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Tribunal judiciaire, pole civil - fil 4, 24 juin 2026 — n° 23/01059

Fait droit à une partie des demandes du ou des demandeurs sans accorder de délais d'exécution au défendeur

Synthèse de la décision

Question juridique

Le garagiste est-il responsable des désordres survenus après une réparation et doit-il indemniser le client pour le préjudice de jouissance et le remboursement de la facture de réparation ?

Principe retenu

Le garagiste est tenu d'une obligation de résultat concernant la réparation effectuée. En cas de désordres persistants après l'intervention, il engage sa responsabilité contractuelle. Le client peut obtenir le remboursement de la facture de réparation et une indemnisation pour le préjudice de jouissance, mais pas la valeur vénale du véhicule ni les frais accessoires non liés à la réparation.

Faits clés

  • Monsieur [A] a confié son véhicule OPEL ZAFIRA au garage SUD GARONNE AUTOMOBILES pour réparation le 20 juin 2019, facture de 3930,50 euros.
  • Après la réparation, de nouveaux problèmes sont apparus et le véhicule est tombé en panne le 3 février 2020.
  • Une expertise judiciaire a été ordonnée et a conclu à des désordres imputables au garage.
  • Le garage a refusé de prendre en charge la réparation supplémentaire.
  • Monsieur [A] a réclamé diverses indemnités dont la valeur vénale du véhicule, le préjudice de jouissance, et le remboursement de la facture de réparation.

Articles cités

article 700 du code de procédure civile article R 212-9 du Code de l’Organisation judiciaire article 213-7 du Code de l’Organisation judiciaire

Exposé du litige

EXPOSE DU LITIGE EXPOSE DES FAITS ET DE LA PROCÉDURE Monsieur [K] [A] est le propriétaire du véhicule OPEL ZAFIRA immatriculé [Immatriculation 1] depuis le 6 mars 2014. Le 1er avril 2018, Monsieur [A] a fait une inversion de carburant sur son véhicule. Durant l’année 2019, Monsieur [A] a apporté plusieurs fois le véhicule au garage SUD GARONNE AUTOMOBILES face à des difficultés rencontrées avec le véhicule. Le 20 juin 2019, le garage SUD GARONNE AUTOMOBILES a effectué certaines réparations pour un montant de 3930,50 euros. À la suite de cette intervention, Monsieur [A] a constaté de nouveaux problèmes sur son véhicule. Le 3 février 2020, le véhicule est tombé en panne et a dû être immobilisé. Monsieur [A] a alors demandé au garage de prendre en charge la réparation du véhicule à ses frais, ce que celui-ci a refusé. Monsieur [A] a mandaté un expert privé et une réunion contradictoire amiable a été organisée le 18 août 2020. Le garage a lui aussi mandaté un expert privé qui a réalisé deux expertises. Par acte du 28 juin 2021, Monsieur [A] a fait assigner la société SUD GARONNE AUTOMOBILES devant le juge des référés du tribunal judiciaire de Toulouse aux fins de voir ordonner une expertise judiciaire de son véhicule. Par ordonnance du 23 septembre 2021, le juge des référés a ordonné l’organisation d’une expertise judiciaire du véhicule litigieux. Le 16 mai 2022, Monsieur [N] [E] a rendu son rapport d’expertise. Par acte du 2 mars 2023, Monsieur [A] a fait assigner la société SUD GARONNE AUTOMOBILES devant le tribunal judiciaire de Toulouse aux fins de paiement de dommages et intérêts. La clôture de la mise en état est intervenue le 8 janvier 2025 par ordonnance du même jour et l’affaire a été plaidée à l’audience du 15 avril 2026, puis mise en délibérée au 24 juin 2026. PRÉTENTIONS ET MOYENS DES PARTIES Dans ses dernières conclusions notifiées le 7 mai 2024 Monsieur [A] sollicite de : - Condamner la société SUD GARONNE AUTOMOBILES au paiement des dommages et intérêts suivants : •4750 euros au titre de l’indemnisation de la valeur vénale du véhicule ; •4,7 euros par jours depuis le 3 février 2020 date de l’immobilisation au titre du préjudice de jouissance ; •3950 euros au titre du remboursement de la prestation inutile ; •100,85 euros au titre du remboursement de la facture du 8 février 2019 ; •210,50 euros au titre des frais de carte grise ; •590 euros au titre des frais d’attelage ; •184 euros au titre des frais de barres de toit ; •361,45 euros à parfaire à raison de 3,30 euros par mois à compter du 31 décembre 2022 au titre des frais d’assurance exposés pendant l’immobilisation ; •1110 euros au titre des frais d’expert technique ; •808,44 euros au titre de la prestation de démontage sollicitée par l’expert judiciaire. -Dire que la société SUD GARONNE AUTOMOBILES doit renoncer à la facturation de ses interventions faisant suite à l’immobilisation du véhicule ; -Condamner la société SUD GARONNE AUTOMOBILES aux entiers dépens ; -Condamner la société SUD GARONNE AUTOMOBILES à lui payer la somme de 5000 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile ; -Rappeler l’exécution provisoire du jugement. Au soutien de sa demande en paiement de dommages et intérêts, Monsieur [A], se fondant sur le principe de la responsabilité civile contractuelle, expose que le garage a commis un manquement contractuel qui correspond à une erreur de diagnostic en ne relevant pas le défaut de lubrification des injecteurs lorsqu’il a amené son véhicule. Il estime aussi que le garage a procédé à des interventions inutiles et ne l’a donc pas bien conseillé. Il estime que c’est cette faute du garage qui a entraîné la dégradation de son moteur puis la panne de sa voiture deux ans plus tard.

