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Cour d'appel, réparation détention, 21 juillet 2026 — n° 25/00020

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Synthèse de la décision

Question juridique

Quelle est l'indemnisation due au titre du préjudice moral pour une détention provisoire terminée par une relaxe définitive ?

Principe retenu

Toute personne ayant fait l'objet d'une détention provisoire au cours d'une procédure terminée par une décision de non-lieu, de relaxe ou d'acquittement devenue définitive peut obtenir une indemnité réparant intégralement le préjudice personnel, matériel et moral directement causé par la privation de liberté. L'indemnisation est évaluée en fonction des circonstances particulières, notamment l'âge, la situation personnelle et le choc carcéral.

Faits clés

  • Détention provisoire du 17 septembre 2021 au 4 avril 2022, soit 199 jours
  • Relaxe définitive par jugement du tribunal correctionnel de Grenoble du 21 mai 2025
  • Requérant âgé de 26 ans, célibataire, sans antécédent judiciaire
  • Emploi de livreur avec mise à pied
  • Aucune pièce justificative du préjudice moral fournie

Articles cités

article 149 du code de procédure pénale article 150 du code de procédure pénale article 149-2 du code de procédure pénale article R.26 du code de procédure pénale article R.37 du code de procédure pénale article 700 du code de procédure civile

Exposé du litige

N° RG 25/00020 - N° Portalis DBVM-V-B7J-M2MD C1 AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS COUR D'APPEL DE GRENOBLE DÉCISION DU 21 JUILLET 2026 ENTRE : DEMANDEUR suivant requête du 05 Novembre 2025 M. [W] [E] né le [Date naissance 1] à [Localité 1] ( 38) [Adresse 1] [Localité 2] représenté et plaidant par Me Florent GIRAULT, avocat au barreau de GRENOBLE ET : DEFENDEUR M. L'AGENT JUDICIAIRE DE L'ETAT [Adresse 2] [Adresse 3] [Localité 3] représenté par la SCP LEXWAY AVOCATS, avocat au barreau de GRENOBLE substituée par Me Alexandre SPINELLA, avocat au barreau de GRENOBLE, avocat plaidant EN PRÉSENCE DU MINISTÈRE PUBLIC pris en la personne de Mme AUGUSTE, substitute générale DÉBATS : A l'audience publique du 09 Juin 2026, Nous, Karine GUILLOUX, conseillère déléguée par la première présidence de la cour d'appel de Grenoble par ordonnance du 8 décembre 2025, assistée de Valérie RENOUF, greffier, les formalités prévues par l'article R 37 du code de procédure pénale ayant été respectées, Avons mis l'affaire en délibéré et renvoyé le prononcé de la décision à l'audience de ce jour, ce dont les parties présentes ou représentées ont été avisées. RG 25/20 2 [W] [E], né le [Date naissance 2] 1995 à [Localité 1], a été placé en détention provisoire le 17 septembre 2021 par le juge des libertés et de la détention de [Localité 4], puis sous contrôle judiciaire à compter du 4 avril 2022, dans le cadre d'une procédure d'information judiciaire. Il a été renvoyé devant le tribunal correctionnel suivant ordonnance du juge d'instruction de Grenoble du 22 mai 2024, pour répondre de faits de détention et transport non autorisés de stupéfiants et des délits douaniers correspondants. Par jugement du 21 mai 2025, le tribunal correctionnel de Grenoble l'a renvoyé des fins de la poursuite. Par requête reçue au greffe de la Cour d'appel le 5 novembre 2025, [W] [E] a sollicité la réparation que lui a causé sa détention et a demandé': - 21 000 euros en réparation du préjudice moral, - 3600 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile. Par conclusions déposées le 26 janvier 2026, l'agent judiciaire de l'État demande à la Cour de': - déclarer recevable en la forme et au fond la requête de [W] [E], - ramener à de plus justes proportions l'indemnité allouée au titre du préjudice moral sans qu'elle n'excède la somme de 15 000 euros, - débouter [W] [E] de sa demande au titre de la perte de salaires et des frais d'avocat liés au contentieux de la détention provisoire, - et ramener à de plus justes proportions l'indemnité sollicitée au titre de l'article 700 du code de procédure civile. Par conclusions du 3 mars 2026, le procureur général sollicite de la Cour qu'elle': - déclare recevable en la forme et sur le fond la requête de [W] [E], - fixe à 15 000 euros l'indemnisation de son préjudice moral, - le déboute de ses autres demandes.

