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Tribunal judiciaire, chambre 23 / proxi référé, 22 juin 2026 — n° 26/00355

Expulsion "ferme" ordonnée en référé (sans suspension des effets de la clause résolutoire)

Synthèse de la décision

Question juridique

Le juge des référés peut-il constater la résiliation d'un bail d'habitation par acquisition de la clause résolutoire et ordonner l'expulsion du locataire en cas de loyers impayés ?

Principe retenu

En application de l'article 7a) de la loi du 6 juillet 1989, le locataire est tenu de payer les loyers et charges aux termes convenus. Le commandement de payer rappelant la clause résolutoire, délivré plus de deux mois avant l'assignation, entraîne la résiliation de plein droit du bail à l'expiration du délai de deux mois si le locataire ne paie pas. Le juge des référés peut constater cette résiliation et ordonner l'expulsion, ainsi que condamner le locataire au paiement provisionnel de l'arriéré locatif et d'une indemnité d'occupation.

Faits clés

  • Bail d'habitation signé le 10/05/2011
  • Commandement de payer délivré le 12/03/2024 pour un arriéré de 27 720 euros
  • Arriéré locatif actualisé à 45 430 euros au 5/01/2026
  • Locataire non comparant à l'audience
  • Saisine de la CCAPEX le 14/03/2024

Articles cités

article 472 du code de procédure civile article 24 III de la loi du 6 juillet 1989 article 7a) de la loi du 6 juillet 1989 article 4 p) de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989 article L433-1 du code des procédures civiles d'exécution article L433-2 du code des procédures civiles d'exécution article 700 du code de procédure civile

Exposé du litige

EXPOSE DU LITIGE Par acte du 10/05/2011, il a été donné à bail à Monsieur [Q] [J] un appartement à usage d'habitation, situé au [Adresse 3] (4ème étage, porte droite), [Localité 6] [Adresse 4]. Les échéances de loyer n'étant pas régulièrement payées, un commandement de payer rappelant la clause résolutoire insérée au bail a été délivré le 12/03/2024 concernant un arriéré locatif d’un montant de 27 720 euros en principal. Par acte d’huissier en date du 14/01/2026, SCI [C] a fait assigner Monsieur [Q] [J] devant le juge des contentieux de la protection du tribunal de proximité d’Aubervilliers statuant en référés aux fins de voir, sous le bénéfice de l’exécution provisoire: constater la résiliation du bail par acquisition de la clause résolutoire en raison des loyers impayés ;ordonner l’expulsion de Monsieur [Q] [J] ainsi que tous occupants de son chef avec assistance de la force publique et d’un serrurier ; ordonner la séquestration des meubles et objets mobiliers contenus dans le logement dans tout garde meuble de son choix aux frais, risques et péril de Monsieur [Q] [J] ;condamner Monsieur [Q] [J] au paiement à titre provisionnel :d’une somme de 45 430 euros (janvier 2026 inclus) au titre de l’arriéré locatif avec intérêt au taux légal à compter du commandement de payer ;d’une indemnité d’occupation égale au loyer qui aurait été dû si le bail s’était poursuivi, augmenté des charges à compter de la résiliation jusqu’à libération des lieux par remise des clés ;d’une somme de 1560 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile, outre les dépens incluant les frais de commandement. A l'audience SCI [C] actualise sa demande en paiement au titre de l’arriéré locatif à la somme de 45 430 euros (janvier 2026 inclus) arrêtée au 5/01/2026. Les autres prétentions sont maintenues. Cité à étude, Monsieur [Q] [J] n’a pas comparu et n’ a pas été représenté.

