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Tribunal judiciaire, chambre 8/section 1, 22 juin 2026 — n° 26/01706

Déboute le ou les demandeurs de l'ensemble de leurs demandes

Synthèse de la décision

Question juridique

Un locataire peut-il obtenir des délais pour quitter les lieux après une décision d'expulsion lorsqu'il ne justifie pas de démarches de relogement et que sa dette locative augmente ?

Principe retenu

Le juge de l'exécution peut accorder des délais renouvelables aux occupants dont l'expulsion a été ordonnée judiciairement, en tenant compte de la bonne volonté de l'occupant, de sa situation personnelle et des diligences de relogement. En l'espèce, la demande de délais est rejetée car la locataire ne justifie d'aucune démarche de relogement, ses ressources sont insuffisantes, elle ne prouve pas son handicap allégué, et elle ne règle pas régulièrement l'indemnité d'occupation.

Faits clés

  • Madame [N] [U] est locataire d'un logement social géré par l'OPH EST ENSEMBLE HABITAT.
  • Un jugement du 17 octobre 2025 a constaté l'acquisition de la clause résolutoire et ordonné son expulsion.
  • Elle perçoit le RSA (568,94 €) et l'APL (332,22 €), sans autres ressources déclarées.
  • Elle n'a effectué aucune démarche de relogement dans le parc social.
  • Elle n'a pas prouvé son taux d'incapacité de 80 % (décision de 2016 rejetant l'AAH pour incapacité < 50 %).

Articles cités

article L. 412-3 du code des procédures civiles d'exécution article L. 412-4 du code des procédures civiles d'exécution article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation article 696 du code de procédure civile

Exposé du litige

EXPOSÉ DU LITIGE Par jugement du 17 octobre 2025, signifié le 12 novembre 2025, le juge des contentieux de la protection du tribunal de proximité de Montreuil a notamment : – constaté l'acquisition de la clause résolutoire du bail conclu entre Madame [N] [U] et l'OPH EST ENSEMBLE HABITAT et portant sur les lieux situés au [Adresse 1] à [Localité 2], – condamné Madame [N] [U] à payer à l'OPH EST ENSEMBLE HABITAT la somme de 5.290,85 euros au titre de l'arriéré locatif, outre une indemnité d'occupation mensuelle, – autorisé l'expulsion de Madame [N] [U] et de tout occupant de son chef des lieux litigieux. Un commandement de quitter les lieux lui a été délivré le 12 novembre 2025. C'est dans ce contexte que, par requête reçue au greffe le 30 janvier 2026, Madame [N] [U] a saisi le juge de l'exécution du tribunal de céans afin que lui soit accordé, sur le fondement des articles L. 412-3 et L. 412-4 du code des procédures civiles d'exécution, un délai pour libérer les lieux. L'affaire a été appelée à l'audience du 18 mars 2026 et a fait l'objet de deux renvois. Elle a été retenue à l'audience du 8 juin 2026. À cette audience, Madame [N] [U], représentée par son conseil, demande à la juge de l'exécution de lui accorder un délai avant expulsion de 12 mois. Elle fait part de sa situation familiale et financière. Elle indique être en situation de handicap avec un taux d'incapacité à 80 %. Elle expose qu'elle a repris le paiement de l'indemnité d'occupation. En défense, l'OPH EST ENSEMBLE HABITAT, représenté par Monsieur [J] [G], demande au juge de l'exécution de : – débouter Madame [N] [U] de sa demande de délais. – subsidiairement, en cas de délais pour quitter les lieux, les subordonner au paiement régulier des indemnités d'occupation. Il indique que la requérante ne justifie d'aucune démarche de relogement et ajoute que la dette s'élève à 9.487,43 euros. À l'issue des débats, l'affaire a été mise en délibéré au 22 juin 2026.

