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Cour d'appel, chambre 1-11 idp, 24 juin 2026 — n° 24/00065

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Synthèse de la décision

Question juridique

Quelle indemnisation pour une détention provisoire de 3 mois et 3 jours suivie d'une relaxe, en tenant compte des conditions de détention et du casier judiciaire ?

Principe retenu

Toute personne ayant fait l'objet d'une détention provisoire et ayant été relaxée peut obtenir réparation du préjudice moral et matériel directement causé par cette privation de liberté. Le préjudice moral s'apprécie notamment au regard de l'âge, du casier judiciaire, du choc carcéral et des conditions de détention, lesquelles doivent être objectivées par le demandeur. Conformément à la jurisprudence de la CEDH, l'indignité des conditions de détention peut donner lieu à une indemnisation forfaitaire mensuelle.

Faits clés

  • Détention provisoire du 29 novembre 2022 au 1er mars 2023 (3 mois et 3 jours)
  • Procédure pour trafic de stupéfiants et association de malfaiteurs
  • Relaxe le 8 juin 2023 par le tribunal correctionnel de Tarascon
  • Âge du requérant : 20 ans lors du placement en détention
  • Casier judiciaire mentionnant 3 condamnations sans mandat de dépôt

Articles cités

article R.26 du code de procédure pénale article 149-2 du code de procédure pénale

Exposé du litige

Les parties ont été avisées que le prononcé de la décision aurait lieu par mise à disposition au greffe le 24 juin 2026.

Motivations de la décision

DECISION Contradictoire, Prononcée par mise à disposition au greffe le 24 juin 2026, Signée par Benoit VANDERMAESEN, président et Florence CHUPIN, greffier auquel la minute de la décision a été remise par le magistrat signataire. ***** *** * Par requête parvenue le 25 novembre 2024, [R] [Y] sollicite la réparation du préjudice subi suite à sa détention provisoire de 3 mois et 3 jours, du 29 novembre 2022 au 1er mars 2023. Il sollicite la somme de 31 518,11 € se décomposant comme suit : - 27 000 € au titre du préjudice moral - 3 018,11 € au titre du préjudice matériel - 1 500 € au titre de l'article 700 du code de procédure civile Vu les conclusions de l'Agent Judiciaire de l'Etat du 6 mars 2025 déclarant irrecevable la requête faute de justificatif de la décision définitive, et subsidiairement proposant d'allouer 5 500 € au titre du préjudice moral, diminuer l'article 700 et rejeter le préjudice matériel ; Vu les conclusions du procureur général du 23 mars 2026 proposant de réduire la demande au titre du préjudice moral et de l'article 700 et rejeter celle au titre du préjudice matériel ; Vu les conclusions et pièces adressées par le conseil du requérant le 14 mars 2025 ; Vu les observations des parties à l'audience du 15 juin 2026; EN LA FORME Formulée dans le délai légal, la requête est recevable en application des articles R.26 et 149-2 du CPP. AU FOND Ayant subi une détention provisoire à l'occasion d'une procédure pour trafic de stupéfiants et association de malfaiteurs, le requérant, relaxé le 8 juin 2023 par le tribunal correctionnel de Tarascon, est bien fondé à solliciter la réparation du préjudice directement causé par cette privation de liberté d'une durée de 3 mois 3 jours. Préjudice matériel Le requérant sollicite la somme de 3.018,11 € au titre de la perte de chance de trouver un emploi de préparateur automobile et des frais de défense. Il lui sera alloué la somme forfaitaire de 1.000 €au titre de la perte de chance et 500 € pour les frais de défense. Préjudice moral Le préjudice moral subi par [R] [Y] sera justement réparé par l'allocation de la somme de 6.000 € tant au regard de son âge (20 ans) lors de son placement en détention pour 3 mois et 3 jours que de son casier judiciaire qui mentionne 3 condamnations, sans mandat de dépôt de sorte que le choc carcéral en a été majoré, et des conditions de détention durant son incarcération à la maison d'arrêt de [Localité 2], non objectivées en l'espèce malgré la production d'un rapport du CGLPL, non contemporain, alors que la jurisprudence de la commission nationale de recours estime qu'il appartient au demandeur de justifier avoir souffert personnellement d'une violation grave de ses droits fondamentaux. Néanmoins, conformément au droit conventionnel et à la décision de la CEDH, RM c/ France du 15 janvier 2026, son préjudice intégrera la somme mensuelle de 600 € indemnisant l'indignité de ses conditions de détention. Frais irrépétibles Il est inéquitable de laisser à la charge de [R] [Y] le montant des frais irrépétibles qu'il a dû exposer dans la présente procédure et qui seront évalués à la somme de 1500 €

Dispositif

PAR CES MOTIFS Statuant publiquement, par décision contradictoire et en premier ressort; Déclare la requête en réparation du préjudice subi par [R] [Y] recevable. Fixe à la somme de 6 000 € (six mille euros) le préjudice moral subi par [R] [Y] Fixe à la somme de 1 500 € (mille cinq cents euros) la demande au titre du préjudice matériel Fixe à la somme de 1 500 € (mille cinq cents euros) l'indemnité de procédure Laisse les dépens à la charge du Trésor public. Le greffier, Le président,

Questions fréquentes

Quelle indemnisation pour une détention provisoire de 3 mois et 3 jours ?
Dans cette affaire, le requérant a obtenu 6 000 € pour le préjudice moral et 1 500 € pour le préjudice matériel, soit un total de 7 500 €, plus 1 500 € au titre des frais de procédure.
Le casier judiciaire influence-t-il l'indemnisation ?
Oui, le casier judiciaire peut être pris en compte. Ici, le requérant avait 3 condamnations sans mandat de dépôt, ce qui a majoré le choc carcéral et a été retenu pour fixer le préjudice moral à 6 000 €.
Comment prouver des conditions de détention indignes ?
Il appartient au demandeur de justifier avoir personnellement souffert d'une violation grave de ses droits fondamentaux. Un rapport du CGLPL non contemporain peut ne pas suffire. Dans cette affaire, le requérant n'a pas objectivé ses conditions de détention, mais la cour a appliqué une indemnisation forfaitaire de 600 € par mois conformément à la jurisprudence de la CEDH.
Puis-je obtenir réparation pour perte de chance de trouver un emploi ?
Oui, le préjudice matériel peut inclure la perte de chance. Ici, le requérant a obtenu 1 000 € forfaitaires pour la perte de chance de trouver un emploi de préparateur automobile, en plus de 500 € pour les frais de défense.
Quel est le délai pour demander réparation d'une détention provisoire ?
La requête doit être formée dans le délai légal prévu par les articles R.26 et 149-2 du Code de procédure pénale. Dans cette affaire, la requête a été déposée le 25 novembre 2024, après la relaxe du 8 juin 2023, et a été déclarée recevable.
Faut-il un avocat pour cette procédure ?
Bien que non obligatoire, il est fortement recommandé d'être assisté par un avocat. Dans cette affaire, le requérant était représenté par un avocat, ce qui a permis de présenter des conclusions et pièces.

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