Tribunal judiciaire, pole civil - fil 2, 24 juin 2026 — n° 24/01779
Synthèse de la décision
Question juridique
Le propriétaire d'un immeuble peut-il obtenir une expertise et une indemnisation pour des fissures apparues après des travaux de rénovation chez le voisin, en l'absence de preuve du lien de causalité ?
Principe retenu
La responsabilité pour troubles de voisinage nécessite la preuve d'un lien de causalité entre les travaux et les désordres. Une nouvelle expertise ne peut être ordonnée pour pallier la carence du demandeur dans l'administration de la preuve.
Faits clés
- M. [O] est propriétaire d'un immeuble à Toulouse.
- La société HLM des Chalets a réalisé des travaux de rénovation de l'immeuble voisin, achevés le 15 octobre 2014.
- M. [O] se plaint de fissures apparues dans son immeuble.
- Une première expertise judiciaire a été réalisée par M. [V] en 2022.
- M. [O] a assigné la société HLM des Chalets et son assureur Maaf en 2024.
Articles cités
article 1240 du code civil
article 700 du code de procédure civile
Exposé du litige
EXPOSÉ DU LITIGE
M. [F] [O] est propriétaire d’un immeuble composé de quatre appartements, d’une cave et d’un local commercial situé [Adresse 4] et [Adresse 5] à [Localité 2].
En 2012, la société HLM des Chalets a envisagé un projet de rénovation de l’immeuble voisin, situé [Adresse 6], mitoyen de celui de M. [F] [O].
La société HLM des Chalets a fait délivrer aux propriétaires des immeubles voisins, dont M. [F] [O], une assignation en référé préventif.
Par ordonnance du 28 février 2012, le juge des référés du tribunal de grande instance de Toulouse a désigné M. [R] en qualité d’expert judiciaire.
M. [R] a déposé son rapport le 20 avril 2012, sans avoir pu visiter trois des logements ni la cave de M. [F] [O], absent au moment des opérations d’expertise. Deux rapports complémentaires ont été déposés les 25 janvier 2013 et 23 septembre 2014.
M. [F] [O] a également mandaté un expert amiable, M. [B], qui a rendu un rapport amiable et contradictoire le 20 juin 2013.
Les travaux étaient achevés le 15 octobre 2014.
Par assignation du 29 mars 2021, M. [F] [O], se plaignant de fissures, a saisi le juge des référés du tribunal judiciaire de Toulouse afin d’obtenir la désignation d’un expert judiciaire.
Par ordonnance du 7 septembre 2021, le juge des référés a désigné M. [V], qui a déposé son rapport le 25 juillet 2022.
M. [F] [O] a également déclaré un sinistre à son assureur, la société Maaf assurances, qui a mandaté la société Eurexo, laquelle a rendu un rapport d’expertise le 26 avril 2021.
Par ailleurs, M. [F] [O] a mandaté la société Bat’expert 34 du groupe Synergy expertises, qui a rendu un rapport non contradictoire le 2 juin 2023.
Par actes de commissaire de justice des 28 et 29 mars 2024, M. [F] [O] a assigné la société HLM des Chalets et la société Maaf assurances devant le tribunal judiciaire de Toulouse.
Par conclusions notifiées par voie électronique le 10 mars 2025, M. [F] [O] demande au tribunal de :
avant dire droit,
- ordonner une nouvelle expertise, désigner tel expert avec pour mission notamment de dire si l’immeuble présente des désordres, dire à quelles dates les fissures sont apparues, en indiquer la nature et l’étendue et dire quelles en sont les causes,
- ordonner un sursis à statuer,
au fond,
- condamner in solidum la société HLM des Chalets et la société Maaf assurances à lui régler le coût des travaux de réparation des désordres qui sera déterminé au cours de l’expertise à venir, et à l’indemniser des préjudices subis dont le montant reste à parfaire,
- condamner in solidum la société HLM des Chalets et la société Maaf assurances à lui verser la somme de 58 806 euros en indemnisation de la perte locative subie, somme à parfaire au jour du jugement,
en tout état,
- rejeter toute demande contre lui,
- condamner tout succombant à lui verser la somme de 10 000 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile, ainsi qu’aux dépens en ce compris les dépens de la procédure en référé et les frais des expertises judiciaires,
- ordonner l’exécution provisoire.
Par conclusions notifiées par voie électronique le 23 octobre 2024, la société HLM des Chalets demande au tribunal de :
- rejeter les prétentions de M. [F] [O],
- condamner M. [F] [O] à lui verser la somme de 3 000 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile, ainsi qu’aux dépens.
Par conclusions notifiées par voie électronique le 25 avril 2025, la société Maaf assurances demande au tribunal de :
- débouter M. [F] [O] de l’intégralité de ses demandes,
- condamner M.
Motivations de la décision
MOTIFS
Sur la demande de nouvelle expertise :
Aux termes de l’article 144 du code de procédure civile, les mesures d'instruction peuvent être ordonnées en tout état de cause, dès lors que le juge ne dispose pas d'éléments suffisants pour statuer.
Selon l’article 232 du même code, le juge peut commettre toute personne de son choix pour l'éclairer par des constatations, par une consultation ou par une expertise sur une question de fait qui requiert les lumières d'un technicien.
M. [F] [O], qui demande d’ordonner une nouvelle expertise judiciaire, se borne à exposer que les conclusions de l’expert judiciaire, M. [V], sont largement remises en question par celles de l’expert qu’il a mandaté, la société Bat’expert 34.
Toutefois, M. [F] [O] n’établit pas, ni même n’allègue, que les opérations d’expertise judiciaire, menées dans le respect du principe du contradictoire, seraient entachées d’irrégularités.
