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Tribunal judiciaire, c18-pole social, 15 juin 2026 — n° 25/00195

Sursis à statuer

Synthèse de la décision

Question juridique

Les soins et arrêts de travail prescrits à une salariée après un accident du travail sont-ils imputables à cet accident au-delà du 24 juin 2022 ?

Principe retenu

L'imputabilité des soins et arrêts de travail à un accident du travail est présumée, mais cette présomption peut être combattue par l'employeur qui doit démontrer que les lésions ou arrêts sont exclusivement liés à une cause étrangère. En cas de contestation médicale, le juge peut ordonner une expertise médicale sur pièces pour déterminer la durée des soins et arrêts en relation avec l'accident.

Faits clés

  • Accident du travail le 26 avril 2022
  • Salariée : Madame [P] [X]
  • Employeur : SAS AUGAL
  • CPAM a pris en charge les soins et arrêts de travail
  • Contestation par l'employeur de l'imputabilité à compter du 24 juin 2022

Articles cités

article 380 du Code de Procédure Civile articles 450 et suivants du Code de Procédure Civile

Exposé du litige

*** FAITS, PROCEDURE, MOYENS ET PRETENTIONS DES PARTIES Par requête du 23 avril 2025, la s.a.s AUGAL a saisi le pôle social du Tribunal judiciaire de Chambéry aux fins de contester la décision implicite de la commission médicale de recours amiable de la Caisse primaire d’assurance maladie de la Savoie (CPAM), confirmant l’imputabilité des soins et arrêts de travail prescrits à sa salariée, Madame [P] [X], suite à l’accident du travail du 26 avril 2022. Après, un premier renvoi, les parties ont été régulièrement convoquées à l’audience du 20 avril 2026. A défaut de conciliation, l’affaire a été plaidée. Au terme de sa requête, à laquelle il convient de se reporter pour un exposé plus ample des faits, moyens et prétentions, la s.a.s AUGAL, dûment représentée, demande au tribunal de : Déclarer le recours de la société AUGAL recevable ;A titre principal, Prononcer l’inopposabilité des lésions, soins et arrêts de travail indemnisés par la Caisse primaire d’assurance maladie de la Savoie, à compter du 24 juin 2022 inclus au titre de l’accident du travail dont était victime Madame [P] [X], le 26 avril 2022,A titre subsidiaire Constater qu’il existe un différend d’ordre médical portant sur la réelle imputabilité des lésions et arrêts de travail indemnisés au titre de l’accident du travail du 26 avril 2022,Ordonner, avant-dire droit, une expertise médicale judiciaire sur pièces afin de vérifier la justification des soins et arrêts de travail pris en charge par la CPAM au titre de l’accident du travail du 26 avril 2022.Nommer tel expert avec pour mission de : 1°- Prendre connaissance de l’entier dossier médical de Madame [X] [S] établi par la Caisse primaire d’assurance maladie, 2°- Déterminer exactement les lésions provoquées par l’accident du travail, 3°- Fixer la durée des arrêts de travail et des soins en relation directe et exclusive avec ces lésions, 4°- Dire si l’accident a seulement révélé ou s’il a temporairement aggravé un état indépendant à décrire et dans ce dernier cas, dire à partir de quelle date cet état est revenu au statu quo ante ou a recommencé à évoluer pour son propre compte, 5°- En tout état de cause, dire à partir de quelle date la prise en charge des soins et arrêts de travail au titre de la législation professionnelle n’est plus médicalement justifiée au regard de l’évolution du seul état consécutif à l’accident, 6°- Rédiger un pré-rapport à soumettre aux parties, 7°- Intégrer dans le rapport d’expertise final les commentaires de chaque partie concernant le pré-rapport et les réponses apportées à ces commentaires, Renvoyer l’affaire à une audience ultérieure pour qu’il soit débattu du contenu du rapport d’expertise,Juger inopposables à la société AUGAL les prestations prises en charge au-delà de la date réelle de consolidation et celles n’ayant pas de lien direct, certain et exclusif avec l’accident du travail du 26 avril 2022,Dispenser la société AUGAL de présence à cette audience ultérieure en vertu de l’alinéa 2 de l’article R.142-20-2 du code de la sécurité sociale et de l’article 446-1 du code de procédure civile,En tout état de cause, Condamner la CPAM à payer à la société AUGAL, la somme de 3.000 euros au titre de l’article 700 du Code de procédure civile ;Condamner la CPAM aux entiers dépens. A l’audience, la Caisse primaire d’assurance maladie de la Savoie, régulièrement représentée, demande au tribunal de débouter la s.a.s AUGAL de ses demandes. L’affaire a été mise en délibéré au 15 juin 2026.

