MOTIFS DE LA DÉCISION
Sur la faute inexcusable
A titre liminaire, il convient de préciser que Mme [M] demandant la confirmation du jugement en toutes ses dispositions, il n'est pas nécessaire de répondre au moyen de l'appelante relatif à la présomption de faute inexcusable, qui était invoquée par Mme [M] en première instance mais a été abandonnée en appel. Seule la question de la faute inexcusable de droit commun sera donc abordée.
L'employeur est tenu envers son salarié d'une obligation légale de sécurité et de protection de la santé. Il doit à ce titre prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale de ces derniers, ces mesures comprenant des actions de prévention des risques professionnels, d'information et de formation ainsi que la mise en place d'une organisation et de moyens adaptés.
Le manquement à cette obligation a le caractère d'une faute inexcusable, au sens de l'article L.452-1 du code de la sécurité sociale, lorsque l'employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger auquel était exposé le salarié, et qu'il n'a pas pris les mesures nécessaires pour l'en préserver.
La simple exposition au risque ne suffit pas à caractériser la faute inexcusable de l'employeur. La conscience du danger ne vise pas une connaissance effective du danger que devait en avoir l'employeur. Elle s'apprécie in abstracto par rapport à ce que doit objectivement savoir, dans son secteur d'activité, un employeur conscient de ses devoirs et obligations. Aucune faute ne peut être établie lorsque l'employeur a pris toutes les mesures en son pouvoir pour éviter l'apparition de la lésion compte tenu de la conscience du danger qu'il pouvait avoir.
En l'espèce, il est constant que le 16 juin 2020 alors qu'elle terminait son travail, Mme [M] a été mordue au mollet par le chien (Jeyko), de race Beauceron, présent au domicile de Mme [A], après qu'il a réussi à se libérer de la chaîne à laquelle il était attaché.
Il résulte des pièces versées aux débats par les parties que :
dans sa plainte à la gendarmerie, Mme [M], après avoir indiqué qu'elle était employée comme aide ménagère chez M. et Mme [A], a déclaré : ' Ils ont un beauceron qui est attaché dans la cour. Je suis allée faire le ménage hier le 16 juin 2020. En arrivant le chien était attaché. J'ai fait le ménage. Et en ressortant, le chien a tiré sur sa chaîne. Il fait ça tout le temps, il est agressif, vous ne pouvez pas sortir sans qu'il tire dessus. Donc hier en sortant, il tire sur sa chaîne, et la chaîne casse et en une seconde, il était à côté de moi. Il a mis des coups de tête, des coups de museaux. Il est reparti vers le garage, son territoire. Et il est revenu en tournant autour de moi. Il mettait des coups de museaux et il me chiquait la veste. J'ai réussi à appeler Mme [A] [S]. Elle m'a dit qu'elle arrivait dans 2 minutes car elle n'était pas loin. Qu'il ne fallait pas que je montre ma peur et que je regarde dans les yeux et de l'appeler par son prénom Gégé. Moi je ne bougeais pas, j'étais paniqué. Et il est retourné dans son garage. Et il est revenu en courant vers moi, il a foncé droit sur moi. Je me suis retournée pour ne pas exposer mon visage et mon cou. Avec la vitesse et son poids, il m'a fait chuter. Il a glissé sur moi. Je serrais la tête avec mes bras. Il a chiqué mes cheveux en tombant. Après il est descendu et il m'a pris le mollet gauche en pleine gueule. Il m'a secouée et il m'a traînée vers le garage. Il m'a traînée sans aucun effort. Mme [A] est arrivée à ce moment. Elle a tenté de le faire lâcher en lui parlant, mais ça n'a eu aucun effet. Elle a réussi à le faire lâcher mon mollet à un moment. Elle le tenait, mais il a réussi à lui échapper. Et il est parti faire le tour de la cour, Mme [A] a fait le tour en sens inverse pour ne pas que le chien vienne vers moi. Elle a réussi difficilement à le maîtriser et l'a enfermé dans la buanderie. [...] La semaine dernière, j'ai dit à M. [A] que le chien ne s'habituait pas à moi alors que je travaille chez eux depuis plusieurs mois [...] Il m'a dit que le chien était retenu par un filin d'acier, qu'il n'y avait pas de danger.'
