Tribunal judiciaire, ppp référés, 19 juin 2026 — n° 26/00575
Synthèse de la décision
Question juridique
Quelles sont les conséquences d'un non-paiement de loyer sur la résiliation d'un bail d'habitation ?
Principe retenu
En cas de non-paiement des loyers, le bailleur peut demander la résiliation du bail et l'expulsion du locataire. La clause résolutoire s'applique automatiquement après un commandement de payer resté sans effet.
Faits clés
- Bail consenti à Madame [Q] [Z] pour un logement et deux places de parking.
- Montant du loyer mensuel fixé à 735 euros charges comprises.
- Commandement de payer délivré pour un arriéré locatif de 2.024,12 euros.
- Assignation en justice pour constater la résiliation du bail pour non-paiement.
- Demande d'expulsion de la locataire et de paiement d'indemnités d'occupation.
Articles cités
article L. 411-1 du code des procédures civiles d'exécution
article L. 412-1 du code des procédures civiles d'exécution
article L. 433-1 du code des procédures civiles d'exécution
article L. 433-2 du code des procédures civiles d'exécution
article 700 du code de procédure civile
Exposé du litige
PROCÉDURE :
Baux d’habitation - Demande en paiement des loyers et des charges et/ou tendant à faire prononcer ou constater la résiliation pour défaut de paiement ou défaut d’assurance et ordonner l’expulsion en date du 21 Janvier 2026
Articles 484 et suivants et 834 et suivants du Code de Procédure Civile
EXPOSE DU LITIGE
Par acte sous seing privé en date du 28 juin 2023, à effet du 30 juin 2023, Monsieur [E] [V] et Madame [W] [J] épouse [V] ont donné à bail à Madame [Q] [Z] un logement situé [Adresse 7] à [Localité 6] ainsi que deux places de parking n°87 et 88 situées à la même adresse, moyennant un loyer mensuel initial de 735 euros charges comprises.
Par acte de commissaire de justice du 20 mai 2025, Monsieur [E] [V] et Madame [W] [J] épouse [V] ont fait délivrer à la locataire un commandement de payer la somme de 2.024,12 euros au titre de l’arriéré locatif, aux fins de mise en œuvre de la clause contractuelle de résiliation de plein droit du bail.
Par acte de commissaire de justice du 21 janvier 2026, Monsieur [E] [V] et Madame [W] [J] épouse [V] ont assigné Madame [Q] [Z] devant le juge des contentieux de la protection statuant en matière de référé auprès du tribunal judiciaire de Bordeaux à l’audience du 24 avril 2026 aux fins de voir :
- Constater l'acquisition du jeu de la clause résolutoire en raison du non-paiement des causes du commandement de payer délivré le 20 mai 2025 ;
- Juger que, par suite, le bail consenti à Madame [Q] [Z] est résilié depuis le 20 juillet 2025 à minuit ;
- Ordonner l’expulsion de la défenderesse ainsi que de tous occupants de son chef, en ayant recours, s’il y a lieu, à l’assistance de la force publique ainsi qu’à un serrurier ;
- Ordonner le transport et la séquestration des meubles et objets mobiliers garnissant les lieux dans un garde-meubles qui les rendra, ou dans tels autres lieux au choix des bailleurs, aux frais et risques de Madame [Q] [Z] et ce, en garantie de toutes sommes qui pourraient être dues ;
- Condamner Madame [Q] [Z] à payer à Monsieur [E] [V] et Madame [W] [J] épouse [V] la somme provisionnelle de 3.310,41 euros, indemnité d’occupation du mois de janvier 2026 incluse, majorée des intérêts au taux légal à compter du 20 juillet 2025 ;
- Condamner Madame [Q] [Z] au paiement d’une indemnité d’occupation mensuelle fixée au montant du loyer et des charges locatives, à compter du 1er février 2026 et jusqu’à la libération effective des lieux ;
- Dire n’y avoir lieu à écarter l’exécution provisoire de la décision à intervenir ;
- Condamner Madame [Q] [Z] à payer une somme de 1.200 euros en application des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile ;
- Condamner Madame [Q] [Z] aux dépens, en ce compris le coût du commandement de payer du 19 novembre 2024 et de la notification à la CCAPEX.
