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Cour d'appel, chambre a - civile, 7 juillet 2026 — n° 24/02166

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Synthèse de la décision

Question juridique

Le juge peut-il accorder des délais de paiement suspensifs à un locataire en situation d'impayés locatifs malgré une régularisation partielle des aides au logement ?

Principe retenu

Le juge peut refuser d'accorder des délais de paiement suspensifs si la dette locative n'est pas soldée malgré des versements partiels et si de nouveaux impayés apparaissent, démontrant l'absence de capacité durable du locataire à assumer ses obligations.

Faits clés

  • Bail d'habitation signé le 17 mars 2022 entre la SA W et Mme V
  • Commandement de payer visant la clause résolutoire signifié le 10 août 2023
  • Dette locative de 4 885,75 euros au 2 février 2026
  • Régularisation des aides au logement en octobre 2024
  • Versements partiels de la locataire (1 168,84 € et 1 763,26 €) et du fonds de solidarité (2 770 €)

Articles cités

article 450 du code de procédure civile article 699 du code de procédure civile article 700 du code de procédure civile

Dispositif

PAR CES MOTIFS , La cour, CONFIRME en toutes ses dispositions soumises à la cour le jugement entrepris ; Y ajoutant ; CONDAMNE Mme [T] [Q] épouse [V] aux dépens d'appel avec distraction au profit du conseil de la SA [W] en application des dispositions de l'article 699 du code de procédure civile ; DEBOUTE la SA [W] de sa demande au titre des frais irrépétibles exposés en cause d'appel. LE GREFFIER, LE PRESIDENT,

