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Cour d'appel, pôle 5 - chambre 9, 9 juillet 2026 — n° 26/09282

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Synthèse de la décision

Question juridique

L'état de cessation des paiements est-il caractérisé en l'absence de passif déclaré et de dettes exigibles déterminées, et l'exécution provisoire du jugement d'ouverture de liquidation judiciaire doit-elle être arrêtée ?

Principe retenu

L'état de cessation des paiements n'est pas établi lorsque le passif exigible n'est pas déterminé de façon suffisamment circonstanciée, notamment en l'absence de passif déclaré et de dettes exigibles certaines. L'exécution provisoire du jugement d'ouverture de liquidation judiciaire peut être arrêtée s'il existe un moyen sérieux d'annulation ou de réformation.

Faits clés

  • La société Pandore Invest Corporation exerce une activité de marchand de biens.
  • Le tribunal des activités économiques de Paris a ouvert une liquidation judiciaire le 30 mars 2026.
  • La date de cessation des paiements a été fixée provisoirement au 30 septembre 2024.
  • Aucun passif déclaré n'a été constaté par le liquidateur.
  • Un passif fiscal potentiel est en cours de vérification par l'administration fiscale.

Articles cités

article L. 631-1 du code de commerce article R. 661-1 du code de commerce article 700 du code de procédure civile article 450 du code de procédure civile

Dispositif

Ordonnons l'arrêt de l'exécution provisoire du jugement ; Rappelons au dirigeant de la société Pandore Invest Corporation qu'il a l'obligation de collaborer avec les organes de la procédure ; Disons que les dépens du référé ainsi que les frais non compris dans les dépens prévus à l'article 700 du code de procédure civile suivront le sort de ceux de l'appel. Liselotte FENOUIL Greffière Alexandra PELIER-TETREAU, Conseillère

Exposé du litige

*** FAITS ET PROCÉDURE La société à responsabilité limitée Pandore Invest Corporation, immatriculée au registre du commerce et des sociétés de Paris sous le numéro 800 248 585, exerce une activité de marchand de biens. Elle a son siège social au [Adresse 4] à [Localité 4] et est dirigée par M. [D] [W]. Par requête du ministère public, le tribunal des activités économiques de Paris a été saisi aux fins d'ouverture d'une procédure collective à l'égard de cette société. Par jugement contradictoire du 30 mars 2026, le tribunal a ouvert une procédure de liquidation judiciaire à l'égard de la société Pandore Invest Corporation, fixé provisoirement la date de cessation des paiements au 30 septembre 2024 et désigné la SELARL BDR & Associés, prise en la personne de Me [L] [O], en qualité de liquidateur judiciaire. Par déclaration du 24 avril 2026, la société Pandore Invest Corporation a interjeté appel de ce jugement. Par assignation en référé du 16 juin 2026 devant le premier président de la cour d'appel de Paris, la société Pandore Invest Corporation demande au magistrat délégué d'arrêter l'exécution provisoire attachée au jugement rendu le 30 mars 2026 par le tribunal des activités économiques de Paris et de réserver les dépens. La SELARL BDR & Associés, prise en la personne de Me [L] [O], en qualité de liquidateur judiciaire de la société Pandore Invest Corporation, a été assignée par acte séparé.

