MOTIFS DE LA DÉCISION
Sur la demande de résiliation judiciaire du contrat de travail:
Pour infirmation du jugement Mme [C] fait valoir qu'elle a été victime, à compter de l'été 2019 de la part de Mme [B], Directrice des ressources humaines, Mme [T] responsable RH et M. [S] Directeur Général adjoint, d'agissements de harcèlement moral lesquels justifient qu'il soit fait droit à sa demande de résiliation judiciaire du contrat de travail aux torts de l'employeur.
L' Agence Française de Développement conteste les agissements qui lui sont reprochés.
La résiliation judiciaire du contrat de travail peut être demandée en justice par le salarié lorsque l'employeur n'exécute pas ses obligations contractuelles et que les manquements qui lui sont reprochés présentent un caractère de gravité suffisant de nature à empêcher la poursuite du contrat de travail.
Lorsque la résiliation judiciaire est prononcée elle est assimilée dans ses effets à un licenciement sans cause réelle ou sérieuse, ou à un licenciement nul lorsqu'elle résulte notamment d'un harcèlement moral.
Elle prend effet au jour où le conseil de prud'hommes la prononce, ou du licenciement si un licenciement est entre temps intervenu.
Aux termes des dispositions de l'article L 1152-1 du code du travail, aucun salarié ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation de ses conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel.
L'article L 1154-1 du code du travail précise que lorsque survient un litige relatif à l'application des dispositions de l'article précité, le salarié présente des éléments de faits laissant supposer l'existence d'un harcèlement. Au vu de ces éléments, il incombe à la partie défenderesse de prouver que ces agissements ne sont pas constitutifs d'un tel harcèlement et que sa décision est justifiée par les éléments objectifs étrangers à tout harcèlement.
Le juge forme sa conviction après avoir ordonné, en cas de besoin, toutes les mesures d'instruction qu'il estime utiles.
En l'espèce, la salariée affirme avoir subi des pressions pour une mobilité non désirée formellement programmée, au mois de juillet 2019, ce qui résultait d'une initiative du directeur général adjoint de l'AFD, motivée par sa seule volonté de l'exclure de la DRH en réaction à l'issue du dossier de [Localité 3] dont elle avait eue la charge, qu'il jugeait insatisfaisante. Elle indique qu'il s'agissait ainsi en réalité d'une sanction souhaitée par M. [S], et mise en 'uvre par la DRH, et plus particulièrement par Madame [B].
Elle dénonce l'absence de soutien, les positions contradictoires et les retournements de situation constants, particulièrement déstabilisants sur le plan psychologique et les mesures vexatoires alors adoptées par la directrice exécutive des ressources humaines de l'AFD Mme [B]. Elle évoque en outre la dégradation de son état de santé.
Elle présente les éléments suivants:
- son entretien d'évaluation 2016 indiquant ' L'année sociale a été difficile. [V] y a fait face avec beaucoup d'opiniâtreté, de positif et de la remise en question. Elle a su garder le cap.'
- son entretien d'évaluation 2017 indiquant ' une année très intense et très riche sur le plan des instances. Beaucoup de projets très structurants pour l'AFD ont été menés avec réussite.
Les difficultés pour concilier les intérêts de tous ont été aussi très présentes. [V] a su rester professionnelle et engagée et a su garder motivés tous les membres de l'équipe.'
- Le point intermédiaire sur son évaluation professionnelle fait en septembre 2018 par son ancienne responsable indiquant: '[V] maîtrise parfaitement sa fonction. Le besoin croissant exprimé par le DA de suivi du personnel local notamment sur le plan juridique et social donne une nouvelle dimension au poste. Ce nouveau challenge motive beaucoup [V]. Merci [V] pour ton implication et les valeurs que tu défends.'
- son évaluation professionnelle au titre de l'année 2018 faite par sa nouvelle responsable , Mme [B] indiquant:
' Je travaille avec [V] depuis septembre 2018. [V] est une juriste confirmée très engagée dans sa fonction. Elle gère une équipe de 3 juristes ou règne une bonne ambiance de travail et d'échange. [V] s'implique pleinement dans l'accompagnement des situations difficiles pour appliquer le droit et trouver la solution qui s'impose. [V] est une personne sincère et bien en ligne avec les missions de DRH et de l'AFD plus généralement. Son franc parlé et son sens de l'humour sont appréciables dans les échanges.
Comme discuté ensemble [V] gagnerait à travailler sur sa posture dans la fonction pour trouver un positionnement et une image plus positive (être du côté de la solution) vis à vis des ses pairs chez DRH entre autres. Une formation et/ou un coaching seront proposé pour l'aider à progresser sur ces points.'
- son entretien d'évaluation professionnelle d'août 2019 dans lequel la salariée expose:
' les derniers mois à la DRH ont été les plus difficiles. A la faveur de la gestion d'un dossier individuel très délicat parce qu'impliquant l'influence de personnes de pouvoir au sein de l'AFD, et malgré le traitement professionnellement irréprochable de ce dossier et la validation à chaque étape de ma hiérarchie, j'ai eu à déplorer une pression importante visant à me déstabiliser et me discréditer afin de me faire quitter mon poste.
A cette occasion, j'ai constaté l'absence de soutien totale de ma hiérarchie, ce qui constitue l'absence la plus négative parce que la plus violente psychologiquement et décevante que j'ai eu à vivre à l'AFD depuis 11 ans.'
- le procès-verbal des entretiens de la commission santé, sécurité et conditions de travail du 10 janvier 2020 et le procès verbal 'entretien du comité social et économique' du 22 janvier 2020 desquels il résulte:
. que le mal être de la salariée a commencé à l'occasion du dossier [Localité 3] , M. [S] étant opposé aux solutions juridiques qu'elle préconisait, Mme [C], mais également ses supérieurs hiérarchiques Mme [B] et Mme [T] ayant lors d'une réunion de service fait part de leur surprise face à l'agressivité de M. [S] dans la gestion du dossier [Localité 3].
.que lors de la réunion point debout du 2 septembre 2019 le départ de la salariée, qui était en congé, a été annoncé aux salariés, alors qu'aucune décision relative à sa mobilité n'avait été prise à ce jour.
- plusieurs documents et échanges de mails entre Mme [C] et divers interlocuteurs relatifs au traitement d'une situation de souffrance au travail à [Localité 3] mettant en cause M. [X] [Q], directeur Régional, des mesures conservatoires ayant été prises en vue de faire cesser toute communication entre l'intéressé et les salariés en état de souffrance, l'envoi d'une lettre de rappel pour 'dysfonctionnement managérial' ayant alors été décidé.
Ces documents traduisent une divergence d'appréciation de la situation et de fortes tensions entre les personnes ayant eu à traiter le dossier, M. [S] estimant , selon les propres conclusions de l' Agence Française de Développement que le directeur Régional faisait preuve de 'courage managérial'et se trouvait du fait de la façon dont le dossier était traité lui même harcelé.
- le rapport d'enquête paritaires des élus mandatés par le CSE pour danger grave et imminent, suite à une déclaration d'une situation de harcèlement moral au sein de la direction des ressources, en ce compris ses 21 annexes, lequel conclut à une situation de harcèlement moral à l'égard de Mme [C] par sa hiérarchie, les enquêteurs ayant relevé :