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Tribunal judiciaire, jex, 24 juin 2026 — n° 26/00532

Fait droit à l'ensemble des demandes du ou des demandeurs sans accorder de délais d'exécution au défendeur

Synthèse de la décision

Question juridique

Quelles sont les conditions pour accorder un délai supplémentaire pour quitter un logement après une décision d'expulsion ?

Principe retenu

Le juge peut accorder des délais renouvelables aux occupants d'un logement dont l'expulsion a été ordonnée, sans qu'ils aient à justifier d'un titre d'occupation, lorsque le relogement ne peut se faire dans des conditions normales. La durée de ces délais ne peut être inférieure à un mois ni supérieure à un an.

Faits clés

  • Mme [W] [C] a été assignée pour expulsion par son bailleur, TERRES D’ARMOR HABITAT.
  • Elle a accumulé une dette de loyer de 3.006,53€ au 30 avril 2026.
  • Mme [W] [C] a rencontré des difficultés financières dues à un retard dans le renouvellement de son titre de séjour.
  • Elle a récupéré son titre de séjour le 19 février 2026 et perçoit désormais le RSA.
  • Elle a demandé un délai de 12 mois pour quitter son logement.

Articles cités

article L. 412-3 du Code des procédures civiles d'exécution article L. 412-4 du Code des procédures civiles d'exécution article 696 du Code de procédure civile

Exposé du litige

.../... EXPOSE DU LITIGE Mme [W] [C] occupe un logement de type 1 sis au 7 rue de Saint-Malo porte 4 à Saint-Brieuc (22000). Par acte de commissaire de justice du 25 avril 2024, TERRES D’ARMOR HABITAT a assigné Mme [W] [C] devant le juge des contentieux de la protection de Saint-Brieuc. Suite à la conciliation intervenue le 25 novembre 2024, un jugement a été rendu par le juge des contentieux de la protection de Saint-Brieuc le 2 décembre 2024. Le jugement et le constat d’accord ont été signifiés à Mme [W] [C] le 22 janvier 2025. Un commandement de quitter les lieux a été signifié à Mme [W] [C] le 13 février 2026. Par requête déposée le 23 mars 2026 au greffe du juge de l’exécution du tribunal judiciaire de Saint-Brieuc, Mme [W] [C] a sollicité un délai pour quitter le logement qu’elle occupe au 7 rue de Saint-Malo porte 4 à Saint-Brieuc. L’affaire a été appelée à l’audience du 13 mai 2026. Lors de cette audience, Mme [W] [C], assistée de son conseil, maintient sa demande de délai pour quitter le logement. Elle expose qu’elle s’est trouvée en difficulté pour régler son loyer en raison d’un retard dans le traitement de sa demande de renouvellement de son titre de séjour, ce retard ayant entraîné de facto la suspension de ses droits à prestations sociales versées par la CAF. Elle a récupéré son titre de séjour le 19 février 2026 et perçoit désormais 646,521€ de ressources mensuelles au titre du RSA. Une demande d’AAH est en cours. Elle est âgée de 62 ans. Elle s’estime de bonne foi et demande la possibilité de se maintenir dans les lieux pendant 12 mois. A l’audience, le bailleur est représenté par M. [K] [Q], dûment muni d’un pouvoir. Il indique que la dette de loyer s’élève à la somme de 3.006,53€ au 30 avril 2026. Le loyer résiduel s’élève à 42,71€. Il précise que Mme [W] [C] occupe le logement depuis le mois d’avril 2016. Il propose d’accorder trois mois de délai à Mme [W] [C]. En cet état l’affaire a été mise en délibéré, la décision étant prononcée par mise à disposition au greffe le 24 juin 2026.

