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Tribunal judiciaire, ppp référés, 19 juin 2026 — n° 26/00507

Expulsion "ferme" ordonnée en référé (sans suspension des effets de la clause résolutoire)

Synthèse de la décision

Question juridique

Quelles sont les conditions et conséquences de la résiliation d'un bail d'habitation pour défaut de paiement des loyers ?

Principe retenu

La résiliation d'un bail d'habitation peut être constatée en cas de défaut de paiement des loyers, sous réserve de la notification préalable d'un commandement de payer. L'expulsion ne peut avoir lieu qu'après un délai de deux mois suivant la délivrance de ce commandement.

Faits clés

  • Un bail d'habitation a été consenti à Madame [O] [U] avec un loyer de 777,19 euros.
  • Un commandement de payer a été délivré à Madame [O] [U] pour un arriéré locatif de 8923,77 euros.
  • Madame [O] [U] n'a pas comparu à l'audience du 24 avril 2026.
  • La dette locative a été actualisée à 13449,98 euros au moment de l'audience.
  • L'assignation a été notifiée au représentant de l'État, mais aucun diagnostic social n'a été fourni.

Articles cités

article 24 de la loi du 26 juillet 1989 article 472 du Code de procédure civile

Exposé du litige

PROCÉDURE : Baux d’habitation - Demande en paiement des loyers et des charges et/ou tendant à faire prononcer ou constater la résiliation pour défaut de paiement ou défaut d’assurance et ordonner l’expulsion en date du 20 Janvier 2026 Articles 484 et suivants et 834 et suivants du Code de Procédure Civile EXPOSE DES FAITS ET DE LA PROCEDURE Par actes sous seing privé du 30 juin 2022 à effet du 6 juillet 2022, L’Office Public de L’Habitat GIRONDE HABITAT a consenti un bail d’habitation à Monsieur [D] [M] sur des locaux situés au [Adresse 6] [Adresse 7] [Localité 1] moyennant un loyer initial de 777,19 euros charges comprises. Par un avenant au contrat de bail du 26 mai 2023, le titulaire du contrat de bail est devenu Madame [O] [U]. Par acte de commissaire de justice du 17 novembre 2025, le bailleur a fait délivrer à la locataire un commandement de payer la somme principale de 8923,77 euros au titre de l’arriéré locatif dans un délai de deux mois, en visant la clause résolutoire. La caisse d’allocations familiales a été informée de la situation de Madame [O] [U] le 24 février 2025. Par assignation du 20 janvier 2026, l’OPH GIRONDE HABITAT a ensuite saisi le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Bordeaux en référé pour faire constater l’acquisition de la clause résolutoire, être autorisé à faire procéder à l’expulsion de Madame [O] [U] et obtenir sa condamnation au paiement des sommes suivantes : − une indemnité mensuelle d’occupation d’un montant égal à celui du loyer et des charges, à compter de la résiliation du bail et jusqu’à libération des lieux, − 10724,15 euros à titre de provision sur l’arriéré locatif arrêté au 20 janvier 2026, avec intérêts au taux légal à compter de la mise en demeure, − 150 euros sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile, outre les dépens. L’assignation a été notifiée au représentant de l’État dans le département le 21 janvier 2026 mais aucun diagnostic social et financier n’est parvenu au greffe avant l’audience. PRÉTENTIONS ET MOYENS DES PARTIES À l’audience du 24 avril 2026, GIRONDE HABITAT maintient l’intégralité de ses demandes, et précise que la dette locative, actualisée au 23avril 2026, s’élève désormais à 13449,98 euros. GIRONDE HABITAT considère enfin qu’il n’y a pas eu de reprise du paiement intégral du loyer courant avant l’audience, au sens de l’article 24 de la loi du 26 juillet 1989. Bien que régulièrement assignée par acte de commissaire de justice délivré à étude, Madame [O] [U] n’a pas comparu et ne s’est pas fait représenter. À l’issue des débats, la décision a été mise en délibéré jusqu’à ce jour, où elle a été mise à disposition des parties au greffe.

