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Cour d'appel, chambre sociale-1ère sect, 15 juillet 2026 — n° 25/01301

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Synthèse de la décision

Question juridique

La demande de reconnaissance d'accident du travail est-elle prescrite lorsque le salarié a déposé sa déclaration plus de deux ans après l'accident, malgré une requalification ultérieure de son contrat de travail ?

Principe retenu

En application de l'article L. 431-2 du code de la sécurité sociale, le délai de prescription de deux ans pour la déclaration d'accident du travail court à compter de la date de l'accident. La requalification ultérieure du contrat de travail n'a pas d'effet rétroactif sur le point de départ de ce délai. Le salarié ne peut se prévaloir de la requalification pour faire courir un nouveau délai.

Faits clés

  • Monsieur [Z] [P] a chuté le 13 mai 2020 dans l'exercice de ses fonctions.
  • Il a été hospitalisé du 13 mai au 30 juin 2020.
  • Le 24 novembre 2023, le conseil de prud'hommes a requalifié son contrat de travail en contrat de travail salarié.
  • Le 16 mai 2024, il a déposé une déclaration d'accident du travail auprès de la CPAM.
  • La CPAM a refusé la prise en charge pour prescription, le délai de deux ans étant dépassé.

Articles cités

article L. 431-2 du code de la sécurité sociale article 700 du code de procédure civile

Exposé du litige

EXPOSÉ DU LITIGE ET DE LA PROCÉDURE Monsieur [Z] [P] a commencé à travailler pour la société [1] le 24 mars 2020, sous la présomption simple de travailleur indépendant. Le 13 mai 2020, il chutait dans l'exercice de ses fonctions, entraînant son hospitalisation jusqu'au 30 juin 2020. Monsieur [Z] [P] saisissait alors le Conseil de prud'hommes de Nancy aux fins d'obtenir la requalification de son contrat en contrat de travail. Par jugement du 24 novembre 2023, le conseil de prud'hommes accédait à sa demande et caractérisait l'existence d'un contrat de travail entre Monsieur [P] et la société [1], en ordonnant le versement de rappels de salaire et diverses indemnités. Le salarié déposait ensuite, le 16 mai 2024, une déclaration d'accident de travail et un certificat initial à la Caisse Primaire d'Assurance Maladie (CPAM) de Meurthe-et-Moselle. La caisse refusait d'accorder à Monsieur [Z] [P] le bénéfice de la législation relatif aux accidents du travail au motif que le délai de prescription de sa demande était dépassé. Le salarié contestait cette décision auprès de la Commission de Recours Amiable (CRA), soutenant que le délai de prescription biennal n'était pas expiré. La commission de recours amiable rejetait son recours par décision en date du 6 septembre 2024. Monsieur [Z] [P] saisissait alors le pôle social du tribunal judiciaire de Nancy, lequel a, par jugement contradictoire du 27 mai 2025 : - DÉCLARÉ le recours de Monsieur [P] recevable mais mal-fondé, - DÉBOUTÉ Monsieur [P] de sa demande, - CONFIRMÉ la décision de la CPAM de Meurthe-et-Moselle du 19 avril 2024 et la décision de la CRA du 02 septembre 2024, - DÉBOUTÉ Monsieur [P] de sa demande formée au titre de l'article 700 du CPC, - CONDAMNÉ Monsieur [P] aux dépens de l'instance. Ce jugement a été notifié à Monsieur [Z] [P] par lettre recommandée dont l'accusé de réception a été signé le 28 mai 2025. Par acte reçu au greffe via RPVA le 12 juin 2025, Monsieur [P] a interjeté appel de ce jugement. Moyens et prétentions Par dernières conclusions reçues par RPVA le 16 février 2026, Monsieur [P] demande à la Cour de bien vouloir : - DÉCLARER recevable et bien fondé l'appel de Monsieur [P], Y faire droit et par conséquent : - INFIRMER le jugement du tribunal judiciaire de Nancy du 27 mai 2025, en ce qu'il a : " - Déclaré le recours de Monsieur [P] recevable mais mal-fondé, " - Débouté Monsieur [Z] [P] de sa demande, " - Confirmé la décision de la CPAM de MEURTHE et MOSELLE du 19 avril 2024 et la décision de la CRA du 2 septembre 2024, " - Débouté Monsieur [P] de sa demande formée au titre de l'article 700 du CPC, " - Condamné Monsieur [P] aux dépens de l'instance. Et statuant à nouveau : Vu l'article L.411-1 du code de la sécurité sociale, - DÉCLARER que l'accident dont a été victime Monsieur [P] le 13 mai 2020 et ses suites relèvent de la législation sur les accidents du travail. - CONDAMNER la CPAM de [Localité 4] à le prendre en charge à ce titre. - DEBOUTER la CPAM de [Localité 4] de toutes ses demandes, fins et conclusions contraires. - CONDAMNER la CPAM de [Localité 4] aux entiers dépens. - CONDAMNER la CPAM de [Localité 4] à verser à Monsieur [P] la somme de 3.000 euros au titre de l'article 700 du CPC. Par dernières conclusions reçues au greffe par courrier le 20 janvier 2026, la caisse demande à la Cour de bien vouloir : Vu les articles L.431-2, L.441-2 et L.411-1 du code de la sécurité sociale, - DECLARER recevable mais mal fondé l'appel interjeté par Monsieur [Z] [P], - CONFIRMER en toutes ses dispositions le jugement rendu le 27/05/2025 par le Pôle Social du Tribunal Judiciaire de NANCY, - DEBOUTER Monsieur [Z] [P] de l'ensemble de ses demandes. Pour l'exposé des moyens des parties, il sera renvoyé aux conclusions susmentionnées reprises à l'audience par les parties.

