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Cour d'appel, section a, 9 juillet 2026 — n° 25/00004

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Synthèse de la décision

Question juridique

Le preneur à bail commercial qui laisse le terrain envahi de carcasses de voitures, de batteries et de fûts d'huile, et qui ne démontre pas avoir procédé à la dépollution du site, justifie-t-il la résiliation du bail à ses torts ?

Principe retenu

Le preneur à bail commercial est tenu d'entretenir les lieux loués en bon père de famille et de les rendre en bon état. Le non-respect de cette obligation, notamment en laissant le terrain envahi de déchets et en ne procédant pas à la dépollution malgré une obligation contractuelle, constitue un manquement grave justifiant la résiliation du bail à ses torts.

Faits clés

  • Bail commercial consenti le 30 avril 1981 pour une durée de neuf ans, renouvelé, portant sur un terrain et un garage à [Adresse 6]
  • Procès-verbal d'huissier du 14 février 2019 constatant l'envahissement du terrain par des carcasses de voitures et des batteries
  • Arrêté de fermeture administrative du 12 novembre 2020 et rapport de la Diren du 21 janvier 2022 constatant la présence d'un camion benne, de pièces détachées, de fûts d'huile de vidange et d'une mare d'huile sur la dalle avant
  • Obligation contractuelle du preneur de dépolluer le site
  • Étude de sols produite par le preneur jugée non probante car les échantillons ont été prélevés par lui-même sans preuve de leur provenance

Articles cités

article 407 du code de procédure civile

Exposé du litige

EXPOSE DU LITIGE Suivant acte sous seing privé du 30 avril 1981, M. [D] [Y] a consenti à M. [O] [L] un bail commercial d'une durée de neuf années à compter du 1er mai 1981 portant sur une propriété située à [Adresse 6], district de [Localité 6] [Adresse 7] composée : - d'un terrain clôturé de 1 100 m2 - d'un bâtiment couvert de toles à usage de garage - dune maison d'habitation non meublée construite en dur couverte de tôles comprenant deux chambres, un séjour une cuisine et une salle d'eau moyennant un loyer mensuel de 35 000 F CFP exclusivement destiné à l'habitation bourgeoise du preneur et à l'exploitation d'un commerce de garage et réparations automobiles. Suivant acte de notoriété après décès, M. [D] [Y] décédé à [Localité 2] le 8 septembre 2003 a laissé pour lui succéder : - son conjoint survivant Mme [B], - sa fille légitime [T] [X] [Y] née le 16 février 1946 à [Localité 2], - son fils légitime [E] [Z] [Y] né le 1er mars 1948 à [Localité 6] et décédé le 9 octobre 2 000 à [Localité 6] aux droits duquel viennent : - Mme [G] [I] [J] [Y] épouse [N] née le 22 mars 1968 à [Localité 2], - M. [U] [K] [Y] né le 6 octobre 1970 à [Localité 2], - M. [V] [Q] [Y] né le 25 février 1988 à [Localité 6], - son fils légitime [F] [A] [Y] né le 7 mars 1950 à [Localité 6] et décédé le 29 mars 1991 à [Localité 6] aux droits duquel viennent : - Mme [M] [P] [Y] née le 21 mai 1976 à [Localité 6], - Mme [VB] [YU] [Y] née le 27 novembre 1984 à [Localité 6], - M. [D] [FK] [Y] né le 9 décembre 1987 à [Localité 6]. Aux termes d'un testament du 17 mars 1989, Feu [D] [Y] a légué le surplus du lot XIV du lotissement d'[Localité 6], d'une superficie de trois hectares quatre vingt treize ares avec les neufs maisons y édifiées à son fils [E] [Y] et aux termes d'un codicille daté du 19 décembre 2000 a attribué à chacun de ses trois petits enfants venant aux droits de leur défunt père un lot du dit bien, la parcelle objet du bail commercial étant attribuée à M. [V] [Q] [Y]. Suivant acte sous seing privé du 1er janvier 2016, M. [O] [L] a consenti à M. [ZY] [ZB] sur la base de l'acte sous seing privé du 30 avril 1981 un bail de gérance d'un fonds de commerce de mécanique pour une durée d'un an en contrepartie d'un loyer mensuel de 80 000 F CFP. Par arrêté du 12 novembre 2020, le ministère de la culture et de l'environnement a ordonné la fermeture sans délai du garage exploité sans autorisation administrative. Suivant acte sous seing privé du 8 octobre 2020, M. [L] a consenti à Mme [C] [W] la cession d'un droit au bail d'un garage pour la réparation automobile en contrepartie du paiement de la somme de 6 500 000 F CFP. Par requête enregistrée au greffe le 24 février 2022 et par acte d'huissier de justice en date des 17 et 22 février 2022, Mme [G] [Y] et M. [U] [Y] ont fait assigner M. [L] et Mme [C] [W] devant le tribunal civil de première instance de Papeete. Par conclusions du 13 décembre 2023, M. [V] [Y] est intervenu volontairement à l'instance. Par jugement du 11 octobre 2024, le tribunal civil de première instance de Papeete a : - reçu l'intervention volontaire de M. [V] [Q] [Y] ; - dit que l'acte de cession du droit au bail signé le 8 octobre 2020 par M. [L] et Mme [C] [W] est inopposable aux consorts [Y] ; - prononcé la résiliation du bail commercial signé le 3à avril 1981 à compter de la signification du jugement ; - ordonné à M. [L] de remettre les lieux dans leur état initial en ce compris en dépolluant les lieux et ce sous astreinte provisoire d'un montant de 10 000 F CFP par jour de retard passé un délai de trois mois suivant la signification du jugement, cette astreinte courant pendant six mois ; - ordonné à M. [L] de libérer les lieux et en tant que de besoin ordonné son expulsion et celle de tous occupants de son chef de l'immeuble loué passé un délai de trois mois suivant la signification du jugement ; - condamné M.

