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Tribunal judiciaire, jex cab 4, 24 juin 2026 — n° 26/80543

Déboute le ou les demandeurs de l'ensemble de leurs demandes

Synthèse de la décision

Question juridique

Le syndicat des copropriétaires peut-il obtenir la liquidation d'astreintes fixées par un jugement antérieur ordonnant la cessation de locations meublées de courte durée et la dépose d'une climatisation, lorsque les conditions de constat de l'infraction ne sont pas remplies et que l'obligation a été exécutée ?

Principe retenu

La liquidation d'une astreinte suppose que l'infraction soit constatée selon les modalités prévues par le jugement qui l'a ordonnée. Si le jugement subordonne l'astreinte à un constat par commissaire de justice, un constat réalisé à partir de captures d'écran ne suffit pas. Par ailleurs, si l'obligation a été exécutée avant la demande en liquidation, il n'y a pas lieu à liquidation.

Faits clés

  • Monsieur [A] et la SCI sont propriétaires de lots dans une copropriété, transformés en hébergement hôtelier.
  • Un jugement du 12 juin 2025 a ordonné la cessation des locations meublées de courte durée sous astreinte de 1000 € par jour, et la dépose d'une climatisation sous astreinte de 800 € par jour.
  • Le jugement subordonnait l'astreinte à un constat par commissaire de justice.
  • Le syndicat des copropriétaires a produit un unique constat du 1er octobre 2025 réalisé à partir de captures d'écran.
  • La dépose de la climatisation a été effectuée en septembre 2025.

Articles cités

article 700 du code de procédure civile

Exposé du litige

* * * * * * FAITS ET PROCÉDURE Monsieur [S] [A] est propriétaire d'un appartement au 3e étage et d'une cave (lots numéros 6 et 49) dans une copropriété située [Adresse 6]. La SCI DE LA PROMENADE, dont Monsieur [S] [A] est également le gérant, est propriétaire, dans le même immeuble, d'un appartement au 4e étage (lot numéro 8) et de 2 caves (lot numéro 37). Ces 2 appartements ont été chacun subdivisés en 2 appartements, soit 4 appartements au total, pouvant accueillir chacun 6 personnes, étant rappelé que Monsieur [A] a obtenu le 13 novembre 2020, l'autorisation de la mairie de [Localité 1] pour le changement de destination des lots numéros 6 et 8, à usage initial de bureau, en hébergement hôtelier. Aux termes d'un jugement prononcé le 12 juin 2025, le tribunal judiciaire de Paris, entre autres dispositions, a notamment : -ordonné à Monsieur [S] [A] et à la SCI précitée de cesser dans les lots numéros 6 et 8 dont ils sont propriétaires toute activité de location meublée de courte durée, sous astreinte de 1000 € par jour de retard et par infraction constatée par voie de commissaire de justice, passé le délai de 15 jours suivant la signification de la décision -dit que cette astreinte sera en vigueur pendant une période de 3 mois -condamné la SCI [Adresse 4] à procéder à la dépose de l'installation de la climatisation au 4e étage (au sein du lot numéro 8) ainsi que les bouches d'évacuation de celle-ci et à la remise en état de la fenêtre d'origine ayant été supprimée par la pose de cette climatisation, sous astreinte de 800 € par jour de retard passé le délai de 3 mois suivant la signification de la décisions -dit que cette astreinte sera en vigueur pendant une période de 3 mois. Ce jugement a été signifié le 9 juillet 2025 à Monsieur [S] [A], et le 17 juillet 2025 à la SCI DE LA PROMENADE. Par actes des 19 février et 12 mars 2026, le syndicat des copropriétaires de l'immeuble sis [Adresse 6], agissant en liquidation des astreintes précitées et en fixation d'une nouvelle astreinte, a assigné devant le juge de l'exécution Monsieur [S] [A] et la SCI DE [Adresse 7], aux fins, suivant ses conclusions soutenues à l'audience du 10 juin 2026, d'obtenir : -la condamnation de Monsieur [S] [A] à verser une somme de 184 000 €, arrêtée au 24 octobre 2025, relativement aux infractions relatives aux locations de courte durée -la condamnation de la SCI DE LA PROMENADE, au versement, pour les mêmes causes, à une somme de 184 000 € -la condamnation de la SCI [Adresse 4], au paiement d'une somme de 73 600 €, arrêtée au 9 janvier 2026, relativement à la dépose de la climatisation et la remise en état de la fenêtre -la condamnation de Monsieur [S] [A], au versement, pour les mêmes causes, de la somme de 73 600 € -la fixation d'une nouvelle astreinte de 1500 € par jour et par infraction concernant l'interdiction des locations de courte durée -la production de la convention signée entre la SCI DE LA PROMENADE ou Monsieur [S] [A] avec la société K&J CONSULTING -la condamnation in solidum des défendeurs à une indemnité de 3000 € en vertu de l'article 700 du code de procédure civile. Suivant conclusions soutenues à la même audience, les défendeurs font valoir que les demandes formulées à leur encontre sont totalement infondées (puisque les locations qu'ils pratiquent ne peuvent être regardées, au sens du jugement à exécuter, comme étant de courte durée, et que par ailleurs la dépose de la climatisation et la remise en état de la fenêtre a été réalisée courant septembre 2025). Ils sollicitent chacun une indemnité de 3000 € en application de l'article 700 du code de procédure civile.

