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Cour d'appel, 1ère chambre, 9 juillet 2026 — n° 25/00633

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Synthèse de la décision

Question juridique

Le propriétaire d'un terrain qui réalise des travaux de terrassement sans prendre les mesures nécessaires pour stabiliser le terrain limitrophe engage-t-il sa responsabilité pour l'effondrement partiel du fonds voisin ?

Principe retenu

Le propriétaire qui réalise des travaux sur son terrain est responsable des dommages causés au fonds voisin s'il commet une faute, notamment en ne prenant pas les mesures de précaution nécessaires pour éviter l'effondrement du terrain limitrophe. Il ne peut s'exonérer en invoquant la faute du terrassier qu'il a employé.

Faits clés

  • M. [O] a réalisé des travaux de terrassement sur sa parcelle cadastrée BN [Cadastre 2]
  • Ces travaux ont entraîné un effondrement partiel de la propriété voisine de M. [C] (parcelle BN [Cadastre 1])
  • Une expertise judiciaire a été ordonnée et le rapport a été remis le 30 avril 2019
  • Le tribunal a condamné M. [O] à effectuer des travaux de confortement du talus sous astreinte
  • M. [O] a interjeté appel, mais la cour a confirmé le jugement

Articles cités

article 1240 du code civil article 544 du code civil article 696 du code de procédure civile article 700 du code de procédure civile

Exposé du litige

FAITS ET PROCÉDURE Propriétaire de la parcelle cadastrée BN [Cadastre 1] sise lieudit [Adresse 1] à Baie-Mahault (971), M. [U] [C], se prévalant de la réalisation par M. [T] [O], propriétaire du terrain limitrophe cadastré BN [Cadastre 2], de travaux de terrassement ayant entraîné un effondrement de sa propriété, a, suivant assignation délivrée le 9 juillet 2018, obtenu par ordonnance du 12 octobre 2018 du juge des référés, l'organisation d'une expertise judiciaire confiée à M. [F] [D], expert inscrit sur la liste de la cour d'appel de Basse-Terre. Suite au rapport d'expertise remis le 30 avril 2019, par acte de commissaire de justice du 10 mai 2022, M. [C] a fait assigner M. [O] pour obtenir l'exécution sous astreinte des travaux de confortement préconisés par l'expert et le paiement de dommages et intérêts au titre du préjudice de jouissance subi outre une indemnité de procédure. Par jugement contradictoire du 13 mars 2025, le tribunal judiciaire de Pointe-à-Pitre a : - condamné M. [O] à effectuer les travaux de confortement du talus, conformément aux propositions techniques du cabinet d'ingénierie IMSRN, dans un délai de 4 mois à compter de la signification de la présente décision ; - dit qu'à défaut d'exécution dans ce délai, M. [O] sera tenu au paiement d'une astreinte de 250 euros par jour de retard, et ce pour une durée maximale de quatre mois ; - débouté M. [C] de sa demande de dommages et intérêts ; - condamné M. [O] à payer à M. [C] la somme de 1 800 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile ; - condamné M. [O] aux entiers dépens de l'instance, en ce compris les frais d'expertise judiciaire ; - rappelé que l'exécution provisoire est de droit. Le 12 juin 2025, M. [O] a interjeté appel de cette décision. M. [C] a constitué avocat le 15 septembre 2025. L'ordonnance de clôture a été rendue le 20 avril 2026. Les parties ayant donné leur accord pour que la procédure se déroule sans audience, le dépôt des dossiers a été autorisé au 4 mai 2026 puis l'affaire mise en délibéré au 9 juillet 2026. PRÉTENTIONS ET MOYENS Dans ses dernières conclusions du 31 décembre 2025 auxquelles il est renvoyé pour plus ample informé sur ses moyens et prétentions, M. [O] demande à la cour, de : - infirmer la décision critiquée en ce qu'elle l'a condamné à effectuer les travaux de confortement du talus, conformément aux propositions techniques du cabinet d'ingénierie IMSRN, dans un délai de 4 mois à compter de la signification de la présente décision, dit qu'à défaut d'exécution dans ce délai, il sera tenu au paiement d'une astreinte de 250 euros par jour de retard, et ce pour une durée maximale de quatre mois ; en ce qu'elle l'a condamné à payer à M. [C] la somme de 1 800 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile ainsi qu'aux entiers dépens de l'instance, en ce compris les frais d'expertise judiciaire, Statuant à nouveau, - débouter M. [C] de sa demande tendant à sa condamnation à effectuer les travaux de confortement de talus conformément aux propositions techniques du cabinet d'ingénierie IMSRN sous astreinte de 500 euros par jour de retard à compter de la signification du jugement à intervenir ; - débouter M. [C] de sa demande tendant à sa condamnation au paiement des dépens comprenant les frais d'expertise et de la somme de 5 000 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile ; - condamner M. [C] aux entiers dépens pour la première instance et l'instance d'appel et au paiement des sommes de 3 000 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile pour la première instance et 3 000 euros pour l'instance en appel. M. [O] soutient en substance ne pas être responsable des conséquences dommageables des travaux d'excavation exécutés sur son terrain cadastré BN [Cadastre 2] car ils l'ont été par M.