Motivations de la décision

SUR CE, Il résulte des articles 149 à 150 du code de procédure pénale qu'une indemnité est accordée, à sa demande, à la personne ayant fait l'objet d'une détention provisoire, au cours d'une procédure terminée à son égard, par une décision de non-lieu, de relaxe ou d'acquittement devenue définitive. Cette indemnité est allouée en vue de réparer intégralement le préjudice personnel, matériel et moral, directement causé par la privation de liberté. Par ces textes, le législateur a instauré le droit pour toute personne d'obtenir de l'État la réparation du préjudice subi à raison d'une détention provisoire fondée sur des charges entièrement et définitivement écartées. Sur la recevabilité de la requête': Au vu du certificat de non appel produit par [W] [E], la requête en réparation répond aux conditions de délai et de formes prescrites par les articles 149-2 et R.26 du code de procédure pénale. Elle est donc recevable. Sur la liquidation des préjudices': Sur la durée de la détention indemnisable': [W] [E] a été détenu du 17 septembre 2021 au 4 avril 2022. La durée de détention indemnisable est de 199 jours. Sur la liquidation du préjudice moral': [W] [E], représenté par son avocat à l'audience, a finalement sollicité l'indemnisation de son seul préjudice moral, alors que sa requête ne contenait qu'une demande d'indemnisation globale comprenant à la fois un préjudice moral et un préjudice matériel. Lors de son placement en détention provisoire au centre pénitentiaire de [Localité 5], [W] [E] était âgé de 26 ans et célibataire. Il occupait un emploi de livreur mais avait été mis à pied par son employeur. Il n'avait jamais été condamné. Il soutient que sa détention a par conséquent été difficile. Aucune pièce justificative n'est versée à l'appui de ses dires. Au vu de ces éléments et du choc carcéral indéniable qu'a représenté son placement en détention provisoire, son préjudice moral sera indemnisé à hauteur de 15 000 euros. Sur l'article 700 du code de procédure civile': Il apparaît conforme à l'équité d'allouer à [W] [E] une somme de 1000 euros en remboursement des frais de procédure qu'il a dû exposer pour présenter sa demande en réparation. PAR CES MOTIFS Statuant publiquement, par mise à disposition au greffe, contradictoirement et en premier ressort, Allouons à [W] [E] la somme de 15 000 euros en réparation de son préjudice moral, et celle de 1000 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile';

Dispositif

Laissons les dépens à la charge du Trésor public. Prononcé par mise à disposition au greffe de la Cour, les parties en ayant été préalablement avisées dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article 450 du code de procédure civile. Le greffier Le conseiller délégué

Questions fréquentes

Quelles sont les conditions pour obtenir une indemnisation après une détention provisoire ?
Il faut que la procédure se soit terminée par une décision de non-lieu, de relaxe ou d'acquittement devenue définitive. La demande doit être présentée dans les délais et formes prévus par les articles 149-2 et R.26 du code de procédure pénale.
Quel montant a été accordé dans cette affaire pour le préjudice moral ?
Dans cette affaire, le requérant a obtenu 15 000 euros pour son préjudice moral, alors qu'il demandait 21 000 euros. Le montant a été fixé en tenant compte de son âge (26 ans), de son absence d'antécédents, et du choc carcéral, malgré l'absence de justificatifs.
Comment est évalué le préjudice moral en cas de détention provisoire ?
Le préjudice moral est évalué en fonction des circonstances personnelles du détenu, comme l'âge, la situation familiale, l'impact psychologique de l'incarcération, et la durée de la détention. Dans cette affaire, le choc carcéral a été reconnu comme un élément important.
Quels sont les préjudices indemnisables après une détention provisoire ?
L'indemnisation couvre le préjudice personnel, matériel et moral directement causé par la privation de liberté. Dans cette affaire, seul le préjudice moral a été demandé et indemnisé, car le requérant n'a pas fourni de justificatifs pour un préjudice matériel.
Quel est le délai pour demander réparation après une relaxe ?
La requête doit être présentée dans un délai de six mois à compter de la décision de relaxe devenue définitive, conformément à l'article 149-2 du code de procédure pénale. Dans cette affaire, la requête a été jugée recevable car déposée dans les délais.
Que se passe-t-il si je n'ai pas de justificatifs pour mon préjudice moral ?
L'absence de justificatifs ne fait pas automatiquement échec à l'indemnisation. Le juge peut évaluer le préjudice moral sur la base des circonstances de la détention et de la situation personnelle, comme cela a été fait ici, en accordant 15 000 euros malgré l'absence de pièces.
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