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Tribunal judiciaire, referes, 24 juin 2026 — n° 26/00080

Accorde une provision et désigne un expert ou un autre technicien

Synthèse de la décision

Question juridique

Une enseignante blessée en séparant des élèves qui se battent peut-elle obtenir une expertise judiciaire et une provision à valoir sur l'indemnisation de son préjudice auprès des assureurs des élèves ?

Principe retenu

Le juge des référés peut ordonner une expertise et allouer une provision à la victime d'un accident dont la responsabilité n'est pas sérieusement contestable, dès lors que le préjudice invoqué est certain et que la créance n'est pas sérieusement contestable.

Faits clés

  • Le 28 février 2019, Mme [G], professeur des écoles, a été blessée à l'épaule en séparant deux élèves qui se battaient.
  • Les élèves impliqués étaient [I] [Y] et [B] [H], respectivement assurés par Euroassurance/Allianz et MAE.
  • Mme [G] a subi des soins médicaux, une intervention chirurgicale en mai 2021 et des arrêts de travail.
  • Elle a assigné les assureurs et la CPAM en référé pour obtenir une expertise et une provision de 20 000 euros.
  • La MAE ne s'est pas opposée à l'expertise mais a contesté le montant de la provision.

Articles cités

article 278-1 du Code de Procédure civile article 748-1 et suivants du Code de Procédure civile article 700 du Code de Procédure civile

Exposé du litige

EXPOSÉ DU LITIGE le 28 février 2019, Madame [E] [G], professeur des écoles à l’école élémentaire [A] [X] à [Localité 2] était blessée à l’épaule alors qu’elle intervenait pour séparer deux élèves qui se battaient, [I] [Y] et [B] [H]. Au moment des faits, [B] [H] était assuré par la MAE et [I] [Y] par Euroassurance, “agissant pour le compte d’Allianz”. L’incident était déclaré imputable au service suivant décision du directeur académique du 16 avril 2019 Le jour des faits, Madame [G] consultait son médecin traitant qui prescrivait des antalgiques, une attelle, des séances de rééducation et une échographie de l’épaule. Elle était placée en arrêt de travail jusqu’au 5 avril 2019. Madame [G] évoquait par la suite la persistance de douleurs et subissait d’autres examens médicaux : une échographie en 2020,un arthroscanner en juin 2020, une infiltration en octobre 2000, une I.R.M. en janvier 2021. Elle subissait également une intervention chirurgicale en mai 2021 et était à nouveau placée en arrêt. Par exploits du 7 avril 2026, Madame [G] assignait les assureurs MAE, Allianz, Euroassurance ainsi que la CPAM des hautes alpes afin d’obtenir l’organisation d’une expertise judiciaire et la condamnation solidaire des assureurs au paiement d’une provision à valoir sur son indemnisation du préjudice à hauteur de 20 000 euros outre une provision ad litem de 3000 euros et la somme de 1500 euros en application de l’article 700 du code de procédure civile. La MAE ne s’oppose pas formellement à la demande d’expertise mais conclut au débouté de la requérante de ses autres demandes. À titre subsidiaire, elle demande la limitation de la provision indemnitaire hauteur de 2000 euros. La société Allianz conclut à sa mise hors de cause; dans l’hypothèse où une expertise devait être ordonnée, l’assureur demande que la mission soit complétée afin de rechercher l’existence d’un lien de causalité entre les lésions alléguées et les circonstances de l’accident. À titre subsidiaire elle conclut à la limitation de la demande de provision. En tout état de cause, la société Allianz demande de condamner la requérante à lui verser la somme de 1000 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile. Euro Assurance et la CPAM des Hautes Alpes ne comparaissent pas.