Motivations de la décision

MOTIFS DE LA DECISION Aux termes de l’article 472 du code de procédure civile, si le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond. Le juge ne fait droit à la demande que dans la mesure où il l’estime régulière, recevable et bien fondée. Sur les demandes principales Sur la recevabilité de la demande : Conformément aux dispositions de l'article 24 III de la loi du 6 juillet 1989, une copie de l’assignation a été notifiée à la préfecture le 15/01/2026, soit 6 semaines au moins avant l’audience. Il est par ailleurs justifié de la saisine de la CCAPEX le 14/03/2024, soit deux mois au moins avant la délivrance de l’assignation le 14/01/2026. L’action est donc recevable. Sur la demande en paiement : Selon l’article 7a) de la loi du 6 juillet 1989, le locataire est obligé de payer les loyers et charges aux termes convenus. Aux termes de l’article 4 p) de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989, est réputée non écrite toute clause qui fait supporter au locataire des frais de relance ou d'expédition de la quittance ainsi que les frais de procédure en plus des sommes versées au titre des dépens et de l'article 700 du code de procédure civile. Il résulte de ces dispositions que le bailleur ne peut mettre à la charge du locataire les frais relatifs au recouvrement amiable ou contentieux de sa créance au titre de l’arriéré locatif. En application de l'article 1353 du code civil, il appartient à celui qui demande l'exécution d'une obligation d'en rapporter la preuve. Sur le fond, il ressort du commandement, de l'assignation et du décompte produits que Monsieur [Q] [J] reste devoir une somme de 45 430 euros (janvier 2026 inclus) au titre d’un arriéré de loyers et de charges demeuré impayé selon décompte arrêté au 5/01/2026 ; il sera condamné à titre provisionnel au paiement de cette somme, avec intérêts au taux légal à compter du 12/03/2024 sur la somme de 27 720 euros et à compter de la présente ordonnance pour le surplus. Sur la demande d'acquisition de la clause résolutoire : L'article 24 de la loi du 6 juillet 1989 dispose dans son premier alinéa que toute clause prévoyant la résiliation du bail pour défaut de paiement des loyers et des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie ne produit effet que deux mois après un commandement de payer demeuré infructueux. En l’espèce, le bail conclu entre les parties contient une clause aux termes de laquelle le contrat se trouvera de plein droit résilié, en cas de défaut de paiement des loyers et accessoires, deux mois après un commandement de payer resté infructueux. S’agissant du bail, les pièces versées aux débats montrent que les causes du commandement de payer délivré le 12/03/2024 n’ont pas été réglées dans les deux mois suivant sa signification. Conformément aux dispositions de l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989, le bail s'est donc trouvé résilié de plein droit au 12/05/2024 à minuit. Sur l’expulsion et le sort des meubles Monsieur [Q] [J] se trouvant sans droit ni titre depuis le 13/05/2024, il convient d'ordonner son expulsion et celle de tout occupant de son chef à défaut de départ volontaire après commandement de quitter les lieux. Le sort des meubles sera régi conformément aux dispositions des articles L433-1 et L433-2 du code des procédures civiles d'exécution. Sur la fixation de l'indemnité d'occupation Selon l'article 1730 du code civil, à l'expiration du bail le locataire doit restituer les locaux. La restitution des lieux implique la remise des clefs. Aux termes de l'article 1240 du code civil, tout fait quelconque de l'homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer. Il résulte de ce texte que l'occupant sans droit ni titre d'un local est tenu d'une indemnité d'occupation envers le propriétaire. L'indemnité d'occupation, dont la nature mixte, compensatoire et indemnitaire, constitue la contrepartie de l'occupation du bien après résiliation du bail et de son indisponibilité pour le bailleur. Monsieur [Q] [J] sera également condamné au paiement d’une indemnité d’occupation à compter de la résiliation du bail jusqu’à libération effective des lieux constatée par remise des clés ou procès-verbal d’expulsion. Aucun élément ne justifiant de dépasser la valeur locative du bien, l’indemnité sera fixée à titre provisionnel au montant du loyer et des charges (les taxes locatives étant constitutives de charges récupérables aux termes du décret n°87-713 du 26 août 1987) qui auraient été dus si le bail s'était poursuivi. La condamnation au titre des indemnités d’occupation étant partiellement liquidée dans le cadre de la condamnation au principal, ses effets débuteront au 1/02/2026. Sur les demandes accessoires : Il y a lieu de condamner Monsieur [Q] [J] aux dépens, sans qu’il soit nécessaire de préciser plus avant les frais compris dans ces derniers. L’équité commande que la somme de 300 euros lui sera allouée au titre de l’article 700 du code de procédure civile. PAR CES MOTIFS Nous, Juge des contentieux de la protection, statuant par ordonnance de référé réputée contradictoire, assortie de l’exécution provisoire et en premier ressort, mise à disposition au greffe, DECLARONS l’action de SCI [C] recevable ; CONSTATONS, à compter du 12/05/2024 à minuit, la résiliation du bail portant sur les lieux loués à Monsieur [Q] [J] et situés au [Adresse 5] ;