L'affaire a été débattue à l'audience du 24 avril 2026.
Lors de l’audience du 24 avril 2026, Monsieur [E] [V] et Madame [W] [J] épouse [V], représentés par leur conseil, exposent que la dette locative s’élève à la somme de 3.310,41 euros au 14 janvier 2026 et confirment les termes de leur demande initiale.
Régulièrement assignée à domicile avec dépôt de l’acte en l’étude de commissaire de justice, Madame [Q] [Z] n’a pas comparu et ne s’est pas fait représenter.
Le diagnostic social et financier a été porté à l’audience à la connaissance des parties comparantes.
A l’issue de l’audience, la date du délibéré a été fixée au 19 juin 2026.
Motivations de la décision
MOTIFS DE LA DÉCISION
Sur la non-comparution de la défenderesse
En application des dispositions de l’article 472 du code de procédure civile, lorsque le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond, le juge ne faisant droit à la demande que s’il l’estime recevable, régulière et bien fondée.
La défenderesse non comparante ayant été régulièrement assignée et ayant disposé d’un temps suffisant pour organiser sa défense, il y a lieu de statuer par ordonnance réputée contradictoire et en premier ressort.
Sur la régularité de la procédure
Conformément aux dispositions de l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989, l’assignation a été régulièrement notifiée au représentant de l’État dans le département par courrier électronique le 22 janvier 2026, soit au moins six semaines avant la date de l’audience du 24 avril 2026.
Les bailleurs justifient également avoir saisi la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives prévue à l’article 7-2 de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 en date du 20 mai 2025.
L’action aux fins de constat de la résiliation du bail est donc recevable et régulière.
Sur la résiliation du contrat de bail et l’expulsion
L’article 834 du code de procédure civile prévoit que, dans tous les cas d’urgence, le président du tribunal judiciaire ou le juge des contentieux de la protection dans les limites de sa compétence, peuvent ordonner en référé toutes les mesures qui ne se heurtent à aucune contestation sérieuse ou que justifie l’existence d’un différend. L’absence de contestation sérieuse implique l’évidence de la solution qu’appelle le point contesté.
En outre, selon l’article 835 du même code, le président du tribunal judiciaire ou le juge du contentieux de la protection peut toujours, même en présence d’une contestation sérieuse, prescrire en référé les mesures conservatoires ou de remise en état qui s’imposent, soit pour prévenir un dommage imminent, soit pour faire cesser un trouble manifestement illicite.
En vertu de l’article 7a) de la loi du 6 juillet 1989, le locataire est obligé de payer le loyer et les charges récupérables aux termes convenus.
Il ressort par ailleurs des dispositions de l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989 en sa version résultant de la loi n° 2023-668 du 27 juillet 2023 en vigueur à compter du 29 juillet 2023, que toute clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non versement du dépôt de garantie ne produit effet que six semaines après un commandement demeuré infructueux. Cependant, si le bail en cours au jour de la délivrance du commandement, prévoit, selon les dispositions anciennes de cet article, un délai de deux mois pour régulariser la dette à compter du commandement de payer, ce délai continue à régir les relations entre les parties, et le locataire dispose d’un délai de deux mois pour régulariser la dette et non de six semaines.
En outre, l'article 2 de la loi du 6 juillet 1989 prévoit que cette loi s'applique également aux emplacements de stationnement loués accessoirement au local principal par le même bailleur, ainsi l'article 24 de ladite loi s'applique aux deux places de parking n°87 et n°88 louées par Monsieur [E] [V] et Madame [W] [J] épouse [V] à Madame [Q] [Z].