Exposé du litige

~~~~ EXPOSÉ DES FAITS ET DE LA PROCÉDURE Par acte sous-seing-privé en date du 17 mars 2022, la SA [W] (ci-après le bailleur) a donné à bail à usage d'habitation à Mme [T] [Q] épouse [V] (ci-après la locataire) un logement situé [Adresse 3], pour un loyer mensuel de 293,57 euros et 129,02 euros de provision sur charges. Des loyers étant demeurés impayés, le bailleur a fait signifier un commandement de payer visant la clause résolutoire le 10 août 2023. Par acte de commissaire de justice en date du 9 janvier 2024, le bailleur a fait assigner la locataire devant le juge des contentieux de la protection d'[Localité 1] aux fins de voir notamment constater l'acquisition de la clause résolutoire et ordonner l'expulsion de la locataire. Par jugement contradictoire du 7 novembre 2024, le juge a : - constaté que les conditions d'acquisition de la clause résolutoire figurant au bail sont réunies à la date du 11 octobre 2023, - débouté la locataire de sa demande de délais de paiement, - ordonné en conséquence à la locataire de libérer les lieux et de restituer les clés dès la signification du jugement, - dit qu'à défaut pour la locataire d'avoir volontairement libéré les lieux et restitué les clés, le bailleur pourra, deux mois après la signification d'un commandement de quitter les lieux, faire procéder à son expulsion ainsi qu'à celle de tous occupants de son chef, y compris le cas échéant avec le concours d'un serrurier de la force publique, - condamné la locataire à verser au bailleur la somme de 5 612,46 euros au titre des loyers, charges et indemnités d'occupation impayés selon décompte arrêté au 29 août 2024 (incluant l'échéance de juillet 2024), avec les intérêts au taux légal sur la somme de 2 959,95 euros à compter de l'assignation du 9'janvier 2024 et à compter du jugement pour le surplus, - condamné la locataire à verser au bailleur une indemnité mensuelle d'occupation d'un montant équivalent montant du loyer et des charges, tels qu'ils auraient été dus si le contrat s'était poursuivi, à compter du 1er août 2024 et jusqu'à la date de la libération effective et définitive des lieux, caractérisée par la restitution des clés, - débouté le bailleur de sa demande au titre de l'article 700 du code de procédure civile, - condamné la locataire aux dépens, qui comprendront notamment le coût du commandement de payer du 10 août 2023, de l'assignation et de sa notification à la préfecture, - rappelé que le jugement est de plein droit exécutoire par provision, - dit que la décision sera transmise par le greffe à la préfecture du Maine-et-[Localité 5]. Le 31 décembre 2024, la locataire a interjeté appel, par voie électronique, de cette décision en ce qu'elle l'a déboutée de sa demande de délais de paiement, lui a ordonné de libérer les lieux et à défaut a autorisé son expulsion, l'a condamnée au paiement des loyers et indemnités impayés outre une indemnité d'occupation, intimant dans ce cadre le bailleur. La clôture de l'instruction a été prononcée le 8 avril 2026 pour l'audience rapporteur du 11 mai 2026. EXPOSÉ DES PRÉTENTIONS ET DES MOYENS DES PARTIES Aux termes de ses uniques conclusions d'appelante en date du 5 février 2025, la locataire demande à la cour de : - la déclarer recevable et bien fondée en ses demandes, - infirmer le jugement entrepris, Statuant à nouveau, - lui faire bénéficier des délais les plus larges afin de s'acquitter de sa dette, - lui donner acte qu'elle propose un échéancier comprenant le règlement des loyers à venir et le versement d'une somme de 30 euros par mois afin de régler l'arriéré de loyer, - débouter le bailleur de ses demandes contraires, - statuer quant aux dépens.

Motivations de la décision

MOTIVATION L'article 24 de la loi du 6 juillet 1989 prévoit en ses V et VII que le juge peut accorder des délais de paiement suspensifs des effets de la clause de résiliation de plein droit au locataire en situation de régler sa dette. La locataire justifie bien de ses difficultés administratives ayant engendré une suspension des versements de la caisse d'allocations familiales puis l'obtention en novembre 2023 du renouvellement de son titre de séjour pour la période du 23 mai 2023 au 22 mai 2025. A la suite de cette régularisation de sa situation sur le territoire national, la locataire a bénéficié d'un rappel de ses droits pour la période du 1er février 2023 au 31 août 2024 et elle produit l'attestation à ce titre de la caisse d'allocations familiales faisant apparaître le versement en septembre 2024 de la somme totale de 15 497,91 euros. Elle justifie de la même manière qu'entre octobre 2024 et décembre 2024 elle a perçu mensuellement de la caisse la somme de 1 269,81 euros. Cependant, ainsi que l'a valablement retenu le premier juge, la situation d'impayé est apparue en janvier 2023 soit antérieurement aux difficultés administratives précédemment évoquées. Par ailleurs, le bailleur produit un décompte actualisé non contesté par la locataire qui fait apparaître que la régularisation de la situation administrative n'a pas permis de régularisation de la dette locative qui s'élève, au 2 février 2026, à la somme de 4 885,75 euros. Ainsi, le versement de la caisse d'allocation familiales a été suivi du paiement par la locataire de la somme de 1 168,84 euros le 22 octobre 2024, et de 1 763,26 euros le 21 novembre 2024. Ces versements et celui du fonds de solidarité à hauteur de 2 770 euros intervenu le 8 août 2025 ont permis de porter la dette à la somme de 3 205,40 euros. Cependant, au regard des nouveaux impayés, la dette n'a jamais été soldée malgré ces versements et les revenus mentionnés par la locataire. Au contraire, le dernier décompte fait apparaître un défaut de paiement des loyers de janvier et février 2026 sur lequel la locataire ne s'explique pas. Compte tenu de ces éléments, le jugement ayant rejeté la demande de délai de paiement suspensif et ordonné l'expulsion de la locataire sera confirmé. La locataire qui succombe en son appel sera condamnée aux entiers dépens de la procédure d'appel avec distraction au profit du conseil du bailleur. L'équité commande de ne pas faire application des dispositions de l'article 700 du code de procédure civile.

Questions fréquentes

Puis-je obtenir des délais de paiement pour mes loyers impayés ?
Dans cette affaire, la locataire a vu sa demande de délais de paiement rejetée car, malgré des versements partiels et une régularisation des aides au logement, la dette n'a jamais été soldée et de nouveaux impayés sont apparus. Le juge a estimé que la locataire n'avait pas la capacité durable de payer ses loyers.
Quels sont les critères pour obtenir un délai de paiement suspensif ?
Le juge examine la situation financière du locataire, l'origine des impayés, et sa capacité à solder la dette. Dans ce cas, la dette est apparue avant les difficultés administratives, et malgré des versements, elle n'a pas été soldée, ce qui a justifié le refus.
Mon bailleur peut-il m'expulser si j'ai des impayés de loyer ?
Oui, si la clause résolutoire est acquise et que le juge constate les impayés, l'expulsion peut être ordonnée. Ici, l'expulsion a été confirmée en appel car la dette persistait.
Que faire si je ne peux pas payer mon loyer à cause d'un retard d'aide au logement ?
Il faut informer le bailleur et justifier du retard. Dans cette affaire, la régularisation des aides n'a pas suffi à éviter l'expulsion car la dette était antérieure et de nouveaux impayés sont survenus.
Qu'est-ce qu'une clause résolutoire dans un bail d'habitation ?
C'est une clause qui prévoit la résiliation automatique du bail en cas de non-paiement du loyer après un commandement de payer resté infructueux. Ici, elle a été acquise le 11 octobre 2023.
Comment se calcule l'indemnité d'occupation après résiliation du bail ?
L'indemnité d'occupation est égale au montant du loyer et des charges qui auraient été dus si le bail s'était poursuivi. Elle est due jusqu'à la libération effective des lieux.
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