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Tribunal judiciaire, tpx poi jcp fond, 23 juin 2026 — n° 25/00769

Expulsion "ferme" ordonnée au fond (sans suspension des effets de la clause résolutoire)

Synthèse de la décision

Question juridique

Quelles sont les conditions et conséquences de l'expulsion d'un locataire pour loyers impayés ?

Principe retenu

Le juge peut prononcer l'expulsion d'un locataire en cas de loyers impayés, conformément à la clause résolutoire du bail. L'expulsion peut être effectuée avec l'assistance de la force publique si le locataire ne quitte pas les lieux volontairement.

Faits clés

  • Contrat de bail signé le 15 novembre 2013 pour un appartement à usage d'habitation.
  • Commandement de payer signifié le 25 avril 2025 pour des arriérés de loyers s'élevant à 10651,14€.
  • Assignation des locataires devant le juge des contentieux de la protection le 4 août 2025.
  • Les locataires ne se sont pas présentés à l'audience du 14 avril 2026.
  • Montant des loyers impayés arrêté à 10612,42€ au 13 avril 2026.

Articles cités

article 24 de la loi du 6 juillet 1989 article 472 du Code de Procédure Civile articles L 411-1 et suivants du code des procédures civiles d'exécution articles L 433-1 et suivants du code des procédures civiles d'exécution

Exposé du litige

EXPOSE DU LITIGE : Par contrat de bail signé le 15 novembre 2013, la société SEQENS SA d'HLM a donné en location à madame [D] [O] [Y] et monsieur [P] [A] un appartement à usage d'habitation situé [Adresse 2], pour un loyer mensuel hors charges de 779,30€. Un commandement de payer établi conformément aux prescriptions de l'article 24 de la loi du 6 juillet 1989 a été signifié le 25 avril 2025, sommant les locataires de verser la somme principale de 10651,14€ au titre des arriérés de loyers, outre les frais et débours. Par acte du 4 août 2025, la société SEQENS SA d'HLM a fait assigner madame [D] [O] [Y] et monsieur [P] [A] devant le Juge des contentieux de la protection siégeant au Tribunal de Proximité de POISSY, demandant à celui-ci, avec le bénéfice de l'exécution provisoire : - de constater la résiliation du bail en cause par effet de la clause résolutoire, et subsidiairement de prononcer la résiliation judiciaire de la location; - d'autoriser à faire procéder à l'expulsion de madame [D] [O] [Y] et monsieur [P] [A] et autres occupants de leur chef le cas échéant, par toutes voies de droit, et avec l'assistance de la force publique si besoin est dans les deux mois du commandement d'avoir à quitter les lieux ; - d'ordonner le transport et la séquestration des meubles et objets mobiliers personnels garnissant les lieux loués dans un garde meubles désigné, aux frais, risques et périls du défendeur ; - de condamner solidairement madame [D] [O] [Y] et monsieur [P] [A] au paiement : * de la somme de 25039,67€ hors frais et débours au titre des arriérés de loyers, arrêtée au 30 juillet 2025; * d'une indemnité d'occupation égale au montant des loyers et charges dus depuis la résiliation du bail et jusqu'au départ effectif ; * de la somme de 650€ au titre de l'article 700 du Code de Procédure Civile; * des dépens en ce compris le coût des actes depuis le commandement de payer. A l'audience du 14 avril 2026, la société SEQENS SA d'HLM, représentée par son conseil, sollicite le bénéfice de son acte introductif d’instance et précise que le montant des loyers et charges impayés s'élève à la somme de 10612,42€, arrêtée au 13 avril 2026, terme de mars 2026 inclus. Le bailleur s’oppose à l’octroi d’éventuels délais de paiement. Le bailleur indique qu’il y avait une pénalité de surloyer. Madame [D] [O] [Y] et monsieur [P] [A] régulièrement cités, ne comparaissent pas ni ne se font représenter. La décision a été mise en délibéré au 23 juin 2026.