En l’espèce, le bail conclu entre les parties comporte une clause de résiliation de plein droit du bail pour défaut de paiement.
Monsieur [E] [V] et Madame [W] [J] épouse [V] ont fait signifier à Madame [Q] [Z] un commandement d’avoir à payer la somme de 2.024,12 euros au titre des loyers échus, suivant exploit du 20 mai 2025. Ce commandement comporte les mentions obligatoires prescrites à peine de nullité à l’article 24 I de la loi du 6 juillet 1989.
Madame [Q] [Z] n’ayant pas, dans le délai légal de deux mois à compter de la délivrance du commandement du 20 mai 2025, réglé les causes dudit commandement, ce manquement entraîne la résiliation du bail par le jeu de la clause de résiliation contractuelle qu’il y a lieu de constater à la date du 21 juillet 2025, en application de l’article 24 de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989 relative aux rapports locatifs.
En conséquence, les bailleurs sont fondés à se prévaloir de la clause de résiliation emportant résiliation du bail acquise depuis le 21 juillet 2025.
Dès lors, Madame [Q] [Z] est occupante sans droit ni titre du logement depuis le 21 juillet 2025, ce qui constitue pour Monsieur [E] [V] et Madame [W] [J] épouse [V] un trouble manifestement illicite auquel il y a lieu de mettre fin en ordonnant la libération des lieux et, faute de départ volontaire, l’expulsion de la défenderesse à l’expiration du délai de deux mois à compter de la signification du commandement de quitter les lieux.
Une indemnité d’occupation équivalente au montant du loyer et charges courantes sera fixée à compter de la résiliation du contrat et jusqu’à la libération des lieux.
Sur la provision et les indemnités d’occupation
En application de l’article 835 alinéa 2 du code de procédure civile, le président du tribunal judiciaire ou le juge du contentieux de la protection dans les limites de sa compétence, peuvent dans les cas où l’obligation n’est pas sérieusement contestable, accorder au créancier une provision ou ordonner l’exécution de l’obligation, même s’il s’agit d’une obligation de faire.
En l’espèce, au soutien de leur demande, Monsieur [E] [V] et Madame [W] [J] épouse [V] produisent un décompte actualisé, selon lequel leur créance s’établirait à la somme de 3.310,41 euros à la date du 14 janvier 2026.
Ce décompte comprend des frais au titre des ordures ménagères dont il n’est pas produit les justificatifs. Il convient par conséquent de déduire du décompte les sommes de 149 euros et 152 euros.
Cette créance n’étant pas sérieusement contestée ni contestable, Madame [Q] [Z] sera donc condamnée au paiement de la somme de 3009,41 euros à titre d’indemnité provisionnelle pour l’arriéré de loyers, charges locatives et indemnités d’occupation dus à la date du 14 janvier 2026 – échéance du mois de janvier 2026 incluse. Madame [Q] [Z] sera, en outre, condamnée au paiement d’une indemnité d’occupation égale au montant du loyer courant et des charges (767,91 euros par mois à la date de l’audience), à compter du 1er février 2026 et jusqu’à la libération effective des lieux.
S’agissant d’une provision, cette somme portera intérêts au taux légal à compter du prononcé de la présente décision.
Sur le sort des meubles
En ce qui concerne le sort des meubles, il sera procédé selon les dispositions des articles L433-1 et L433-2 du Code des procédures civiles d’exécution.
Sur les dépens et l’article 700 du code de procédure civile
Aux termes de l’article 696 du code de procédure civile, la partie qui succombe est condamnée aux dépens. Ceux-ci seront donc mis à la charge de Madame [Q] [Z].
Aux termes de l’article 700 du même code, le juge condamne la partie tenue aux dépens à payer à l’autre partie, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, la somme qu’il détermine en tenant compte de l’équité. Il convient de condamner Madame [Q] [Z] à verser à Monsieur [E] [V] et Madame [W] [J] épouse [V] la somme de 700 euros.
