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Tribunal judiciaire, référés proximité, 24 juin 2026 — n° 26/00443

Expulsion "ferme" ordonnée au fond (sans suspension des effets de la clause résolutoire)

Synthèse de la décision

Question juridique

Le juge des référés peut-il constater la résiliation d'un bail d'habitation pour impayés de loyers et ordonner l'expulsion du locataire, malgré la situation sociale et financière de ce dernier ?

Principe retenu

La clause résolutoire insérée dans un bail d'habitation produit ses effets de plein droit deux mois après un commandement de payer demeuré infructueux, sans que le juge puisse accorder de délais de paiement en référé. Le juge des référés peut constater la résiliation et ordonner l'expulsion, même si le locataire rencontre des difficultés sociales, dès lors que les conditions légales sont réunies.

Faits clés

  • Bail d'habitation signé le 8 septembre 2025 entre la SCI [H] [Y] et Monsieur [I] [M]
  • Loyer mensuel de 756 euros + 93 euros de charges
  • Commandement de payer visant la clause résolutoire signifié le 13 janvier 2026 pour un arriéré de 1 668 euros
  • Locataire au RSA suite à la perte de son emploi en intérim comme cariste
  • Dette locative actualisée à 3 928 euros au 9 juin 2026

Articles cités

article 455 du code de procédure civile article L. 433-1 du code des procédures civiles d'exécution article 700 du code de procédure civile loi du 6 juillet 1989

Exposé du litige

EXPOSE DU LITIGE Par acte en date du 8 septembre 2025, la S.C.I. [H] [Y] a donné à bail à Monsieur [I] [M] un immeuble à usage d'habitation et un parking n°2 situés [Adresse 3], moyennant un loyer mensuel initial de 756 euros, outre une provision mensuelle sur charges de 93 euros. Par courrier recommandé avec accusé de réception en date du 19 décembre 2025, la S.C.I. [H] [Y] a mis en demeure Monsieur [I] [M] de payer la somme de 912 euros au titre des loyers impayés. Des loyers étant demeurés impayés, la S.C.I. [H] [Y] a fait signifier à Monsieur [I] [M], par acte de commissaire de justice en date du 13 janvier 2026, un commandement de payer la somme principale de 1 668 euros, au titre des loyers et provisions sur charges impayés, arrêté à la date du 12 janvier 2026, et visant la clause résolutoire prévue au bail. Par acte de commissaire de justice signifié à étude le 25 mars 2026, notifié au représentant de l’État dans le département, la S.C.I. [H] [Y] a fait assigner Monsieur [I] [M] pour l'audience du 9 juin 2026 devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de MONTPELLIER, statuant en référé, et demande, notamment sur le fondement de la loi du 06 juillet 1989 : - le constat de la résiliation du bail par le jeu de la clause résolutoire en raison de l'impayé de loyers et de charges, - l'expulsion de Monsieur [I] [M] et de tous occupants de son chef, au besoin avec le concours de la force publique et d'un serrurier, - la fixation de l'indemnité mensuelle d'occupation au montant des loyers, charges comprises et ce jusqu'au départ effectif des lieux, avec indexation, et la condamnation de Monsieur [I] [M] au paiement de celle-ci, - la condamnation de Monsieur [I] [M] à payer la somme de 2 876 euros à titre de provision correspondant aux loyers et charges impayés dus, somme à parfaire au jour de l’audience, - la condamnation de Monsieur [I] [M] aux entiers dépens et à payer la somme de 500 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile. À la suite de la notification de l’assignation au représentant de l’État dans le département, la Direction de l’action sociale et du logement a fait parvenir au tribunal un diagnostic social et financier concernant Monsieur [I] [M], daté du 21 avril 2026. La conclusion est que Monsieur perçoit le RSA suite à la fin de son emploi en intérim comme cariste. Un long délai dans le traitement de sa demande CAF pour l’allocation logement a baissé ses ressources et il n’a pas pu régler ses loyers. Monsieur est accompagné par le Centre APAJ pour un retour rapide à l’emploi. Il souhaite mettre en place un échéancier d’apurement de la dette locative dès son retour à l’emploi. À l'audience du 9 juin 2026, la S.C.I. [H] [Y] était représentée par Madame [S] [E], gérante. Monsieur [I] [M] a comparu. La S.C.I. [H] [Y] a maintenu ses demandes telles que portées dans l’assignation, à laquelle il convient de se référer, conformément à l’article 455 du code de procédure civile, pour un plus ample exposé de ses moyens ; outre actualisation de la dette principale par décompte produit à l’audience, à la somme de 3 928 euros. Elle a indiqué que Monsieur n’a pas montré sa bonne foi et que rien ne lui garantit la reprise des paiements. La S.C.I. [H] [Y] a par ailleurs précisé qu’elle aussi avait des dettes à payer mais n’était pas opposée à l’octroi de délais de paiement. Monsieur [I] [M] a indiqué avoir repris sa vie en main. Il a précisé qu’il travaillait et qu’il venait de se marier. Il a également expliqué avoir envoyé un courrier à la CAF et accepter de payer. Il a par ailleurs sollicité que le jeu de la clause résolutoire soit suspendu et qu’il lui soit accordé des délais de 36 mois pour apurer l’arriéré. La décision a été mise en délibéré au 24 juin 2026.

