Tribunal judiciaire, jex, 19 juin 2026 — n° 26/00176
Synthèse de la décision
Question juridique
Quelles sont les conditions pour accorder un délai de grâce avant expulsion d'un locataire en situation d'impayé ?
Principe retenu
Le juge de l'exécution peut accorder des délais renouvelables aux occupants de locaux d'habitation dont l'expulsion a été ordonnée, sous certaines conditions. Le maintien de ce délai est subordonné au paiement de l'indemnité d'occupation mensuelle.
Faits clés
- Bail consenti à Mme [X] [W] et M. [A] [R] pour un local d'habitation.
- Jugement du 4 avril 2024 ordonnant l'expulsion pour arriérés de loyer.
- Commandement de quitter les lieux délivré le 5 février 2026 pour nouveaux impayés.
- Demande de délai pour quitter les lieux formulée par Mme [X] [W] le 25 mars 2026.
- Accord entre les parties pour un délai de 5 mois conditionné au paiement de l'indemnité d'occupation.
Articles cités
article L. 412-3 du code des procédures civiles d'exécution
article 696 du code de procédure civile
Exposé du litige
Exposé du litige
Suivant acte sous seing privé du 10 avril 2014, [Localité 3] Métropole Habitat a consenti à M. [A] [R] et Mme [X] [W] un bail portant sur le local d’habitation situé [Adresse 6] à [Localité 3], moyennant un loyer actualisé au jugement d’expulsion à un montant de 647,52 euros, charges comprises.
Par un jugement du 4 avril 2024, le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Lille, saisi par le bailleur en résolution du bail, a notamment :
-constaté l’acquisition de la clause résolutoire stipulée au bail,
-condamné Mme [X] [W] et M. [A] [R] à payer la somme de 6.095,86 euros au titre de l’arriéré locatif arrêté au 8 mars 2024,
-autorisé Mme [X] [W] et M. [A] [R] à se libérer de cette dette par mensualités de 100 euros,
-suspendu l’effet de la clause résolutoire pendant l’exécution des délais et dit qu’elle sera réputée n’avoir jamais joué si les délais sont respectés,
-à défaut, dit que l’intégralité de la somme restant due deviendra immédiatement exigible et la clause résolutoire sera acquise, ordonné l’expulsion de Mme [X] [W] et fixé une indemnité mensuelle d’occupation de 647,52 euros, charges comprises.
Ce jugement a été signifié à Mme [X] [W] le 16 janvier 2025.
Par acte de commissaire de justice en date du 5 février 2026, [Localité 3] Métropole Habitat a fait délivrer à Mme [X] [W] un commandement de quitter les lieux suite à de nouveaux impayés.
Par requête reçue au greffe le 25 mars 2026, Mme [X] [W] a sollicité l’octroi d’un délai à la mesure d’expulsion.
Les parties ont été invitées à comparaître devant ce tribunal à l’audience du 22 mai 2022.
Lors de cette audience, Mme [X] [W] et M. [A] [R], intevenant volontairement à la procédure, représentés par leur conseil, ont sollicité l’homologation d’un accord accordant un délai pour quitter les lieux de cinq mois conditionné au paiement de l’indemnité d’occupation mensuelle.
Lille Métropole Habitat, représenté par sa préposée, a sollicité l’homologation de l’accord.
L’affaire a été mise en délibéré au 19 juin 2026.
Motivations de la décision
Motifs de la décision
Sur la demande de délais pour quitter les lieux.
Aux termes de l’article L. 412-3 du code des procédures civiles d'exécution, « le juge de l'exécution peut accorder des délais renouvelables aux occupants de locaux d'habitation ou de locaux à usage professionnel dont l'expulsion aura été ordonnée judiciairement chaque fois que le relogement des intéressés ne pourra avoir lieu dans des conditions normales. »
Par ailleurs, en application de l’article L. 412-4 du même code, « Pour la fixation de la durée de ces délais qui ne peuvent être inférieurs à un mois et supérieurs à un an, il est tenu compte de la bonne ou mauvaise volonté manifestée par l'occupant dans l'exécution de ses obligations, des situations respectives du propriétaire et de l'occupant, notamment en ce qui concerne l'âge, l'état de santé, la qualité de sinistré par faits de guerre, la situation de famille ou de fortune de chacun d'eux, les circonstances atmosphériques, ainsi que des diligences que l'occupant justifie avoir faites en vue de son relogement. Il est également tenu compte du droit à un logement décent et indépendant, des délais liés aux recours engagés selon les modalités prévues aux articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation et du délai prévisible de relogement des intéressés. »
En l’espèce, [Localité 3] Métropole Habitat consent à laisser à Mme [X] [W] et M. [A] [R] un délai de cinq mois pour quitter les lieux.
