Tribunal judiciaire, jcp referes, 16 juin 2026 — n° 26/01414
Synthèse de la décision
Question juridique
Quelles sont les conséquences d'un paiement de loyer effectué en cours de procédure sur une demande de résiliation de bail et d'expulsion ?
Principe retenu
Le paiement de la dette locative en cours de procédure entraîne la caducité des demandes de résiliation de bail et d'expulsion. La demande d'indemnité d'occupation devient également sans objet si le loyer est acquitté.
Faits clés
- Monsieur [Z] [Q] a signé un bail d'habitation avec l'EPIC [Localité 2] METROPOLE HABITAT.
- Des loyers sont restés impayés, entraînant un commandement de payer.
- Monsieur [Z] [Q] a payé sa dette locative pendant la procédure.
- L'EPIC [Localité 2] METROPOLE HABITAT a demandé la résiliation du bail et l'expulsion.
- Le juge a constaté que la dette avait été acquittée et a rejeté les demandes de résiliation et d'expulsion.
Articles cités
article 700 du Code de procédure civile
article 835 du Code de procédure civile
Exposé du litige
EXPOSE DU LITIGE
Par acte du 6 juillet 2022, à effet au même jour, l’EPIC [Localité 2] METROPOLE HABITAT a donné à bail à Monsieur [Z] [Q], un bien à usage d’habitation, situé [Adresse 6][Adresse 7]E à [Localité 4], pour un loyer de 319,88 euros, outre une provision mensuelle de charges d’un montant de 60,17 euros.
Des loyers étant demeurés impayés, l’EPIC [Localité 2] METROPOLE HABITAT a fait signifier le 30 septembre 2025 un commandement de payer se prévalant de la résiliation du bail à défaut de régularisation de la dette.
Le 05 janvier 2026, l’EPIC [Localité 2] METROPOLE HABITAT a fait assigner Monsieur [Z] [Q] devant le juge des contentieux de la protection de [Localité 2] statuant en référé à l’audience du 14 avril 2026 en lui demandant de :
- constater la résiliation de plein droit du bail, conformément à la clause résolutoire qui y est insérée,
- ordonner son expulsion immédiate et celle de tous occupants de son chef, au besoin avec l’assistance de la [Localité 5] Publique,
- condamner le requis par application des dispositions de l’article 835 du CPC alinéa 2 à lui payer :
• la somme provisionnelle de 1.926,90 euros, ainsi qu’au paiement des échéances postérieures impayées s’il y a lieu,
• une indemnité d’occupation mensuelle fixée provisionnellement au montant du loyer et charges à compter du jour où le bail s’est trouvé résilié et jusqu’à la libération effective des lieux ainsi que celui de tout occupant de son chef,
• autoriser en cas de départ volontaire de l’occupant et d’abandon du mobilier à séquestrer les meubles se trouvant dans les lieux ou à les faire stocker en garde meubles aux frais des défendeurs,
• condamner au paiement de la somme de 150.00 Euros sur le fondement de l’article 700 du Code de procédure Civile et en tous les frais et dépens de l’instance, sur le fondement de l’article 696 du Code de Procédure Civile.
L’affaire a été débattue à l’audience du 14 avril 2025.
Lors des débats, l’EPIC [Localité 2] METROPOLE HABITAT, régulièrement représenté, indique oralement se désister de l’instance tout en maintenant ses demandes au titre des dépens et de l’article 700 du code de procédure civile.
Monsieur [Z] [Q], qui comparaît en personne, expose qu’actuellement en arrêt maladie – ce dont il justifie – sa situation financière ne lui permet pas de payer les frais de procédure sollicités en demande. Toutefois, il sollicite, s’il devait être condamné, à les payer selon un échéancier de paiement pour un montant maximum de 20 euros par mois.
La juridiction n’a pas été destinataire d’un diagnostic social et financier.
À l’issue de l’audience, la date du délibéré a été fixée au 16 juin 2026.
Motivations de la décision
MOTIFS DE LA DÉCISION
- Sur la compétence du juge des référés
En application des articles 834 et 835 du code de procédure civile, le juge des contentieux de la protection, dans les limites de sa compétence, d'abord, peut, dans tous les cas d'urgence, ordonner en référé toutes les mesures qui ne se heurtent à aucune contestation sérieuse ou que justifie l'existence d'un différend et peut toujours, même en présence d'une contestation sérieuse, prescrire en référé les mesures conservatoires ou de remise en état qui s'imposent, soit pour prévenir un dommage imminent, soit pour faire cesser un trouble manifestement illicite et, ensuite, peut, dans les cas où l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable, accorder une provision au créancier ou ordonner l'exécution de l'obligation même s'il s'agit d'une obligation de faire.
En l'espèce, tendant à constater l'extinction du bail et à permettre au bailleur de récupérer en conséquence un bien occupé sans droit ni titre, l'action est fondée sur un trouble manifestement illicite. En outre, le juge des référés dispose du pouvoir d'accorder une provision, sauf contestation sérieuse.
- Sur la recevabilité de l'action
L’EPIC [Localité 2] METROPOLE HABITAT justifie avoir saisi la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives, par la voie électronique, le 1er octobre 2025, deux mois au moins avant la délivrance de l’assignation du 05 janvier 2026, conformément aux dispositions de l’article 24 II de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989.
