Tribunal judiciaire, contentieux général proxi, 16 juin 2026 — n° 26/00492
Synthèse de la décision
Question juridique
Quelles sont les conditions de validité d'un congé pour vendre donné par un bailleur ?
Principe retenu
Le congé donné par le bailleur doit être justifié par un motif légitime et sérieux, et doit indiquer ce motif. Le délai de préavis applicable au congé émis par le bailleur est de six mois.
Faits clés
- M. [R] [W] et Mme [N] [M] ont donné en location un local à M. [T] [Z] pour une durée initiale d'un an.
- Le bail a été requalifié en bail d'une durée de trois ans.
- Un congé pour vendre a été délivré à M. [T] [Z] avec effet au 1er janvier 2026.
- M. [T] [Z] ne conteste pas la validité du congé mais demande des délais pour quitter les lieux.
- Le tribunal a ordonné l'expulsion de M. [T] [Z] en cas de non-libération des lieux dans le délai imparti.
Articles cités
article 15 de la loi du 6 juillet 1989
article L. 433-1 du code des procédures civiles d'exécution
article 700 du code de procédure civile
Exposé du litige
EXPOSÉ DU LITIGE
Suivant acte sous-sein-privé en date du 1er janvier 2017, M.[R] [W] et Mme [N] [M] épouse [R] ont donné en location à M. [T] [Z] [H] un local à usage d’habitation sis [Adresse 4], pour une durée de un an.
Le bail non meublé a été requalifié en bail d’une durée de 3 ans.
Par exploit du 17 juin 2025, les bailleurs ont fait délivrer à leur locataire un congé pour vendre, à effet au 1er janvier 2026, avec offre de vente au prix de 65.000 €.
Par acte de commissaire de justice du 23 mars 2026, M.[R] [W] et Mme [N] [M] épouse [R] ont a fait assigner M. [T] [Z] [H] devant le juge des contentieux de la protection de [Localité 1], sur le fondement de l’article 15-1 de la loi du 6 juillet 1989, afin de voir :
-déclarer valable le congé pour vendre, prononcer la résiliation du bail, déclarer M. [T] [Z] [H] occupante sans droit ni titre depuis le 1er janvier 2026 du logement litigieux,
-ordonner son expulsion ainsi que celle de tout occupant de son chef des lieux loués, ceux avec le concours de la force publique, deux mois après la signification d’un commandement de quitter les lieux,
-avec application des dispositions de l’article L.433-1 du code des procédures civiles d’exécution,
-fixer l’indemnité d’occupation due par M. [T] [Z] [H] au montant actuel du loyer et des charges, à partir de la résiliation du bail et jusqu’à son départ effectif, avec indexation suivant les règles légales et conventionnelles, et le condamner au paiement de cette indemnité d’occupation,
-le condamner au paiement de la somme de 500 euros sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile, ainsi qu’aux entiers dépens de l’instance,
-avec l’exécution provisoire.
A l’audience du 14 avril 2026, les demandeurs, représentés par leur conseil, concluent au bénéfice de leur acte introductif, auquel il convient de se référer pour un ample exposé des moyens conformément aux dispositions de l’article 455 du code de procédure civile.
En défense, M. [T] [Z] [H] ne conteste pas la validité du congé pour vendre mais sollicite l’octroi de délais pour quitter les lieux, afin de lui permettre de trouver un logement.
L’affaire a été mise en délibéré au 16 juin 2026.
Motivations de la décision
MOTIFS DE LA DECISION
Sur le congé et les demandes subséquentes en expulsion et délai:
Il résulte des dispositions de l’article 15 de la loi du 6 juillet 1989 que lorsque le bailleur donne congé à son locataire, ce congé peut être justifié par un motif légitime et sérieux. A peine de nullité, le congé donné par le bailleur doit indiquer le motif allégué. Le délai de préavis applicable au congé est de six mois lorsqu'il émane du bailleur.
Le congé doit être notifié par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, signifié par acte d'huissier ou remis en main propre contre récépissé ou émargement. Le délai de 6 mois court à compter du jour de la réception de la lettre recommandée, de la signification de l'acte d'huissier ou de la remise en main propre.
Aux termes de l'article 15 paragraphe 2 de la loi du 6 juillet 1989 lorsqu'il est fondé sur la décision de vendre le logement, le congé doit, à peine de nullité, indiquer le prix et les conditions de la vente projetée. Le congé vaut offre de vente au profit du locataire : l'offre est valable pendant les deux premiers mois du délai de préavis. Les dispositions de l'article 46 de la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis ne sont pas applicables au congé fondé sur la décision de vendre le logement.
A l'expiration du délai de préavis, le locataire qui n'a pas accepté l'offre de vente est déchu de plein droit de tout titre d'occupation sur le local.
En l'espèce les bailleurs justifient avoir délivré congé pour vendre le 17 juin2025 pour le terme du bail au 31 décembre 2025, avec offre de vente, conformément aux dispositions de l’article 15 de la loi du 6 juillet 1989;
En conséquence M. [T] [Z] [H] doit être déclaré déchu du droit d'occupation à compter du 1er janvier 2026, date de la résiliation du bail et son expulsion doit être ordonnée.
-sur l’octroi de délais.
L'article L412-13 du code des procédures civiles d'exécution dispose que :« Le juge peut accorder des délais renouvelables aux occupants de lieux habités ou de locaux à usage professionnel, dont l'expulsion a été ordonnée judiciairement, chaque fois que le relogement des intéressés ne peut avoir lieu dans des conditions normales, sans que ces occupants aient à justifier d'un titre à l'origine de l'occupation. Le juge qui ordonne l'expulsion peut accorder les mêmes délais, dans les mêmes conditions ».