Mme [X] [W] et M. [A] [R] s’engagent à payer les indemnités d’occupation mensuelle pendant les délais pour quitter les lieux consentis.
Il y a lieu d’entériner l’accord des parties.
Sur les mesures accessoires
Aux termes de l'article 696 du code de procédure civile, la partie perdante est condamnée aux dépens, à moins que le juge, par décision motivée, n'en mette la totalité ou une fraction à la charge d'une autre partie.
S’agissant d’une mesure de faveur, Mme [X] [W] et M. [A] [R] seront condamnés aux dépens.
Par ces motifs
Le juge de l’exécution, statuant par jugement prononcé par mise à disposition au greffe, contradictoire et susceptible d’appel,
ACCORDE à Mme [X] [W] et M. [A] [R] un délai de 5 mois pour quitter les lieux à compter de la date de ce jugement ;
DIT que le maintien du bénéfice de ce délai est subordonné au paiement de l’indemnité d’occupation mensuelle ;
DIT que ce paiement devra intervenir au plus tard le 15 de chaque mois, et pour la première fois avant le 15 du mois suivant la notification du jugement ;
DIT qu’en cas de défaut de paiement, même partiel, d’une mensualité, et après une mise en demeure restée sans effet pendant quinze jours, le délai sera caduc et l’expulsion pourra être poursuivie ;
CONDAMNE Mme [X] [W] et M. [A] [R] aux dépens ;
RAPPELLE que le présent jugement est immédiatement exécutoire, le délai d’appel et l’appel lui-même des décisions du juge de l’exécution n’ayant pas d’effet suspensif en application de l’article R. 121-21 du code des procédures civiles d’exécution ;
LE GREFFIER LE JUGE DE L’EXÉCUTION
Sophie ARES Nicolas VERMEULEN
Tribunal judiciaire de Lille N° RG 26/00176 - N° Portalis DBZS-W-B7K-2TSK
[S]
N° RG 26/00176 - N° Portalis DBZS-W-B7K-2TSK
[X] [W] épouse [R] C/ E.P.I.C. [Localité 3] METROPOLE HABITAT OPH
Dispositif
EN CONSÉQUENCE
LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE MANDE ET ORDONNE
A tous huissiers/commissaires de justice sur ce requis de mettre les présentes à exécution ;
Aux Procureurs Généraux et aux Procureurs de la République près les Tribunaux Judiciaires d’y tenir la main ;
A tous Commandants et Officiers de la force publique d’y prêter main-forte lorsqu’ils en seront légalement requis ;
En foi de quoi les présentes ont été signées et scellées du sceau du Tribunal ;
POUR EXPÉDITION CONFORME
Le Greffier
Sophie ARES
Vu pour 4 Pages, celle-ci incluse.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un délai de grâce en matière d'expulsion ?
Un délai de grâce est une période accordée par le juge pour permettre au locataire de quitter les lieux sans être expulsé immédiatement, souvent conditionnée au paiement des loyers dus.
Comment le juge décide-t-il d'accorder un délai avant l'expulsion ?
Le juge examine la situation financière du locataire et les circonstances de l'impayé pour déterminer si un délai est justifié.
Que se passe-t-il si je ne respecte pas les conditions du délai accordé ?
Si les conditions ne sont pas respectées, le délai devient caduc et l'expulsion peut être poursuivie sans autre forme de procès.
Puis-je demander un délai supplémentaire après l'expiration du premier délai ?
Il est possible de demander un nouveau délai, mais cela dépendra des circonstances et de la décision du juge.
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