Dispositif

ORDONNONS à défaut de départ volontaire des lieux, l’expulsion de Monsieur [Q] [J] ainsi que tous occupants de son chef dans un délai de deux mois à compter de la signification d'un commandement d'avoir à libérer les lieux, avec l’assistance de la force publique si besoin est, ainsi que le transport des meubles laissés dans les lieux loués, conformément aux dispositions des articles L433-1 et L433-2 du code des procédures civiles d’exécution ; RAPPELONS que le sort des meubles éventuellement laissés sur place est régi par les articles L433-1 et L433-2 du code des procédures civiles d'exécution ; CONDAMNONS Monsieur [Q] [J] à payer à SCI [C] la somme provisionnelle de 45 430 euros (janvier 2026 inclus) au titre des loyers, charges et indemnités d’occupation dus selon décompte au 5/01/2026, avec intérêts au taux légal à compter du 12/03/2024 sur la somme de 27 720 euros et à compter de la présente ordonnance pour le surplus ; CONDAMNONS Monsieur [Q] [J] à payer à SCI [C], à compter du 1/02/2026 et jusqu'au départ effectif des lieux par remise des clés, procès-verbal d’expulsion ou de reprise, une indemnité mensuelle d'occupation fixée à titre provisionnel au montant des loyers et charges qui auraient été dus si le bail n’avait pas été résilié ; CONDAMNONS Monsieur [Q] [J] à payer à SCI [C] la somme de 300 euros en application de l’article 700 du code de procédure civile ; DEBOUTONS SCI [C] de sa demande au titre de l’article 700 du code de procédure civile ; CONDAMNONS Monsieur [Q] [J] aux dépens ; DEBOUTONS les parties du surplus de leurs prétentions. LA GREFFIERE LA JUGE

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une clause résolutoire dans un bail d'habitation ?
Une clause résolutoire est une disposition du contrat de bail qui prévoit la résiliation automatique du bail en cas de non-paiement des loyers ou charges, après un commandement de payer resté infructueux pendant un délai de deux mois.
Quels sont les délais pour agir après un commandement de payer ?
Le commandement de payer doit être délivré au moins deux mois avant l'assignation en justice. Le locataire dispose de deux mois à compter de la signification du commandement pour payer les sommes dues, faute de quoi la clause résolutoire joue automatiquement.
Puis-je obtenir l'expulsion d'un locataire en référé ?
Oui, le juge des référés peut constater la résiliation du bail par acquisition de la clause résolutoire et ordonner l'expulsion, à condition que la créance soit non sérieusement contestable et que les conditions légales soient remplies (saisine de la CCAPEX, notification à la préfecture).
Quel est le montant de l'arriéré locatif nécessaire pour déclencher une procédure d'expulsion ?
Il n'y a pas de montant minimum légal, mais le commandement de payer doit mentionner le montant exact de la dette. Dans cette affaire, l'arriéré était de 27 720 euros au moment du commandement, puis actualisé à 45 430 euros.
Que faire si le locataire ne comparaît pas à l'audience ?
Si le locataire ne comparaît pas, le juge statue par ordonnance réputée contradictoire. Il examine si la demande est régulière, recevable et bien fondée. En l'espèce, le locataire n'était ni présent ni représenté, et le juge a fait droit à la demande.
Qu'est-ce que l'indemnité d'occupation après résiliation du bail ?
L'indemnité d'occupation est une somme due par le locataire après la résiliation du bail, pour chaque mois d'occupation des lieux jusqu'à son départ effectif. Elle est généralement fixée au montant du loyer et des charges qui auraient été dus si le bail s'était poursuivi.

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