Motivations de la décision

MOTIFS DE LA DÉCISION Sur la prescription Selon l'article L. 411-1 du code de la sécurité sociale, est considéré comme accident du travail, qu'elle qu'en soit la cause, l'accident survenu par le fait ou à l'occasion du du travail à toute personne salariée ou travaillant, à quelque titre ou en quelque lieu que ce soit, pour un ou plusieurs employeurs ou chefs d'entreprises. Selon l'article L. 431-2 du code de la sécurité sociale, l'action en prise en charge au titre de la législation relative aux risques professionnels se prescrit par deux ans à compter du jour de l'accident ou de la cessation du paiement de l'indemnité journalière. L'article L. 441-2 du même code précise qu'à défaut de déclaration de l'accident par l'employeur, elle peut être faite par la victime ou ses représentants jusqu'à l'expiration de la deuxième année qui suit l'accident. En principe, l'interruption de la prescription ne peut s'étendre d'une action à une autre. Il en est toutefois autrement lorsque les deux actions, quoique ayant une cause distincte, tendent à un seul et même but, de telle sorte que la seconde est virtuellement comprise dans la première. En l'espèce, l'accident de Monsieur [Z] [P] a eu lieu le 13 mai 2020. Or, la déclaration d'accident du travail a été réceptionnée par la caisse primaire d'assurance maladie le 16 mai 2024, soit plus de quatre ans après les faits. Monsieur [Z] [P] a engagé une action prud'homale pour faire établir l'existence d'un contrat de travail le liant à la société [1] qui avait refusé l'officialisation, pour obtenir, notamment, des indemnités de licenciement et rappels de salaire. Le jugement prud'homal a fait droit à ses demandes. Cette saisine n'avait pas le même but que la procédure actuelle qui tend à faire reconnaître ses droits aux prestations et indemnités sociales dans le cadre de la législation professionnelle. Elle n'a donc eu aucun effet interruptif de la prescription biennale. L'absence de déclaration de son emploi aux organismes sociaux n'empêchait pas Monsieur [Z] [P] de demander dès 2020 la prise en charge de l'accident au titre de la législation de la sécurité sociale. Par ailleurs, ce dernier n'était pas non plus tenu par l'issue du litige prud'homal devant le Conseil de prud'hommes de Nancy pour agir en reconnaissance du caractère professionnel de son accident. En effet, il s'agit de deux procédures distinctes et indépendantes, sans que l'une ne soit un préalable obligatoire de l'autre. Dès lors, Monsieur [Z] [P] ne se trouvait nullement dans l'impossibilité d'agir dans le délai de deux ans suivant l'accident et devait au contraire respecter ce délai pour obtenir la prise en charge éventuelle de cet accident au titre de la législation sur les risques professionnels. Le salarié ne fait pas plus état d'un cas de force majeure qui aurait interrompu le délai de prescription. Il résulte de ce qui précède que c'est à bon droit que la caisse primaire d'assurance maladie de Meurthe-et-Moselle a opposé à Monsieur [Z] [P] la prescription prévue à l'article L 431-2 du code de la sécurité sociale. Le jugement sera donc confirmé sur ce point. Sur les dépens et l'article 700 du code de procédure civile Partie perdante, Monsieur [Z] [P] sera condamné aux dépens d'appel. Il sera condamné, au titre de l'article 700 du code de procédure civile, à payer la somme de 1000 euros à la CPAM de Meurthe-et-Moselle. Il sera débouté de sa demande du même chef.

