MOTIFS
Sur la clause de résiliation unilatérale incluse au contrat
Selon, l'article L. 132-1 du code de la consommation, dans les contrats conclus entre professionnels et non-professionnels ou consommateurs, sont abusives les clauses qui ont pour objet ou pour effet de créer, au détriment du non-professionnel ou du consommateur, un déséquilibre significatif entre les droits et obligations des parties au contrat.
En l'espèce, l'article XII b) 1, 2 du contrat de location longue durée intitulée 'résiliation du contrat' stipule :
a) par le locataire (...)
b) par le loueur : 1.le Loueur peut à tout moment, après envoi d'une mise en demeure notifiée par lettre simple restée sans effet pendant plus de 15 jours après sa notification, constater le manquement du locataire et résilier en conséquence le contrat de location, et dans les cas ci-après :
- non-paiement d'au moins une échéance - résiliation de la police garantissant le bien.
2. La résiliation est notifiée par le Loueur au Locataire par lettre recommandée avec accusé de réception'; (...)'
La clause qui prévoit, comme en l'espèce, la résiliation du contrat de location après une mise en demeure notifiée par lettre simple de régler une ou plusieurs échéances impayées avec un préavis de seulement 15 jours, délai qui ne peut être considéré comme étant d'une durée raisonnable pour permettre au locataire de régulariser sa situation et éviter la résiliation, crée manifestement un déséquilibre significatif entre les droits et obligations des parties au détriment du consommateur ainsi exposé à une aggravation soudaine des conditions de paiement des loyers (Cass 1ère Civ 29 mai 2024, n° 23-12.904). Ce déséquilibre est d'autant plus significatif en l'espèce que la banque n'a pas l'obligation d'adresser une mise en demeure par courrier recommandé avec accusé de réception afin de s'assurer de sa réception par le destinataire.
Dès lors, la clause de résiliation incluse au contrat doit être déclarée abusive et non-écrite en ce qu'elle stipule : 'le Loueur peut à tout moment, après envoi d'une mise en demeure notifiée par lettre simple restée sans effet pendant plus de 15 jours après sa notification, constater le manquement du locataire et résilier en conséquence le contrat de location, et dans les cas ci-après :
- non-paiement d'au moins uns échéance - résiliation de la police garantissant le bien. La résiliation est notifiée par le Loueur au Locataire par lettre recommandée avec accusé de réception'.
La banque n'est donc pas fondée à se prévaloir de la résiliation du contrat qu'elle a prononcée par lettre recommandée avec accusé de réception du 1er février 2023 sur le fondement de cette clause.
Sur la résiliation judiciaire du contrat
Selon l'article 1227 du code civil dans sa version issue de l'ordonnance n°2016-131 du 10 février 2016 'La résolution peut, en toute hypothèse, être demandée en justice.'
L'article 1228 du même code dispose 'Le juge peut, selon les circonstances, constater ou prononcer la résolution ou ordonner l'exécution du contrat, en accordant éventuellement un délai au débiteur, ou allouer seulement des dommages et intérêts.'
Il résulte de la pièce intitulée 'liste des factures et avoirs d'un dossier' produite aux débats par la société CA Consumer Finance que les époux [L] ont réglé un premier loyer de 6 000 euros, puis neuf loyers à compter du 31 janvier 2022 jusqu'au mois de septembre 2022. Ils n'ont plus réglé aucun loyer à compter du mois d'octobre 2022.
Ces derniers soutiennent que la résolution judiciaire du contrat ne saurait être prononcée à leurs torts au motif que la société CA Consumer Finance a commis des fautes en ne prenant pas en compte leur changement de compte bancaire et d'adresse dont ils l'avaient informée, ce qui les aurait empêché de payer les loyers.