Par ailleurs, une copie de l’assignation a été notifiée à la préfecture de la Haute-Garonne par la voie électronique le 06 janvier 2026, soit plus de six semaines avant l’audience, conformément aux dispositions de l’article 24, III, de cette loi, dans sa rédaction applicable au litige.
L’action est donc recevable au regard de ces dispositions.
- Sur la résiliation du contrat de bail, l'expulsion et l’arriéré locatif
A l’audience, l’EPIC [Localité 2] METROPOLE HABITAT a indiqué renoncer aux demandes principales de résiliation, d’expulsion et de condamnation en paiement de la dette locative, Monsieur [Z] [Q] s’étant acquitté de la totalité de la dette au jour de l’audience.
Il convient par conséquent, de constater le désistement du chef de ses demandes.
Subséquemment, la demande de condamnation au paiement d’une indemnité d’occupation mensuelle est devenue sans objet.
- Sur les dépens de l’instance et l'article 700 du Code de procédure civile
Aux termes de l'article 696 du Code de procédure civile, la partie perdante est condamnée aux dépens, à moins que le juge, par décision motivée, n'en mette la totalité ou une fraction à la charge d'une autre partie.
Au vu des pièces produites, la présente procédure ayant été rendue nécessaire par un défaut de paiement des loyers et charges qui ont été régularisés postérieurement à la délivrance de l’assignation en justice, Monsieur [Z] [Q] sera condamné aux dépens qui comprendront notamment le coût du commandement de payer, ainsi que le coût de l’assignation et de sa notification à la préfecture.
Aux termes de l’article 700 du Code de procédure civile, le juge condamne la partie tenue aux dépens à payer à l’autre partie, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, la somme qu’il détermine en tenant compte de l’équité.
L’équite commande de condamner Monsieur [Z] [Q] à verser à l’EPIC [Localité 2] METROPOLE HABITAT la somme de 100 euros en application de ces dispositions.
Monsieur [Z] [Q] a fait une demande en délais de paiement des frais de l’article 700 du Code de procédure civile et des dépens à hauteur de 20 euros par mois.
Ainsi, en application des dispositions de l’article 1343-5 du code civil, il y a lieu d'accorder à Monsieur [Z] [Q] des délais de paiement pour régler les dépens et l'indemnité ci-dessus allouée, selon les modalités prévues au dispositif de la présente ordonnance, en raison de sa situation financière et en considération du fait que l’EPIC [Localité 2] METROPOLE HABITAT, professionnel du logement, ne voit pas ses besoins compromis par un tel réaménagement de la créance.
La présente décision est de plein droit exécutoire à titre provisoire.
PAR CES MOTIFS
Statuant en qualité de juge des contentieux de la protection, publiquement, en référé, par ordonnance mise à disposition au greffe, contradictoire et en premier ressort :
CONSTATONS que la dette locative a été acquittée en cours de procédure par Monsieur [Z] [Q] et que l’EPIC [Localité 2] METROPOLE HABITAT ne maintient pas ses demandes relatives au constat de la résiliation du bail, à l'expulsion et à l’arriéré locatif;
Dispositif
CONSTATONS que la demande de condamnation au paiement d’une indemnité mensuelle d’occupation est devenue sans objet ;
CONDAMNONS Monsieur [Z] [Q] aux dépens qui comprendront le coût du commandement de payer, ainsi que le coût de l'assignation et de la notification de l'assignation au représentant de l'État ;
CONDAMNONS Monsieur [Z] [Q] à payer à l’EPIC [Localité 2] METROPOLE HABITAT une indemnité de 100 euros en application des dispositions de l'article 700 du Code de procédure civile ;
ACCORDONS à Monsieur [Z] [Q] des délais de paiement pour régler les dépens et l'indemnité ci-dessus allouée ;
L’AUTORISONS à s'acquitter de sa dette selon un échéancier mensuel de 20 euros dans la limite de 24 mois, la dernière mensualité étant majorée du solde des frais et intérêts ;
DISONS que chaque mensualité devra intervenir avant le 10 de chaque mois et pour la première fois avant le 10 du mois suivant la signification de la présente ordonnance ;
DISONS qu'en cas de défaut de paiement, pendant le cours des délais accordés, d'une mensualité due, le solde de la dette sera immédiatement exigible ;
REJETONS les plus amples demandes des parties ;
RAPPELONS que la présente ordonnance est de plein droit exécutoire à titre provisoire ;
Ainsi jugé et mis à disposition, les jour, mois et an susdits.
LE GREFFIER LE JUGE
Questions fréquentes
Que se passe-t-il si je paie mon loyer après avoir reçu un commandement de payer ?
Le paiement de votre loyer en cours de procédure annule les demandes de résiliation de bail et d'expulsion, car la dette est considérée comme réglée.
Puis-je être expulsé si j'ai réglé mes arriérés de loyer ?
Non, si vous avez payé vos arriérés, l'EPIC [Localité 2] METROPOLE HABITAT ne peut pas demander votre expulsion.
Quels frais dois-je payer si je suis condamné aux dépens ?
Vous devrez payer les frais liés au commandement de payer, à l'assignation et à la notification de l'assignation.
Comment fonctionne l'échelonnement des paiements en cas de dettes locatives ?
Vous pouvez demander un échéancier de paiement, par exemple, 20 euros par mois pendant 24 mois, avec des conditions spécifiques sur les délais.
Quelles sont les conséquences d'un paiement de loyer sur une demande d'expulsion ?
Le paiement de votre loyer annule la demande d'expulsion, car cela prouve que vous avez régularisé votre situation.
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