MOTIFS
Sur les agissements constitutifs d'un harcèlement moral
Aux termes de l'article L.1152-1 du code du travail, aucun salarié ne doit subir les
agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation
des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer
sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel.
Selon l'article L.1152-2 du code du travail, aucun salarié ne peut être sanctionné, licencié
ou faire l'objet d'une mesure discriminatoire directe ou indirecte, notamment en matière
de rémunération, de formation, de reclassement, d'affectation, de qualification, de
classification, de promotion professionnelle, de mutation ou de renouvellement de contrat
pour avoir subi ou refusé de subir des agissements répétés de harcèlement moral et pour
avoir témoigné de tels agissements ou les avoir relatés.
L'article L.1154-1 du même code prévoit qu'en cas de litige, le salarié concerné présente
des éléments de fait laissant supposer l'existence d'un harcèlement et il incombe alors à
l'employeur, au vu de ces éléments, de prouver que ces agissements ne sont pas constitutifs
d'un tel harcèlement et que sa décision est justifiée par des éléments objectifs étrangers à
tout harcèlement.
M. [I] sollicite le paiement de la somme de 20 000,00 euros à titre de dommages et
intérêts sur le fondement de l'article L. 1152-1 du code du travail.
M. [I] soutient avoir subi des pressions constantes de la part de son supérieur
hiérarchique, entraînant une altération de sa santé mentale et physique. Il invoque une
dégradation de ses conditions de travail imputable aux méthodes de gestion de sa
hiérarchie. Il estime que les échanges de mails qu'il verse aux débats démontrent un
harcèlement persistant de Madame [S], une surveillance accrue, des reproches, critiques
formulées de manière contradictoire. Il lui reproche une éviction en dernière minute de
réunions ou manifestations professionnelles, auxquelles il avait pourtant été convié. Il
considère que cela démontre la volonté évidente de celle-ci de se séparer de lui.
Il précise que de nombreuses ruptures conventionnelles ont eu lieu pour éviter des
licenciements pour motif économique et ainsi contourner la loi. Le registre du personnel
devrait justifier de tous ces « départs ».
Il est démontré que le 15 novembre 2018, à 12h25, M. [I] est félicité par le vice-
président Europe, M.[A], suite à une présentation qu'il a effectuée, ayant généré cinq
nouveaux clients.
En réponse à une demande du vice président Europe M. [H] faite par SMS le 15 novembre'
à 16h22, M. [I] lui proposait d'avoir une conversation téléphonique. Mme [S] lui
a immédiatement fait savoir qu'elle préférait avant qu'il ait une conversation en directe
avec M. [A] qu'il l'a consulté.
Celui-ci démontre, par le mail qu'il lui adresse le soir même, être déstabilisé par sa
réaction : 'je ne comprend plus ce que tu souhaites'.
Celle-ci lui répond : 'il y a plusieurs points dans ton mail dont il faut qu'on discute pour
améliorer et ta perception de tes performances et de la façon de communiquer autour de
ton travail et avec les différents interlocuteurs internes et externes .. ; l'agilité, l'esprit
d'équipe, le travail fédérateur et la reconnaissance ont toujours été là de mon côté mais
ça ne doit pas t'empêcher de te demander de t'aligner avec moi en tant que
coordonnatrice de tous les efforts de cette équipe en général et avant que tu discutes avec
mon supérieur hiérarchique.
Je souhaite qu'on échange à nouveau sur comment mieux aligner la travail de tous' (sic).
Il produit le mail du 14 décembre 2018 de Mme [S] qui lui répondait à son mail du 12'décembre'2018': ' À la lecture de ton mail et de tes propos je préfères te répondre par écrit vu que le dialogue et l'écoute ne sont pas possibles et que manifestement tu déformes mes propos.
En effet les propos de ton courriel du 12 décembre n'ont pas manqué de me surprendre et certains m'ont particulièrement choqués.