Toutefois, ils n'est pas démontré que les copies de courriels et de courriers simples pour informer la banque de leur changement d'adresse ou de RIB se trouvant à leur dossier de plaidoirie ont effectivement été adressés à la société CA Consumer Finance, à l'exception du courriel du 31 janvier 2023 par lequel ils ont transmis leur nouveau RIB.
En effet, à l'exception de ce courriel du 31 janvier 2023, les copies de courriels produites ne mentionnent pas la date, ni l'heure d'envoi, ni l'envoyeur et ni le destinataire, et il n'est donc pas justifié de leur envoi à la banque. De plus, il est de principe que la production de la copie d'une lettre simple n'est pas suffisante à justifier de son envoi au destinataire.
Il n'est donc pas démontré que les locataires ont effectivement informé la banque de leur changement de RIB avant le 31 janvier 2023, ni de leur changement d'adresse.
Dès lors, les fautes reprochée à la banque ne sont pas établies, ni à fortiori que la banque aurait empêché les locataires de régler les loyers dus.
En tout état de cause, le défaut définitif de paiement des loyers à compter d'octobre 2022, soit quelques mois après la signature du contrat, constitue de la part des locataires un manquement particulièrement grave à leurs obligations contractuelles, qui justifie le prononcé de la résiliation judiciaire du contrat à leurs torts, ce d'autant plus qu'ils ne contestent pas être restés en possession du véhicule loué malgré le non-paiement des loyers.
Réformant le jugement entrepris, il convient donc de prononcer la résiliation judiciaire du contrat aux torts des locataires qui prendra effet au jour de l'arrêt.
M. [L] et Mme [U] seront déboutés de leurs demandes tendant à voir ordonner à la société CA Consumer Finance de produire sous astreinte un nouvel échéancier.
Sur le quantum de la créance de la société CA Consumer Finance
La société CA Consumer Finance demande le paiement de la somme de 29 633,96 euros en application de l'article XII du contrat.
Toutefois, la résiliation unilatérale du contrat prononcée par le loueur n'étant pas régulière, ce dernier n'est pas fondé à se prévaloir et rendre exigible l'ensemble des sommes et indemnités prévues par l'article XII du contrat, dues en cas de résiliation unilatérale du contrat par le loueur.
La cour constate en outre que la société CA Consumer Finance ne produit strictement aucun détail ni calcul de la somme en principal de 29 633,96 euros, mentionnée sur l'historique de compte (pièce n° 8), ni ne livre le calcul des différentes indemnités que cette somme serait sensée recouvrer et qu'elle ne justifie pas, en tout état de cause, du quantum de sa créance conformément à l'article 1353 du code civil.
Il est rappelé qu'en vertu de l'article 1229 du code civil :
'La résolution met fin au contrat.
La résolution prend effet, selon les cas, soit dans les conditions prévues par la clause résolutoire, soit à la date de la réception par le débiteur de la notification faite par le créancier, soit à la date fixée par le juge ou, à défaut, au jour de l'assignation en justice.
Lorsque les prestations échangées ne pouvaient trouver leur utilité que par l'exécution complète du contrat résolu, les parties doivent restituer l'intégralité de ce qu'elles se sont procuré l'une à l'autre. Lorsque les prestations échangées ont trouvé leur utilité au fur et à mesure de l'exécution réciproque du contrat, il n'y a pas lieu à restitution pour la période antérieure à la dernière prestation n'ayant pas reçu sa contrepartie ; dans ce cas, la résolution est qualifiée de résiliation.
Les restitutions ont lieu dans les conditions prévues aux articles 1352 à 1352-9.'
Il n'est pas contesté que M. [L] et Mme [U] sont restés en possession du véhicule qui n'a jamais été restitué.
M. [L] et Mme [U] seront en conséquence condamnés à payer à la société CA Consumer Finance la somme de 9 946,82 euros correspondant aux 26 loyers restant dus à compter de leur défaillance, étant rappelé que le contrat étant résilié, la clause de solidarité incluse au contrat ne saurait être appliquée.