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Tribunal judiciaire, juge cx protection, 19 juin 2026 — n° 26/01127

Expulsion "ferme" ordonnée au fond (sans suspension des effets de la clause résolutoire)

Synthèse de la décision

Question juridique

Quelles sont les conditions et conséquences d'une expulsion locative pour loyers impayés ?

Principe retenu

Le bailleur peut demander l'expulsion d'un locataire en cas de loyers impayés, sous réserve de respecter les procédures légales. L'expulsion peut être ordonnée avec le concours de la force publique si le locataire ne quitte pas les lieux volontairement.

Faits clés

  • Contrat de location signé le 2 mars 2022 pour un local à usage d'habitation.
  • Loyer mensuel initial de 420,75 euros, incluant les provisions pour charges.
  • Commandement de payer délivré le 28 novembre 2025 pour un montant de 1661,01 euros.
  • Assignation devant le juge des contentieux de la protection le 2 février 2026.
  • Le locataire n'a pas comparu à l'audience du 3 avril 2026.

Articles cités

article 1 de la loi du 6 juillet 1989 articles L.433-1 et L.433-2 du code des procédures civiles d'exécution

Exposé du litige

EXPOSÉ DU LITIGE En vertu d’un contrat passé par acte sous signature privée en date du 2 mars 2022, la société [Localité 3] CONSTRUCTION a loué à Monsieur [C] [L] [M] un local à usage d’habitation situé [Adresse 6], moyennant un loyer mensuel initial de 420,75 euros, incluant les provisions pour charges. Par acte de commissaire de justice du 28 novembre 2025, la société [Localité 3] CONSTRUCTION a fait délivrer à Monsieur [C] [L] [M] un commandement de payer la somme de 1661,01 euros au titre des loyers et charges échus, outre le coût de l’acte. La commission départementale de coordination des actions de prévention des expulsions locatives (CCAPEX) a été saisie le 01 décembre 2025. Par acte de commissaire de justice en date du 02 février 2026 délivré à étude, la société [Localité 3] CONSTRUCTION a fait assigner Monsieur [C] [L] [M] devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Rennes et demande, sous le bénéfice de l’exécution provisoire, de : - Constater la résiliation du bail au 28 janvier 2026 entre la SA d’HLM [Localité 3] CONSTRUCTION et Monsieur [C] ; - Ordonner l’expulsion du locataire et celle de tout occupant de leur chef, avec au besoin, le concours de la force publique - Condamner Monsieur [C] au paiement : * D’une somme de 2776,39€ égale au loyer et charges dues au 28 janvier 2026 et ce avec intérêts de droit à compter du commandement * D’une indemnité d’occupation à dater du prononcé de la résiliation du bail jusqu’au jour du départ effectif, égale au montant des loyers et charges qui auraient été dus en cas de non-résiliation - Condamner Monsieur [C] aux entiers dépens L’assignation aux fins de constat de résiliation du bail a été notifiée au Préfet du département d’Ille-et-Vilaine le 02 février 2026. L’affaire a été appelée et retenue lors de l’audience du 03 avril 2026. A cette audience, la société [Localité 3] CONSTRUCTION, comparant, sollicite le bénéfice de son acte introductif d’instance, en actualisant sa créance, celle-ci s’élevant désormais à la somme de 4461,88 euros, échéance de mars incluse. Il est précisé que le locataire est toujours dans le logement. Monsieur [C] [L] [M] n'a pas comparu et ne s'est pas fait représenter. L’affaire est mise en délibéré au 19 juin 2026