Motivations de la décision

MOTIFS Sur le bien fondé de l'appel A l'énoncé de l'article 1240 du code civil, tout fait quelconque de l'homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer. Selon l'article 1241 du code civil, chacun est responsable du dommage qu'il a causé non seulement par son fait, mais encore par sa négligence ou par son imprudence. La mise en oeuvre de cette responsabilité implique la preuve d'une faute, d'un préjudice et d'un lien de causalité direct entre ces derniers. Au cas présent, il est constant que courant 2013, M. [O] a fait procéder à des travaux de terrassement sur son terrain cadastré BN [Cadastre 2] contigu de celui de M. [C] cadastré BN [Cadastre 1]. Ces travaux entrepris sur la propriété de M. [O] et avec son autorisation ont entraîné un effondrement partiel du terrain appartenant à M. [C]. Ainsi, aux termes de l'expertise judiciaire réalisée par M. [D], ces travaux d'excavation sont la cause exclusive de ces désordres qui ne permettent pas l'édification d'une clôture sur la limite de propriété ce qui constitue une 'réelle mise en danger des personnes' susceptibles d'habiter la maison de M. [C]. Selon l'expert qui précise avoir consulté le BET IMSRN, dont la proposition géotechnique a été transmise aux parties :'les travaux nécessaires à la parfaite réparation du désordre sont soit la réalisation d'un mur de soutènement, soit la réalisation d'un enrochement'. M. [O], qui reconnaît avoir autorisé ces travaux d'excavation sur son terrain ne peut s'exonérer de sa responsabilité sur la personne du terrassier, dénommé [Q] [L], dans tous les cas non appelé en la cause, alors même que l'appelant laisse entendre que celui-ci se serait engagé à la reprise des désordres et lui a remis un chèque de 2 000 euros en dédommagement. Aussi, l'effondrement partiel du terrain BN [Cadastre 1] de M. [C] résultant des travaux d'excavation réalisés, sans prendre les mesures nécessaires pour stabiliser le terrain limitrophe et limiter le risque d'effondrement, par M. [O] sur le terrain cadastré BN [Cadastre 2] dont il est propriétaire, est-ce à raison que la juridiction de premier ressort a jugé qu'il avait commis une faute engageant sa responsabilité, entraînant l'obligation de réparer le préjudice subi par M. [C]. Si dans son rapport du 30 avril 2019, l'expert avait relevé un commencement d'exécution par M. [O] des travaux d'enrochement, il n'est pas établi que ceux-ci non finalisés en première instance, le sont en cause d'appel, de sorte que la condamnation à réaliser, sous astreinte, les travaux de confortement du talus, est justifiée. Dès lors, M. [O] sera débouté de ses demandes contraires et le jugement entrepris sera confirmé en toutes ses dispositions critiquées. Sur les frais irrépétibles et les dépens Les dispositions de ces chefs prises par le premier juge seront confirmées. Succombant, en application de l'article 696 du code de procédure civile, M. [O] supportera les dépens de l'instance et sera débouté de ses demandes sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile. M. [C] ayant été contraint en revanche d'exposer des frais irrépétibles devant la cour, M. [O] sera condamné à lui verser la somme de 3 000 euros à ce titre.

Dispositif

PAR CES MOTIFS La cour, - confirme le jugement en toutes ses dispositions critiquées ; Y ajoutant, - déboute M. [T] [O] de ses demandes plus amples ou contraires ; - condamne M. [T] [O] au paiement des dépens d'appel ; - condamne M. [T] [O] à payer à M. [U] [C] la somme de 3 000 euros en application de l'article 700 du code de procédure civile. Le greffier Le président

Questions fréquentes

Que faire si mon voisin réalise des travaux qui provoquent un effondrement de mon terrain ?
Vous pouvez engager une action en responsabilité contre votre voisin. Dans cette affaire, le propriétaire a été condamné à réaliser des travaux de confortement sous astreinte et à payer des dommages-intérêts pour préjudice de jouissance.
Qui est responsable des dommages causés par des travaux de terrassement ?
Le propriétaire du terrain sur lequel les travaux sont réalisés est responsable, même s'il a fait appel à un entrepreneur. Il ne peut pas s'exonérer en invoquant la faute du terrassier, comme l'a rappelé la cour dans cette décision.
Qu'est-ce qu'une astreinte et comment est-elle fixée ?
L'astreinte est une somme d'argent que le juge fixe par jour de retard si la personne condamnée n'exécute pas la décision dans le délai imparti. Dans cette affaire, l'astreinte était de 250 euros par jour de retard, pour une durée maximale de quatre mois.
Puis-je obtenir une indemnisation pour le préjudice de jouissance ?
Oui, si vous subissez un trouble de jouissance en raison des travaux ou de l'effondrement, vous pouvez demander des dommages-intérêts. Cependant, dans cette affaire, la demande a été rejetée car le préjudice n'a pas été suffisamment prouvé.
Quels sont les frais que je peux réclamer dans le cadre d'une procédure judiciaire ?
Vous pouvez réclamer les dépens (frais d'expertise, etc.) et une indemnité au titre de l'article 700 du code de procédure civile pour couvrir vos frais d'avocat. Dans cette affaire, le propriétaire a été condamné à payer 3 000 euros à ce titre.
Comment se déroule une expertise judiciaire dans ce type de litige ?
L'expertise est ordonnée par le juge pour évaluer les dommages et les travaux nécessaires. L'expert dépose un rapport qui servira de base à la décision. Dans cette affaire, l'expertise a été réalisée et a conduit à la condamnation du propriétaire.
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