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Cour d'appel, chambre 4-8a, 23 juin 2026 — n° 24/10844

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Synthèse de la décision

Question juridique

Le taux d'incapacité permanente de 0% attribué à la suite d'un accident du travail est-il justifié en l'absence de séquelles indemnisables liées à l'accident ?

Principe retenu

L'évaluation du taux d'incapacité permanente doit tenir compte exclusivement des séquelles imputables à l'accident du travail, à l'exclusion de l'état antérieur évoluant pour son propre compte. En l'absence de lésion post-traumatique et de lien de causalité entre l'accident et les symptômes persistants, le taux de 0% est justifié.

Faits clés

  • Accident du travail le 5 octobre 2017 : manutention de bordures lourdes ayant provoqué des douleurs lombaires
  • Certificat médical initial : lombalgies gauches et douleurs à la cuisse gauche
  • Consolidation sans séquelles indemnisables le 22 décembre 2018
  • IRM lombaire du 30 novembre 2017 : discopathies débutantes L4L5 et L5S1 (état antérieur)
  • Expertise rhumatologique concluant à l'absence de lésion post-traumatique et à un état antérieur évoluant pour son propre compte

Articles cités

article 945-1 du code de procédure civile article 450 du code de procédure civile article 700 du code de procédure civile

Exposé du litige

EXPOSE DES FAITS ET DE LA PROCEDURE La société [1], employeur de M. [O] [U] [A] en qualité d'aide maçon, a adressé à la CPAM des Bouches-du-Rhône une déclaration d'accident du travail datée du 8 octobre 2017 contenant les indications suivantes : Date de l'accident : 5 octobre 2017 à 10 heures ; Activité lors de l'accident : la victime manutentionnant des bordures, qui selon ses dires étaient lourdes, aurait ressenti des douleurs lombaires ; Nature des lésions : douleurs lombaires. Le certificat médical initial du 6 octobre 2017 a mentionné des lombalgies gauches et douleurs à la cuisse gauche. La caisse a pris en charge l'accident au titre de la législation professionnelle. Un certificat médical de prolongation du 28 octobre 2017 a constaté l'existence de lombalgies et sciatalgies gauches et dysesthésie de la cuisse gauche. Par décision du 17 novembre 2017, la caisse a notifié à M. [U] [A] la prise en charge des lésions constatées dans ce certificat médical au titre de l'accident du travail. Suivant certificat médical final du 22 décembre 2018, l'état de santé de l'assuré a été déclaré consolidé sans séquelles indemnisables. Le 18 janvier 2019, la CPAM a notifié à M. [U] [A] la consolidation de son état de santé suite à l'accident de travail sans séquelles indemnisables. La caisse a ensuite adressé à l'assuré une décision fixant son taux d'incapacité permanente à 0%. Après un recours infructueux devant la commission médicale de recours amiable de la caisse, M. [U] [A] a saisi, le 6 mai 2020, le pôle social du tribunal judiciaire de Marseille de sa contestation de cette dernière décision. Ce tribunal a ordonné une consultation médicale puis une expertise confiée au Dr [V]. Par jugement contradictoire du 4 juillet 2024, le pôle social a déclaré le recours de M. [U] [A] recevable mais l'a rejeté. Le tribunal s'est fondé sur le rapport d'expertise du Dr [V], médecin rhumatologue. Par lettre recommandée avec avis de réception expédiée le 14 août 2024, M. [U] [A] a relevé appel du jugement. EXPOSE DES PRETENTIONS ET MOYENS DES PARTIES Par conclusions dûment notifiées à la partie adverse, visées et développées au cours de l'audience et auxquelles il est expressément référé pour le surplus, l'appelant demande à la cour de déclarer son appel recevable et d'infirmer le jugement entrepris et, statuant à nouveau, de : juger que les séquelles de l'accident du travail du 5 octobre 2017 justifient l'attribution d'un taux d'IPP de 25 % , à titre subsidiaire, ordonner une expertise, condamner la CPAM aux entiers dépens et à lui verser la somme de 3 500 euros, sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile. Au soutien de ses prétentions, l'appelant fait valoir que : le courrier contenant sa déclaration d'appel a été expédié le 14 août 2024 ; le rapport médical d'évaluation du taux d'incapacité de la caisse ne fait pas état des répercussions des signes cliniques constatés sur l'exercice de sa profession de maçon ; le même rapport fait état d'une marche avec boiterie avec une inégalité des membres inférieurs de 9 mm ; les médecins de la CPAM ne se sont pas prononcés sur la dysesthésie ; le barème indicatif d'invalidité des accidents du travail au paragraphe 3.2 prévoit en cas de persistance de douleurs et gêne fonctionnelle un taux d'IPP de 5 à 15 % en cas de gêne discrète, 15 à 25 % pour une gêne importante et de 25 à 40 % pour des gênes très importantes ; il ne présente aucune antériorité. Par conclusions dûment notifiées à la partie adverse, visées et développées au cours de l'audience et auxquelles il est expressément référé pour le surplus, l'intimée demande à la cour de déclarer l'appel irrecevable et, à titre subsidiaire, de confirmer le jugement entrepris, de débouter l'appelant de toutes ses demandes et de le condamner aux dépens et à lui verser la somme de 500 euros, sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile. L'intimée réplique que : il appartient à l…

