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Cour d'appel, pôle 5 - chambre 9, 8 juillet 2026 — n° 26/03407

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Synthèse de la décision

Question juridique

Le tribunal peut-il ouvrir d'office une procédure de liquidation judiciaire sans avoir convoqué le débiteur pour recueillir ses observations, alors que l'assignation initiale ne demandait qu'un redressement judiciaire ?

Principe retenu

Le tribunal ne peut ouvrir d'office une procédure de liquidation judiciaire sans avoir préalablement convoqué le débiteur par lettre recommandée avec accusé de réception et sans lui avoir adressé une note exposant les faits motivant cette saisine d'office, conformément à l'article R. 631-3 du code de commerce. À défaut, le jugement est annulé pour violation du principe du contradictoire et excès de pouvoir.

Faits clés

  • La SAS Novare Blue a été assignée en redressement judiciaire par la SA Cofica Bail.
  • Le tribunal des activités économiques de Paris a ouvert une liquidation judiciaire d'office.
  • Le débiteur n'a pas comparu à l'audience du 28 janvier 2026.
  • Aucune convocation ni note d'information n'a été adressée au débiteur pour la saisine d'office en liquidation.
  • Le jugement a fixé la date de cessation des paiements au 14 octobre 2024.

Articles cités

article R. 631-3 du code de commerce article 16 du code de procédure civile article L. 631-1 du code de commerce article R. 631-2 du code de commerce article 804 du code de procédure civile article 450 du code de procédure civile article 700 du code de procédure civile

Dispositif

PAR CES MOTIFS La cour, Annule le jugement rendu le 5 février 2026 par le tribunal des activités économiques de Paris ; Déboute la SELARL Actis Mandataires Judiciaires de sa demande formée au titre de l'article 700 du code de procédure civile ; Met les dépens à la charge du Trésor public. Le greffier, Le Président,

Exposé du litige

Faits et procédure La SAS Novare Blue, immatriculée au registre du commerce et des sociétés de Paris sous le numéro 839 756 103, a son siège social [Adresse 5]. Elle est dirigée par la SAS à associé unique Cleaone Holding. Elle a pour objet l'acquisition d'un actif immobilier et l'exploitation dudit bien destiné au tourisme, à l'hôtellerie en plein air, à l'organisation d'activités évènementielles à l'exclusion de toute activité réglementée. Sur assignation de la SA Cofica Bail, le tribunal des activités économiques de Paris ouvre par jugement du 5 février 2026 une procédure de liquidation judiciaire et : - Nomme M. André Bélard, juge-commissaire ; - Désigne la SELARL Actis Mandataires Judiciaires en la personne de Me [O] [Z] [Adresse 6], mandataire judiciaire liquidateur ; - Dit n'y avoir lieu à nomination d'un commissaire de justice ; - Fixe à dix-huit mois antérieurement au prononcé du présent jugement, soit au 14 octobre 2024, la date de cessation des paiements correspondant à la date du certificat de non appel du jugement. - Invite le comité social et économique ou les salariés s'il en existe à désigner au sein de l'entreprise un représentant dans les conditions prévues par les articles L .621-4 et L. 621-6 du code de commerce à communiquer le nom et l'adresse de ce représentant au greffe ; - Fixe à 2 ans le délai au terme duquel la clôture de cette procédure devra être examinée en application de l'article L. 643-9 du code de commerce et invite les parties à se présenter à l'audience du 4 février 2028 à 14 heures ; - Fixe le délai de déclaration des créances imparti aux créanciers à deux mois à compter de la publication au Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales du présent jugement ; - Fixe le délai de dépôt de la liste des créances par le mandataire à 12 mois à compter de la publication au Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales du présent jugement ; - Dit que le présent jugement est exécutoire de plein droit ; - Dit que les dépens seront portés en frais privilégiés de procédure collective. Par déclaration formée par voie électronique le 13 février 2026, la SAS Novare Blue a interjeté appel du jugement. Par conclusions notifiées par RPVA le 16 avril 2026, la SAS Novare Blue demande à la cour de : - Déclarer son appel recevable et bien fondé ; Y faisant droit, A Titre principal - Annuler le jugement rendu par le tribunal des activités économiques de Paris du 5 février 2026 dès lors que le tribunal n'avait pas été saisi d'une demande d'ouverture de liquidation judiciaire ; A titre subsidiaire - Infirmer le jugement rendu par le tribunal des activités économiques de Paris du 5 février 2026 en ce qu'il : o Ouvre une procédure de liquidation judiciaire à l'égard de la SAS Novare Blue [Adresse 5] ; o Nomme M. André Bélard, juge-commissaire ; o Désigne la SELARL Actis Mandataires Judiciaires en la personne de Me [O] [Z] [Adresse 6], mandataire judiciaire liquidateur ; o Dit n'y avoir lieu à nomination d'un commissaire de justice ; o Fixe à dix-huit mois antérieurement au prononcé du présent jugement, soit au 14 octobre 2024, la date de cessation des paiements correspondant à la date du certificat de non appel du jugement. o Invite le comité social et économique ou les salariés s'il en existe à désigner au sein de l'entreprise un représentant dans les conditions prévues par les articles L. 621-4 et L. 621-6 du code de commerce à communiquer le nom et l'adresse de ce représentant au greffe ; o Fixe à 2 ans le délai au terme duquel la clôture de cette procédure devra être examinée en application de l'article L. 643-9 du code de commerce et invite les parties à se présenter à l'audience du 4 février 2028 à 14 heures ; o Fixe le délai de déclaration des créances imparti aux créanciers à deux mois à compter de la publication au Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales du présent jugement ;