Motivations de la décision

MOTIFS DE LA DÉCISION En application de l'article 472 du Code de Procédure Civile, lorsque le défendeur régulièrement assigné ou convoqué ne comparaît pas, le juge ne fait droit à la demande que s'il l'estime recevable, régulière, et bien fondée. Sur la recevabilité de la demande Il convient de constater que l'assignation a été notifiée au représentant de l'Etat du département des Yvelines (Préfecture) par recommandé électronique le 5 août 2025, soit deux mois avant l'audience, le 14 avril 2026, conformément à l'article 24 alinéa 2 de la loi du 6 juillet 1989. De même la CCAPEX a été saisie le 16 mai 2025, soit plus de deux mois avant la délivrance de l’assignation, conformément à l'article 24 alinéa 2 de la loi du 6 juillet 1989. La demande est ainsi recevable. Sur le fond Sur l’acquisition de la clause résolutoire L’article 24 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 relative aux baux d’habitation dispose que toute clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non versement du dépôt de garantie ne produit d’effet que deux mois après un commandement de payer demeuré infructueux. En l’espèce, le bail signé entre les parties contient une clause résolutoire. Par exploit de commissaire de justice en date du 25 avril 2025, le commandement de payer délivré à madame [D] [O] [Y] et monsieur [P] [A] visait expressément la clause résolutoire insérée dans le bail à défaut de paiement des sommes dues dans le délai légal et reproduisait les dispositions impératives de l'article 24 de la loi du 6 juillet 1989, ainsi que la mention de la faculté pour le locataire de saisir le fonds départemental de solidarité pour le logement. Or, il convient de rappeler qu’en cas de défaut de paiement de la totalité de la somme visée au commandement de payer dans un délai de 6 semaines, le mécanisme de la clause résolutoire joue de manière automatique, sans que le juge ne dispose d’aucune marge d’appréciation sur ce point. La société SEQENS SA d'HLM apporte la preuve de l'obligation dont elle se prévaut en produisant le contrat de bail signé le 15 novembre 2013, le commandement de payer visant la clause résolutoire signifié le 25 avril 2025, et la preuve de ce que la dette locative visée au commandement de payer n’a pas été intégralement soldée dans le délai de deux mois suivant la délivrance de cet acte. Par conséquent, l’acquisition de la clause résolutoire a été acquise et le bail consenti s'est trouvé automatiquement résilié à compter du 6 juin 2025. La société SEQENS SA d'HLM justifie de sa demande en paiement en produisant un décompte des loyers et charges faisant apparaître un solde de 10612,42€, arrêtée au 13 avril 2026, terme de mars 2026 inclus. En conséquence, madame [D] [O] [Y] et monsieur [P] [A] seront condamnés à payer à la société SEQENS SA d'HLM la somme de 10612,42€, arrêtée au 13 avril 2026, terme de mars 2026 inclus, au titre des loyers et charges impayés ou indemnités d'occupation, avec intérêts au taux légal à compter du présent jugement compte tenu de la diminution du montant de la dette depuis le début de la procédure. Enfin, les preneurs seront condamnés solidairement à payer ladite dette, compte tenu de la solidarité prévue au contrat de bail. Sur les délais de paiement L’article 24 VII de la loi du 6 juillet 1989, dispose que lorsque le juge est saisi en ce sens par le bailleur ou par le locataire et à la condition que celui-ci ait repris le paiement du loyer courant avant l’audience, les effets de la clause de résiliation de plein droit peuvent être suspendus pendant le cours des délais accordés par le juge dans les conditions prévues aux V et VI de cet article dans la limite maximale de 36 mois. En l'espèce, les locataires n’ont pas participé à l’enquête sociale et n'ont pas comparu à l'audience, de sorte que le tribunal se trouve dans l’ignorance de la situation financière de madame [D] [O] [Y] et monsieur [P] [A] et ne peut, dans ces conditions, déterminer d’éventuelles mensualités susceptibles d’être tenues par les débiteurs pour acquitter leur dette, dans le cadre de délais de paiement dans le délai légal précité. D’autre part et surtout il apparaît que le paiement du loyer courant n’est pas repris à ce jour de sorte que depuis la réforme du 27 juillet 2023, il n’est pas possible en dehors de cette condition préalable indispensable d’accorder des délais de paiement suspendant les effets de la clause résolutoire. Il y a lieu d’inviter madame [D] [O] [Y] et monsieur [P] [A] à se rapprocher le cas échéant des services concernés dans les meilleurs délais concernant l’attribution d’un autre logement social muni de la présente décision et le cas échéant de déposer un dossier auprès de la commission de surendettement. Sur l’expulsion Il est nécessaire d'autoriser à défaut de départ volontaire de madame [D] [O] [Y] et monsieur [P] [A] leur expulsion, sans qu’il y ait lieu toutefois d’ordonner une astreinte qui n’apparaît pas opportune. Le sort des meubles éventuellement laissés dans les lieux est spécifiquement organisé aux articles R.433-1 et suivants du code des procédures civiles d'exécution au titre des opérations d'expulsion. Il n'y a donc pas lieu d'ordonner leur enlèvement, leur transport ni leur séquestration, qui demeurent à ce stade purement hypothétiques. Sur l’indemnité d’occupation La réparation du préjudice causé à la société SEQENS SA d'HLM par le maintien dans les lieux peut être justement fixée au montant du loyer indexé convenu entre les parties, outre toutes taxes et charges locatives précédemment exigibles. Cette indemnité mensuelle d'occupation sera due à compter du 6 juin 2025, l’acquisition de la clause résolutoire étant acquise à cette date, et devra être versée par madame [D] [O] [Y] et monsieur [P] [A] jusqu'à la libération effective des lieux. Cette indemnité sera due au pro-rata temporis et payable à terme et au plus tard le 5 du mois suivant. Sur les autres demandes accessoires En application de l’article 696 du code de procédure civile, les preneurs, partie succombante, supporteront in solidum les dépens de l’instance qui comprendront notamment les frais du commandement de payer visant la clause résolutoire et les frais d’assignation. L'équité commande de laisser les frais irrépétibles à la charge du bailleur et de ne pas faire droit à la demande d’article 700 du code de procédure civile formée au nom du bailleur. Enfin, il convient de rappeler que la présente décision est exécutoire de plein droit.