Il convient de rappeler que l’exécution provisoire de la présente ordonnance est de droit.
PAR CES MOTIFS
Statuant en référé, par ordonnance mise à disposition au greffe, réputée contradictoire et en premier ressort,
Dispositif
CONSTATONS l’acquisition de la clause de résiliation de plein droit au bénéfice des bailleurs, à la date du 21 juillet 2025 ;
CONDAMNONS Madame [Q] [Z] à quitter les lieux loués situés [Adresse 7] à [Localité 6] ainsi que les deux places de parking n°87 et 88 situées à la même adresse ;
AUTORISONS, à défaut pour Madame [Q] [Z] d’avoir volontairement libéré les lieux, qu’il soit procédé à son expulsion ainsi qu’à celle de tous occupants de son chef avec si nécessaire le concours de la force publique, deux mois après la délivrance d’un commandement de quitter les lieux conformément aux dispositions des articles L. 411-1 et L. 412-1 du code des procédures civiles d’exécution ;
DISONS qu’en ce qui concerne le sort des meubles, il sera procédé selon les dispositions des articles L. 433-1 et L.433-2 du code des procédures civiles d’exécution ;
FIXONS une indemnité d’occupation égale au montant du loyer, révisable selon les dispositions contractuelles, et de la provision sur charges (767,91 euros par mois à la date de l’audience), augmentée de la régularisation au titre des charges dûment justifiées ;
CONDAMNONS Madame [Q] [Z] à payer à Monsieur [E] [V] et Madame [W] [J] épouse [V] la somme de 3 009,41 euros à titre d’indemnité provisionnelle pour l’arriéré de loyers, charges locatives et indemnités d’occupation à la date du 14 janvier 2026 (échéance du mois de janvier 2026 incluse), avec intérêts au taux légal à compter de la date de la présente décision ;
CONDAMNONS Madame [Q] [Z] à payer à Monsieur [E] [V] et Madame [W] [J] épouse [V], à compter du 1er février 2026 l’indemnité d’occupation mensuelle ci-dessus fixée, jusqu’à libération effective des lieux ;
CONDAMNONS Madame [Q] [Z] aux dépens qui comprendront le coût du commandement de payer et du dénoncé à la CCAPEX ;
CONDAMNONS Madame [Q] [Z] à payer à Monsieur [E] [V] et Madame [W] [J] épouse [V] une indemnité de 700 euros en application des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile ;
REJETONS le surplus des demandes ;
RAPPELONS que la présente ordonnance est exécutoire de plein droit par provision ;
Ainsi jugé les jour, mois et an susdits.
La Greffière La Juge
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une clause résolutoire ?
Une clause résolutoire est une disposition dans un contrat de bail qui permet au bailleur de résilier le bail automatiquement en cas de non-paiement des loyers.
Comment se déroule une procédure d'expulsion ?
La procédure d'expulsion commence par un commandement de quitter les lieux, suivi d'une décision de justice si le locataire ne part pas volontairement.
Quels sont les droits d'un locataire en cas de non-paiement ?
Le locataire a le droit d'être informé des arriérés et de contester les demandes de résiliation ou d'expulsion devant le tribunal.
Quelles indemnités puis-je demander en tant que bailleur ?
En tant que bailleur, vous pouvez demander des indemnités d'occupation pour la période durant laquelle le locataire reste dans les lieux après la résiliation du bail.
Que faire si je reçois un commandement de payer ?
Si vous recevez un commandement de payer, il est important de réagir rapidement, soit en réglant la somme due, soit en contestant la demande devant le tribunal.
Une question similaire ? Posez-la à Justiweb
Notre IA juridique vous répond avec sources officielles et jurisprudence à jour.
Poser ma question
Important : Cette page présente une décision de justice à titre informatif.
Elle ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour votre situation spécifique,
consultez un avocat ou utilisez l'assistant Justiweb pour explorer vos questions juridiques.