Cour d'appel, chambre civile 1-7, 24 juin 2026 — n° 24/05772
Synthèse de la décision
Question juridique
Quelle indemnisation pour le préjudice moral et matériel subi du fait d'une détention provisoire suivie d'une relaxe ?
Principe retenu
L'indemnisation du préjudice moral lié à une détention provisoire doit tenir compte de la durée de la détention, de l'âge du requérant, du choc carcéral, de la situation familiale, de la gravité des faits et des conditions de détention. Le préjudice matériel n'est indemnisable que sur justificatifs et pour des frais directement liés à la détention.
Faits clés
- Détention provisoire du 23 novembre 2017 au 7 septembre 2018 (289 jours)
- Relaxe prononcée le 16 février 2024 par le tribunal judiciaire de Nanterre
- Requérant âgé de 28 ans au moment de la détention
- Première incarcération
- Demande d'indemnisation pour préjudice moral (28 800 €) et matériel (16 876,40 €)
Articles cités
article 149 du code de procédure pénale
article 149-1 du code de procédure pénale
article 149-2 du code de procédure pénale
article R26 du code de procédure pénale
article R40-2 du code de procédure pénale
article 700 du code de procédure civile
Exposé du litige
EXPOSÉ DE LA CAUSE
Monsieur [R] [A] sollicite la réparation de sa détention provisoire du 23 novembre 2017 au 7 septembre 2018 à la maison d'arrêt de [Localité 4].
Requérant
Agent judiciaire de l'Etat
Ministère public
Préjudice moral
28 800 euros
22 000 euros
23 000 euros
Préjudice matériel
16 876,40 euros
Rejet
Rejet
Dont frais de défense
6 000 euros
Rejet
Rejet
Art. 700 CPC
3 000 euros
Ne sauraient excéder 1 000 euros
Réduction à de plus justes proportions
Motivations de la décision
MOTIFS DE LA DÉCISION
Sur la recevabilité de la requête
Articles 149, 149-1, 149-2 et R26 du code de procédure pénale
Décision de non-lieu, relaxe ou d'acquittement devenue définitive
Jugement de relaxe de la 21ème chambre correctionnelle du Tribunal judiciaire de Nanterre du 16 février 2024
Forme de la requête : mentions de l'article R26
Oui
Délai pour agir
Oui
Sur le préjudice moral
L'indemnisation doit tenir compte :
De la durée de la détention
De l'âge du requérant
Du choc carcéral
De la situation familiale
De la gravité et qualification des faits retenus
Des conditions de détention indignes
En l'espèce, les facteurs d'aggravation du préjudice moral suivants seront retenus :
Le choc carcéral (âge et primo incarcération)
Le choc carcéral dû à la première incarcération est pris en compte dans l'indemnisation du préjudice moral. Quant à l'âge du requérant, 28 ans n'est ni particulièrement jeune ni particulièrement âgé.
Non
La durée de la détention
Une détention de 289 jours n'est pas exceptionnellement longue.
Non
La situation personnelle et familiale
Le requérant dit être traumaisé par sa détention et notamment à cause des conditions de détention, sans étayer ses propos.
De plus son rapport de détention mentionne qu'il a intégré le module respect, impliquant qu'il pouvait travailler.
Non
Les conditions indignes de détention
Le requérant dit avoir souffert de la surpopulation carcérale sans étayer ses propos.
Non
La somme de 25 000 euros paraît proportionnée eu égard à la période de détention injustifiée. Il convient donc d'allouer à monsieur [R] [A] la somme de 25 000 euros en réparation de son préjudice moral.
Sur le préjudice matériel
Sommes allouées/rejet
1° Pertes de prestation et allocation sociale
Suspension du revenu de solidarité active (RSA) : preuve que le RSA était versé par Pôle emploi au requérant avant sa détention
Le requérant se plaint de ne pas avoir pu bénéficier du revenu de solidarité active pendant sa période de détention provisoire. Il dit percevoir 17,8 euros par jours, ce qui correspondrait sur la période d'incarcération à la somme de 5 126,4 euros.