Motivations de la décision

  MOTIVATION DE LA DÉCISION   L’article 1 de la loi du 6 juillet 1989 tendant à améliorer les rapports locatifs dispose que « le droit au logement est un droit fondamental ; il s’exerce dans le cadre des lois qui le régissent. L’exercice de ce droit implique la liberté de choix pour toute personne de son mode d’habitation grâce au maintien et au développement d’un secteur locatif et d’un secteur d’accession à la propriété ouverts à toutes les catégories sociales. (…) Les droits et obligations réciproques des bailleurs et des locataires doivent être équilibrés dans leurs relations individuelles comme dans leurs relations collectives ». Selon l’article 472 du code de procédure civile, lorsque le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond. Le juge ne fait droit à la demande que s’il l’estime régulière, recevable et bien fondée. En application de l'article 473 du même Code, le jugement est réputé contradictoire, la décision étant susceptible d'appel. I. Sur la recevabilité de la demande •    Sur la saisine de la Commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives (CCAPEX)   En vertu de l’article 24-II de la loi du 6 juillet 1989, dans sa version applicable au litige, les bailleurs personnes morales ne peuvent faire délivrer, sous peine d’irrecevabilité de la demande, une assignation aux fins de constat de résiliation du bail avant l’expiration d’un délai de deux mois suivant la saisine de la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives prévue à l’article 7-2 de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 précitée. Cette saisine est réputée constituée lorsque persiste une situation d’impayés, préalablement signalée dans les conditions réglementaires aux organismes payeurs des aides au logement en vue d’assurer le maintien du versement des aides mentionnées à l’article L. 351-2 du code de la construction et de l’habitation et aux articles L. 542-1 et L. 831-1 du code de la sécurité sociale. Cette saisine peut s’effectuer par voie électronique, selon des modalités fixées par décret.   Le bailleur justifie avoir procédé à ce signalement le 01 décembre 2025, soit au moins deux mois avant la date de délivrance de l'assignation, le 02 février 2026. Sa demande est donc recevable à ce titre.   •    Sur la notification au préfet   L’article 24-III de la loi du 6 juillet 1989 modifiée dispose, dans sa version applicable au litige, qu’à peine d’irrecevabilité de la demande, l’assignation aux fins de constat de la résiliation est notifiée à la diligence du commissaire de justice au représentant de l’État dans le département, au moins six semaines avant l’audience. Cette notification s’effectue par voie électronique, selon des modalités fixées par décret.   En l’espèce, l’assignation a été dénoncée au préfet le 02 février 2026 soit plus de six semaines avant l’audience du 03 avril 2026. La demande formée par le bailleur est donc recevable  II. Sur les demandes principales •    Sur l’acquisition des effets de la clause résolutoire   Aux termes de l’article 24 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, dans sa version applicable au litige, toute clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer et des charges aux termes convenus ne produit effet que deux mois après un commandement de payer demeuré infructueux. L'article 642 du code de procédure civile dispose que « tout délai expire le dernier jour à 24 heures » et que « le délai qui expirerait normalement un samedi, un dimanche ou un jour férié ou chômé est prorogé jusqu'au premier jour ouvrable suivant ». Le contrat de bail unissant les parties stipule qu’à défaut de paiement du loyer, le bail serait résilié de plein droit, deux mois après un commandement de payer resté infructueux.   En l'espèce, il est établi que les loyers et charges n’ont pas été régulièrement et intégralement payés, aucun réglement n'ayant été effectué dans les deux mois à compter du commandement de payer du 28 novembre 2025.   Il convient, dès lors, de constater que les conditions d’application de la clause résolutoire sont réunies à la date du 29 janvier 2026. •    Sur l’expulsion et l'indemnité d'occupation Le bailleur ayant un intérêt certain à voir reprendre possession dans un bref délai des lieux occupés sans droit ni titre à la suite de la résiliation du bail, et cela au vu des impayés qui se sont accumulés depuis le commandement de payer, il y a lieu d’ordonner à Monsieur [C] [L] [M] de remettre les clés et de quitter les lieux. A défaut de départ volontaire, la société [Localité 3] CONSTRUCTION sera autorisée à faire procéder à l’expulsion de Monsieur [C] [L] [M], ainsi que de tous occupants de son chef dans les conditions prévues par la loi. Au surplus, à compter de la résiliation du bail, en vertu de l'article 1760 du Code civil, le locataire déchu de tout droit d'occupation du local donné à bail se trouve redevable d'une indemnité d'occupation mensuelle qui a une nature indemnitaire et non pas contractuelle. Dans ces conditions, il convient de condamner Monsieur [C] [L] [M] au paiement d'une indemnité d'occupation mensuelle qui sera d'un montant égal à celui des loyers et charges, jusqu'à la libération effective et définitive des lieux. Le sort des meubles sera alors également régi conformément aux dispositions des articles L. 433-1 et L. 433-2 du code des procédures civiles d’exécution. •    Sur la demande de condamnation en paiement   Aux termes de l’article 7 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, le locataire est obligé de payer le loyer et les charges récupérables aux termes convenus. L’article 24 V. du même texte prévoit que «  le juge peut d'office vérifier tout élément constitutif de la dette locative et le respect de l'obligation prévue au premier alinéa de l'article 6 de la présente loi ». Il ressort de l'article 1353 du code civil, alinéa 1er, que « celui qui réclame l'exécution d'une obligation doit la prouver » et de l'article 9 du code de procédure civile qu'il « incombe à chaque partie de prouver conformément à la loi les faits nécessaires au succès de sa prétention ». En l’espèce, la société [Localité 3] CONSTRUCTION verse aux débats l’acte de bail ainsi que le décompte des loyers et charges, afin de prouver les obligations dont elle réclame l’exécution. Il ressort du décompte fourni qu’au 30 mars 2026, la dette de Monsieur [C] [L] [M] s’élève à la somme de 4697,73€. Il convient de déduire les frais de procédure de 141,45€ et 94,40€ qui ne constituent pas une dette de loyer et de charge mais qui relèvent des dépens de l’instance. Il est également constaté que le bailleur impute des frais de « supplément de loyer » de 92,89€ par mois. Il est produit un courrier du 3 mars 2025 rappelant qu’il y a eu la réponse à l’enquête annuelle et que supplément de loyer mensuel de 92,89€ est applicable. Monsieur [C], qui ne comparait pas, ne conteste pas les modalités de calcul de ce surloyer. La dette au titre des loyers, charges et indemnités d’occupation impayés concernant le local à usage d’habitation s'élève à 4461.88 euros au 03 avril 2026, terme du mois d’avril 2026 non inclus. Il convient donc de condamner en conséquence le locataire au paiement de cette somme celui-ci n'apportant pas d'élément de nature à contester le principe ou le montant de cette somme. L'article 1231-6 du code civil dispose en son alinéa premier que « les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure ». L'alinéa 2 du même article prévoit que « ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte ». L'article 1231-7 du code civil dispose en son alinéa premier que « en toute matière, la condamnation à une indemnité emporte intérêts au taux légal même en l'absence de demande ou de disposition spéciale du jugement.