Le juge doit notamment tenir compte de la bonne ou mauvaise volonté manifestée par l'occupant dans l’exécution de ses obligations, des situations respectives du propriétaire et de l'occupant, notamment en ce qui concerne l'âge, l'état de santé, la situation de famille ou de fortune de chacun d'eux ainsi que des diligences que l'occupant justifie avoir faites en vue de son relogement ainsi que du droit à un logement décent et indépendant, des délais liés aux recours engagés et du délai prévisible de relogement des intéressés.
En l'espèce, il ressort des éléments de la cause, et notamment du rapport social établi par le Service départemental des solidarités Proudhon, versé par le locataire, que ce dernier a entrepris des démarches actives de relogement en lien avec les services du département et notamment un demande de logement social, dont le dossier a été reconnu prioritaire par la Préfecture. En conséquence, il convient d’accorder un délai de 12 mois pour quitter les lieux, à compter de la signification de la présente décision.
- Sur l’indemnité d’occupation
Aux termes de l’article 1240 du Code Civil, tout fait quelconque de l'homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer;
M. [T] [Z] [H], occupant sans droit ni titre, cause un préjudice aux bailleurs;
En conséquence, il convient de réparer ce dommage en fixant une indemnité d’occupation mensuelle égale au montant du loyer et charges, indexé selon les modalités prévues au bail, et de condamner M. [T] [Z] [H] à payer ladite indemnité d'occupation aux époux [R] jusqu’à la libération effective des lieux.
-Sur les demandes accessoires
L’exécution provisoire est de droit, ainsi qu’il est dit à l’article 514 du code de procédure civile.
M. [T] [Z] [H], qui succombe, sera condamné aux dépens.
L'équité ne commande pas en l'espèce de faire application des dispositions de l'article 700 du code de procédure civile au profit des bailleurs.
PAR CES MOTIFS
Le juge des contentieux de la protection, statuant publiquement, par jugement contradictoire, en premier ressort,
Constate la validité du congé pour vendre délivré les 17 juin 2025 dans le cadre du bail conclu entre M. [T] [Z] [H] d’une part et M.[R] [W] et Mme [N] [M] épouse [R], d’autre part, portant sur un local à usage d'habitation situé [Adresse 5],
Dit que M. [T] [Z] [H] est devenu occupant sans droit ni titre dudit logement, à compter du 1er janvier 2026,
Accorde à M. [T] [Z] [H] un délai de 12 mois pour quitter les lieux, à compter de la signification de la présente décision,
Dit qu’à défaut pour M. [T] [Z] [H] d’avoir volontairement libéré les lieux indûment occupés avec toutes les personnes et biens s’y trouvant de son chef à l’issu de ce délai, dans les deux mois de la signification d’un commandement de quitter les lieux, il sera procédé à son expulsion, au besoin avec le concours de la force publique et l’aide d’un serrurier, et il sera procédé, conformément à l'article L. 433-1 du code des procédures civiles d'exécution, au transport des meubles laissés dans les lieux, à leurs frais, dans tel garde-meuble désigné par la personne expulsée ou à défaut par le bailleur,
Fixe au montant du loyer et des charges qui aurait été exigible si le bail n’avait pas été résilié, l’indemnité mensuelle d’occupation que M. [T] [Z] [H] devra payer à compter de la date de résiliation du bail jusqu’à la date de la libération effective et définitive des lieux, caractérisée par la restitution des clés aux bailleurs, avec le cas échéant, indexation selon les dispositions contractuelles,
Condamne M. [T] [Z] [H] à payer ladite indemnité d’occupation à M.[R] [W] et Mme [N] [M] épouse [R].
Rejette le surplus des demandes,
Condamne M. [T] [Z] [H] aux dépens,
Dit ni avoir lieu à application des dispositions de l'article 700 du code de procédure civile,
Rappelle que l'exécution provisoire est de droit,
Dit qu’une copie de la présente décision sera transmise au représentant de l’État dans le département.
Ainsi jugé et prononcé le 16 juin 2026 par la mise à disposition du jugement au greffe.
LE GREFFIER LE JUGE
Dispositif
En conséquence, la République française mande et ordonne à tous commissaires de justice, sur ce
requis, de mettre la présente décision à exécution, aux procureurs généraux et procureurs de la République près les tribunaux judiciaires d'y tenir la main, à tous commandants et officiers de la force publique de prêter main-forte lorsqu’ils en seront légalement requis.
En foi de quoi la minute des présentes a été signée électroniquement par le président et par le greffier.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un congé pour vendre ?
Un congé pour vendre est une notification par le bailleur à son locataire, l'informant de son intention de vendre le bien loué, ce qui peut entraîner la résiliation du bail.
Quels sont les délais de préavis pour un congé donné par un bailleur ?
Le délai de préavis pour un congé donné par un bailleur est de six mois, conformément à la loi du 6 juillet 1989.
Que se passe-t-il si le locataire ne quitte pas les lieux après un congé ?
Si le locataire ne quitte pas les lieux dans le délai imparti, le bailleur peut demander son expulsion par voie judiciaire.
Comment se calcule l'indemnité d'occupation ?
L'indemnité d'occupation est calculée sur la base du montant du loyer et des charges qui auraient été exigibles si le bail n'avait pas été résilié.
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