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Tribunal judiciaire, référés, 28 juillet 2026 — n° 26/00068

Fait droit à l'ensemble des demandes du ou des demandeurs sans accorder de délais d'exécution au défendeur

Synthèse de la décision

Question juridique

Le juge des référés peut-il constater l'acquisition d'une clause résolutoire et ordonner l'expulsion d'un locataire commercial en cas d'impayés de loyers, tout en accordant des délais de paiement ?

Principe retenu

En présence d'un commandement de payer visant la clause résolutoire non régularisé dans le délai imparti, la clause résolutoire est acquise. Toutefois, le juge des référés peut, à la demande du locataire, accorder des délais de paiement suspendant les effets de la clause résolutoire, conformément à l'article 1343-5 du code civil. En l'espèce, le juge a accordé des délais de paiement sur 24 mois, suspendant la résiliation du bail.

Faits clés

  • Bail commercial conclu le 11 juillet 2018 pour une durée de 9 ans
  • Local à usage de snacking et boulangerie de 94 m²
  • Commandement de payer visant la clause résolutoire signifié le 27 novembre 2025
  • Dette locative arrêtée au 12 mai 2026 : 2 439,35 euros
  • Demande d'expulsion et de provision par le bailleur

Articles cités

article 835 du code de procédure civile article 1343-5 du code civil article 700 du code de procédure civile articles 116 et suivants du décret du 28 décembre 2020

Exposé du litige

DÉBATS à l’audience publique du 02 Juin 2026 ORDONNANCE mise en délibéré au 21 juillet 2026 et prorogé au 28 Juillet 2026 LE JUGE DES RÉFÉRÉS Après avoir entendu les parties comparantes ou leur conseil et avoir mis l’affaire en délibéré, a statué en ces termes : Par acte sous seing privé du 11 juillet 2018, la société Vilogia SA d’[Adresse 4] a donné à bail à M. [I] [D] un local à usage commercial d’une surface de 94 m², situé [Adresse 5] à [Localité 3] (59), pour y exercer une activité de snacking et boulangerie à compter du 12 juillet 2018. Conclu pour une durée de neuf années, le contrat a fixé le loyer annuel à 6 000 euros HT, payable par quart et d’avance, et soumis à indexation, outre une provision mensuelle pour charges de 75,06 euros et le versement d’un dépôt de garantie de 1 500 euros. Le 27 novembre 2025, à la suite d’impayés, la société Vilogia a fait signifier à M. [D] un commandement de payer les loyers visant la clause résolutoire figurant dans le bail. Le 14 janvier 2026, la société Vilogia a assigné M. [D] devant le président du tribunal judiciaire de Lille, statuant en référé en constatation de l’acquisition de la clause résolutoire, expulsion et allocation de provisions. L’affaire a été appelée à l’audience du 3 février 2026 et renvoyée, à la demande des parties, aux audiences des 17 février 2026, 24 mars 2026, 31 mars 2026, 19 mai 2026, puis à l’audience du 2 juin 2026, à laquelle elle a été retenue. A l’audience, par conclusions notifiées par voie électronique le 26 mai 2026 et soutenues oralement, la société Vilogia, représentée par son avocat, demande de : - rejeter l’ensemble des moyens, fins et conclusions de M. [D], - débouter M. [D] de l’ensemble de ses demandes, fins et conclusions ; - constater acquise la clause résolutoire inscrite au bail commercial signé 11 juillet 2018, Par conséquent : - prononcer la résiliation du bail commercial à la date du 27 décembre 2025, - prononcer l’expulsion sans délai de M. [D] et de tous occupants de son chef du local commercial précédemment loué situé [Adresse 3] à [Localité 4], - dire et juger que l’ensemble des obligations de M. [D] n’est pas sérieusement contestable sur le fondement de l’article 835 du code de procédure civile, - condamner M. [D] à lui payer à titre provisionnel : - la somme de 8 461,17 euros au titre du solde de la dette locative arrêtée à la date du 27 décembre 2025, après déduction des règlements intervenus, - une indemnité d’occupation mensuelle à compter du 28 décembre 2025 et jusqu’à la parfaite libération des lieux, égale à la somme de 2 363,43 euros TTC par mois, - condamner M. [D] à lui verser le montant de la clause pénale, - dire et juger que le dépôt de garantie reste acquis au bailleur Vilogia à titre indemnitaire provisionnel, - condamner M. [D] à lui payer la somme de 3 000 euros sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile, - condamner M. [D] aux entiers frais et dépens de la présente instance en ce compris le coût du commandement de payer visant la clause résolutoire délivré le 27 novembre 2025, - dire et juger qu’à défaut de règlement spontané des condamnations prononcées dans l’ordonnance à intervenir, l’exécution forcée devant être réalisée par l’intermédiaire d’un huissier, le montant des sommes retenues par l’huissier en application de l’article 10 du décret du 8 mars 2001 portant modification du décret du 12 décembre 1996 n° 96/1080, devra être supporté par M. [D].