À cet égard, je ne peux accepter certains propos contenus dans ton courriel et notamment le fait que tu m'aurais entendu si souvent 'dire des choses et leur contraire selon tes auditeurs'. Ces propos qui n'appartiennent qu'à toi ne sont pas acceptables.
Par ailleurs je te rappelle que vendredi dernier nous nous sommes vus non pas comme tu l'indiques lors d'un entretien 'de licenciement déguisé' mais pour évoquer les difficultés rencontrées dans le cadre de ton travail à nouveau.
Ce n'est pas la première fois que je te demande d'arrêter de poser des questions concernant les dossiers qui ne te concernent pas ou qui ne concernent pas ton travail. En outre je t'ai demandé à plusieurs reprises d'être plus concis dans tes demandes, de prioriser tes tâches, de ne pas passer au téléphone des heures avec différentes personnes de l'équipe pour les solliciter en permanence, sur des sujets qui ne sont pas en lien avec ton poste.
Tu évoques, entre autres dans ton courriel, le fait que j'aurai soi-disant préparer un dossier en vue de constituer une base à une 'possible éviction de l'entreprise'.
Ces affirmations que je conteste m'interpellent et m'amènent à penser qu'en réalité tu déformes volontairement mes propos afin de 'constituer un dossier' pour comme tu l'indiques clairement dans ton courriel saisir le conseil des prud'hommes pour demander réparation.
Je me permets également de te rappeler que je consulte régulièrement les membres de l'équipe de la force de vente et marketing de la société dont tu fais partie afin de faire le point avec eux. C'était d'ailleurs l'objet de notre réunion, réunion qui n'était pas la première ce que tu omets de préciser. De même contrairement à ce que tu avances, lors de cette réunion de travail, aucune réponse satisfaisante ne m'a été donnée et en outre ce qui est plus problématique, à aucun moment tu n'as remis en question ta façon de travailler . Selon toi, tes difficultés sont toujours la faute de quelqu'un d'autre.
Tu omets également de préciser que depuis le début donc depuis plusieurs mois, j'ai été contrainte de te relancer à plusieurs reprises concernant ton travail et notamment des rapports qui n'étaient pas rendus dans les temps. Je te rappelles puisque manifestement tu sembles l'avoir oublié qu'au début, puisque tu démarrais dans le poste et la société, j'ai littéralement fait ton travail avec toi et même seule quand tu oubliais de la faire.
Je t'ai également accompagné et coaché avant tes présentations à notre supérieur hiérarchique et ai demandé à toute l'équipe de t'épauler. J'ai également été contrainte d'intervenir auprès de tes collègues pour leur demander de la compréhension envers toi puisque tu les sollicites régulièrement pour qu'ils révisent ton travail ou qu'ils le complètent ce que tu sais parfaitement.
Compte tenu de ma bienveillance à ton égard, je ne peux être que surprise, voire, choquée que tu n'hésites pas à invoquer du harcèlement dans le cadre de ton courriel, harcèlement que je conteste vivement et ce d'autant plus que j'ai toujours pris soin d'être à l'écoute de l'ensemble des salariés de la société dont tu fais partie, ce que tu sais parfaitement et ce dont tu m'as remercié à plusieurs reprises.
Je te rappelle que c'est moi qui t'ai recruté et essayé de te faire monter en compétence, pour ce faire j'ai fait tous les efforts et je n'ai pas cesser de t'épauler.
Je crois comprendre à la lecture de ton courriel que mes relances concernant des rapports qui n'ont pas, ce que tu as toujours reconnu, été donnés dans les temps s'apparenteraient à du harcèlement. Je te confirme qu'il s'agit uniquement des agissements d'un directeur envers un salarié pour lui demander des choses qu'il devait fournir et qu'il n'a pas fait.
Ton courriel me laisse à penser qu'en réalité tu souhaites quitter l'entreprise, par je suppose le biais d'une rupture conventionnelle.