans la mesure où il l’estime régulière, recevable et bien fondée. Conformément à l’article 473 du code de de procédure civile, lorsque le défendeur ne comparaît pas, le jugement est rendu par défaut si la décision est en dernier ressort et si la citation n'a pas été délivrée à personne. Le jugement est réputé contradictoire lorsque la décision est susceptible d'appel ou lorsque la citation a été délivrée à la personne du défendeur. La décision sera donc réputée contradictoire à l’encontre du défendeur à charge pour la partie demanderesse de procéder à la signification de l’ordonnance. Sur la demande d’expertise Aux termes de l'article 145 du code de procédure civile, s’il existe un motif légitime de conserver ou d’établir avant tout procès la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution d’un litige, les mesures d’instruction légalement admissibles peuvent être ordonnées à la demande de tout intéressé sur requête ou en référé. L’article 145 suppose l'existence d'un motif légitime, c'est-à-dire un fait crédible et plausible, ne relevant pas de la simple hypothèse, qui présente un lien utile avec un litige potentiel futur dont l'objet et le fondement juridique sont suffisamment déterminés et dont la solution peut dépendre de la mesure d'instruction sollicitée, à condition que cette mesure ne porte pas une atteinte illégitime aux droits d'autrui. Elle doit être pertinente et utile. Ainsi, si le demandeur à la mesure d'instruction n'a pas à démontrer l'existence des faits qu'il invoque puisque cette mesure in futurum est justement destinée à les établir, il doit néanmoins justifier d'éléments rendant crédibles ses suppositions et démontrer que le litige potentiel n'est pas manifestement voué à l'échec. Au cas présent, au soutien de sa demande d’expertise probatoire, Mme [E] produit un rapport d’expertise amiable établi par le cabinet AGPEX le 23 octobre 2025, dont il ressort notamment les éléments suivants : -l’absence d’un volet sur le côté de l’habitation ; -un jeu anormal au niveau des gonds de plusieurs volets ; -l’apparition de fissures au droit de plusieurs angles d’ouvertures, en particulier sur le pignon. Selon M. [M] du cabinet AGPEX, le jeu constaté sur les charnières résulte d’un défaut de fixation, la tige de charnière étant trop courte et ne pénétrant que de quelques centimètres dans la maçonnerie en raison de l’épaisseur de l’isolant. Il relève également que les fissures situées autour des ouvertures sont consécutives à l’absence de trame fibrée de renfort, pourtant indispensable dans ces zones structurellement fragiles. Il résulte des éléments ci-dessus la vraisemblance des désordres allégués et partant l’existence d’un litige potentiel. La partie demanderesse justifie ainsi d’un motif légitime au sens de l’article 145 précité à voir ordonner, avant tout procès au fond, une mesure d’instruction. En conséquence, et sans que la présente décision ne comporte de préjugement quant aux fautes éventuelles, aux responsabilités encourues et aux garanties mobilisables, dont l’appréciation relève du juge du fond, il sera fait droit à la demande d’expertise. La détermination de la mission de l’expert relève de l’appréciation du juge, conformément aux dispositions de l’article 265 du code de procédure civile, et sera précisée au dispositif ci-après. La demanderesse, qui a intérêt à voir les opérations d’expertise se dérouler, sera quant à elle tenue au versement de la consignation à valoir sur la rémunération de l’expert. Sur les frais du procès La partie défenderesse à une demande d’expertise ordonnée sur le fondement de l’article 145 du code de procédure civile ne peut être considérée comme la partie perdante au sens des articles 696 et 700 du même code. A titre provisoire et sauf recours ultérieur au fond, les dépens resteront à la charge de la partie demanderesse.