Dispositif

  PAR CES MOTIFS   Le juge des contentieux de la protection, statuant après débats tenus en audience publique, par jugement réputé contradictoire, rendu en premier ressort, par mise à disposition au greffe, DÉCLARE l’action recevable ; CONSTATE que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire figurant au bail conclu le 2 mars 2022 entre la société [Localité 3] CONSTRUCTION, d’une part, et Monsieur [C] [L] [M], d’autre part, concernant le logement situé [Adresse 6] sont réunies à la date du 29 janvier 2026 ; CONDAMNE Monsieur [C] [L] [M] à verser à la société [Localité 3] CONSTRUCTION une indemnité mensuelle d’occupation d’un montant équivalent à celui du loyer et des charges, tel qu’il aurait été si le contrat s’était poursuivi, à compter de l'acquisition de la clause résolutoire et jusqu’à la date de la libération effective et définitive des lieux, caractérisée par la restitution des clés ; CONDAMNEMonsieur [C] [L] [M] à verser à la société [Localité 3] CONSTRUCTION la somme de 4461.88 euros, soit QUATRE MILLE QUATRE CENT SOIXANTE EUROS ET QUATRE-VINGT-HUIT CENTIMES (décompte arrêté au 03 avril 2026, terme du mois d’avril 2026 non inclus), au titre des loyers, charges et indemnités d’occupation dus à cette date ; avec intérêt au taux légal à compter du 28 novembre 2025 sur la somme de 1661,01 euros, puis à compter de la présente décision pour le surplus ; DIT que Monsieur [C] [L] [M] devra quitter les lieux loués sis [Adresse 6] et les rendre libres de toute occupation en satisfaisant aux obligations des locataires sortants, notamment par la remise des clefs ; ORDONNE l’expulsion, à défaut de départ volontaire, de Monsieur [C] [L] [M] ainsi que celle de tout occupant de son chef et ce au besoin avec le concours de la force publique et d’un serrurier à l’expiration d’un délai de deux mois suivant la signification d’un commandement de libérer les lieux ; DIT que le sort des meubles sera régi conformément aux dispositions des articles L.433-1 et L.433-2 du code des procédures civiles d’exécution ; CONDAMNE Monsieur [C] [L] [M] aux dépens de la présente instance qui comprendront le coût du commandement de payer du 28 novembre 2025 et de l'assignation du 02 février 2026, la notification de cet acte à l'administration et le coût de la signification de la présente décision ; REJETTE toute autre demande plus ample ou contraire ; RAPPELLE que l’exécution provisoire est de droit ; DIT que la présente décision sera notifiée par le greffe du tribunal à Monsieur le Préfet d’Ille-et-Vilaine en application de l’article R412-2 du code des procédures civiles d'exécution. Ainsi jugé et prononcé par mise à disposition de la décision au greffe du tribunal judiciaire, le 19 juin 2026, la minute étant signée par le juge des contentieux de la protection et par la greffière.             La greffière,                                                               Le juge des contentieux de la protection,

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une expulsion locative ?
L'expulsion locative est une procédure par laquelle un bailleur demande au tribunal d'ordonner le départ d'un locataire en raison de loyers impayés ou d'autres manquements au contrat de bail.
Quels sont les droits d'un locataire face à une expulsion ?
Un locataire a le droit de contester l'expulsion devant le tribunal et peut demander des délais pour quitter les lieux, ainsi que des conseils juridiques pour défendre ses droits.
Comment se calcule le montant des loyers dus ?
Le montant des loyers dus est calculé en additionnant tous les loyers impayés et les charges associées, jusqu'à la date de la décision judiciaire.
Quelles sont les conséquences d'une expulsion ?
Les conséquences d'une expulsion incluent la perte du logement, la possibilité d'une inscription au fichier des incidents de paiement, et des difficultés à trouver un nouveau logement.
Qu'est-ce qu'un commandement de payer ?
Un commandement de payer est un acte juridique par lequel un bailleur informe un locataire qu'il doit régler ses loyers impayés sous peine d'expulsion.
Quels recours ai-je si je ne peux pas payer mon loyer ?
Si vous ne pouvez pas payer votre loyer, vous pouvez demander un délai de paiement au bailleur, solliciter des aides au logement, ou envisager une médiation pour trouver une solution amiable.

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