Tribunal judiciaire, chambre des référés, 23 juin 2026 — n° 26/00291
Synthèse de la décision
Question juridique
Quelles sont les conditions d'acquisition de la clause résolutoire d'un bail commercial et les conséquences de cette acquisition ?
Principe retenu
La juridiction des référés peut constater l'acquisition de la clause résolutoire d'un bail commercial sans avoir à caractériser l'urgence. La résiliation de plein droit d'un bail est effective dès l'acquisition de la clause résolutoire.
Faits clés
- Bail commercial signé entre la société ALLIANZ PIERRE et la société SONERGY GROUPE le 28 et 29 septembre 2023.
- La société ALLIANZ PIERRE a assigné SONERGY GROUPE en référé pour constater l'acquisition de la clause résolutoire.
- La résiliation du bail a été prononcée à la date du 16 février 2026.
- Demande d'expulsion de la locataire et de tous occupants des locaux loués.
- Condamnation de SONERGY GROUPE à payer des loyers et charges impayés s'élevant à 44 763,29 euros.
Articles cités
article L. 145-41 du code de commerce
article 834 du code de procédure civile
Exposé du litige
EXPOSE DU LITIGE
Selon acte sous seing privé des 28 et 29 septembre 2023, la société ALLIANZ PIERRE a donné à bail commercial à la société SONERGY GROUPE les locaux sis [Adresse 3] [Localité 4].
Par acte de Commissaire de Justice en date du 27 février 2026, la société ALLIANZ PIERRE a fait assigner en référé la société SONERGY GROUPE devant le Tribunal judiciaire de Versailles afin de voir:
- constater l'acquisition de la clause résolutoire et la résiliation de plein droit du bail,
- ordonner l’expulsion de la locataire ainsi que toute personne se trouvant dans les lieux de son chef, si besoin avec le concours de la force publique et d'un serrurier,
- ordonner la séquestration des meubles laissés dans les lieux, aux frais, risques et péril de la locataire,
- condamner la locataire à lui payer la somme provisionnelle de 44 763,29 euros au titre des loyers et charges dus, arrêtée au 1er trimestre 2026 inclus,
- condamner la locataire à lui payer à titre de provision une indemnité d’occupation trimestrielle égale au montant conventionnel du loyer révisé, charges, taxes et accessoires en sus, jusqu’à l’ordonnance à intervenir, puis une indemnité d’occupation journalière égale à 150 % du loyer journalier TTC, jusqu' à la complète libération des locaux,
- condamner la locataire à lui payer à titre de provision la somme de 61,34 euros en remboursement de l’état des inscriptions des privilèges et nantissements,
- condamner la locataire à lui payer la somme de 3000 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile, outre aux dépens.
La défenderesse n'est pas représentée.
La décision a été mise en délibéré au 23 juin 2026.
Motivations de la décision
MOTIFS
Sur la demande d’acquisition de la clause résolutoire et la demande d’expulsion
Aux termes de l’article 834 du code de procédure civile : « Dans tous les cas d'urgence, le président du tribunal judiciaire peut ordonner en référé toutes les mesures qui ne se heurtent à aucune contestation sérieuse ou que justifie l'existence de différents ».
La juridiction des référés n'est toutefois pas tenue de caractériser l'urgence au sens de l'article 834, pour constater l'acquisition de la clause résolutoire et la résiliation d'un droit au bail.
Aux termes de l'article L. 145-41 du code de commerce, "toute clause insérée dans le bail prévoyant la résiliation de plein droit ne produit effet qu'un mois après un commandement demeuré infructueux. Le commandement doit, à peine de nullité, mentionner ce délai. Les juges saisis d'une demande présentées dans les formes et conditions prévues à l'article 1343-5 du code civil peuvent, en accordant des délais suspendre la réalisation et les effets de résiliation, lorsque la résiliation n'est pas constatée ou prononcée par une décision de justice ayant acquis l'autorité de la force jugée. La clause résolutoire ne joue pas, si le locataire se libère dans les conditions fixées par le juge".
Le bail stipule qu’à défaut de paiement d'une seule quittance à son échéance exacte le bailleur aura a faculté de résilier de plein droit le bail un mois après la délivrance d’un commandement de payer demeuré infructueux.
La bailleresse justifie par la production du commandement de payer du 15 janvier 2026 que la locataire a cessé de payer ses loyers.
Le commandement de payer, délivré dans les formes prévues à l’article L 145-41 du code de commerce le 15 janvier 2026 étant demeuré infructueux, le bail s’est trouvé résilié de plein droit un mois après.
L’obligation de la locataire ainsi que celle de tous occupants de son chef de quitter les lieux n'étant dès lors pas contestable, il convient d’accueillir la demande d’expulsion si besoin avec le concours de la force publique.
Les meubles se trouvant sur place devront être déposés et séquestrés dans un lieu choisi par la bailleresse aux frais, risques et péril de la locataire, conformément aux dispositions des articles L 433-1 et suivants du code des procédures civiles d'exécution.