Le requérant produit ses relevés de compte mais ne rapporte pas la preuve qu'il était en droit de percevoir le RSA avant sa détention provisoire.
Rejet
Remboursement des frais en détention
Le requérant demande le remboursement des frais engagés par lui et sa famille pendant la durée de sa détention. Il ne proudit aucune preuve de ses dépenses.
En outre, la jurisprudence constante de la Commission nationale de la réparation de la détention retient que ne sont indemnisables que les frais engagés à raison de la détention, qu'un mantient en liberté n'aurait pas entrainé (CNRD 12 juin 2018, n°17CRD059).
Il convient de rejeter la demande.
Rejet
Remboursement des frais d'avocat
Le requérant ne produit aucun facture d'honoraire à l'appui de sa demande d'indemnisation de 6 000 euros.
Rejet
Ainsi, le requérant se verra débouter de ses demandes au titre du préjudice matériel.
Sur les frais irrépétibles
Article 700 du code de procédure civile
3 000 euros
PAR CES MOTIFS
Statuant par ordonnance contradictoire,
Dispositif
DÉCLARONS recevable la requête de monsieur [R] [A] ;
DEBOUTONS monsieur [R] [A] de sa demande d'indemnisation du préjudice matériel ;
CONDAMNONS l'agent judiciaire de l'Etat à verser à monsieur [R] [A] :
La somme de VINGT CINQ MILLE EUROS (25 000 euros) en réparation de son préjudice moral ;
La somme de TROIS MILLE EUROS (3 000 euros) au titre de l'article 700 du code de procédure civile ;
Prononcé par mise à disposition de notre ordonnance au greffe de la cour, les parties en ayant été préalablement avisées selon les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article 450 du code de procédure civile.
ET ONT SIGNÉ LA PRÉSENTE ORDONNANCE
Hervé HENRION, Conseiller délégué par Monsieur le Premier Président,
Maëva VEFOUR, Greffier,
LE GREFFIER LE CONSEILLER
Questions fréquentes
Quels sont les critères pour évaluer le préjudice moral en cas de détention provisoire ?
Les critères incluent la durée de la détention, l'âge du requérant, le choc carcéral (notamment en cas de première incarcération), la situation familiale, la gravité des faits reprochés et les conditions de détention. Dans cette affaire, le requérant a obtenu 25 000 € pour 289 jours de détention.
Puis-je obtenir le remboursement de mes frais d'avocat après une relaxe ?
Oui, mais à condition de fournir des justificatifs (factures d'honoraires). Dans cette décision, la demande de 6 000 € a été rejetée faute de preuve.
La perte de RSA pendant la détention provisoire est-elle indemnisable ?
Non, si vous ne prouvez pas que vous perceviez le RSA avant votre incarcération. Ici, le requérant n'a pas apporté cette preuve, donc sa demande a été rejetée.
Quel est le délai pour demander réparation après une relaxe ?
La requête doit être déposée dans un délai d'un an à compter de la décision de relaxe devenue définitive. En l'espèce, la relaxe datait du 16 février 2024 et la requête a été reçue le 16 août 2024, soit dans les délais.
Le choc carcéral est-il un facteur d'aggravation du préjudice moral ?
Oui, surtout en cas de première incarcération. Dans cette affaire, le choc carcéral a été retenu comme facteur d'aggravation, mais l'âge de 28 ans n'a pas été considéré comme particulièrement jeune ou âgé.
Quels justificatifs dois-je fournir pour obtenir une indemnisation matérielle ?
Vous devez fournir des preuves de vos dépenses (factures, relevés bancaires, etc.) et démontrer qu'elles sont directement liées à la détention. Les frais qui auraient été engagés même en liberté ne sont pas indemnisables.
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