Motivations de la décision

MOTIFS Sur la saisine en référé L’article 834 du code de procédure civile dispose que dans tous les cas d’urgence, le juge des contentieux de la protection, dans les limites de sa compétence, peut ordonner en référé toutes les mesures qui ne se heurtent à aucune contestation sérieuse ou que justifie l’existence d’un différend. L’article suivant précise qu’il peut toujours, même en présence d’une contestation sérieuse, prescrire en référé les mesures conservatoires ou de remise en état qui s’imposent, soit pour prévenir un dommage imminent, soit pour faire cesser un trouble manifestement illicite. Dans les cas où l’existence d’une obligation n’est pas sérieusement contestable, le juge des contentieux de la protection peut accorder une provision au créancier ou ordonner l’exécution de l’obligation même s’il s’agit d’une obligation de faire. En l’espèce, l’occupation sans droit ni titre d’un immeuble, qui peut résulter du constat de la résiliation du bail du fait d’impayés, constitue un trouble manifestement illicite que le juge des référés se doit de faire cesser si elle est avérée. L’action en référé est donc recevable. Sur la demande de constat de la résiliation du bail et ses conséquences Sur la recevabilité de la demande En tant que bailleresse personne morale, la S.C.I. [H] [Y] justifie avoir saisi la Commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives par voie électronique deux mois avant la délivrance de l’assignation, comme les dispositions de l’article 24 II de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989 tendant à améliorer les rapports locatifs, le lui imposent à peine d’irrecevabilité. La S.C.I. [H] [Y] justifie par ailleurs avoir notifié une copie de l’assignation à la préfecture de l’Hérault par voie électronique plus de six semaines avant l’audience, conformément aux dispositions de l’article 24 III de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989 précitée, qui l’imposent à peine d’irrecevabilité, compte tenu de la loi du 27 juillet 2023 d’application immédiate s’agissant d’un délai de procédure. La demande est donc recevable. Sur l’acquisition des effets de la clause résolutoire L'article 24 I de la même loi, dans sa version applicable au présent litige, dispose que tout contrat de bail d'habitation contient une clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie. Cette clause ne produit effet que six semaines après un commandement de payer demeuré infructueux, le bail ayant été renouvelé postérieurement à la loi du 27 juillet 2023. En l'espèce, cette clause résolutoire est bien prévue dans le contrat de bail. Le commandement de payer du 13 janvier 2026 vise cette clause et reproduit les mentions obligatoires à peine de nullité de l'article 24 précité. Ce commandement est demeuré infructueux pendant plus de six semaines, de sorte qu’il y a lieu de constater que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire contenue dans le bail étaient réunies à la date du 25 février 2026, date de résiliation dudit bail. À compter de la résiliation du bail, Monsieur [I] [M], devenu occupant sans droit ni titre, sera tenu de payer une indemnité mensuelle d’occupation d’un montant équivalent à celui du loyer augmenté de la provision sur les charges, qui aurait été exigible si le bail n'avait pas été résilié, et ce jusqu'à l'entière libération des lieux. Conformément au principe de la réparation intégrale, cette indemnité mensuelle d’occupation sera indexée, le cas échéant, selon les modalités prévues au contrat de bail. Sur la demande de provision Conformément à l’article 835 du code de procédure civile, le juge des référés peut accorder une provision au créancier lorsque l’existence de l’obligation n’est pas sérieusement contestable. En l’espèce, il résulte des documents et décomptes versés aux débats que Monsieur [I] [M] se trouve redevable de la somme de 3 928 euros en arriéré de loyers, de charges et d'indemnités d'occupation échus, arrêté au 9 juin 2026, mensualité du mois de juin comprise, selon décompte établi par la bailleresse et ci-après annexé, après le cas échéant, enlèvement des différents frais ne pouvant être considérés comme des loyers ou des charges récupérables. Monsieur [I] [M] sera donc condamné à payer la somme provisionnelle de 3 928 euros à la S.C.I. [H] [Y]. Sur les délais de paiement L'article 24 V de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989 précitée dispose que le juge peut, à la demande du locataire, du bailleur ou d'office, à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu'il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l'audience, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années, par dérogation au délai prévu au premier alinéa de l'article 1343-5 du code civil, au locataire en situation de régler sa dette locative. Le VII du même article précise que lorsque le juge est saisi en ce sens par le bailleur ou par le locataire, et à la condition que celui-ci ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l'audience, les effets de la clause de résiliation de plein droit peuvent être suspendus pendant le cours des délais accordés par le juge dans les conditions prévues aux V et VI du présent article. Cette suspension prend fin dès le premier impayé ou dès lors que le locataire ne se libère pas de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixées par le juge. Ces délais et les modalités de paiement accordés ne peuvent affecter l'exécution du contrat de location et notamment suspendre le paiement du loyer et des charges. Si le locataire se libère de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixées par le juge, la clause de résiliation de plein droit est réputée ne pas avoir jouée. Dans le cas contraire, elle reprend son plein effet. En l’espèce, Monsieur [I] [M] n'ayant pas repris le paiement intégral de ses loyers et charges avant la date de l’audience et ce depuis décembre 2025, le tribunal n’est pas en mesure de lui permettre de reprendre le paiement du loyer courant augmenté d’éventuelles échéances de retard qui étaient pourtant susceptibles d’être mises en place pour apurer l’arriéré locatif. En conséquence, l’expulsion de Monsieur [I] [M] ne peut qu’être ordonnée selon les modalités prévues au dispositif de la présente ordonnance, le maintien de la relation locative n’étant plus possible. Conformément à l'article L.433-1 du code des procédures civiles d'exécution, les meubles se trouvant dans les lieux seront remis aux frais de la personne expulsée en un lieu qu'elle désignera. A défaut, ils seront entreposés en un autre lieu approprié et décrit avec précision par le commissaire de justice chargé de l'exécution après sommation à la personne expulsée d'avoir à les retirer dans le délai imparti. Sur les dépens L’article 491 du code de procédure civile dispose que le juge des référés statue sur les dépens. Il le fait conformément aux dispositions de l’article 696 du code de procédure civile, selon lesquelles la partie perdante est condamnée aux dépens, à moins que le juge, par décision motivée, n'en mette la totalité ou une fraction à la charge d'une autre partie. Monsieur [I] [M], partie perdante, sera donc condamné aux dépens. Sur les frais irrépétibles Aux termes de l’article 700 du code de procédure civile, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou qui perd son procès à payer à l’autre partie la somme qu’il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans tous les cas, le juge tient compte de l’équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d’office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu’il n’y a pas lieu à ces condamnations. En l’espèce, l’équité et la situation économique de Monsieur [I] [M] justifient de ne pas faire application de ces dispositions. La S.C.I.