Motivations de la décision

MOTIVATION Sur la recevabilité de l'appel : Vu les dispositions des articles 528 et 538 du code de procédure civile et R 142-10-7 du code de la sécurité sociale, Il est constant que M. [U] [A] a reçu la notification du jugement, le 16 juillet 2024. Son délai d'appel expirait ainsi le vendredi 16 août 2024 à minuit. Il justifie par un document de La Poste de l'expédition du courrier contenant sa déclaration d'appel, le 14 août 2024. Cette pièce comporte les numéros de la lettre suivie de sorte qu'il est établi que le reçu de l'expédition se rapporte à la lettre adressée à la juridiction. L'appel interjeté par M. [U] [A] est donc recevable. Sur la fixation du taux d'incapacité : Aux termes de l'article L. 434-2 du code de la sécurité sociale, le taux d'incapacité permanente est déterminé d'après la nature de l'infirmité, l'état général, l'âge, les facultés physiques et mentales de la victime ainsi que d'après ses aptitudes et sa qualification professionnelle compte tenu du barème indicatif d'invalidité. La détermination de l'importance respective des éléments d'appréciation visés à cet article relève du pouvoir souverain des juges du fond qui doivent se prononcer sur l'ensemble des éléments concourant à l'appréciation du taux d'IPP. Ils ne peuvent refuser de prendre en compte l'existence de séquelles au motif qu'aucune décision de la caisse ne reconnait leur imputabilité à l'accident du travail ou à la maladie professionnelle. Le taux d'incapacité permanente partielle doit s'apprécier à la date de la consolidation, soit le 22 décembre 2018 en l'espèce, et les situations postérieures ne peuvent être prises en considération. Il est certain que le taux d'IPP de la victime d'accident du travail est fixé pour chaque accident de manière indépendante. S'agissant du coefficient socioprofessionnel, le barème indicatif d'invalidité précise que la notion de qualification professionnelle se rapporte aux possibilités d'exercice d'une profession déterminée et celle d'aptitude professionnelle aux facultés que peut avoir une victime d'accident ou de maladie professionnelle de se reclasser ou de réapprendre un métier compatible avec son état de santé. Le barème indicatif d'invalidité au titre des accidents du travail apporte, s'agissant d'un état antérieur, les précisions suivantes : 'L'estimation médicale de l'incapacité doit faire la part de ce qui revient à l'état antérieur, et de ce qui revient à l'accident. Les séquelles rattachables à ce dernier sont seules en principe indemnisables. Mais il peut se produire des actions réciproques qui doivent faire l'objet d'une estimation particulière. a. Il peut arriver qu'un état pathologique antérieur absolument muet soit révélé à l'occasion de l'accident de travail ou de la maladie professionnelle mais qu'il ne soit pas aggravé par les séquelles. Il n'y a aucune raison d'en tenir compte dans l'estimation du taux d'incapacité. b. L'accident ou la maladie professionnelle peut révéler un état pathologique antérieur et l'aggraver. Il convient alors d'indemniser totalement l'aggravation résultant du traumatisme. c. Un état pathologique antérieur connu avant l'accident se trouve aggravé par celui-ci. Etant donné que cet état était connu, il est possible d'en faire l'estimation. L'aggravation indemnisable résultant de l'accident ou de la maladie professionnelle sera évaluée en fonction des séquelles présentées qui peuvent être beaucoup plus importantes que celles survenant chez un sujet sain. Un équilibre physiologique précaire, compatible avec une activité donnée, peut se trouver détruit par l'accident ou la maladie professionnelle.' En l'espèce, la CPAM a reçu du médecin de l'appelant le certificat médical final du 22 décembre 2018 constatant la consolidation de l'état de santé de son patient sans séquelles indemnisables. Il est fait état d'une décision de la CPAM du 18 janvier 2019 de refus de prise en charge au titre de l'accident de travail d'une nouvelle lésion constatée par un certificat médical du 22 décembre 2018 mais ce dernier n'est pas produit aux débats de sorte que la cour n'est pas informée de son contenu. Certes, M. [U] [A] communique un rapport d'IRM lombaire du 30 novembre 2017, constatant des discopathies débutantes L4L5 et L5S1, néanmoins, tant les médecins conseils de la CPAM, que le médecin consultant et l'expert rhumatologue font état d'un état antérieur évoluant pour son propre compte. Or, aucune des pièces médicales produites par l'appelant n'établit que cet état antérieur s'est trouvé aggravé par l'accident du travail du 5 octobre 2017. Dès lors, l'unanimité des avis des médecins de la caisse et désignés par la juridiction de première instance emporte la conviction de la cour. Il convient, en conséquence, de retenir, selon les termes du Dr [V] que « les explorations paracliniques n'ont pas mis en évidence de lésion post-traumatique ('), l'examen clinique est dans les limites de la normale ; il existe, sur l'IRM que nous avons consultée, un état antérieur avec début de discopathie pouvant être responsable d'une lomboradiculalgie intermittente ». Au regard des conclusions de l'expert, l'appelant expose faussement que la dysesthésie n'a pas été prise en compte par le médecin rhumatologue. Enfin, la différence de taille des membres inférieurs alléguée par M. [U] [A] ne saurait avoir un quelconque rapport avec l'accident du travail et les lésions qui en sont résulté. En l'absence de tout différend médical, la demande subsidiaire d'expertise doit être rejetée. Le jugement est ainsi confirmé en toutes ses dispositions. Sur les dépens et les dispositions de l'article 700 du code de procédure civile : M. [U] [A] est condamné aux dépens d'appel et à verser à la CPAM la somme de 500 euros, sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile.