Motivations de la décision

MOTIVATION DE LA DECISION Sur le délai pour quitter le logement L’article L. 412-3 du Code des procédures civiles d’exécution prévoit que le juge peut accorder des délais renouvelables aux occupants de lieux habités dont l’expulsion a été ordonnée judiciairement, chaque fois que le relogement des intéressés ne peut avoir lieu dans des conditions normales, sans que ces occupants aient à justifier d’un titre à l’origine de l’occupation. Selon les dispositions de l’article L 412-4 du code des procédures civiles d’exécution, la durée des délais prévus à l'article L. 412-3 ne peut, en aucun cas, être inférieure à un mois ni supérieure à un an. Pour la fixation de ces délais, il est tenu compte de la bonne ou mauvaise volonté manifestée par l'occupant dans l'exécution de ses obligations, des situations respectives du propriétaire et de l'occupant, notamment en ce qui concerne l'âge, l'état de santé, la qualité de sinistré par faits de guerre, la situation de famille ou de fortune de chacun d'eux, les circonstances atmosphériques, ainsi que des diligences que l'occupant justifie avoir faites en vue de son relogement. Il est également tenu compte du droit à un logement décent et indépendant, des délais liés aux recours engagés selon les modalités prévues aux articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation et du délai prévisible de relogement des intéressés. En l’espèce, il résulte des éléments du dossier que Mme [W] [C], âgée de 62 ans, occupe le logement depuis 10 années. Elle justifie que les difficultés pour régler le loyer sont directement en lien avec le retard dans le traitement de sa demande de renouvellement de son titre de séjour, ce retard ayant entraîné la suspension de ses droits à prestations sociales versée par la CAF. Elle justifie également avoir récupéré son titre de séjour le 19 février 2026 et qu’elle perçoit désormais 646,521€ de ressources mensuelles au titre du RSA. Elle perçoit à nouveau ses prestations depuis le 5 mai 2026. Au regard de l’ensemble de ces éléments, notamment des démarches engagées par Mme [W] [C] pour le renouvellement de son titre de séjour, de l’âge de l’occupante, de son état de santé et de la bonne volonté manifestée par l'occupante dans l'exécution de ses obligations, il convient de faire droit à la demande de Mme [W] [C] de suspension des opérations d’expulsion en lui accordant un délai de 6 mois pour quitter les lieux, soit jusqu’au 24 décembre 2026, ce délai devant lui permettre soit de régulariser un protocole d’accord avec l’organisme TERRES D’ARMOR HABITAT, soit d’intégrer un nouveau logement. A défaut de protocole d’accord régularisé avec le bailleur, elle devra quitter les lieux. Sur les mesures accessoires Sur les dépens En vertu des dispositions de l'article 696 du Code de procédure civile, la partie perdante est condamnée aux dépens, à moins que le juge, par décision motivée, n'en mette la totalité ou une fraction à la charge d'une autre partie. L’équité commande de juger que chaque partie conservera la charge de ses propres dépens.

Dispositif

PAR CES MOTIFS Le juge de l'exécution, après débats en audience publique, statuant par jugement contradictoire en premier ressort, mis à la disposition du public au greffe : Accorde à Mme [W] [C] ainsi qu'à tous occupants de son chef une suspension des opérations d’expulsion jusqu’au 24 décembre 2026 ; Rappelle qu’il est sursis à la mesure d'expulsion jusqu’à cette date ; Dit que chacune de parties conservera la charge de ses propres dépens. Dit que le présent jugement est exécutoire par provision, Dit que le présent jugement sera notifié aux parties par les soins du greffe par lettre recommandée avec accusé de réception, une copie leur étant envoyée le jour même par lettre simple ; Rappelle que les parties peuvent toujours faire signifier le jugement, En foi de quoi, la minute du présent jugement a été signée par le président et le greffier. LE GREFFIER LA JUGE DE L’EXECUTION

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une expulsion locative ?
L'expulsion locative est une procédure judiciaire par laquelle un bailleur obtient le retrait d'un locataire de son logement en raison de non-paiement de loyer ou d'autres manquements au contrat de bail.
Comment demander un délai pour quitter un logement ?
Pour demander un délai, vous devez saisir le juge de l'exécution en justifiant de vos difficultés financières et en fournissant des éléments de preuve, comme des documents relatifs à votre situation personnelle.
Quels critères le juge prend-il en compte pour accorder un délai ?
Le juge prend en compte la bonne ou mauvaise volonté du locataire, son âge, son état de santé, ainsi que les démarches entreprises pour régulariser sa situation.
Que se passe-t-il si je ne respecte pas le délai accordé ?
Si vous ne respectez pas le délai accordé, le bailleur peut procéder à l'expulsion sans autre formalité, et vous risquez de perdre votre droit au logement.
Puis-je contester la décision du juge concernant le délai ?
Oui, vous pouvez faire appel de la décision du juge si vous estimez que les motifs de la décision ne sont pas justifiés ou que vos droits n'ont pas été respectés.

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