lors de son audition par le service de gendarmerie, Mme [A] a déclaré notamment : 'Le chien en question est un Beauceron au nom de Jeyko. Il appartient à ma fille Mme [B] [Q]. Ma fille n'habite plus à la maison, le chien reste à la maison. Nous l'avons à la maison depuis septembre 2014. Il n'y a jamais eu de soucis avec le chien avant. Il a été éduqué étant jeune à [Localité 4]. J'emploie Mme [M] comme aide ménagère [...]. Donc hier vers 11 heures, un peu avant, Mme [M] m'appelle. Elle me dit que le collier du chien s'est cassé, et que le chien est à courir dans la cour. Je suis restée en ligne avec elle de [Localité 3] à [Localité 1]. Je lui ai dit qu'elle dise au chien : 'Jéjé, assied toi' d'un ton ferme. Le chien était attaché car Mme [M] a peur des chiens. J'ai dû mettre entre 5 à 10 minutes pour arriver. Dès qu'elle m'a appelée, j'ai pris ma voiture pour venir à la maison. Et au moment où je suis arrivée, Mme [M] m'a vue. Elle a hurlé en me voyant. Et le chien l'a attaquée à ce moment. Je n'excuse pas mon chien, c'est en y repensant depuis hier. Je me rappelle qu'elle a crié. Elle était derrière le rond-point dans la cour.
Elle était par terre. Le chien avait lâché Mme [M]. Je n'ai pas vu ce que le chien lui a fait. J'ai attrapé le chien, j'ai été l'enfermer. Quand je suis arrivée, il est parti courir. Je l'ai pris à la main et je l'ai rentré. Il n'avait plus son collier. C'est son collier qui a cassé.'
d'après le compte-rendu de l'évaluation comportementale effectuée contradictoirement le 24 juin 2020 par le Dr [G], vétérinaire, le chien Jeyko a été classé en niveau de risque 4/4, en ce que lors de l'agression de Mme [M], il a réalisé des séquences de prédation avec multiples morsures tenues. Le vétérinaire comportementaliste précise que le danger concerne toutes les catégories de personnes et que ces risques ne lui semblent pas pouvoir être contrôlés efficacement. Il préconise que le chien soit euthanasié avec l'accord de son propriétaire, ou qu'il soit placé en un lieu de dépôt adapté à sa garde en vue de son euthanasie après avis d'un vétérinaire désigné par la direction des services vétérinaires, ou qu'il soit isolé, sous la responsabilité du détenteur, de façon à ce qu'il ne puisse pas causer d'accident.
le chien a été euthanasié le 2 juillet 2020.
la plainte de Mme [M] a fait l'objet d'un classement sans suite en septembre 2020 pour le motif suivant : autre poursuite ou sanction de nature non pénale.
le 30 juin 2020, le Dr [N] [F], médecin généraliste, a constaté, à la suite de l'examen de Mme [M], les lésions suivantes : plaies profondes de la face externe du mollet gauche avec nombreuses pertes de substance, oedème du mollet, et traumatisme psychologique avec stress post-traumatique et troubles du sommeil, précisant que ces lésions entraînent une ITT complémentaire de 45 jours à compter de ce jour, et laissent prévoir une IPP avec séquelles esthétiques.
il ressort d'un compte-rendu de prise en charge de Mme [M] par un kinésithérapeute du 2 novembre 2020 qu'outre l'aspect cicatriciel et adhérent de la plaie, Mme [M] semble avoir subi une perte fonctionnelle suite à l'accident et à l'hospitalisation qui s'en est suivi, et qu'il est important de rééduquer le membre inférieur gauche afin de lui redonner une force musculaire physiologique ainsi que d'optimiser la cicatrisation de l'ensemble des structures touchées.
M.