Motivations de la décision

MOTIVATION En application de l’article 472 du Code de procédure civile, si le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond, le juge ne faisant alors droit à la demande que dans la mesure où il l’estime régulière, recevable et bien fondée. I- Sur la demande de constat de la résiliation du bail 1.1 - Sur la recevabilité de la demande GIRONDE HABITAT justifie avoir notifié l’assignation au représentant de l’État dans le département plus de six semaines avant l’audience. Il justifie également avoir saisi la caisse d'allocations familiales deux mois au moins avant la délivrance de l’assignation. Son action est donc recevable au regard des dispositions de l’article 24 de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989. 1.2 - Sur la résiliation du bail Aux termes de l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989 modifié par la loi du 27 juillet 2023, tout contrat de bail d'habitation contient une clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie. Cette clause ne produit effet que six semaines après un commandement de payer demeuré infructueux. Cependant, ce délai légal d’acquisition de la clause résolutoire et d’apurement de la dette locative relève des effets légaux du contrat de bail uniquement lorsque celui-ci ne comporte pas de prévision contractuelle sur ce point. À l'inverse, lorsque le délai d’acquisition de la clause a été contractualisé, celui-ci ne peut plus être considéré comme un effet légal du contrat. Il y a lieu alors d’appliquer le délai contractuel, ce délai ne revêtant pas un impérieux motif d'intérêt général interdisant aux parties d'y déroger dans un sens favorable au locataire. En l’espèce, un commandement de payer reproduisant textuellement les dispositions légales et la clause résolutoire contenue dans le contrat de bail a été signifié au locataire le 17 novembre 2025. Or, d’après l'historique des versements, la somme de 8923,77 euros n’a pas été réglée par ce dernier dans le délai de deux mois suivant la signification de ce commandement et aucun plan d’apurement n’a été conclu dans ce délai entre les parties. Le bailleur est donc bien fondé à se prévaloir des effets de la clause résolutoire, dont les conditions sont réunies depuis le 18 janvier 2026. Il convient, en conséquence, d’ordonner à la locataire ainsi qu’à tous les occupants de son chef de quitter les lieux, et, pour le cas où les lieux ne seraient pas libérés spontanément, d’autoriser GIRONDE HABITAT à faire procéder à l’expulsion de toute personne y subsistant. Cependant, dès lors qu'aucune circonstance ne justifie la réduction du délai prévu à l’article L.412-1 du code des procédures civiles d’exécution, il convient de rappeler que l’expiration ne pourra avoir lieu qu’à l’expiration d’un délai de deux mois suivant la délivrance au locataire d’un commandement de quitter les lieux. II- Sur la dette locative Aux termes de l’article 835 du Code de procédure civile, dans les cas où l’existence de l’obligation n’est pas sérieusement contestable, le juge des contentieux de la protection saisi en référé peut accorder une provision au créancier, ou ordonner l’exécution de l’obligation même s’il s’agit d’une obligation de faire. En l’espèce, GIRONDE HABITAT verse aux débats un décompte démontrant qu’à la date du 23 avril 2026, Madame [O] [U] lui devait la somme de 13 449,98 euros, soustraction faite des frais de procédure, échéance de mars 2026 comprise. Madame [O] [U] n’apportant aucun élément de nature à remettre en cause ce montant, elle sera condamnée à payer cette somme au bailleur, à titre de provision, avec intérêts au taux légal à compter de la présente décision. III- Sur l’indemnité d’occupation En cas de maintien dans les lieux du locataire ou de toute personne de son chef malgré la résiliation du bail, une indemnité d’occupation sera due chaque mois à compter du 1er avril 2026. Au regard du montant actuel du loyer et des charges, son montant sera provisoirement fixé à la somme mensuelle de 913,69 euros (montant de l’échéance de mars 2026). L’indemnité d’occupation est payable et révisable dans les mêmes conditions que l’étaient le loyer et les charges et ne cessera d’être due qu’à la libération effective des locaux avec remise des clés à GIRONDE HABITAT ou à son mandataire. IV- Sur les frais de procédure et l’exécution provisoire Aux termes de l’article 700 du code de procédure civile, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l’autre partie la somme qu’il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens ; dans tous les cas, le juge tient compte de l’équité et de la situation économique de la partie condamnée. Madame [O] [U], qui succombe à la cause, sera condamnée aux dépens de la présente instance, conformément à l’article 696 du code de procédure civile. L’équité commande par ailleurs de faire droit à hauteur de 75 euros à la demande de GIRONDE HABITAT concernant les frais non compris dans les dépens, en application des dispositions précitées. Selon l’article 514 du code de procédure civile, les décisions de première instance sont de droit exécutoires à titre provisoire à moins que la loi ou la décision rendue n’en dispose autrement. La présente ordonnance sera donc assortie de l’exécution provisoire.