Motivations de la décision

MOTIFS DE LA DÉCISION Sur la demande d’expertise : Aux termes de l’article 145 du Code de Procédure civile, “S'il existe un motif légitime de conserver ou d'établir avant tout procès la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution d'un litige, les mesures d'instruction légalement admissibles peuvent être ordonnées à la demande de tout intéressé, sur requête ou en référé”. Madame [G] justifie avoir été victime le 28 février 2019 d’un accident de service alors qu’elle tentait de séparer deux élèves qui se battaient dans la cour de récréation pendant qu’elle assurait le poste de surveillance. Le même jour, le médecin prescrivait un arrêt de travail d’une durée de trois semaines pour des “douleurs à l’épaule gauche et une subluxation de l’épaule gauche”. Si Madame [G] n’a pas reçu de coup direct et volontaire de la part des deux élèves qu’elle tentait de séparer, il n’en demeure pas moins que les blessures sont consécutives à un événement qui leur est imputable et la responsabilité de l’un et/ou de l’autre ne peut être en l’état exclue, en tout ou partie. Le fait que la demande d’expertise ait été formulée plusieurs années après l’incident importe peu puisque les blessures initiales ont généré, d’après le certificat médical du 15 mars 2022 du docteur [N], “un syndrome douloureux chronique installé suite à subluxation puis capsulite de l’épaule gauche”. La requérante justifie donc d’un motif légitime pour la mise ne place d’une expertise judiciaire au contradictoire des assureurs des deux protagonistes de la bagarre. Il sera observé que la société Euro Assurance est présentée dans certaines écritures comme l’intermédiaire de la société Allianz; toutefois aucun justificatif n’est produit et la société ne demande pas sa mise hors de cause. La société Euro Assurance sera maintenue dans la cause et les demandes formulées à son encontre seront prises en compte. Sur la demande de provision : Sur le fondement de l’article 835 alinéa 2 du Code de Procédure civile, le juge des référés peut accorder une provision au créancier dans les cas où l’existence d’une obligation n’est pas sérieusement contestable. Les assureurs des parents des deux mineurs que la requérante tentait de séparer concluent au débouté de cette demande au motif que celle-ci se heurte à une contestation sérieuse puisque , d’après eux, il n’est pas démontré que les enfants ont causé le dommage allégué. Or, comme cela a été précédemment souligné, il ne peut être exclu que les deux élèves aient, en se bagarrant, commis un acte directement à l’origine des blessures subies ; c’est en ce sens que la MAE reconnaissait la responsabilité de son assuré, [B] [H], à hauteur de 50%. Il importe peu que Madame [G], avant l’incident, ait présenté une prédisposition pathologique puisque l’affection qui en est issue n’a été provoquée ou révélée que par le fait dommageable du 28 février 2019. Cette analyse repose sur le certificat médical du 14 mars 2022 ci-dessus évoqué et ainsi rédigé : “l’initiation du problème vient d’un traumatisme et avant celle-ci elle (Madame [G]) ne s’était en aucun cas plainte de douleurs. Elle avait certes un acromion de stade 3 mais qui aurait été asymptomatique pendant de nombreuses années. C’est le choc qui a provoqué l’apparition de ces symptômes”. Les pièces médicales versées aux débats sont nombreuses et étayées et il est prouvé que la patiente n’a pu reprendre son activité professionnelle qu’à temps partiel depuis le 11 novembre 2022. Madame [G] a également entrepris un suivi psychologique et psychiatrique comme en témoigne notamment Madame [S] , psychologue, qui fait état chez l’intéressée d’un stress post traumatique. La demande de provision ne se heurte à aucune contestation sérieuse. Tenant compte de la pathologie préexistante à l’incident (notamment un acromion stade 3) et que l’expert devra prendre en compte dans sa mission, le montant de la provision à valoir sur l’indemnisation du préjudice subi sera ramené à la somme de 10 000 euros. Les sociétés MAE, EuroAssurance et Allianz seront condamnées in solidum à verser cette somme à Madame [G]. Sur la provision ad litem : Madame [G] sollicite le versement d’une somme provisionnelle pour lui permettre de supporter la consignation des honoraires de l’expert judiciaire et pour se faire assister lors des opérations d’expertise. L’obligation n’étant pas sérieusement contestable, il sera fait droit à la demande et les sociétés MAE, EuroAssurance et Allianz seront condamnées in solidum à verser à Madame [G] 3 000 euros de ce chef. Sur les demandes accessoires : Concernant l’exécution provisoire de la décision, celle-ci est de droit. La MAE s’oppose au paiement des frais irrépétibles au motif que la requérante a refusé la mise en oeuvre d’une expertise amiable; or, Madame [G] était tout à fait en droit de refuser une expertise amiable et une offre qu’elle jugeait insuffisante (notamment 2 000 euros de la part de la MAE). Il ne peut lui être fait grief d’avoir saisi le juge des référés. les sociétés MAE, Allianz Iard et Euro Assurance seront condamnées in solidum à verser à Madame [G] la somme de 1 500 euros au titre de l’article 700 du Code de Procédure civile. Es sociétés MAE, EuroAssurance et Allianz supporteront les entiers dépens. PAR CES MOTIFS Statuant publiquement, par ordonnance réputée contradictoire et en premier ressort par mise à disposition au greffe, Ordonnons une expertise médicale et désignons en qualité d’expert Mme [P] [T], experte près la cour d'appel de Nîmes, demeurant CHU de Nîmes [Adresse 6], avec pour mission habituelle de : A partir des déclarations de la victime, au besoin de ses proches et de tout sachant, et des documents médicaux fournis, décrire en détail les lésions initiales, les modalités de traitement, en précisant le cas échéant, les durées exactes d’hospitalisation et pour chaque période d’hospitalisation, le nom de l’établissement, les services concernés et la nature des soins ; Recueillir les doléances de la victime et au besoin de ses proches et les transcrire fidèlement, les interroger sur les conditions d’apparition des lésions, l’importance, la répétition et la durée des douleurs, la gêne fonctionnelle subie et leurs conséquences; Décrire au besoin son état antérieur en ne retenant que les seuls antécédents qui peuvent avoir une incidence directe sur les lésions et leurs séquelles, Procéder contradictoirement à un examen clinique détaillé en fonction des lésions initiales et des doléances exprimées par la victime, A l’issue de cet examen et, au besoin après avoir recueilli l’avis d’un sapiteur d’une autre spécialité, analyser dans un exposé précis et synthétique : 1. La réalité des lésions initiales 2. La réalité de l’état séquellaire 3. L’imputabilité certaine des séquelles aux lésions initiales en précisant au besoin l’incidence d’un état antérieur Pertes de gains professionnels actuels Indiquer les périodes pendant lesquelles la victime a été, du fait de son déficit fonctionnel temporaire, dans l’incapacité d’exercer totalement ou partiellement son activité professionnelle, En cas d’incapacité partielle, préciser le taux et la durée ; Préciser la durée des arrêts de travail retenus par l’organisme social au vu des justificatifs produits et dire si ces arrêts de travail sont liés au fait dommageable ; Déficit fonctionnel temporaire Indiquer les périodes pendant lesquelles la victime a été, du fait de son déficit fonctionnel temporaire, dans l’incapacité totale ou partielle de poursuivre ses activités personnelles habituelles, En cas d’incapacité partielle, préciser le taux et la durée.