Dispositif

PAR CES MOTIFS La Cour, chambre sociale, statuant contradictoirement par mise à disposition de l'arrêt au greffe de la cour, après débats en audience publique et après en avoir délibéré, Confirme le jugement rendu le 27 Mai 2025 par le pôle social du tribunal judiciaire de Nancy en ce qu'il a : - Déclaré le recours de Monsieur [P] recevable mais mal-fondé, - Débouté Monsieur [P] de sa demande, - Confirmé la décision de la CPAM de Meurthe-et-Moselle du 19 avril 2024 et la décision de la CRA du 02 septembre 2024, - Débouté Monsieur [P] de sa demande formée au titre de l'article 700 du CPC, - Condamné Monsieur [P] aux dépens de l'instance. Y AJOUTANT Condamne Monsieur [Z] [P] aux dépens d'appel ; Condamne Monsieur [Z] [P] à verser à la CPAM de Meurthe-et-Moselle la somme de 1000 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile, Déboute Monsieur [Z] [P] de sa demande au titre de l'article 700 du code de procédure civile. Ainsi prononcé par mise à disposition de l'arrêt au greffe de la cour, les parties en ayant été préalablement avisées dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article 450 du code de procédure civile. Et signé par Madame Corinne BOUC, Présidente de Chambre, et par Madame Sumeyye YAZICI, Greffier placé. LE GREFFIER LE PRESIDENT DE CHAMBRE Minute en cinq pages

Questions fréquentes

Quel est le délai pour déclarer un accident du travail ?
Le délai est de deux ans à compter de la date de l'accident, conformément à l'article L. 431-2 du code de la sécurité sociale.
La requalification de mon contrat de travail fait-elle repartir le délai de prescription ?
Non, la requalification n'a pas d'effet rétroactif sur le point de départ du délai de prescription. Le délai court toujours à compter de l'accident.
Que faire si la CPAM refuse mon accident du travail pour prescription ?
Vous pouvez saisir la commission de recours amiable dans un délai de deux mois, puis le pôle social du tribunal judiciaire en cas de rejet.
Qu'est-ce que la prescription biennale en accident du travail ?
C'est le délai de deux ans prévu par l'article L. 431-2 du code de la sécurité sociale, au-delà duquel la demande de reconnaissance d'accident du travail est irrecevable.
Puis-je déclarer un accident du travail après deux ans si mon contrat a été requalifié ?
Non, comme l'a rappelé la cour dans cette affaire, la requalification ne modifie pas le point de départ du délai de prescription.
Quels sont les recours contre une décision de la CPAM ?
Vous pouvez contester devant la commission de recours amiable, puis devant le pôle social du tribunal judiciaire, et enfin en appel.
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