Sur le paiement provisionnel de la dette locative et de l’indemnité d’occupation
Aux termes de l’article 835 alinéa 2 du Code de procédure civile, « Le président du tribunal judiciaire peut toujours, dans les cas où l’existence de l’obligation n’est pas sérieusement contestable, accorder une provision au créancier, ou ordonner l’exécution de l’obligation même s’il s’agit d’une obligation de faire. ».
L'article 1103 du Code civil dispose que les contrats légalement formés tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits. L'article 1104 ajoute que les contrats doivent être négociés, formés et exécutés de bonne foi. Cette disposition est d'ordre public.
L’article 1728 du même code dispose que le preneur est tenu de deux obligations principales :
1° D'user de la chose louée raisonnablement, et suivant la destination qui lui a été donnée par le bail, ou suivant celle présumée d'après les circonstances, à défaut de convention ;
2° De payer le prix du bail aux termes convenus.
En l’espèce, la dette locative n’est pas sérieusement contestable, comme cela résulte du décompte produit.
Il convient de condamner la société SONERGY GROUPE à payer à la société ALLIANZ PIERRE à titre provisionnel une indemnité d'occupation d'un montant correspondant à celui d'un loyer mensuel conventionnel augmenté des charges et accessoires à compter du 16 février 2026 et jusqu'à la libération effective des lieux loués.
Il y a lieu de condamner la société SONERGY GROUPE à payer à la société ALLIANZ PIERRE la somme provisionnelle de 44 763,29 euros correspondant aux loyers, et charges ou indemnités d’occupation impayés arrêtés au 1er trimestre 2026 inclus, augmentée des intérêts de retard au taux légal à compter de la signification de la présente ordonnance.
Sur l’article 700 du code de procédure civile et les dépens
Il convient de condamner la défenderesse, partie succombante, à payer à la demanderesse la somme de 2000 euros, sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile.
La défenderesse, qui succombe, supportera la charge des entiers dépens, comprenant notamment le coût du commandement de payer et les inscriptions de privilèges et nantissements.
PAR CES MOTIFS
Nous, Gaële FRANCOIS-HARY, Première Vice-Présidente, statuant en référé, par mise à disposition au greffe, par décision réputée contradictoire et en premier ressort,
Constatons l’acquisition de la clause résolutoire du bail commercial du 28 et 29 septembre 2023 et la résiliation de ce bail à la date du 16 février 2026,
Ordonnons, si besoin avec le concours de la force publique, l'expulsion de la locataire et celle de tous occupants de son chef des locaux loués, sis [Adresse 4],
Dispositif
Ordonnons que les meubles se trouvant sur place devront être déposés dans un lieu choisi par la bailleresse aux frais risques et péril de la locataire conformément aux dispositions des articles L 433-1 et suivants du code des procédures civiles d'exécution,
Condamnons la société SONERGY GROUPE à payer à la société ALLIANZ PIERRE à titre provisionnel une indemnité d'occupation d'un montant correspondant à celui d'un loyer mensuel conventionnel augmenté des charges et accessoires à compter du 16 février 2026 et jusqu'à la libération effective des lieux loués,
Condamnons la société SONERGY GROUPE à payer à la société ALLIANZ PIERRE la somme provisionnelle de 44 763,29 euros correspondant aux loyers, et charges ou indemnités d’occupation impayés arrêtés au 1er trimestre 2026 inclus, augmentée des intérêts de retard au taux légal à compter de la signification de la présente ordonnance,
Condamnons la société SONERGY GROUPE à payer à la société ALLIANZ PIERRE la somme de 2000 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile,
Condamnons la société SONERGY GROUPE au paiement des dépens comprenant notamment le coût du commandement de payer et les inscriptions de privilèges et nantissements.
Prononcé par mise à disposition au greffe le VINGT TROIS JUIN DEUX MIL VINGT SIX par Gaële FRANÇOIS-HARY, Première Vice-Présidente, assistée de Wallis REBY, Greffier, lesquelles ont signé la minute de la présente décision.
Le Greffier La Première Vice-Présidente
Wallis REBY Gaële FRANÇOIS-HARY
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une clause résolutoire dans un bail commercial ?
Une clause résolutoire permet au bailleur de résilier le bail de plein droit en cas de non-respect des obligations par le locataire, notamment le non-paiement des loyers.
Comment se passe une expulsion pour non-paiement de loyer ?
L'expulsion se fait par décision de justice, souvent après une procédure en référé, et peut nécessiter le recours à la force publique si le locataire refuse de quitter les lieux.
Quels sont les droits du bailleur en cas de loyers impayés ?
Le bailleur peut demander la résiliation du bail, l'expulsion du locataire, et le paiement des loyers dus ainsi que des indemnités d'occupation.
Quelles sont les conséquences d'une résiliation de bail commercial ?
La résiliation entraîne la perte du droit d'occupation des locaux par le locataire et peut donner lieu à des demandes d'indemnités pour le bailleur.
Comment obtenir une indemnité d'occupation en cas d'expulsion ?
L'indemnité d'occupation est calculée sur la base du loyer conventionnel et peut être demandée par le bailleur jusqu'à la libération effective des locaux.
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