Motivations de la décision

MOTIFS DE LA DECISION A titre liminaire, sur les demandes tendant à « dire » et « constater» et sur l’erreur matérielle : •Le tribunal rappelle que ne constituent pas des prétentions au sens de l'article 4 du code de procédure civile les demandes des parties tendant à « dire et juger » ou « constater », en ce que, hors les cas prévus par la loi, elles ne sont pas susceptibles d'emporter de conséquences juridiques, mais constituent en réalité des moyens ou arguments, de sorte que le tribunal n’y répondra qu’à la condition qu’ils viennent au soutien de la prétention formulée dans le dispositif des conclusions et, en tout état de cause, pas dans son dispositif mais dans ses motifs. En l’espèce, il en est ainsi pour la demande de « dire que la SAS SUD MOTORS OPEL SUD GARONNE doit renoncer à la facturation de ses interventions faisant suite à l’immobilisation du véhicule ». •Par ailleurs, Il convient de noter que le demandeur a commis une erreur matérielle dans le dispositif de ses conclusions puisque bien qu’il ait assigné la société SUD GARONNE AUTOMOBILES, son dispositif demande la condamnation de la société SAS SUD MOTORS qui est l’ancien nom de la société assignée. Cette erreur matérielle n’emportera pas de conséquence. Sur la demande de dommages et intérêts de Monsieur [A] : Aux termes de l'article 1231-1 du code civil : « Le débiteur est condamné, s'il y a lieu, au paiement de dommages et intérêts soit à raison de l'inexécution de l'obligation, soit à raison du retard dans l'exécution, s'il ne justifie pas que l'exécution a été empêchée par la force majeure. » Pour engager la responsabilité contractuelle d’une partie, il faut démonter un manquement contractuel, un préjudice et un lien de causalité. Le garagiste est tenu d'une obligation de résultat, ce qui signifie qu'il doit restituer le véhicule en état de marche. Le garagiste peut s'exonérer de sa responsabilité en rapportant la preuve qu'il n'a pas commis de faute. Cette faute peut être de commission ou d‘omission. Dès lors l’abstention du garagiste peut être fautive. • Sur la faute : En l’espèce, il ressort du rapport d’expertise judiciaire du 16 mai 2022 que « le véhicule a fait l’objet d’une mauvaise lubrification due à une mauvaise qualité du bain d’huile. » et que les « dommages constatés montrent […] une qualité de lubrification dégradée ayant entraîné un échauffement anormal » et que celui-ci a « provoqué [...] à terme la panne définitive du véhicule ». L’expert ajoute que « la mauvaise qualité de la lubrification est le résultat d’une dilution de l’huile par du carburant. Cette dilution peut notamment provenir d’une injection défectueuse. ». Il poursuit en expliquant que « ce défaut peut être corroboré par les déclarations de Monsieur [A] indiquant avoir réalisé une inversion de carburant en avril 2018 » puisque « le gazole a une capacité de lubrification que n’a pas l’essence. ». Il ajoute encore que « la mise d’essence en lieu et place de gazole est de nature à provoquer l’endommagement des injecteurs. » L’expert conclut qu’ « il apparaît que la panne affectant le véhicule est le résultat d’une mauvaise gestion de l’injection qui a provoqué une dégradation de la qualité de la lubrification et à terme la destruction du bas moteur ». L’expert note qu’il est « établi que cette mauvaise gestion était antérieure à l’intervention du garage SUD GARONNE AUTOMOBILES et que par conséquence son intervention du 20 juin 2019 de remplacement de la pompe à huile était insuffisante, ne réglant qu’une conséquence et en aucun cas la cause des désordres. » L’expert mentionne également qu’il est « évident que le véhicule était en état de circuler à l’issue de l’intervention du 20 juin 2019 » mais note cependant que « la panne, sans intervention sur le système d’injection, était inexorable ». Dès lors, si l’expert explique clairement que le garage « est étranger » à la panne en elle-même, il relève cependant que le véhicule