Par ailleurs, il ressort du rapport d’expertise judiciaire de M. [V] du 25 juillet 2022 que ses conclusions sont claires et précises.
Enfin, les conclusions du « rapport d’expertise bâtiment unilatéral », établi le 2 juin 2023 par M. [N], de la société Bat’expert 34, à la suite d’opérations d’expertise non contradictoires, à la seule demande de M. [F] [O], ne sont corroborées par aucun autre élément. Cet expert se borne d’ailleurs à démentir les conclusions de M. [V] et à affirmer qu’« il est clair que ces désordres sont consécutifs aux travaux voisins », sans étayer cette affirmation par une quelconque démonstration du lien de causalité ainsi allégué. Contrairement à ce que font valoir M. [N] et M. [F] [O], le rapport d’expertise judiciaire établi le 20 avril 2012 par M. [R] ne permet pas de corroborer le lien de causalité entre les travaux voisins et les désordres constatés par M. [F] [O] dans son immeuble plus de cinq ans après ces travaux. Bien au contraire, ce premier rapport d’expertise judiciaire, établi à la suite d’un référé préventif sans que M. [R], expert désigné, ait pu visiter les appartements de M. [F] [O], alors absent, mentionnait déjà l’état de vétusté et de fragilité des bâtiments, identifié dix ans plus tard par M. [V] comme étant la cause des désordres constatés dans l’immeuble de M. [F] [O].
Au regard de l’ensemble de ces éléments, il n’y a pas lieu d’ordonner une nouvelle expertise, laquelle ne saurait pallier la carence de M. [F] [O] dans l’administration d’un commencement de preuve que les conclusions du premier rapport d’expertise judiciaire seraient erronées.
Sur la demande indemnitaire de M. [F] [O] :
Selon l’article 1240 du code civil, tout fait quelconque de l'homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer.
M. [F] [O] n’établit ni le lien de causalité entre les travaux réalisés dans l’immeuble voisin et les désordres constatés dans ses appartements plus de cinq ans après l’achèvement de ces travaux, ni la réalité de la perte locative alléguée.
Par suite, il y a lieu de le débouter de ses prétentions indemnitaires.
Sur les frais liés au litige :
Il y a lieu de condamner M. [F] [O], partie perdante, aux dépens, en ce compris les dépens de la procédure de référé introduite par assignation du 29 mars 2021, et les frais de l’expertise judiciaire de M. [V].
Par ailleurs, il y a lieu de condamner M. [F] [O] à verser à chacune des sociétés HLM des Chalets et Maaf assurances une somme de 1 000 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile.
En revanche, il n’y a pas lieu de faire droit à la demande de M. [F] [O] présentée au même titre.
Dispositif
PAR CES MOTIFS
Le tribunal, statuant publiquement, par jugement contradictoire, mis à disposition au greffe et en premier ressort :
REJETTE la demande de nouvelle expertise,
DÉBOUTE M. [F] [O] de ses prétentions indemnitaires,
CONDAMNE M. [F] [O] à verser à verser à chacune des sociétés HLM des Chalets et Maaf assurances une somme de 1 000 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile,
DÉBOUTE M. [F] [O] de sa demande présentée au même titre,
CONDAMNE M. [F] [O] aux dépens, en ce compris les dépens de la procédure de référé introduite par assignation du 29 mars 2021, et les frais de l’expertise judiciaire de M. [V],
RAPPELLE que l’exécution provisoire de la présente décision est de droit.
LE GREFFIER LE PRÉSIDENT
Questions fréquentes
Puis-je obtenir une nouvelle expertise judiciaire si je ne suis pas d'accord avec la première ?
Non, le tribunal a rejeté la demande de nouvelle expertise car M. [O] n'a pas apporté de commencement de preuve que les conclusions de la première expertise étaient erronées. Une nouvelle expertise ne peut pallier la carence du demandeur dans l'administration de la preuve.
Quels sont les éléments à prouver pour obtenir réparation d'un trouble de voisinage ?
Il faut prouver un lien de causalité entre les travaux du voisin et les désordres subis. En l'espèce, M. [O] n'a pas établi ce lien, les fissures étant apparues plus de cinq ans après l'achèvement des travaux.
Mon assureur doit-il m'indemniser pour des fissures liées à des travaux voisins ?
Cela dépend des garanties de votre contrat. Dans cette affaire, la demande d'indemnisation contre l'assureur Maaf a été rejetée faute de preuve du lien de causalité.
Que faire si l'expertise judiciaire ne conclut pas à un lien de causalité ?
Vous pouvez tenter de rapporter d'autres preuves, mais le tribunal a estimé qu'une nouvelle expertise ne serait pas utile si vous ne démontrez pas que la première est erronée.
Puis-je être condamné aux dépens si je perds mon procès ?
Oui, la partie perdante est généralement condamnée aux dépens. M. [O] a été condamné aux dépens, incluant les frais de référé et d'expertise.
Quel est le délai pour agir en justice pour des troubles de voisinage ?
Le délai de prescription est de cinq ans à compter de la manifestation du dommage. En l'espèce, les travaux étaient achevés depuis plus de cinq ans, ce qui a affaibli la demande.
Une question similaire ? Posez-la à Justiweb
Notre IA juridique vous répond avec sources officielles et jurisprudence à jour.
Poser ma question
Important : Cette page présente une décision de justice à titre informatif.
Elle ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour votre situation spécifique,
consultez un avocat ou utilisez l'assistant Justiweb pour explorer vos questions juridiques.