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Cour d'appel, chambre premier président, 9 juillet 2026 — n° 25/00131

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Synthèse de la décision

Question juridique

Quelles sont les conditions d'indemnisation du préjudice moral et matériel résultant d'une détention provisoire, et comment justifier les frais d'avocat au titre du préjudice matériel ?

Principe retenu

L'indemnisation de la détention provisoire est régie par les articles 149 à 150 du code de procédure pénale. Le préjudice moral est évalué souverainement par le juge en fonction des circonstances. Le préjudice matériel lié aux frais d'avocat n'est indemnisable que si les factures produites sont suffisamment détaillées pour individualiser les prestations exclusivement liées au contentieux de la détention.

Faits clés

  • M. [O] a été placé en détention provisoire du 14 mai 2020 au 8 octobre 2020, soit 148 jours.
  • Il a été mis en examen pour tentative de meurtre, puis a bénéficié d'un non-lieu définitif le 19 mai 2025.
  • Il a perdu sa sœur et son frère avant son incarcération.
  • La détention a eu lieu pendant la période de COVID-19.
  • Il a produit deux factures d'avocat intitulées 'demande provision sur honoraires' sans détail des prestations.

Articles cités

article 149 du code de procédure pénale article 700 du code de procédure civile

Dispositif

Laissons les dépens à la charge du trésor public. Ainsi fait, jugé et prononcé par M. Christophe REGNARD, premier président de la cour d'appel de Reims, le 9 juillet 2026, en présence de Madame la Procureure générale et du greffier. Le greffier Le premier président

Exposé du litige

DECISION N° DOSSIER N° : N° RG 25/00131 - N° Portalis DBVQ-V-B7J-FWQP-16 [E] [O] c/ MADAME LA PROCUREURE GENERALE PRES LA COUR D'APPEL DE REIMS L'AGENT JUDICIAIRE DE L'ETAT REPRESENTANT L'ETAT FRANCAIS Expédition certifiée conforme revêtue de la formule exécutoire délivrée le à Me Gérard CHEMLA DECISION PREVUE PAR L'ARTICLE 149-1 DU CODE DE PROCEDURE PENALE L'AN DEUX MIL VINGT SIX, Et le 9 juillet, Nous, Christophe REGNARD, premier président de la cour d'appel de REIMS, en présence de Madame Dominique LAURENS, procureure générale près la cour d'appel de REIMS, assisté de Monsieur Nicolas MUFFAT-GENDET, greffier, qui a signé la minute avec le premier président A la requête de : Monsieur [E] [O] né le [Date naissance 1] 1984 à [Localité 1] de nationalité Française [Adresse 1] [Localité 2] représenté par Me Gérard CHEMLA, avocat au barreau de REIMS DEMANDEUR et Monsieur L'AGENT JUDICIAIRE DE L'ETAT REPRESENTANT L'ETAT FRANCAIS [Adresse 2] [Adresse 3] [Localité 3] représenté par Me Edouard COLSON, avocat au barreau de REIMS MADAME LA PROCUREURE GENERALE PRES LA COUR D'APPEL DE REIMS [Adresse 4] [Localité 4] comparante DÉFENDEURS A l'audience publique du 07 mai 2026, où l'affaire a été mise en délibéré au 09 juillet 2026, statuant sur requête de [E] [O], représenté par Me Gérard CHEMLA a été entendu en ses demandes, Me COLSON avocat de l'Agent judiciaire de l'état a été entendu en sa plaidoirie, Madame la procureure générale a été entendue en ses observations ; Me Gérard CHEMLA a eu la parole en dernier MOYENS ET PRETENTIONS DES PARTIES Par requête déposée le 6 novembre 2025, M. [E] [O] a sollicité l'indemnisation de préjudices résultant d'une détention provisoire. Il expose qu'il a été convoqué pour un interrogatoire de première comparution le 18 octobre 2019 et entendu dans ce cadre pour des faits de tentatives de meurtre et placé sous le statut de témoin assisté. Il ajoute avoir été reconvoqué le 9 mars 2020, mis en examen et placé sous contrôle judiciaire par le juge d'instruction. Sur appel du ministère public, la chambre de l'instruction de la Cour d'appel de Reims, par arrêt du 14 mai 2020 a infirmé cette décision et placé M. [O]en détention provisoire. M. [O] a bénéficié d'une ordonnance de mise en liberté sous contrôle judiciaire par ordonnance du 25 juin 2020. La chambre de l'instruction, dans le cadre d'une procédure de référé détention initiée par le parquet, a infirmé cette décision et maintenu M. [O] en détention. M. [O] a alors déposé de nombreuses demandes de mise en liberté, toutes refusées. Sur appel du dernier refus, la chambre de l'instruction, par arrêt du 8 octobre 2020 a mis M. [O] en liberté sous contrôle judiciaire. Une ordonnance de non-lieu a été rendue le 19 mai 2025. Les parties civiles ont interjeté appel de ce non-lieu, puis se sont désistées de leur appel, de sorte que le non-lieu est aujourd'hui définitif. M. [O] estime que la durée de la détention provisoire indemnisable est de 148 jours. Il indique avoir subi un préjudice moral, estimé à 18 500 euros, résultant : - Des conditions précédant son incarcération et des faits qui lui sont reprochés, alors même qu'il a vu mourir sa s'ur et son frère ; - De la séparation de sa famille, dans ce contexte particulier et de la crainte de nouvelles représailles contre eux, alors même qu'il ne pouvait les défendre ; - De l'incarcération en période de COVID 19. Il ajoute qu'il a également subi un préjudice matériel, qu'il estime à 10 700 euros résultant des frais d'avocat engagés pour le contentieux de la détention. Il demande en outre une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile. L'agent judiciaire de l'Etat, après avoir souligné la recevabilité en la forme et au fond, demande de réduire la somme due au titre du préjudice moral à la somme de 14 500 euros, pour une détention de 148 jours, de débouter M.