Motivations de la décision

MOTIVATION Sur le fond Il résulte des dispositions de l’article L.411-1 du code de la sécurité sociale que la présomption d’imputabilité au travail des soins et arrêts s’étend pendant toute la durée d’incapacité de travail précédant soit la guérison complète soit la consolidation de l’état de la victime. La s.a.s AUGAL demande au pôle social de lui déclarer inopposables les arrêts et soins prescrits à la suite de l’accident du travail du 26 avril 2022 survenu à sa salariée, Mme [X] [P]. A titre subsidiaire, elle sollicite que soit ordonnée une expertise médicale judiciaire. L’employeur fait valoir que sa salariée a bénéficié d’arrêts de travail d’une durée totalement disproportionnée par rapport à sa pathologie (engelures). La société ajoute que son médecin conseil, le docteur [Y] a rédigé un rapport médical établi le 12 novembre 2025, estimant que la durée de prise en charge des soins et des arrêts de travail est justifiée du 26 avril 2022 au 24 juillet 2022. Pour justifier de la continuité des symptômes et des soins, la C.P.A.M de la Savoie produit : le certificat médical initial (pièce n° 3),les relevés d’indemnités journalières (pièce n° 2),le courrier fixant la date de consolidation (pièce n° 5). Le médecin consultant de l’employeur soulève l’ambiguïté des éléments médicaux qui lui ont été communiqués dans la mesure où le rapport d’évaluation des séquelles ne permet pas d’expliquer la durée importante des arrêts de travail, ni le fait que le diagnostic final diffère du diagnostic initial. Cet élément fragilisant la présomption d’imputabilité dont se prévaut l’organisme et compte tenu de la nature médicale du litige, il y a lieu de faire droit à la demande de consultation sur pièces, avec la mission telle que définie au dispositif du présent jugement. L’expertise aura lieu sur pièces, Mme [P] [X] n’étant pas partie à la présente instance et n’ayant pas lieu d’y être attrait en vertu du principe de l’indépendance des rapports. Dans l’attente, les demandes des parties au fond seront réservées.

Dispositif

PAR CES MOTIFS Le tribunal, statuant par jugement avant dire droit, en premier ressort, par mise à disposition au greffe, et après en avoir délibéré, Sursoit à statuer sur les demandes formulées ; Avant dire droit, Ordonne une consultation médicale sur pièces, sans convocation des parties ; Désigne pour y procéder le Docteur [T] [U], 1bis rue Buissières, 21240 TALANT, pour accomplir la mission suivante :Prendre connaissance de l’entier dossier médical de Madame [P] [X] établi par la caisse,Prendre connaissance des éléments produits par les parties,Fixer la durée des soins et arrêts de travail en relation, au moins en partie, avec l’accident du travail du 22 avril 2022 et la durée des soins et arrêts de travail exclusivement liés à une cause étrangère à l’accident,Fournir les seuls éléments médicaux de nature à apporter une réponse à la question posée ; Dit que le médecin consultant déposera son rapport de consultation au greffe du pôle social du tribunal judiciaire dans les quatre mois du jour où il aura été saisi de sa mission ; Réserve les dépens. Dit que la décision de sursis peut être frappée d’appel sur autorisation du premier président de la Cour d’Appel s’il est justifié d’un motif grave et légitime (article 380 du Code de Procédure Civile). La partie qui veut faire appel saisit le premier président, qui statue selon la procédure accélérée au fond. L’assignation doit être délivrée dans le mois de la décision. Ainsi jugé et prononcé par la mise à disposition au greffe conformément aux dispositions des articles 450 et suivants du code de procédure civile aux jour, mois et an que dessus et signé par : La greffière, Le Président,

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la présomption d'imputabilité en accident du travail ?
La présomption d'imputabilité signifie que les soins et arrêts de travail prescrits à la suite d'un accident du travail sont présumés être en lien avec cet accident, sauf preuve contraire apportée par l'employeur.
Comment l'employeur peut-il contester l'imputabilité des soins et arrêts ?
L'employeur peut saisir le tribunal judiciaire pour contester la décision de la CPAM. Il doit démontrer que les lésions ou arrêts sont exclusivement liés à une cause étrangère à l'accident. Le juge peut ordonner une expertise médicale sur pièces.
Qu'est-ce qu'une expertise médicale sur pièces ?
C'est une expertise réalisée par un médecin consultant à partir du dossier médical de la victime, sans convocation des parties. Elle vise à déterminer la durée des soins et arrêts en relation avec l'accident du travail.
Quels sont les délais pour contester une décision de la CPAM sur l'imputabilité ?
L'employeur dispose d'un délai de deux mois à compter de la notification de la décision de la CPAM ou de la décision implicite de la commission médicale de recours amiable pour saisir le tribunal.
La salariée est-elle partie à la procédure de contestation de l'imputabilité ?
Non, la salariée n'est pas partie à la procédure entre l'employeur et la CPAM. L'expertise se fait sur pièces sans sa convocation, conformément au principe d'indépendance des rapports.
Que se passe-t-il après l'expertise médicale ?
Après le dépôt du rapport d'expertise, le tribunal statuera sur le fond, notamment sur l'inopposabilité des soins et arrêts à l'employeur au-delà de la date retenue par l'expert.

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