Tribunal judiciaire, j.e.x, 23 juin 2026 — n° 26/02970
Synthèse de la décision
Question juridique
Quelles sont les conditions d'octroi d'un délai pour quitter un logement en cas de dettes locatives?
Principe retenu
Le juge peut accorder un délai pour quitter un logement occupé sous condition de paiement des indemnités d'occupation. En cas de non-respect des conditions de paiement, le bailleur peut reprendre la procédure d'expulsion sans autre formalité.
Faits clés
- Madame [M] [P] [S] a une dette locative de 4.274,80 € au 1er mai 2026.
- Un commandement de quitter les lieux a été délivré le 3 novembre 2025.
- Le juge a accordé un délai de 12 mois pour quitter le logement.
- Le délai est conditionné au paiement des indemnités d'occupation mensuelles.
- La décision est exécutoire par provision de plein droit.
Articles cités
article L 412-1 du code des procédures civiles
article L 412-3 du code des procédures civiles
article 696 du code de procédure civile
article R 121-21 du code des procédures civiles d'exécution
Motivations de la décision
EXPOSE DU LITIGE
Par jugement en date du 28 mars 2025, le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Lyon a notamment :
- condamné [M] [P] [S] à payer à la SA d'HLM SFHE la somme de 4.576,26 € correspondant au montant des loyers et charges dus jusqu'au mois de novembre selon état de créance du 2 décembre 2024 ;
- constaté qu'est encourue la résiliation du bail consenti par la SA d'HLM SFHE à [M] [P] [S] sur les locaux à usage d'habitation sis [Adresse 5] à [Localité 3] par application de la clause de résiliation de plein droit ;
- autorisé [M] [P] [S] à s'acquitter de sa dette locative par mensualités de 130 €, la première mensualité étant exigible au plus tard le 15 du mois suivant celui de la signification du jugement, les échéances ultérieures au plus tard le 15 de chaque mois suivant et la 36ème mensualité correspondant au solde de la dette ;
- dit que, pendant ces délais ainsi accordés, les effets de la clause de résiliation de plein droit sont suspendus ;
- dit que si [M] [P] [S] règle sa dette conformément aux délais accordés et s'acquitte du loyer courant pendant le cours de ces délais, la clause de résiliation de plein droit sera réputée ne pas avoir joué et le bail se poursuivra ;
- en revanche, si [M] [P] [S] ne règle pas sa dette conformément aux délais accordés ou ne paie pas le loyer pendant le cours de ces délais ;
" dit que la clause résolutoire reprendra son plein effet et que le bail sera résilié à compter du 22 mai 2024 huit jours après l'envoi d'une lettre recommandée de mise en demeure restée infructueuse ;
" ordonné la libération des lieux et, à défaut, l'expulsion de [M] [P] [S], tant de sa personne que de ses biens, ainsi que de celle de tous occupants de son chef, au besoin avec l'assistance de la force publique, deux mois après la signification d'un commandement de quitter les lieux ;
" condamné [M] [P] [S] à payer à la SA d'HLM SFHE, à compter de la date de résiliation jusqu'à la libération effective des lieux, une indemnité d'occupation équivalente au montant du loyer et des charges qui auraient été dus en l'absence de cessation du bail.
Le 3 novembre 2025, un commandement de quitter les lieux a été délivré à [M] [P] [S] à la requête de la SA d'HLM SFHE.
Par requête reçue au greffe le 12 mars 2026, [M] [P] [S] a saisi le juge de l'exécution du tribunal judiciaire de Lyon d'une demande de délai de 12 mois pour quitter le logement occupé au [Adresse 5] à Lyon 9ème.
L'affaire, après avoir été renvoyée, a été évoquée à l'audience du 26 mai 2026.
A l'audience, les parties, représentée chacune par un conseil, se sont accordées sur le fait que la dette locative s'élevait à la somme de 4.274,80 € au 1er mai 2026, mois d'avril inclus, et l'octroi d'un délai à expulsion de 12 mois.
A l'issue des débats, la décision a été mise en délibéré au 23 juin 2026, date à laquelle elle a été rendue par mise à disposition au greffe.