litigieux lui a été remis postérieurement à l’inversion de carburant pour réaliser un diagnostic, et affirme que celui-ci « n’a pas été correctement posé, le garage n’ayant réparé qu’une conséquence du problème sans s’interroger sur sa cause ». Le garage a donc « effectué un diagnostic, si ce n’est erroné, au moins incomplet ». Il ressort de l’ensemble de ces éléments que le garage n’est pas à l’origine de la panne du véhicule litigieux mais qu’il convient de se demander s’il n’a pas, alors qu’il a été mandaté pour diagnostiquer le problème et réparer le véhicule, commis à ce titre un manquement contractuel. Or, non seulement l’expert a noté que le véhicule avait été confié au garage « dans le cadre de la recherche de panne consécutive au problème de qualité de lubrification dégradée » mais en outre, il ressort d’un mail du 15 avril 2019, que Monsieur [A] avait bien indiqué au garage que « le début de la panne semble corrélée avec l’intervention d’un mécanicien proche de mon domicile qui a vidangé le réservoir de gazole après une inversion de carburant et un parcours d’environ 1 à 2 kilomètre à l’essence ». Ainsi, la combinaison de ces éléments permet d’affirmer que le garage connaissait l’inversion de carburant dont le véhicule avait été victime et que les éléments en sa possession au moment de diagnostiquer celui-ci, à savoir notamment l’allumage du voyant d’huile, auraient dû lui permettre de trouver la cause des désordres, ce qu’il n’a pas fait correctement. En conséquence, le garage aurait dû diagnostiquer le problème au niveau du moteur et ne l’ayant pas fait, il a commis un manquement contractuel consistant en une erreur de diagnostic. •Sur le préjudice et le lien de causalité : La responsabilité qui pèse sur le garagiste ne s’étend qu’aux dommages causés par le manquement à son obligation de résultat. En l’espèce, il convient donc de voir quels sont les préjudices directs que Monsieur [A] a subi du fait de l’erreur de diagnostic. Certaines demandes sont fondées : L’erreur de diagnostic a conduit Monsieur [A] à exposer en pure perte les frais de la réparation facturée le 20 juin 2019 pour la somme de 3930,50 euros. Le véhicule litigieux a été effectivement immobilisé à compter du 3 février 2020. Dès lors, à compter de cette date, Monsieur [A] n’a plus utilisé son véhicule, ce qui lui a nécessairement causé un préjudice de jouissance. A ce titre, l’expert note bien que « la panne, sans intervention sur le système d’injection, était inexorable », ce qui signifie que dans le cas inverse, elle ne l’était pas. Cependant l’expert a aussi relevé que le coût de la réparation aurait été très élevé et Monsieur [A] n’aurait certainement pas payé afin de faire réparer le véhicule. Dès lors, même si le garage avait convenablement diagnostiqué le problème, le véhicule aurait quand même été immobilisé. De plus, celui-ci a pu continuer à rouler pendant de nombreux mois et durant des milliers de kilomètres avant de tomber en panne. En outre, l’erreur de Monsieur [A] d’inversion de carburant est à l’origine exclusive, à terme, de la panne. Ainsi les désagréments et tracas engendrés par le désordre ne trouvent pas pour l’essentiel leur origine dans l’erreur de diagnostic du garage et il convient donc, pour l’ensemble de ces raisons, de réduire le préjudice de jouissance à la somme de 300 euros. En revanche les autres demandes ne sont pas fondées : L’expert judiciaire a noté dans son rapport, à plusieurs reprises, que les frais qu’il aurait fallu engager pour réparer le véhicule aurait été de toutes manières bien supérieurs à la valeur du véhicule et qu’en l’absence de toute réparation, la panne était inéluctable. Dès lors, le véhicule aurait été inutilisable. Or comme cette panne est directement liée à l’erreur de Monsieur [A], celui-ci ne peut pas demander à se voir indemniser la valeur du véhicule que l’expert chiffre à 4100 euros. Le véhicule est tombé en panne et a été immobilisé à compter du 3 février 2020.