Motivations de la décision

MOTIFS ET DÉCISION Sur les locations de courte durée : Les défendeurs soutiennent que : -la plate-forme Airbnb, à laquelle ils ont recours, mentionne que les locations de moyenne et longue durée s'entendent de locations d'une durée minimale d'un mois, ce qui est le cas de leurs appartements lesquels sont proposés que pour des durées minimales de 90 jours, à l'exception d'un seul pour une durée minimale de 30 jours -le jugement du 12 juin 2025 prévoit expressément la nécessité de faire constater l'infraction par voie d'un commissaire de justice, alors que le syndicat des copropriétaires se borne à produire un unique constat en date du 1er octobre 2025, effectué par des simples captures d'écran. Le syndicat des copropriétaires estime qu'une location de courte durée, telle que cette notion est définie par la jurisprudence, correspond à celle prévoyant une durée inférieure à un an. Il importe de rappeler que le jugement précité indique, dans ses motifs, que: "il sera ajouté que le règlement de copropriété prévoit la présence d'un concierge dans l'immeuble et que tous les lots à partir du premier étage sont destinés à l'habitation, ces éléments étant de nature à corroborer le caractère résidentiel de l'immeuble, incompatible avec la location de courte durée, laquelle implique des allées et venues incessantes et des rotations d'occupants sur de brèves périodes, incompatible avec la destination de l'immeuble". Il se déduit de cette motivation que le tribunal judiciaire n'a pas nécessairement entendu définir les locations interdites en l'espèce comme des locations d'une durée inférieure à un an, puisque son jugement vise seulement à proscrire des locations de courte durée impliquant des allées et venues incessantes, avec des rotations d'occupants sur de brèves périodes. Les locations reprochées aux défendeurs, compte tenu des durées minimales exigées par ces derniers, ne peuvent en tout état de cause être considérées comme occasionnant des allées et venues incessantes, génératrices de nuisances pour les autres résidents de l'immeuble, de la part des locataires ou occupants des appartements concernés. Au surplus, il est effectivement exact que le jugement du 12 juin 2025 subordonne expressément l'astreinte à une infraction constatée par commissaire de justice, et qu'il n'est effectivement produit aux débats, par la copropriété, qu'un unique constat en date du 1er octobre 2025, réalisé à partir de captures d'écran . Dans ces conditions, la demande en liquidation d'astreinte formulée de ce chef sera rejetée. Il s'ensuit que la fixation d'une nouvelle astreinte ne se justifie pas. Sur la dépose de la climatisation et la remise en état de la fenêtre : Il convient préalablement de relever que l'obligation dont s'agit a été mis à la charge de la seule SCI [Adresse 4]. En conséquence, la demande formée à ce titre contre Monsieur [S] [A] personnellement, tendant à sa condamnation au paiement d'une somme de 73 600 €, ne saurait prospérer. Par ailleurs, il apparaît que la dépose de la climatisation et la remise en état de la fenêtre a été effectuée dès courant septembre 2025. Il n'y a donc également pas lieu à liquidation de l'astreinte à ce titre. La demande de production de la convention qui aurait été signée avec la société K&J CONSULTING, qui n'a aucun lien avec les demandes en liquidation et fixation d'astreintes, excède les pouvoirs juridictionnels du juge de l'exécution, et partant sera déclarée irrecevable. Les circonstances de la cause ne justifient pas de faire bénéficier les défendeurs des dispositions de l'article 700 du code de procédure civile.

Dispositif

PAR CES MOTIFS Le Juge de l'Exécution, statuant publiquement, par jugement contradictoire, en premier ressort, et par mise à disposition : Déboute le syndicat des copropriétaires de l'immeuble situé [Adresse 6] de ses demandes tendant à la liquidation des astreintes fixées par le jugement du 12 juin 2025, et à la fixation d'une nouvelle astreinte, Déclare irrecevable la demande tendant à la production de la convention qui aurait été signée avec la société K&J CONSULTING, Dit n'y avoir lieu à application de l'article 700 du code de procédure civile au profit des défendeurs, Condamne le syndicat des copropriétaires susmentionné aux dépens, LE GREFFIER LE JUGE DE L’EXÉCUTION

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une astreinte ?
Une astreinte est une sanction pécuniaire fixée par le juge pour contraindre une personne à exécuter une obligation. Elle est généralement fixée par jour de retard et peut être liquidée si l'obligation n'est pas exécutée.
Comment prouver une infraction pour obtenir la liquidation d'une astreinte ?
La preuve doit être apportée selon les modalités prévues par la décision qui a ordonné l'astreinte. Dans cette affaire, le jugement exigeait un constat par commissaire de justice ; un constat par captures d'écran a été jugé insuffisant.
Que se passe-t-il si l'obligation est exécutée avant la demande de liquidation ?
Si l'obligation a été exécutée, il n'y a pas lieu à liquidation de l'astreinte pour la période postérieure à l'exécution. Dans cette affaire, la climatisation a été déposée en septembre 2025, avant la demande de liquidation.
Le juge de l'exécution peut-il fixer une nouvelle astreinte ?
Oui, le juge de l'exécution peut fixer une nouvelle astreinte si les conditions le justifient. Cependant, dans cette affaire, la demande a été rejetée car l'infraction n'était pas prouvée et l'obligation avait été exécutée.
Quels sont les pouvoirs du juge de l'exécution ?
Le juge de l'exécution est compétent pour statuer sur les demandes de liquidation d'astreinte, de fixation de nouvelle astreinte, et pour trancher les difficultés d'exécution. Il ne peut pas statuer sur des demandes sans lien avec l'exécution, comme la production d'une convention.
Puis-je demander la liquidation d'une astreinte sans constat d'huissier ?
Cela dépend des termes de la décision. Si le jugement subordonne l'astreinte à un constat par commissaire de justice, un constat d'huissier est nécessaire. Dans cette affaire, le constat par captures d'écran a été jugé insuffisant.

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