Motivations de la décision

MOTIFS DE LA DÉCISION Selon l'article 1732 du code civil dans sa version applicable en Polynésie française, le preneur répond des dégradations qui arrivent pendant sa jouissance à moins qu'il ne prouve qu'elles sont arrivée sans sa faute. Selon l'article 1741 du code civil dans sa version applicable en Polynésie française, le contrat de louage se résout par la perte de la chose louée et par le défaut respectif du bailleur et du preneur de remplir leurs engagements. Selon les dispositions du contrat de bail signé le 30 avril 1981 par les parties le preneur s'engage à jouir des lieux en bon père de famille suivant leur destination telle qu'elle sera indiquée ci après; il ne pourra en aucun cas rien faire ou laisser faire qui puisse les détériorer et il devra prévenir immédiatement le bailleur de toute atteinte sui serait portée à la propriété et de toute dégradation ou détérioration qui viendrait à se produire dans les locaux loués. Il résulte du procès verbal d'huissier du 14 février 2019 que le terrain situé à l'arrière du garage était envahi de carcasses de voitures et de batteries. Il résulte également de l'arrêté de fermeture administrative du 12 novembre 2020 et du rapport de la Diren du 21 janvier 2022, qu'il restait sur site un camion benne et des pièces détachées ainsi que des fûts d'huile de vidange ainsi qu'une mare d'huile sur la dalle avant. M. [L] avait pour obligation de dépolluer le site. Il ne démontre pas qu'il a rempli ses obligations. En effet, l'étude de sols qu'il produit ne démontre rien dans la mesure ou rien ne prouve qu'elle a bien été réalisée sur site. En effet, il s'est contenté d'envoyer pour analyse des échantillons de terre qu'il avait lui même prélevé et qui auraient pu être prélevés à n'importe quel endroit. En conséquence, il ne démontre pas qu'il a bien rempli ses obligations d'entretien du terrain en bon père de famille et la résiliation du bail à ses torts est justifiée. De la même manière c'est à bon droit que le premier juge a ordonné la remise en état des lieux telle que préconisée par les autorités administratives seules à même de revenir sur leur arrêté de fermeture des lieux. Le jugement doit être confirmé. Sur les dépens et l'article 407 du code de procédure civile L'équité commande d'allouer aux intimés la somme de 300 000 F CFP au titre de leurs frais irrépétibles. L'appelant qui succombe doit être condamné aux dépens.

Dispositif

PAR CES MOTIFS, La cour, statuant publiquement, par défaut et en dernier ressort ; Confirme le jugement du tribunal civil de première instance de Papeete en date du 11 octobre 2024 en toutes ses disposition ; Y ajoutant ; Condamne M. [O] [R] [L]à payer à Mme [G] [I] [J] [UH] épouse [N], M. [U] [K] [Y], M. [V] [S] [Y] la somme de 300 000 F CFP sur le fondement de l'article 407 du code de procédure civile ; Condamne M. [O] [R] [L] aux dépens d'appel. Prononcé à Papeete, le 09 juillet 2026. La greffière, La présidente, signé : M. Oputu-Teraimateata signé : I. Martinez

Questions fréquentes

Quelles sont les obligations d'entretien d'un locataire commercial ?
Le locataire commercial doit entretenir les lieux loués en bon père de famille et les rendre en bon état. Dans cette affaire, le preneur devait notamment dépolluer le terrain, ce qu'il n'a pas fait, entraînant la résiliation du bail.
Que se passe-t-il si je ne dépollue pas le site après une fermeture administrative ?
Le non-respect de l'obligation de dépollution peut constituer un manquement grave justifiant la résiliation du bail aux torts du preneur. Dans cette affaire, la cour a confirmé la résiliation et ordonné la remise en état des lieux.
Comment prouver que j'ai bien nettoyé le terrain ?
Il faut fournir des preuves fiables, comme des rapports d'experts indépendants ou des analyses de sol réalisées par des organismes agréés. Dans cette affaire, l'étude de sols produite par le preneur a été jugée non probante car les échantillons avaient été prélevés par lui-même.
Qu'est-ce qu'une résiliation aux torts du preneur ?
C'est une résiliation du bail prononcée en raison d'une faute du locataire, comme le non-respect de ses obligations contractuelles. Dans cette affaire, le preneur a laissé le terrain envahi de déchets, ce qui a justifié la résiliation à ses torts.
Puis-je contester une résiliation de bail pour manquement à l'obligation d'entretien ?
Oui, vous pouvez faire appel, mais vous devez apporter la preuve que vous avez rempli vos obligations. Dans cette affaire, l'appelant n'a pas réussi à démontrer qu'il avait dépollué le site, donc la résiliation a été confirmée.
Quelles sont les conséquences d'une fermeture administrative sur mon bail commercial ?
Une fermeture administrative peut entraîner des obligations de remise en conformité. Si le locataire ne s'y conforme pas, cela peut justifier la résiliation du bail. Dans cette affaire, la fermeture a été suivie d'une résiliation aux torts du preneur.
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