Motivations de la décision

MOTIFS DE LA DÉCISION La société Pandore Invest Corporation soutient, en premier lieu, que le tribunal n'a pas caractérisé son état de cessation des paiements, faute d'avoir déterminé son actif disponible. Elle fait valoir, en second lieu, que l'impossibilité manifeste de son redressement n'est pas établie, dès lors que le jugement ne comporte aucune analyse de ses actifs, de ses opérations en cours ou de ses perspectives de financement. Elle estime que l'exercice d'une activité de marchand de biens implique l'existence potentielle d'actifs ou d'opérations en cours. La SELARL BDR & Associés indique à l'audience ne pas s'opposer à l'arrêt de l'exécution provisoire, mais fait état d'une légèreté blâmable du dirigeant qui s'obstine à ne pas vouloir collaborer avec les organes de la procédure, de sorte qu'elle ne dispose d'aucun élément de passif et aucun élément d'actif, constatant au demeurant qu'aucune créance n'a été déclarée au passif de la liquidation à ce jour. Dans ce contexte de carence du dirigeant, elle sollicite l'octroi d'une indemnité de procédure de 1 000 euros sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile. Le ministère public relève que le jugement ne précise pas le montant de l'actif disponible de la société ni, à la date provisoirement retenue pour la cessation des paiements, les montants respectifs du passif exigible et de l'actif disponible. Il observe également que la motivation relative à l'impossibilité manifeste du redressement est succincte. Il conclut néanmoins au rejet de la demande d'arrêt de l'exécution provisoire. Il relève que le jugement fait état d'une radiation de la société du registre du commerce et des sociétés sur le fondement de l'article R. 123-125 du code de commerce et qu'aucun élément ne permet d'établir la poursuite régulière d'une activité. Sur ce, Il résulte de l'article R. 661-1 du code de commerce que les jugements rendus en matière de liquidation judiciaire sont exécutoires de plein droit à titre provisoire. Par dérogation à l'article 514-3 du code de procédure civile, le premier président de la cour d'appel, statuant en référé, ne peut arrêter cette exécution provisoire que lorsque les moyens invoqués au soutien de l'appel paraissent sérieux. Suivant l'article L. 640-1 de code de commerce, la liquidation judiciaire suppose que le débiteur soit en état de cessation des paiements et que son redressement soit manifestement impossible. L'état de cessation des paiements correspond à l'impossibilité de faire face au passif exigible avec l'actif disponible. Il appartient au premier président non de statuer sur le bien-fondé définitif de l'appel, mais d'apprécier, au regard des moyens développés et des pièces produites, si une annulation ou une réformation du jugement apparaît suffisamment vraisemblable. En l'espèce, le jugement entrepris retient l'existence d'un passif fiscal d'un montant de 295 302 euros et constate que la situation active et passive de la société demeure indéterminée. Il énonce que l'entreprise se trouve dans l'impossibilité de faire face à son passif exigible avec son actif disponible. La société Pandore Invest Corporation critique le caractère succinct de cette motivation, mais ne produit pour autant aucun document comptable ou financier de nature à remettre en cause l'appréciation du tribunal de première instance. La seule affirmation selon laquelle l'activité de marchand de biens impliquerait potentiellement l'existence d'actifs immobiliers, de créances ou d'opérations en cours demeure hypothétique. Elle n'est corroborée par aucun acte d'acquisition, compromis de vente, titre de propriété, mandat, contrat, facture ou justificatif d'encaissement. En tout état de cause, cet actif ne constitue pas un actif disponible au sens de l'article L. 631-1 du code de commerce. Toutefois, en l'absence de passif déclaré ainsi qu'il ressort des explications du liquidateur, au regard du caractère non définitif du passif fiscal potentiel compte tenu de la vérification de comptabilité actuellement en cours opérée par l'administration fiscale et en l'absence de dettes exigibles déterminées de façon suffisamment circonstanciée, il y a lieu de considérer que l'état de cessation des paiements n'est pas établi par les pièces versées aux débats. Ce moyen constitue dès lors un moyen sérieux d'annulation ou de réformation et parait remplir les conditions exigées par l'article R. 661-1 du code de commerce précité, sans qu'il soit utile d'examiner le moyen tiré de l'absence d'impossibilité manifeste du redressement. Aussi, convient-il d'accueillir favorablement la demande d'arrêt de l'exécution provisoire. PAR CES MOTIFS Nous, conseiller délégué du premier président de la cour, statuant en référé,

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un moyen sérieux d'annulation ou de réformation ?
Un moyen sérieux d'annulation ou de réformation est un argument juridique qui remet en cause la validité ou le bien-fondé du jugement attaqué. Dans cette affaire, la société Pandore Invest Corporation a soutenu que l'état de cessation des paiements n'était pas caractérisé, ce qui a été considéré comme un moyen sérieux.
Comment demander l'arrêt de l'exécution provisoire d'un jugement de liquidation judiciaire ?
Il faut saisir le premier président de la cour d'appel par une assignation en référé, en démontrant l'existence d'un moyen sérieux d'annulation ou de réformation du jugement. Dans cette décision, la société a obtenu l'arrêt de l'exécution provisoire car l'état de cessation des paiements n'était pas établi.
L'absence de passif déclaré empêche-t-elle l'ouverture d'une liquidation judiciaire ?
Oui, l'état de cessation des paiements nécessite un passif exigible certain. En l'absence de passif déclaré et de dettes exigibles déterminées, comme dans cette affaire, la cessation des paiements n'est pas établie, ce qui peut conduire à l'arrêt de l'exécution provisoire du jugement d'ouverture.
Quels sont les critères pour caractériser l'état de cessation des paiements ?
L'état de cessation des paiements est caractérisé lorsque le débiteur est dans l'impossibilité de faire face à son passif exigible avec son actif disponible. Dans cette affaire, le tribunal n'a pas suffisamment déterminé l'actif disponible et le passif exigible, ce qui a conduit à considérer que l'état de cessation des paiements n'était pas établi.
Que faire si le liquidateur judiciaire n'a pas déclaré de passif ?
Si aucun passif n'est déclaré, cela peut être un argument pour contester la liquidation judiciaire. Dans cette décision, l'absence de passif déclaré a été un élément pour considérer que l'état de cessation des paiements n'était pas établi, permettant l'arrêt de l'exécution provisoire.
Un passif fiscal en cours de vérification est-il considéré comme exigible ?
Non, un passif fiscal en cours de vérification n'est pas considéré comme exigible tant que son montant n'est pas définitif. Dans cette affaire, le passif fiscal potentiel n'a pas été retenu comme dettes exigibles déterminées.
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