Dispositif

En conséquence, la République française mande et ordonne à tous commissaires de justice, sur ce requis, de mettre la présente décision à exécution, aux procureurs généraux et procureurs de la République près les tribunaux judiciaires d'y tenir la main, à tous commandants et officiers de la force publique de prêter main-forte lorsqu’ils en seront légalement requis. En foi de quoi la minute des présentes a été signée électroniquement par le président et par le greffier.

Questions fréquentes

Puis-je être expulsé si je suis au RSA et que je n'ai pas payé mon loyer ?
Oui, le juge des référés peut ordonner l'expulsion même si vous êtes au RSA, dès lors que la clause résolutoire a joué et que vous n'avez pas respecté le commandement de payer. Dans cette affaire, le locataire au RSA a été condamné à quitter les lieux.
Le juge peut-il m'accorder des délais de paiement en référé pour éviter l'expulsion ?
Non, en référé, le juge ne peut pas accorder de délais de paiement pour suspendre la résiliation du bail. Seul le juge du fond peut le faire. Dans cette décision, le juge a constaté la résiliation sans accorder de délais.
Qu'est-ce qu'une indemnité d'occupation et comment est-elle calculée ?
L'indemnité d'occupation est une somme due par le locataire après la résiliation du bail, correspondant au montant du loyer et des charges qui auraient été exigibles si le bail s'était poursuivi. Elle est due jusqu'à la libération effective des lieux.
Combien de temps après le commandement de payer la clause résolutoire joue-t-elle ?
La clause résolutoire joue de plein droit deux mois après la signification du commandement de payer, si celui-ci est resté infructueux. Dans cette affaire, le commandement a été signifié le 13 janvier 2026 et la résiliation a été constatée au 25 février 2026.
Puis-je demander un échéancier pour payer mes loyers impayés ?
Vous pouvez le demander, mais en référé, le juge n'a pas le pouvoir d'accorder un échéancier. Il vous faut saisir le juge du fond. Dans cette affaire, le locataire a souhaité un échéancier mais le juge ne l'a pas accordé.
Mon propriétaire peut-il cumuler loyers impayés et indemnité d'occupation ?
Oui, le propriétaire peut réclamer les loyers impayés jusqu'à la résiliation, puis l'indemnité d'occupation à compter de la résiliation. Dans cette affaire, le locataire a été condamné à payer 3 928 euros incluant l'arriéré et l'indemnité d'occupation jusqu'à l'audience.

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