Tribunal judiciaire, chambre 23 / proxi référé, 22 juin 2026 — n° 26/00882
Synthèse de la décision
Question juridique
Quelles sont les conditions de résiliation d'un bail pour loyers impayés et les conséquences de cette résiliation ?
Principe retenu
La résiliation d'un bail pour loyers impayés peut être suspendue sous certaines conditions, notamment le respect de délais de paiement. En cas de non-respect des modalités de règlement, la résiliation reprend tous ses effets.
Faits clés
- Bail signé le 26/01/2023 pour un appartement à usage d'habitation.
- Commandement de payer délivré le 15/10/2025 pour un arriéré locatif de 1695,03 euros.
- Assignation de Monsieur [Y] [C] pour constater la résiliation du bail et ordonner son expulsion.
- Monsieur [Y] [C] reconnaît la dette locative mais demande à rester dans les lieux.
- Un diagnostic social et financier a été reçu avant l'audience.
Articles cités
article L412-1 du code des procédures civiles d'exécution
articles L433-1 et L433-2 du code des procédures civiles d'exécution
Exposé du litige
EXPOSE DU LITIGE
Par acte du 26/01/2023, il a été donné à bail à Monsieur [Y] [C] un appartement à usage d'habitation, situé au [Adresse 5] [Localité 6].
Les échéances de loyer n'étant pas régulièrement payées, un commandement de payer rappelant la clause résolutoire insérée au bail a été délivré le 15/10/2025 concernant un arriéré locatif d’un montant de 1695,03 euros en principal.
Par acte du 26/02/2026, SEINE-SAINT-DENIS HABITAT a fait assigner Monsieur [Y] [C] devant le juge des contentieux de la protection du tribunal de proximité d’Aubervilliers statuant en référés aux fins de voir, sous le bénéfice de l’exécution provisoire :
constater la résiliation du bail par acquisition de la clause résolutoire en raison des loyers impayés ;ordonner l’expulsion immédiate et sans délai de Monsieur [Y] [C] ainsi que tous occupants de son chef, sous astreinte de 230 euros par jour de retard à compter de la signification de la décision à intervenir, avec assistance de la force publique et d’un serrurier ; autoriser le transport et la séquestration des meubles et objets mobiliers se trouvant dans les lieux dans les conditions du code des procédures civiles d’exécution ;condamner Monsieur [Y] [C] à la délivrance d’une attestation d'assurance couvrant les risques locatifs ordinaires jusqu'à la libération des lieux sous astreinte de 77 euros par jour de retard, à compter de la signification de la décision à intervenir,condamner Monsieur [Y] [C] au paiement à titre provisionnel :d’une somme de 3517,79 euros au titre de l’arriéré locatif, avec intérêts au taux légal à compter de l’assignation;d’une indemnité d’occupation égale au loyer qui aurait été dû si le bail s’était poursuivi, augmenté des charges à compter de la résiliation jusqu’à libération des lieux par remise des clés ;d’une somme de 500 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile, outre les dépens incluant les frais de commandement.
A l'audience SEINE-[Localité 7] HABITAT actualise sa demande en paiement au titre de l’arriéré locatif à la somme de 2847,53 euros arrêtée au 2/04/2026. Le bailleur ne s’oppose pas à l’octroi de délais suspensifs sous réserve de production par voie de note en délibéré de l’attestation d’assurance contre les risques locatifs concernant le logement litigieux en cours de validité.
Monsieur [Y] [C] reconnaît le montant de la dette locative mais il demande à pouvoir se maintenir dans les lieux en reprenant le paiement du loyer courant, outre la somme de 100 euros par mois en règlement de l'arriéré. Il indique avoir effectué de gros règlements récemment portant la dette à la somme de 239 euros. Il précise avoir 2800 euros de ressources par mois et vivre avec sa fille de 21 ans, à charge.
Un diagnostic social et financier a été reçu au greffe avant l’audience et il a été donné lecture de ses conclusions à l’audience.
Par voie de note en délibéré autorisée, le preneur a fourni le 07/05/2026 son attestation d’assurance en cours de validité concernant le logement litigieux.
Le bailleur, autorisé à fournir un décompte actualisé, a fourni le 07/05/2026 un décompte laissant apparaitre les derniers règlements du preneur, portant la dette à la somme de 244,11 euros au terme d’avril 2026 inclus.
Motivations de la décision
MOTIFS DE LA DECISION
Sur les demandes principales
Sur la recevabilité de la demande :
Conformément aux dispositions de l'article 24 III de la loi du 6 juillet 1989, une copie de l’assignation a été notifiée à la préfecture le 3/03/2026, soit 6 semaines au moins avant l’audience.
Il est par ailleurs justifié de la saisine de la CCAPEX le 17/11/2025, soit deux mois au moins avant la délivrance de l’assignation le 26/02/2026. L’action est donc recevable.