Motivations de la décision

MOTIFS Présentée dans les formes et délais requis et accompagnée des pièces nécessaires, la requête est recevable en la forme et au fond. Sur l'indemnisation En ce qui concerne le préjudice moral, De jurisprudence constante, seul le préjudice subi par le demandeur, en lien direct et exclusif avec la détention, doit être réparé. En l'espèce, sont invoqués : - Les conditions précédant son incarcération et des faits qui lui sont reprochés, alors même qu'il a vu mourir sa s'ur et son frère ; - La séparation de sa famille, dans ce contexte particulier et de la crainte de nouvelles représailles contre eux, alors même qu'il ne pouvait les défendre ; - L'incarcération en période de COVID 19. Il n'est pas contestable que les dates de l'incarcération de M. [O] englobent la période très particulière de la COVID 19, qui a conduit à une impossibilité de bénéficier des parloirs et a entrainé un stress lié au risque d'être contaminé en milieu confiné. Il n'est pas davantage contestable que la situation familiale de M. [O], la mort de sa s'ur puis de son frère et les craintes de représailles à l'encontre de sa famille, alors même qu'il était incarcéré et ne pouvait en rien les protéger doivent être pris en considération pour fixer le montant de l'indemnisation. Enfin, il convient de relever que M. [O] était sans activité et avait déjà été à de nombreuses reprises incarcéré, de sorte que le choc carcéral a nécessairement été limité. Au vu de ces éléments, l'indemnisation du préjudice moral, pour 148 jours de détention, s'évalue à la somme, justement évaluée dans la requête, de 18 500 euros. En ce qui concerne le préjudice matériel, Sur les frais d'avocat, Le remboursement des frais engagés au titre de la défense, notamment les honoraires versés à un avocat est possible, à condition que ceux-ci concernent des prestations directement liées à la privation de liberté et sur la base de factures précises permettant de détailler et individualiser les prestations en lien exclusif avec le contentieux de la liberté. En l'espèce, M. [O] sollicite la somme de 10 700 euros et produit deux factures, l'une du 11 mai 2020 pour une somme de 3500 euros, à titre de « demande provision sur honoraires » (pièce 30), l'autre du 16 septembre 2020 pour une somme de 7 200 euros, à titre de « demande provision sur honoraires » (pièce 31). Il produit également un tableau informatique intitulé « Dossier [O] : tableau relevé des temps passés » (pièce 32). De jurisprudence constante, il n'appartient pas au premier président d'apprécier, faute de facture circonstanciée, ce qui relève de la défense au fond et des frais engagés pour le seul contentieux de la détention. Par ailleurs, il ne peut être retenu comme un élément déterminant pour fixer le remboursement des frais d'avocats engagés pour le contentieux de la détention une fiche récapitulant les prestations directement liées à ce seul contentieux ou une attestation sur l'honneur du conseil. L'absence de facture détaillée conduit dès lors à rejeter la demande de M. [O] à ce titre. Sur la demande présentée en application de l'article 700 du code de procédure civile Il est équitable d'allouer à M. [O] la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile. PAR CES MOTIFS Statuant publiquement et contradictoirement, Allouons à M. [E] [O] une indemnité de 18 500 euros en réparation de son préjudice moral, Déboutons M. [E] [O] de l'ensemble de ses demandes au titre du préjudice matériel, Allouons à M. [E] [O] la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile,

Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'indemnisation de la détention provisoire ?
C'est une réparation financière accordée à une personne qui a été placée en détention provisoire puis bénéficie d'une décision de non-lieu, de relaxe ou d'acquittement. Elle couvre le préjudice moral et, sous conditions, le préjudice matériel.
Comment est évalué le préjudice moral dans cette affaire ?
Dans cette affaire, le préjudice moral a été évalué à 18 500 euros pour 148 jours de détention, en tenant compte des circonstances particulières : décès de la sœur et du frère avant l'incarcération, crainte de représailles, et détention en période de COVID-19.
Les frais d'avocat sont-ils automatiquement remboursés ?
Non, ils ne sont remboursés que si vous produisez des factures détaillées qui permettent d'identifier précisément les prestations liées exclusivement au contentieux de la détention. Dans cette affaire, les factures étaient insuffisamment détaillées, donc la demande a été rejetée.
Quels documents dois-je fournir pour justifier les frais d'avocat ?
Vous devez fournir des factures circonstanciées mentionnant la date, la nature de la prestation, le temps passé et le montant, en lien direct avec le contentieux de la détention. Un simple tableau récapitulatif ou une attestation sur l'honneur ne suffit pas.
Puis-je obtenir une indemnité au titre de l'article 700 du code de procédure civile ?
Oui, le juge peut allouer une somme pour les frais irrépétibles. Dans cette affaire, 1 500 euros ont été accordés à ce titre.
Quelle est la procédure pour demander l'indemnisation ?
Il faut déposer une requête devant le premier président de la cour d'appel dans le ressort de laquelle la détention a eu lieu, dans un délai de six mois à compter de la décision de non-lieu, relaxe ou acquittement devenue définitive.
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