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Tribunal judiciaire, chambre 23 / proxi référé, 22 juin 2026 — n° 26/00880

Expulsion "conditionnelle" ordonnée en référé avec suspension des effets de la clause résolutoire

Synthèse de la décision

Question juridique

Le juge des référés peut-il accorder des délais de paiement et suspendre les effets de la clause résolutoire en cas de dette locative, malgré l'acquisition de la clause résolutoire ?

Principe retenu

Le juge des référés peut, en application de l'article 24 de la loi du 6 juillet 1989, accorder des délais de paiement au locataire défaillant et suspendre les effets de la clause résolutoire, à condition que le locataire soit en mesure de régler sa dette dans le délai imparti et de reprendre le paiement des loyers courants.

Faits clés

  • Bail d'habitation signé le 14/02/2012
  • Commandement de payer délivré le 7/08/2024 pour un arriéré de 8245,79 euros
  • Assignation en référé le 22/01/2026 par le bailleur SEINE-SAINT-DENIS HABITAT
  • Arriéré locatif actualisé à 7519,27 euros au 22/04/2026
  • Locataire reconnaît la dette et demande des délais de paiement

Articles cités

article 24 de la loi du 6 juillet 1989 article L412-1 du code des procédures civiles d'exécution article L433-1 du code des procédures civiles d'exécution article L433-2 du code des procédures civiles d'exécution article 700 du code de procédure civile

Exposé du litige

EXPOSE DU LITIGE Par acte du 14/02/2012, il a été donné à bail à Monsieur [W] [I] un appartement à usage d'habitation, situé au [Adresse 5] [Localité 7]. Les échéances de loyer n'étant pas régulièrement payées, un commandement de payer rappelant la clause résolutoire insérée au bail a été délivré le 7/08/2024 concernant un arriéré locatif d’un montant de 8245,79 euros en principal. Par acte du 22/01/2026, SEINE-SAINT-DENIS HABITAT a fait assigner Monsieur [W] [I] devant le juge des contentieux de la protection du tribunal de proximité d’Aubervilliers statuant en référés aux fins de voir, sous le bénéfice de l’exécution provisoire : constater la résiliation du bail par acquisition de la clause résolutoire en raison des loyers impayés ;ordonner l’expulsion immédiate et sans délai de Monsieur [W] [I] ainsi que tous occupants de son chef, sous astreinte de 230 euros par jour de retard à compter de la signification de la décision à intervenir, avec assistance de la force publique et d’un serrurier ; autoriser le transport et la séquestration des meubles et objets mobiliers se trouvant dans les lieux dans les conditions du code des procédures civiles d’exécution ;condamner Monsieur [W] [I] à la délivrance d’une attestation d'assurance couvrant les risques locatifs ordinaires jusqu'à la libération des lieux sous astreinte de 77 euros par jour de retard, à compter de la signification de la décision à intervenir,condamner Monsieur [W] [I] au paiement à titre provisionnel :d’une somme de 6663,42 euros au titre de l’arriéré locatif, avec intérêts au taux légal à compter de l’assignation;d’une indemnité d’occupation égale au loyer qui aurait été dû si le bail s’était poursuivi, augmenté des charges à compter de la résiliation jusqu’à libération des lieux par remise des clés ;d’une somme de 500 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile, outre les dépens incluant les frais de commandement. A l'audience SEINE-[Localité 8] HABITAT actualise sa demande en paiement au titre de l’arriéré locatif à la somme de 7519,27 euros arrêtée au 22/04/2026. Les autres prétentions sont maintenues à l’exception de la demande de production d’attestation d’assurance sous astreinte pour laquelle le bailleur se désiste. Monsieur [W] [I] reconnaît le montant de la dette locative mais il demande à pouvoir se maintenir dans les lieux en reprenant le paiement du loyer courant, outre la somme de 50 euros par mois en règlement de l'arriéré dans l’attente d’un règlement d’une partie de la dette par un FSL. Il verse au débat un courrier en date du 30 avril 2026 émanant d’une assistante sociale du service de la ville attestant qu’un dossier d’aide financière concernant le FSL est actuellement en cours d’instruction afin de solder la dette. Il indique vivre dans le logement avec sa fille qui perçoit 500 euros par mois tandis qu’il touche 1000 euros par mois.