Dispositif

PAR CES MOTIFS La cour Confirme le jugement en ses dispositions soumises à la cour Y ajoutant Condamne M. [O] [U] [A] aux dépens d'appel Condamne M. [O] [U] [A] à payer à la CPAM des Bouches-du-Rhône la somme de 500 euros, sur le fondement des dispositions de l'article 700 du code de procédure civile. La greffière La présidente

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un taux d'incapacité permanente de 0% ?
Un taux de 0% signifie que l'accident du travail n'a laissé aucune séquelle indemnisable, c'est-à-dire que l'assuré est considéré comme guéri sans dommage permanent. Dans cette affaire, la CPAM a fixé ce taux après consolidation, et la cour a confirmé cette décision.
Comment contester un taux d'incapacité permanente fixé par la CPAM ?
Vous devez d'abord saisir la commission médicale de recours amiable (CMRA) de la CPAM dans un délai de deux mois. En cas de rejet, vous pouvez saisir le pôle social du tribunal judiciaire. Dans cette affaire, l'assuré a contesté après échec de la CMRA, mais le tribunal et la cour ont rejeté son recours.
Qu'est-ce qu'un état antérieur et comment influence-t-il l'indemnisation ?
Un état antérieur est une pathologie préexistante à l'accident du travail. Seules les séquelles directement imputables à l'accident sont indemnisables. Dans cette affaire, l'IRM a révélé des discopathies débutantes (état antérieur) qui évoluaient pour leur propre compte, sans lien avec l'accident, justifiant le taux de 0%.
Puis-je demander une nouvelle expertise médicale si je ne suis pas d'accord avec le rapport ?
Oui, vous pouvez demander une expertise judiciaire. Cependant, le juge peut la refuser si les éléments médicaux sont suffisants. Dans cette affaire, la cour a rejeté la demande subsidiaire d'expertise car l'unanimité des avis médicaux (médecins conseils, consultant, expert) concluait à l'absence de lien de causalité.
Quels sont les délais pour contester un taux d'incapacité permanente ?
Le délai est de deux mois à compter de la notification de la décision de la CPAM pour saisir la CMRA. Ensuite, après la décision de la CMRA, vous avez deux mois pour saisir le tribunal judiciaire. Dans cette affaire, l'assuré a saisi le tribunal le 6 mai 2020, après un recours infructueux devant la CMRA.
Que faire si la CPAM refuse de prendre en charge mes séquelles après un accident du travail ?
Vous pouvez contester la décision en suivant la procédure de recours amiable puis judiciaire. Il est important de rassembler tous les certificats médicaux et examens pour prouver le lien entre l'accident et les séquelles. Dans cette affaire, l'assuré n'a pas réussi à démontrer ce lien, et sa contestation a été rejetée.

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