Dispositif

PAR CES MOTIFS Le tribunal, statuant publiquement, par décision contradictoire rendue en premier ressort et mise à disposition au greffe, CONDAMNE la société SUD GARONNE AUTOMOBILES à payer à Monsieur [K] [A] la somme de 3930,50 euros au titre du remboursement de la facture du 20 juin 2019 ; CONDAMNE la société SUD GARONNE AUTOMOBILES à payer à Monsieur [K] [A] la somme de 300 euros au titre du préjudice de jouissance ; DEBOUTE Monsieur [K] [A] de sa demande en paiement de la somme de 4750 euros au titre de l’indemnisation de la valeur vénale du véhicule ; DEBOUTE Monsieur [K] [A] de sa demande en paiement de la somme de 100,85 euros au titre du remboursement de la facture du 8 février 2019 ; DEBOUTE Monsieur [K] [A] de sa demande en paiement de la somme de 210,50 euros au titre des frais de carte grise ; DEBOUTE Monsieur [K] [A] de sa demande en paiement de la somme de 590 euros au titre des frais d’attelage ; DEBOUTE Monsieur [K] [A] de sa demande en paiement de la somme de 184 euros au titre des frais de barres de toit ; DEBOUTE Monsieur [K] [A] de sa demande en paiement de la somme de 1100 euros au titre des frais d’expert technique ; DEBOUTE Monsieur [K] [A] de sa demande en paiement de la somme de 361,45 euros au titre des frais d’assurance ; DEBOUTE Monsieur [K] [A] de sa demande en paiement de la somme de 808,44 euros au titre de la prestation de démontage sollicitée par l’expert judiciaire ; CONDAMNE la société SUD GARONNE AUTOMOBILES à payer à Monsieur [A] la somme de 3000 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile ; DEBOUTE la société SUD GARONNE AUTOMOBILES de sa demande au titre de l’article 700 du code de procédure civile ; CONDAMNE la société SUD GARONNE AUTOMOBILES au paiement des entiers dépens ; RAPPELLE que la présente décision est exécutoire de plein droit par provision. LE GREFFIER LA PRESIDENTE

Questions fréquentes

Mon garagiste a mal réparé ma voiture, que puis-je faire ?
Vous pouvez engager la responsabilité contractuelle du garagiste. Dans cette affaire, le tribunal a condamné le garage à rembourser la facture de réparation et à indemniser le préjudice de jouissance, car l'expertise a montré que les désordres étaient imputables au garage.
Puis-je obtenir le remboursement d'une réparation qui n'a pas résolu le problème ?
Oui, si vous prouvez que le garagiste n'a pas exécuté correctement son obligation de résultat. Dans ce jugement, le client a obtenu le remboursement intégral de la facture de 3930,50 euros.
Quelle indemnité pour le préjudice de jouissance d'un véhicule immobilisé ?
Le tribunal a accordé 300 euros pour le préjudice de jouissance, correspondant à l'impossibilité d'utiliser le véhicule depuis la panne du 3 février 2020. Le montant dépend de la durée et des circonstances.
Le garagiste est-il responsable des pannes survenues après une réparation ?
Oui, le garagiste est tenu d'une obligation de résultat. Si la panne est liée à une réparation défectueuse, il engage sa responsabilité. Dans cette affaire, l'expertise a établi un lien entre la réparation et les désordres ultérieurs.
Puis-je demander la valeur vénale de mon véhicule si la réparation est défectueuse ?
Non, dans cette affaire, la demande de 4750 euros au titre de la valeur vénale a été rejetée. Le tribunal a estimé que ce préjudice n'était pas justifié, car le véhicule n'a pas été perdu mais seulement immobilisé.
Quels sont les recours contre un garagiste qui refuse de réparer son erreur ?
Vous pouvez saisir le tribunal pour obtenir réparation. Dans ce cas, le client a assigné le garage en justice, obtenu une expertise judiciaire, puis une condamnation au remboursement et à des dommages-intérêts.

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