Motivations de la décision

MOTIFS DE LA DECISION Sur les demandes principales Sur la recevabilité de la demande : Conformément aux dispositions de l'article 24 III de la loi du 6 juillet 1989, une copie de l’assignation a été notifiée à la préfecture le 26/01/2026, soit 6 semaines au moins avant l’audience. Il est par ailleurs justifié de la saisine de la CAF le 11/12/2024, soit deux mois au moins avant la délivrance de l’assignation le 22/01/2026. L’action est donc recevable. Sur la demande en paiement : Selon l’article 7a) de la loi du 6 juillet 1989, le locataire est obligé de payer les loyers et charges aux termes convenus. Aux termes de l’article 4 p) de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989, est réputée non écrite toute clause qui fait supporter au locataire des frais de relance ou d'expédition de la quittance ainsi que les frais de procédure en plus des sommes versées au titre des dépens et de l'article 700 du code de procédure civile. Il résulte de ces dispositions que le bailleur ne peut mettre à la charge du locataire les frais relatifs au recouvrement amiable ou contentieux de sa créance au titre de l’arriéré locatif. En application de l'article 1353 du code civil, il appartient à celui qui demande l'exécution d'une obligation d'en rapporter la preuve. Sur le fond, il ressort du commandement, de l'assignation et du décompte produits que Monsieur [W] [I] reste devoir une somme de 7244,63 euros (mars 2026 inclus) au titre d’un arriéré de loyers et de charges demeuré impayé selon décompte arrêté au 22/04/2026 (frais de poursuite déduits pour 274,64 euros en l’absence de justification de ce qu’ils seraient dus contractuellement et/ou en sus des dépens) ; il sera condamné à titre provisionnel au paiement de cette somme, avec intérêts au taux légal à compter de l’assignation sur la somme de 6663,42 euros et de l’ordonnance pour le surplus. Sur la demande d'acquisition de la clause résolutoire : L'article 24 de la loi du 6 juillet 1989 dispose dans son premier alinéa que toute clause prévoyant la résiliation du bail pour défaut de paiement des loyers et des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie ne produit effet que deux mois après un commandement de payer demeuré infructueux. En l’espèce, le bail conclu entre les parties contient une clause aux termes de laquelle le contrat se trouvera de plein droit résilié, en cas de défaut de paiement des loyers et accessoires, deux mois après un commandement de payer resté infructueux. S’agissant du bail, les pièces versées aux débats montrent que les causes du commandement de payer délivré le 7/08/2024 n’ont pas été réglées dans les deux mois suivant sa signification. Conformément aux dispositions de l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989, le bail s'est donc trouvé résilié de plein droit au 7/10/2024 à minuit. Sur la demande de délais de paiement : En application de l'article 24 V de la loi du 06 juillet 1989 le juge peut, à la demande du locataire, du bailleur ou d'office, à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu’il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années, au locataire en situation de régler sa dette locative. Selon l’article 24-VII, lorsque le juge est saisi en ce sens par le bailleur ou par le locataire, et à la condition que le locataire ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, les effets de la clause de résiliation de plein droit peuvent être suspendus pendant le cours des délais ainsi accordés. Le texte prévoit que la suspension prend fin dès le premier impayé ou dès lors que le locataire ne se libère pas de sa dette locative dans les délais et selon les modalités fixées par le juge et que ces délais ne peuvent affecter l’exécution du contrat de location, notamment suspendre le paiement des loyers et charges. Si le locataire se libère de sa dette dans le délai et selon les modalités fixées par le juge, la clause de résiliation de plein droit est réputée ne pas avoir joué et dans le cas contraire, elle reprend son plein effet. En l’espèce, eu égard à la reprise du paiement des loyers courants (eu égard aux deux règlements de 952,99 euros les 10/02/2026 et 10/03/2026) et compte tenu de l’apurement possible de sa dette par le locataire eu égard au montant de ses revenus disponibles et à l’instruction d’un dossier FSL, il convient d’autoriser Monsieur [W] [I] à s’acquitter de la dette locative en plusieurs mensualités selon les modalités fixées au dispositif et de suspendre la résiliation du bail pendant le cours des délais de paiement accordés, sous réserve que ces derniers soient bien respectés. A défaut de respecter les délais de paiement accordés et/ou de payer ponctuellement le loyer et les charges courants au terme convenu dans le contrat de bail, la résiliation reprendra ses effets. Monsieur [W] [I] ainsi que tous occupants de son chef pourront alors être expulsés et les sommes restant dues deviendront en totalité exigibles. Sur la fixation de l’indemnité d’occupation : Selon l'article 1730 du code civil, à l'expiration du bail le locataire doit restituer les locaux. La restitution des lieux implique la remise des clefs. Aux termes de l'article 1240 du code civil, tout fait quelconque de l'homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer. Il résulte de ce texte que l'occupant sans droit ni titre d'un local est tenu d'une indemnité d'occupation envers le propriétaire. L'indemnité d'occupation, dont la nature mixte, compensatoire et indemnitaire, constitue la contrepartie de l'occupation du bien après résiliation du bail et de son indisponibilité pour le bailleur. En l’espèce, les effets de la résiliation du bail étant suspendus du fait de l'octroi de délais de paiement, il convient de rappeler, qu’en cas de non-respect des délais fixés au dispositif, il y a lieu de condamner Monsieur [W] [I] au paiement d’une indemnité d’occupation à compter de la résiliation du bail jusqu’à libération effective des lieux constatée par remise des clés ou procès-verbal d’expulsion. L’indemnité sera fixée à titre provisionnel au montant du loyer et des charges (les taxes locatives étant constitutives de charges récupérables aux termes du décret n°87-713 du 26 août 1987) qui auraient été dus si le bail s'était poursuivi. La condamnation au titre des indemnités d’occupation étant partiellement liquidée dans le cadre de la condamnation au principal, ses effets débuteront au 1/04/2026. Sur le sort des meubles Le sort des meubles sera régi conformément aux dispositions des articles L433-1 et L433-2 du code des procédures civiles d'exécution. Sur les modalités de l’expulsion Sur la demande d'astreinte : Aux termes de l'article L131-1 du code des procédures civiles d'exécution, tout juge peut, même d'office, ordonner une astreinte pour assurer l'exécution de sa décision.