Sur la demande en paiement :
Selon l’article 7a) de la loi du 6 juillet 1989, le locataire est obligé de payer les loyers et charges aux termes convenus.
Aux termes de l’article 4 p) de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989, est réputée non écrite toute clause qui fait supporter au locataire des frais de relance ou d'expédition de la quittance ainsi que les frais de procédure en plus des sommes versées au titre des dépens et de l'article 700 du code de procédure civile. Il résulte de ces dispositions que le bailleur ne peut mettre à la charge du locataire les frais relatifs au recouvrement amiable ou contentieux de sa créance au titre de l’arriéré locatif.
En application de l'article 1353 du code civil, il appartient à celui qui demande l'exécution d'une obligation d'en rapporter la preuve.
En l’absence de preuve des règlements récents dont le preneur affirmait à l’audience s’être acquitté, la dette demeurera arrêtée au 02/04/2026, les règlements ultérieurs étant pris en compte au stade de l’exécution.
Sur le fond, il ressort du commandement, de l'assignation et du décompte produits que Monsieur [Y] [C] reste devoir une somme de 93,52 euros (avril 2026 inclus) au titre d’un arriéré de loyers et de charges demeuré impayé selon décompte arrêté au 2/04/2026 (frais de poursuite déduits pour 150,59 euros en l’absence de justification de ce qu’ils seraient dus contractuellement et/ou en sus des dépens) ; il sera condamné à titre provisionnel au paiement de cette somme, avec intérêts au taux légal à compter de l’assignation.
Sur la demande d'acquisition de la clause résolutoire :
L'article 24 de la loi du 6 juillet 1989 dispose dans son premier alinéa que toute clause prévoyant la résiliation du bail pour défaut de paiement des loyers et des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie ne produit effet que deux mois après un commandement de payer demeuré infructueux.
En l’espèce, le bail conclu entre les parties contient une clause aux termes de laquelle le contrat se trouvera de plein droit résilié, en cas de défaut de paiement des loyers et accessoires, deux mois après un commandement de payer resté infructueux.
S’agissant du bail, les pièces versées aux débats montrent que les causes du commandement de payer délivré le 15/10/2025 n’ont pas été réglées dans les deux mois suivant sa signification. Conformément aux dispositions de l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989, le bail s'est donc trouvé résilié de plein droit au 15/12/2025 à minuit.
Sur la demande de délais de paiement :
En application de l'article 24 V de la loi du 06 juillet 1989 le juge peut, à la demande du locataire, du bailleur ou d'office, à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu’il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années, au locataire en situation de régler sa dette locative.
Selon l’article 24-VII, lorsque le juge est saisi en ce sens par le bailleur ou par le locataire, et à la condition que le locataire ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, les effets de la clause de résiliation de plein droit peuvent être suspendus pendant le cours des délais ainsi accordés. Le texte prévoit que la suspension prend fin dès le premier impayé ou dès lors que le locataire ne se libère pas de sa dette locative dans les délais et selon les modalités fixées par le juge et que ces délais ne peuvent affecter l’exécution du contrat de location, notamment suspendre le paiement des loyers et charges.
Si le locataire se libère de sa dette dans le délai et selon les modalités fixées par le juge, la clause de résiliation de plein droit est réputée ne pas avoir joué et dans le cas contraire, elle reprend son plein effet.
En l’espèce, eu égard à la reprise du paiement des loyers courants et en l’absence d’opposition du bailleur, il convient d’autoriser Monsieur [Y] [C] à s’acquitter de la dette locative en plusieurs mensualités selon les modalités fixées au dispositif et de suspendre la résiliation du bail pendant le cours des délais de paiement accordés, sous réserve que ces derniers soient bien respectés.
A défaut de respecter les délais de paiement accordés et/ou de payer ponctuellement le loyer et les charges courants au terme convenu dans le contrat de bail, la résiliation reprendra ses effets. Monsieur [Y] [C] ainsi que tous occupants de son chef pourront alors être expulsés et les sommes restant dues deviendront en totalité exigibles.
Sur la fixation de l’indemnité d’occupation :
Selon l'article 1730 du code civil, à l'expiration du bail le locataire doit restituer les locaux. La restitution des lieux implique la remise des clefs.
Aux termes de l'article 1240 du code civil, tout fait quelconque de l'homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer. Il résulte de ce texte que l'occupant sans droit ni titre d'un local est tenu d'une indemnité d'occupation envers le propriétaire.
L'indemnité d'occupation, dont la nature mixte, compensatoire et indemnitaire, constitue la contrepartie de l'occupation du bien après résiliation du bail et de son indisponibilité pour le bailleur.