Dispositif

PAR CES MOTIFS Le Juge des Contentieux de la Protection, statuant par mise à disposition au greffe, par jugement réputé contradictoire et en premier ressort, CONSTATE l’acquisition de la clause résolutoire et en conséquence la résiliation de plein droit du bail concernant le logement situé [Adresse 2], au 6 juin 2025 ; ORDONNE en conséquence à madame [D] [O] [Y] et monsieur [P] [A] de libérer les lieux et de restituer les clés dans le délai de quinze jours à compter de la signification du présent jugement ; DIT qu'à défaut de départ volontaire et restitution des clés dans ce délai, madame [D] [O] [Y] et monsieur [P] [A] pourront être expulsés, ainsi que tous occupants de son chef, selon les voies de droit instituées par les articles L 411-1 et suivants du code des procédures civiles d'exécution, au besoin avec le concours de la force publique et d'un serrurier ; RAPPELLE que le sort du mobilier trouvé dans les lieux est régi par les dispositions des articles L 433-1 et suivants du code des procédures civiles d'exécution ; DIT n’y avoir lieu à ordonner l’enlèvement, le transport et la séquestration des meubles éventuellement laissés sur place ; CONDAMNE solidairement madame [D] [O] [Y] et monsieur [P] [A] à payer à la société SEQENS SA d'HLM, une indemnité mensuelle d'occupation égale au montant mensuel du loyer augmenté des charges qui auraient été dus si le bail s’était poursuivi, à compter du 6 juin 2025 ; DIT que l’indemnité mensuelle d'occupation devra être réglée à terme et au plus tard le 5 du mois suivante et au pro rata temporis jusqu’à la libération effective des lieux; CONDAMNE solidairement madame [D] [O] [Y] et monsieur [P] [A] à payer à la société SEQENS SA d'HLM la somme de 10612,42€ (dix-mille-six-cent-douze euros et quarante-deux centimes) arrêtée au 13 avril 2026, terme de mars 2026 inclus, au titre des loyers et charges impayés ou indemnités d'occupation, avec intérêts au taux légal à compter du présent jugement compte tenu de la diminution du montant de la dette depuis le début de la procédure ; CONDAMNE solidairement madame [D] [O] [Y] et monsieur [P] [A] aux entiers dépens de l’instance qui comprendront notamment les frais du commandement de payer visant la clause résolutoire et les frais d’assignation; REJETTE la demande de la société SEQENS SA d'HLM formée au titre de l’article 700 du code de procédure civile ; RAPPELLE que la présente décision est exécutoire de plein droit ; REJETTE toutes autres demandes plus amples ou contraires. Ainsi fait, jugé et statué, les jour, mois et an susdits, Le Greffier Le vice président

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une clause résolutoire dans un bail ?
La clause résolutoire permet au bailleur de résilier le bail automatiquement en cas de non-paiement des loyers.
Comment se passe une expulsion pour loyers impayés ?
L'expulsion se fait par décision de justice et peut être exécutée avec l'assistance de la force publique si le locataire ne quitte pas les lieux volontairement.
Quels sont les droits des locataires en cas d'expulsion ?
Les locataires ont le droit d'être informés des procédures et peuvent contester l'expulsion devant le tribunal.
Que se passe-t-il avec mes meubles lors d'une expulsion ?
Les meubles laissés sur place peuvent être séquestrés, mais le juge peut décider de ne pas ordonner leur enlèvement.

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