Motivations de la décision

MOTIFS DE LA DÉCISION Sur la demande de délais pour quitter les lieux Aux termes de l'article L412-3 alinéa 1er du code des procédures civiles d'exécution, le juge peut accorder des délais renouvelables aux occupants de lieux habités ou de locaux à usage professionnel, dont l'expulsion a été ordonnée judiciairement, chaque fois que le relogement des intéressés ne peut avoir lieu dans des conditions normales. L'article L412-4 de ce même code précise que pour la fixation de ces délais, il est tenu compte de la bonne ou mauvaise volonté manifestée par l'occupant dans l'exécution de ses obligations, des situations respectives du propriétaire et de l'occupant, notamment en ce qui concerne l'âge, l'état de santé, la qualité de sinistré par faits de guerre, la situation de famille ou de fortune de chacun d'eux, les circonstances atmosphériques, ainsi que des diligences que l'occupant justifie avoir faites en vue de son relogement ; est également tenu compte du droit à un logement décent et indépendant, des délais liés aux recours engagés selon les modalités prévues aux articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation et du délai prévisible de relogement des intéressés. Ce même article dispose que la durée des délais prévus à l'article L. 412-3 ne peut, en aucun cas, être inférieure à un mois ni supérieure à un an. En l'espèce, Madame [N] [U] déclare qu'elle occupe les lieux avec son époux. Madame [N] [U] a déclaré être handicapée à 80 %. Toutefois elle verse aux débats une décision en date du 22 novembre 2016 au terme de laquelle la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapés a rejeté ses demandes relatives à l'obtention de l'AAH et la carte d'invalidité au motif que son taux d'incapacité était inférieur à 50 %. Aucun document actualisé n'est produit permettant d'établir l'état de santé actuel de la requérante. Ses ressources, composées uniquement du RSA (568,94 euros) et l'APL (332,22 euros), ne lui permettent pas de se reloger dans le parc privé et elle ne justifie d'aucune démarche de relogement dans le parc social. Les ressources de son époux ne sont pas communiquées. Il ressort du décompte produit en défense que la requérante procède de nouveau à des règlements depuis janvier 2026 qui sont toutefois irréguliers et qui sont parfois moins élevés que le montant de l'indemnité d'occupation, la dette s'élevant à 9.487,43 euros au 5 juin 2026. Il résulte de l'ensemble des éléments invoqués précédemment que Madame [N] [U] n'a pas fait preuve de bonne volonté dans l'exécution de ses obligations. Par conséquent, sa demande de délais avant expulsion sera rejetée. Sur les demandes accessoires En application de l'article 696 du code de procédure civile, Madame [N] [U], qui succombe, supportera la charge des éventuels dépens.

Dispositif

PAR CES MOTIFS La juge de l'exécution, statuant publiquement, par jugement contradictoire, mis à disposition au greffe et en premier ressort : REJETTE la demande de délais avant expulsion formée par Madame [N] [U] et portant sur les lieux situés [Adresse 1] à [Localité 2] ; CONDAMNE Madame [N] [U] aux dépens ; FAIT À [Localité 3] LE 22 JUIN 2026. LA GREFFIÈRE LA JUGE DE L'EXÉCUTION

Questions fréquentes

Puis-je obtenir un délai avant mon expulsion si je n'ai pas trouvé de nouveau logement ?
Oui, le juge peut accorder des délais si vous justifiez de démarches de relogement et que votre relogement ne peut avoir lieu dans des conditions normales. En l'espèce, la demande a été rejetée car la locataire n'avait effectué aucune démarche.
Quels sont les critères pour obtenir un sursis à expulsion ?
Le juge tient compte de votre bonne volonté, de votre situation personnelle (âge, santé, famille, fortune), des diligences de relogement, et du délai prévisible de relogement. Ici, la locataire n'a pas prouvé son handicap ni ses démarches, et sa dette augmentait.
Mon handicap peut-il m'aider à obtenir un délai pour quitter les lieux ?
Oui, l'état de santé est un critère, mais vous devez le prouver par des documents récents. Dans cette affaire, la locataire a invoqué un handicap à 80 % mais n'a produit qu'une décision de 2016 rejetant l'AAH pour incapacité inférieure à 50 %, ce qui n'a pas été retenu.
Que faire si je n'ai pas les moyens de payer un loyer dans le privé ?
Vous devez entreprendre des démarches de relogement dans le parc social (dépôt de dossier, etc.) et les justifier. En l'espèce, la locataire n'a fourni aucune preuve de démarche, ce qui a conduit au rejet.
Est-ce que le fait de payer irrégulièrement l'indemnité d'occupation joue contre moi ?
Oui, cela démontre un manque de bonne volonté. Dans cette décision, la locataire payait de manière irrégulière et parfois moins que le montant dû, ce qui a été retenu contre elle.
Quelles preuves dois-je apporter pour obtenir un délai avant expulsion ?
Vous devez apporter des justificatifs de vos démarches de relogement (courriers, accusés de réception), des documents sur votre situation personnelle (ressources, santé, famille), et prouver que vous respectez vos obligations (paiement régulier de l'indemnité d'occupation).

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