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Cour de cassation, cr, 23 juin 2026 — n° 25-84.652

Cassation Publication : b ECLI : ECLI:FR:CCASS:2026:CR00777

Synthèse de la décision

Question juridique

Quelles sont les conditions de saisie des documents dans le cadre d'une perquisition au domicile d'un avocat ?

Principe retenu

Le juge des libertés et de la détention doit apprécier le caractère saisissable d'un document en tenant compte de la motivation de la décision ayant autorisé la perquisition, indépendamment de l'implication de l'avocat dans la procédure. Les éléments relatifs aux droits de la défense doivent être examinés même si l'avocat n'intervient pas dans la procédure en cours.

Faits clés

  • Perquisition au cabinet d'un avocat
  • Documents saisis lors de la perquisition
  • Avocate perquisitionnée assistait sa cliente en tant que partie civile
  • Procédure pour violences et viol en cours
  • Recherche de la saisissabilité des messages échangés

Articles cités

article 56-1, alinéa 2, du code de procédure pénale

Exposé du litige

Faits et procédure 1. Il résulte de l'ordonnance attaquée et des pièces soumises à l'examen de la Cour de cassation ce qui suit. 2. Une information a été ouverte du chef susvisé à la suite de la révélation, devant un juge d'instruction saisi d'une procédure ouverte pour violences et viol par conjoint sur plainte de Mme [B] [D], de ce que celle-ci aurait obtenu un logement social par l'intermédiaire d'un maire, par ailleurs avocat, en échange de faveurs sexuelles. 3. Mme [D] ayant accepté la proposition de cet avocat d'être défendue, dans la procédure concernant son conjoint, par une de ses collaboratrices, Mme [H] [I], celle-ci l'a assistée un temps au titre de son activité personnelle. 4. À la demande des juges d'instruction en charge de la procédure de corruption, le juge des libertés et de la détention a autorisé une perquisition dans le cabinet de Mme [I], après avoir précisé que celle-ci n'était pas mise en cause dans ces faits. 5. Les délégués du bâtonnier se sont opposés à la saisie de courriels échangés entre Mme [I] et sa cliente et avec le greffe du juge d'instruction en charge de la procédure de violences et viol, ainsi qu'à la saisie de SMS échangés entre elle et sa cliente. 6. Le juge des libertés et de la détention a ordonné le versement au dossier des éléments saisis litigieux. 7. Mme [I] ainsi que le bâtonnier ont relevé appel de cette décision.

Motivations de la décision

8. Les griefs ne sont pas de nature à permettre l'admission des pourvois au sens de l'article 567-1-1 du code de procédure pénale. Réponse de la Cour 10. Les moyens sont réunis. Vu l'article 56-1, alinéa 2, du code de procédure pénale : 11. Selon ce texte, le magistrat qui effectue une perquisition au cabinet d'un avocat ou à son domicile veille à ce qu'aucun document relevant de l'exercice des droits de la défense et couvert par le secret professionnel de la défense et du conseil, prévu à l'article 66-5 de la loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971 portant réforme de certaines professions judiciaires et juridiques ne soit saisi et placé sous scellé. C'est au regard de la motivation de la décision autorisant la perquisition et de la procédure dans laquelle celle-ci a été effectuée qu'il appartient au juge des libertés et de la détention saisi d'une contestation et, sur recours, au président de la chambre de l'instruction, de rechercher si les documents litigieux sont ou non saisissables, peu important que l'avocat concerné par la mesure de perquisition n'intervienne pas dans cette procédure. 12. Pour ordonner le versement des éléments litigieux au dossier de la procédure, l'ordonnance attaquée énonce qu'à la date de l'échange des courriels et SMS saisis entre elle et son avocate, Mme [D] avait la qualité de partie civile et n'était pas mise en cause dans l'enquête visant son conjoint, de sorte que ces éléments n'entraient pas dans le périmètre de l'exercice des droits de la défense. 13. En statuant ainsi, le président de la chambre de l'instruction, qui devait se déterminer dans le cadre de la procédure de corruption, a méconnu le texte susvisé et le principe ci-dessus énoncé. 14. En effet, il résulte de l'ordonnance autorisant la perquisition au cabinet de Mme [I] que le juge des libertés et de la détention a estimé probable que cette avocate a eu connaissance dans le cadre du dossier de viol et violences conjugales de ce que Mme [D] avait évoqué avoir eu des relations sexuelles avec M. [Z], objet de la procédure ouverte du chef de corruption et susceptibles de constituer la contrepartie tant de l'attribution du logement auquel celui-ci aurait contribué que de la proposition d'assistance par sa collaboratrice dans le dossier de viol et violences conjugales. 15. Dès lors, il appartenait au président de la chambre de l'instruction de rechercher si les documents saisis étaient susceptibles de relever des droits de la défense de Mme [D] dans la procédure pour corruption. 16. La cassation est par conséquent encourue de ce chef, sans qu'il y ait lieu d'examiner les autres griefs.

Dispositif

PAR CES MOTIFS, la Cour : CASSE et ANNULE, en toutes ses dispositions, l'ordonnance susvisée du président de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris, en date du 27 juin 2025, et pour qu'il soit à nouveau jugé, conformément à la loi ; RENVOIE la cause et les parties devant la juridiction du président de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris, autrement composée, à ce désignée par délibération spéciale prise en chambre du conseil ; ORDONNE l'impression du présent arrêt, sa transcription sur les registres du greffe de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris et sa mention en marge ou à la suite de l'ordonnance annulée ; Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, chambre criminelle, et prononcé par le président en son audience publique du vingt-trois juin deux mille vingt-six.

Questions fréquentes

Quels sont les droits d'un avocat lors d'une perquisition ?
Un avocat a le droit de contester la saisie de documents qui relèvent des droits de la défense et doit être informé des motifs de la perquisition.
Comment contester une saisie de documents par la police ?
La contestation peut être faite devant le juge des libertés et de la détention, qui appréciera la légalité de la saisie en fonction des droits de la défense.
Quels types de documents peuvent être protégés par les droits de la défense ?
Les documents échangés entre un avocat et son client, qui sont nécessaires à la défense de ce dernier, sont généralement protégés.
Quelles sont les conséquences d'une saisie illégale de documents ?
Une saisie illégale peut entraîner l'annulation des preuves obtenues et des sanctions contre les autorités ayant effectué la saisie.
Peut-on contester la saisie de documents échangés entre un avocat et son client ?
Oui, il est possible de contester cette saisie en prouvant que ces documents relèvent des droits de la défense.

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