Dispositif

CONSTATONS le désistement de SEINE-[Localité 8] HABITAT de sa demande visant à enjoindre à Monsieur [W] [I] de produire une attestation d’assurance sous astreinte ; DEBOUTONS SEINE-[Localité 8] HABITAT de sa demande au titre de l’article 700 du code de procédure civile ; CONDAMNONS Monsieur [W] [I] aux dépens de l’instance ; DEBOUTONS les parties du surplus de leurs prétentions. LA GREFFIERE LA JUGE

Questions fréquentes

Puis-je obtenir des délais pour payer mes loyers impayés ?
Oui, le juge des référés peut vous accorder des délais de paiement si vous êtes de bonne foi et en mesure de régler votre dette dans un délai raisonnable. Dans cette affaire, le locataire a obtenu 36 mensualités pour apurer sa dette.
Le juge peut-il suspendre la clause résolutoire ?
Oui, le juge peut suspendre les effets de la clause résolutoire si vous respectez les délais de paiement accordés et payez les loyers courants. En cas de non-respect, la résiliation reprend effet.
Comment éviter l'expulsion après un commandement de payer ?
Vous pouvez demander au juge des référés des délais de paiement et la suspension de la clause résolutoire. Il est important de prouver votre bonne foi et de présenter un plan d'apurement réaliste, comme le dépôt d'un dossier FSL.
Qu'est-ce que le FSL et comment en bénéficier ?
Le FSL (Fonds de Solidarité Logement) est une aide financière pour les personnes en difficulté de paiement de loyer. Dans cette affaire, le locataire avait un dossier en cours, ce qui a été pris en compte par le juge.
Que se passe-t-il si je ne respecte pas le plan d'apurement ?
Si vous manquez un paiement, la totalité de la dette devient immédiatement exigible et la clause résolutoire reprend ses effets, ce qui peut entraîner votre expulsion après une mise en demeure restée sans effet.
Puis-je me maintenir dans mon logement malgré les impayés ?
Oui, si le juge vous accorde des délais de paiement et suspend la clause résolutoire, vous pouvez rester dans les lieux à condition de respecter le plan d'apurement et de payer les loyers courants.

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