Dispositif

PAR CES MOTIFS La juge des contentieux de la protection, statuant après débats publics, par ordonnance mise à disposition au greffe, réputée contradictoire et en premier ressort, CONSTATE que la dette locative visée dans le commandement de payer du 17 novembre 2025 n’a pas été réglée dans le délai de deux mois ; CONSTATE, en conséquence, que le contrat conclu le 30 juin 2022 entre l’OPH GIRONDE HABITAT, d’une part, et Madame [O] [U], d’autre part, concernant les locaux situés au [Adresse 6] [Adresse 8] est résilié depuis le 18 janvier 2026 ; ORDONNE à Madame [O] [U] de libérer de sa personne, de ses biens, ainsi que de tous occupants de son chef, les lieux situés au [Adresse 6] [Adresse 7] [Localité 1] ainsi que le cas échéant, tous les lieux loués accessoirement au logement ; DIT qu’à défaut de libération volontaire, il pourra être procédé à son expulsion et à celle de tous occupants de son chef avec l’assistance de la force publique ; DIT que le sort des meubles sera régi conformément aux dispositions des articles L. 433-1 et L. 433-2 du Code des procédures civiles d’exécution ; RAPPELLE que l’expulsion ne pourra avoir lieu qu’hors période hivernale et à l’expiration d’un délai de deux mois suivant la délivrance d’un commandement d’avoir à quitter les lieux ; CONDAMNE Madame [O] [U] au paiement d’une indemnité d’occupation mensuelle égale au loyer et aux charges qui auraient été dus en cas de poursuite du bail, soit 913,69 euros (neuf cent treize euros et soixante-neuf centimes) par mois (montant de l’échéance du mois de mars 2026) à compter du 1er avril 2026 ; DIT que cette indemnité d’occupation, qui se substitue au loyer est payable et révisable dans les mêmes conditions que l’étaient le loyer et les charges, jusqu’à la libération effective des lieux et remise de clés au bailleur ou à son mandataire ; CONDAMNE Madame [O] [U] à payer à l’OPH GIRONDE HABITAT la somme de 13 449,98 euros (treize mille quatre cent quarante-neuf euros et quatre-vingt-dix-huit centimes) à titre de provision sur l’arriéré locatif et les indemnités d’occupation arrêté au 23 avril 2026, (échéance du mois de mars 2026 incluse) avec intérêts au taux légal à compter de la présente décision ; RAPPELLE que la présente ordonnance est exécutoire de droit à titre provisoire ; CONDAMNE Madame [O] [U] à payer la somme de 75 euros à l’OPH GIRONDE HABITAT au titre de l’article 700 du Code de procédure civile ; CONDAMNE Madame [O] [U] aux dépens comprenant notamment le coût du commandement de payer du 17 novembre 2025 et celui de l’assignation du 21 janvier 2026. Ainsi jugé par mise à disposition au greffe le 19 juin 2026, et signé par la juge et la greffière susnommées. La Greffière La Juge

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un commandement de payer ?
Un commandement de payer est un acte juridique par lequel le bailleur demande au locataire de régler les loyers dus dans un délai imparti, sous peine de résiliation du bail.
Quels sont les délais pour une expulsion après un commandement de payer ?
L'expulsion ne peut avoir lieu qu'après un délai de deux mois suivant la délivrance du commandement de quitter les lieux.
Que faire si je reçois un commandement de payer ?
Il est conseillé de régulariser la situation en payant les sommes dues ou de contacter un avocat pour explorer les options de contestation.
Quels sont les droits d'un locataire en cas de résiliation de bail ?
Le locataire a le droit d'être informé des procédures et de contester la résiliation devant le juge, notamment en prouvant un paiement ou en demandant un délai.
Comment se calcule l'indemnité d'occupation ?
L'indemnité d'occupation est généralement égale au montant du loyer et des charges dus, et est payable jusqu'à la libération effective des lieux.

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