Dispositif

Déclarons la présente ordonnance commune et opposable à la CPAM du [Localité 3] ; Ainsi fait et ordonné les jours, mois et an susdits, La présente décision a été signée par Anne DELIGNY, présidente et Rudy LESSI, greffier présent lors des débats et du prononcé. LE GREFFIER LA PRÉSIDENTE

Questions fréquentes

Un enseignant blessé en séparant des élèves peut-il obtenir une indemnisation ?
Oui, dans cette affaire, le tribunal a ordonné une expertise et accordé une provision de 10 000 euros à l'enseignante, considérant que la responsabilité des assureurs n'était pas sérieusement contestable.
Qui est responsable si un professeur se blesse en intervenant dans une bagarre entre élèves ?
Les assureurs des élèves impliqués (MAE, Allianz, Euro Assurance) ont été condamnés in solidum à verser une provision, car l'accident est survenu du fait des élèves.
Comment obtenir une expertise médicale après un accident scolaire ?
Il faut saisir le juge des référés, comme l'a fait Mme [G], qui a obtenu l'organisation d'une expertise judiciaire pour évaluer ses préjudices.
Puis-je demander une provision avant le jugement définitif ?
Oui, si votre droit à indemnisation n'est pas sérieusement contestable. Ici, le tribunal a accordé une provision de 10 000 euros à valoir sur l'indemnisation définitive.
Les assureurs scolaires doivent-ils indemniser un enseignant blessé ?
Oui, si l'accident est causé par un élève assuré. Dans cette décision, les assureurs des deux élèves ont été condamnés solidairement.
Que faire si l'assureur conteste sa responsabilité ?
Le juge des référés peut ordonner une expertise pour déterminer le lien de causalité, comme cela a été fait ici, et allouer une provision si la créance n'est pas sérieusement contestable.

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