En l’espèce, les effets de la résiliation du bail étant suspendus du fait de l'octroi de délais de paiement, il convient de rappeler, qu’en cas de non-respect des délais fixés au dispositif, il y a lieu de condamner Monsieur [Y] [C] au paiement d’une indemnité d’occupation à compter de la résiliation du bail jusqu’à libération effective des lieux constatée par remise des clés ou procès-verbal d’expulsion.
L’indemnité sera fixée à titre provisionnel au montant du loyer et des charges (les taxes locatives étant constitutives de charges récupérables aux termes du décret n°87-713 du 26 août 1987) qui auraient été dus si le bail s'était poursuivi. La condamnation au titre des indemnités d’occupation étant partiellement liquidée dans le cadre de la condamnation au principal, ses effets débuteront au 1/05/2026.
Sur le sort des meubles
Le sort des meubles sera régi conformément aux dispositions des articles L433-1 et L433-2 du code des procédures civiles d'exécution.
Sur les modalités de l’expulsion
Sur la demande d'astreinte :
Aux termes de l'article L131-1 du code des procédures civiles d'exécution, tout juge peut, même d'office, ordonner une astreinte pour assurer l'exécution de sa décision.
Dispositif
CONSTATONS, à compter du 15/12/2025 à minuit, la résiliation du bail conclu entre les parties et portant sur les lieux loués situés au [Adresse 5] [Localité 6] ;
CONDAMNONS Monsieur [Y] [C] à payer à [Localité 9], la somme provisionnelle de 93,52 euros (avril 2026 inclus) au titre de l’arriéré de loyers, charges et indemnités d’occupation dus selon décompte au 2/04/2026, avec intérêts au taux légal à compter du 26/02/2026 ;
AUTORISONS Monsieur [Y] [C] à s'acquitter de la dette par 1 mensualités de 93,52 euros, payables en plus du loyer et des charges courants, au plus tard le 15 de chaque mois et pour la première fois le 15 du mois suivant la signification de la présente ordonnance, suivies d’une 2ème mensualité payable dans les mêmes conditions et constituée du solde de la dette en principal, frais et intérêts ;
SUSPENDONS les effets de la clause résolutoire pendant le cours des délais accordés ;
DISONS qu'en cas de respect par Monsieur [Y] [C] des délais accordés et du paiement des loyers et charges courants, la résiliation du bail sera réputée n'avoir jamais été acquise ;
DISONS que faute de respecter ponctuellement les modalités de règlement accordées (que le manquement porte sur l’arriéré ou sur les loyers et charges courants) :
la totalité de la dette deviendra immédiatement exigible et la résiliation reprendra tous ses effets et ce, 15 jours après l’envoi d’une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception restée sans effet ;il pourra être procédé à l'expulsion de Monsieur [Y] [C], ainsi que de tous les occupants de son chef, avec le concours d’un serrurier et de la force publique le cas échéant ; Monsieur [Y] [C] sera condamné à payer à [Localité 8] HABITAT, à compter du 1/04/2026 et jusqu’au départ effectif des lieux matérialisé par la remise des clés ou un procès-verbal d’expulsion ou de reprise, une indemnité mensuelle d'occupation fixée à titre provisionnel au montant des loyers et charges qui auraient été dus si le bail n’avait pas été résilié ;
DISONS n'y avoir lieu d'assortir la condamnation d'une astreinte,
REJETONS la demande de suppression du délai de deux mois prévu par l’article L412-1 du code des procédures civiles d’exécution,
RAPPELONS que le sort des meubles est régi par les dispositions des articles L433-1 et L433-2 du code des procédures civiles d'exécution ;
DEBOUTONS SEINE-[Localité 7] HABITAT de sa demande visant à enjoindre à Monsieur [Y] [C] de produire une attestation d’assurance sous astreinte ;
DEBOUTONS SEINE-[Localité 7] HABITAT de sa demande au titre de l’article 700 du code de procédure civile ;
CONDAMNONS Monsieur [Y] [C] aux dépens de l’instance ;
DEBOUTONS les parties du surplus de leurs prétentions.
LA GREFFIERE LA JUGE
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une clause résolutoire dans un bail ?
Une clause résolutoire permet au bailleur de résilier le bail en cas de non-paiement des loyers, après un commandement de payer.
Comment puis-je contester une décision d'expulsion ?
Vous pouvez contester une décision d'expulsion en faisant appel de la décision ou en présentant des preuves de votre capacité à payer les loyers.
Quels délais ai-je pour payer mes loyers avant une expulsion ?
Le juge peut accorder des délais de paiement, mais si vous ne respectez pas ces délais, la résiliation du bail peut reprendre effet.
Que se passe-t-il avec mes meubles en cas d'expulsion ?
Les meubles peuvent être séquestrés et transportés par le bailleur, conformément aux dispositions du code des procédures civiles d'exécution.
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