EXPOSE DES MOTIFS
Sur la demande de délai pour quitter les lieux
Il résulte des articles L 412-1 et L 412-3 du code des procédures civiles d'exécution que le juge peut accorder des délais renouvelables aux occupants de lieux habités ou de locaux à usage professionnel, dont l'expulsion a été ordonnée judiciairement, chaque fois que le relogement des intéressés ne pourra avoir lieu dans des conditions normales, sans que lesdits occupants aient à justifier d'un titre à l'origine de l'occupation.
Par ailleurs, l'article L 412-4 du code des procédures civiles d'exécution dispose que la durée des délais prévus à l'article L 412-3 ne peut en aucun cas être inférieure à un mois ni supérieure à un an et que pour la fixation des délais, il doit être tenu compte de la bonne ou mauvaise volonté manifestée par l'occupant dans l'exécution de ses obligations, des situations respectives du propriétaire et de l'occupant, notamment en ce qui concerne l'âge, l'état de santé, la qualité de sinistré par faits de guerre, la situation de famille ou de fortune de chacun d'eux, les circonstances atmosphériques, ainsi que des diligences que l'occupant justifie avoir faites en vue de son relogement. Il est également tenu compte du droit à un logement décent et indépendant, des délais liés aux recours engagés selon les modalités prévues aux articles L 441-2-3 et L 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation et du délai prévisible de relogement des intéressés.
Il résulte de ces textes et plus particulièrement des articles L412-1 et L412-3 du code des procédures civiles d'exécution que, hors cas d'introduction dans les locaux à l'aide de manœuvres, de menaces, de voies de fait ou de contrainte, des délais peuvent être accordés, chaque fois que le relogement des intéressés ne peut avoir lieu dans des conditions normales.
Il appartient ainsi au juge de respecter un juste équilibre entre deux revendications contraires en veillant à ce que l'atteinte au droit du propriétaire soit proportionnée et justifiée par la sauvegarde des droits des occupants, dès lors que ces derniers apparaissent légitimes.
Il y a lieu de rechercher si la situation personnelle de [M] [P] [S] lui permet de bénéficier de délais avant l'expulsion, qui doit être entreprise et dont le principe n'est pas contestable.
Cette demande doit reposer sur des éléments sérieux relatifs à la bonne volonté de l'occupant et surtout à ses difficultés de relogement.
En l'espèce, [M] [P] [S], en l'affection longue durée suite à un diagnostic de cancer, occupe seule le logement. Elle a dégagé en 2024 un revenu fiscal de référence de 42 €. Elle s'est vue notifier le 17 février 2026 une pension d'invalidité pour un montant annuel de 9.275,01 €. Elle s'est vue notifier le 23 avril 2026 son licenciement pour inaptitude professionnelle. Elle a déposé une demande de logement social le 16 octobre 2004 qui a été renouvelée le 20 septembre 2025, un dossier pour être reconnue prioritaire pour un droit au logement social le 3 mars 2026 dans le cadre de la procédure DALO. Elle a déposé un dossier au titre du FSL.
La bonne volonté de [M] [P] [S], en situation difficile par ailleurs, en tant qu'occupant des lieux est établie.
Dispositif
En conséquence, la République française mande et ordonne à tous huissiers de justice, sur ce requis, de mettre ladite décision à exécution, aux procureurs généraux et aux procureurs de la République près les tribunaux judiciaires d'y tenir la main, à tous commandants et officiers de la force publique de prêter main-forte lorsqu'ils en seront légalement requis.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une expulsion locative?
L'expulsion locative est la procédure par laquelle un bailleur demande au juge de faire quitter un logement à un locataire en raison de non-paiement de loyer ou d'autres manquements au contrat de bail.
Comment puis-je obtenir un délai pour quitter mon logement?
Vous devez saisir le juge de l'exécution et justifier votre demande en expliquant vos difficultés financières et en proposant un plan de paiement pour vos dettes locatives.
Quelles sont les conséquences d'un non-paiement de loyer?
Le non-paiement de loyer peut entraîner une procédure d'expulsion, des frais d'indemnité d'occupation, et éventuellement des poursuites judiciaires pour récupérer les sommes dues.
Que se passe-t-il si je ne respecte pas le délai accordé par le juge?
Si vous ne respectez pas le délai, le bailleur peut reprendre la procédure d'expulsion sans autre formalité et vous serez contraint de quitter les lieux.
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