Motivations de la décision

SUR CE - Sur la demande d'annulation du jugement : Moyens des parties : La SAS Novare Blue expose que le tribunal, saisi d'une simple demande d'ouverture de redressement judiciaire, ne peut pas, d'office, transformer cette procédure en liquidation judiciaire ; seule l'exception prévue à l'article R. 631 3 du code de commerce pourrait permettre une telle saisine d'office, condition qui n'a pas été satisfaite en l'espèce ; le jugement a ainsi été rendu ultra petita et viole les articles 4 et 5 du code de procédure civile. La SA Cofica Bail réplique que le jugement du tribunal des activités économiques a été rendu alors que la demande contenue dans l'assignation ne prévoyait qu'une procédure de redressement judiciaire ; ainsi, l'ouverture d'une liquidation judiciaire constitue une irrégularité de fond et viole les articles L. 631 1 et suivants, R. 631 2 du code de commerce ; enfin, il n'est pas démontré que la SAS Novare Blue a reçu la notification de la convocation pour l'audience du 28 janvier 2026 à laquelle elle n'a pas comparu. La SELARL Actis Mandataires Judiciaires s'en rapporte. Réponse de la cour : L'article R. 631-3 du code de commerce dispose que : « Lorsque le tribunal exerce son pouvoir d'office et à moins que les parties intéressées n'aient été invitées préalablement à présenter leurs observations, le tribunal fait convoquer le débiteur à la diligence du greffier, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, à comparaître dans le délai qu'il fixe. A la convocation est jointe une note dans laquelle sont exposés les faits de nature à motiver l'exercice par le tribunal de son pouvoir d'office. » Dès lors que la SAS Novare Blue a été assignée en ouverture d'une procédure de redressement judicaire et qu'il n'est pas démontré qu'elle a eu connaissance de la saisine d'office par le tribunal en vue d'une ouverture d'une procédure de liquidation judiciaire, faute de preuve d'une convocation et d'une demande d'observations, le tribunal a statué au-delà de sa saisine. Son jugement, qui ne respecte pas le principe du contradictoire énoncé à l'article 16 du code de procédure civile doit donc être annulé. Faute de convocation régulière, la cour n'est pas saisie en l'absence d'effet dévolutif de l'appel. Les dépens seront mis à la charge du Trésor public. La demande formée par le liquidateur au titre des fris irrépétibles sera rejetée.

Questions fréquentes

Le tribunal peut-il ouvrir une liquidation judiciaire sans m'avoir convoqué ?
Non, selon l'article R. 631-3 du code de commerce, le tribunal doit convoquer le débiteur par lettre recommandée avec accusé de réception et lui adresser une note exposant les faits motivant la saisine d'office. À défaut, le jugement est annulé pour violation du principe du contradictoire.
Que faire si le tribunal a ouvert une liquidation alors que je n'ai été assigné qu'en redressement ?
Vous pouvez interjeter appel du jugement en invoquant l'irrégularité de fond : le tribunal a statué au-delà de sa saisine et n'a pas respecté le principe du contradictoire. Dans l'affaire Novare Blue, la cour d'appel a annulé le jugement pour ces motifs.
Quels sont les recours contre un jugement d'ouverture de liquidation judiciaire rendu sans convocation ?
Le principal recours est l'appel. Vous devez démontrer que vous n'avez pas été convoqué régulièrement et que le tribunal a violé le principe du contradictoire. La cour d'appel peut annuler le jugement, ce qui prive d'effet la procédure de liquidation.
Le principe du contradictoire s'applique-t-il en matière de procédure collective ?
Oui, le principe du contradictoire, énoncé à l'article 16 du code de procédure civile, s'applique à toutes les procédures, y compris les procédures collectives. Le tribunal doit entendre le débiteur avant de prendre une décision d'office, sous peine de nullité.
Qu'est-ce que la saisine d'office du tribunal dans le cadre d'une procédure collective ?
La saisine d'office permet au tribunal d'ouvrir une procédure collective de sa propre initiative, sans attendre une demande d'un créancier ou du débiteur. Cependant, cette saisine est encadrée : le tribunal doit convoquer le débiteur et lui communiquer les motifs, conformément à l'article R. 631-3 du code de commerce.
Quels sont les effets de l'annulation d'un jugement d'ouverture de liquidation judiciaire ?
L'annulation du jugement d'ouverture remet les parties dans l'état antérieur. La procédure de liquidation est réputée n'avoir jamais existé. Les actes accomplis par le liquidateur peuvent être remis en cause. Dans l'affaire Novare Blue, la cour a annulé le jugement et mis les dépens à la charge du Trésor public.
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