Dispositif

PAR CES MOTIFS Statuant publiquement, par décision réputée contradictoire, rendue par mise à disposition, en matière de référé et en premier ressort ; Dès à présent, par provision, tous droits et moyens des parties restant expressément réservés quant au fond ; Ordonne une expertise et commet : Mme [L] [T], experte près la cour d'appel de Limoges, [Courriel 1] 0646640268 pour y procéder avec pour mission, après s’être fait communiquer tous documents utiles et les parties et leurs conseils régulièrement convoqués, de: - Visiter l’immeuble situé [Adresse 4] à [Localité 4] et le décrire ; Prendre connaissance de tous documents contractuels et techniques, tels que plans, devis, marchés, factures, polices d’assurance et autres ;Recueillir toutes les informations utiles ;Entendre les parties en leurs explications et observations ainsi que tous sachants ;Examiner les désordres, malfaçons, non façons, non conformités contractuelles allégués dans l’assignation et documents auxquels la partie demanderesse fait référence ; Dire s’ils existent et dans l’affirmative, les décrire, en indiquer la nature, l’importance, la date d’apparition ; Donner tous éléments techniques et de fait sur les causes et origines des désordres et malfaçons et leur imputation permettant à la juridiction éventuellement ultérieurement saisie au fond de se prononcer sur les responsabilités encourues ;Après avoir exposé ses observations sur la nature des travaux propres à remédier aux désordres, et leurs délais d’exécution, chiffrer, à partir des devis fournis par les parties, éventuellement assistées d’un maître d’œuvre, le coût de ces travaux ;Faire toutes observations utiles au règlement du litige ;Dire s’il convient d’appeler aux opérations d’expertise d’autres parties ou de faire compléter sa mission ; - En cas de situation d'urgence compromettant la sécurité des personnes ou la pérennité de l'ouvrage, établir sans délai une note expertale de constatation de cette situation en donnant son avis sur les travaux de nature à sauvegarder les existants et à éviter toute aggravation de leur état, avec une estimation sommaire des travaux de consolidation, à charge pour le maître d'ouvrage de faire exécuter par tout entrepreneur du bâtiment dûment qualifié et régulièrement assuré l'ensemble des travaux nécessaires de confortement ; - Dit qu'après avis ci-dessus de l'expert, la partie requérante est autorisée à faire exécuter à ses frais avancés, pour le compte de qui il appartiendra, les travaux de nature à sauvegarder les existants et à éviter toute aggravation de leur état ; MODALITÉS TECHNIQUES Ordonne à Mme [N] [E] de consigner au greffe du tribunal de Limoges la somme de 3000 euros avant le 30 JUILLET 2026 (sauf à justifier être bénéficiaire de l’aide juridictionnelle), sous peine de caducité de la présente désignation conformément à l’article 271 du code de procédure civile; Rappelle à l’expert qu’il doit, dès sa saisine, adresser au greffe de la juridiction l’acceptation de sa mission. Tout refus ou tout motif d’empêchement devra faire l’objet d’un courrier circonstancié, adressé dans les 8 jours de sa saisine; si le magistrat chargé des expertises accepte sa position, l’expert sera remplacé par simple ordonnance ; dans tous les cas, la demande de décharge est communiquée au magistrat chargé du suivi de la liste des experts. Une partie ne peut demander le changement de l’expert qu’après consignation. Dans ce cas, l’expert initialement saisi, sera préalablement consulté ; Indique à l’expert qu’il devra procéder à la première réunion dans un délai maximum de 45 jours.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une expertise judiciaire ?
Une expertise judiciaire est une évaluation technique ordonnée par un juge pour examiner des faits ou des malfaçons dans un litige.
Que faire si l'entreprise ne répare pas les malfaçons ?
Vous pouvez assigner l'entreprise en justice pour obtenir une expertise et éventuellement des réparations.
Quels sont les droits d'un client en cas de malfaçons ?
Le client a le droit d'exiger la réparation des malfaçons et peut demander une expertise pour évaluer les travaux.
Comment se déroule le processus d'expertise ?
L'expert se rend sur les lieux, décrit les désordres et évalue les coûts de réparation, puis rédige un rapport pour le juge.

Une question similaire ? Posez-la à Justiweb

Notre IA juridique vous répond avec sources officielles et jurisprudence à jour.

Poser ma question
Important : Cette page présente une décision de justice à titre informatif. Elle ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour votre situation spécifique, consultez un avocat ou utilisez l'assistant Justiweb pour explorer vos questions juridiques.