Motivations de la décision

MOTIFS DE LA DÉCISION Sur l’acquisition de la clause résolutoire Conformément aux dispositions du deuxième alinéa de l’article 835 du code de procédure civile, dans les cas où l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable, le président du tribunal judiciaire peut accorder une provision au créancier, ou ordonner l'exécution de l'obligation même s'il s'agit d'une obligation de faire. La juridiction des référés n’est pas tenue de caractériser l’urgence, au sens du 1er alinéa de l’article 835 précité, pour constater l’acquisition de la clause résolutoire et la résiliation de droit d’un bail. L’article L. 145-41 du code de commerce dispose que toute clause insérée dans le bail prévoyant la résiliation de plein droit ne produit effet qu’un mois après un commandement demeuré infructueux. Le commandement doit, à peine de nullité, mentionner ce délai. En l’espèce, la société Vilogia a fait déliver le 27 novembre 2025 à M. [D] un commandement de payer la somme de 10 039,47 euros au titre de l'arriéré de loyers et charges et la somme de 175,97 euros au titre du coût de l’acte. Ce commandement, délivré à domicile, précise qu’à défaut de paiement dans le délai d’un mois, le bailleur entend expressément se prévaloir de la clause résolutoire incluse dans le bail ; la clause résolutoire et l’article L. 145-17, alinéa 1er, du code de commerce y sont reproduits. M. [D] soulève une contestation tenant à la validité de ce commandement de payer. Il soutient que la signification est irrégulière en ce que le commissaire de justice n’a pas épuisé tous les moyens de recherche à sa disposition pour effectuer une signification à personne et qu’aucun avis de passage n’a pu être déposé au domicile, faute de boîte à lettres. Aux termes de l’article 654, alinéa premier, du code de procédure civile, la signification doit être faite à personne. Selon l’article 655 du même code précise, l’acte peut être délivré à domicile si la signification à personne s’avère impossible. Il résulte de l'article 663 du code de procédure civile l'obligation de détailler sur l'original de l'acte, les formalités que le commissaire de justice a accomplies pour signifier l'acte à la personne du destinataire, ou les motifs de l'impossibilité de remplir sa mission. L'acte doit ainsi contenir les diverses investigations et les circonstances rendant la remise à personne impossible, et le commissaire de justice doit préciser les raisons concrètes qui ont empêché la signification à personne. Selon l’article 693 du code de procédure civile, ces exigences sont prescrites à peine de nullité de l’acte. En l’espèce, le procès-verbal de signification du commandement de payer litigieux mentionne que la signification à personne s’est avérée “impossible pour les raisons suivantes : le destinataire est absent.” Cette seule mention, cependant que l’acte ne précise pas l’heure de passage du commissaire de justice, ni si ce passage a été effectué durant les horaires d’ouverture du commerce, qui ne permet pas d’établir avec l’évidence requise en référé qu’une signification à personne a été tentée et était impossible. La contestation soulevée par M. [D] sur la validité du commandement de payer visant la clause résolutoire du bail est donc sérieuse et fait obstacle à ce que le juge des référés statue. En conséquence, il n’y a pas lieu à référé sur la demande de constatation de l’acquisition de la clause résolutoire du bail depuis le 27 décembre 2025, ainsi que sur les demandes subséquentes d’expulsion de M. [D], de fixation d’une indemnité d’occupation et de conservation du dépôt de garantie. Sur la demande de provision au titre de l’arriéré et sur la demande reconventionnelle de provision au titre de la taxe foncière et de la TEOM En application des dispositions du deuxième alinéa de l’article 835 du code de procédure civile, dans les cas où l’existence de l’obligation n’est pas sérieusement contestable, le président du tribunal judiciaire peut accorder, en référé, une provision au créancier. Le caractère non sérieusement contestable de l'obligation fondant la demande est la seule condition de l'octroi d'une provision. Le montant de la provision allouée en référé n’a d’autre limite que le montant non sérieusement contestable de la dette alléguée. Selon l’article 1353 du code civil, celui qui réclame l’exécution d’une obligation doit la prouver et celui qui se prétend libéré doit justifier le paiement ou le fait qui a produit l’extinction de son obligation. En l’espèce, la société Vilogia produit un relevé de compte au 12 mai 2026 reprenant l’ensemble des opérations depuis le 16 septembre 2019 au débit et au crédit du compte locataire de M. [D] et mentionnant un solde débiteur de 8 303,64 euros (pièce n°10 dem). M. [D] conteste le montant des taxes foncières mises à sa charge. Le bail conclu entre les parties met la taxe foncière, la taxe additionnelle à la taxe foncière et la charge d’enlèvement des ordures ménagères (TEOM) à la charge du preneur, prévoit le versement d’une provision mensuelle pour charges de 75,06 euros, décomposée en 1,73 euros pour l’entretien des espaces verts, 17,83euros pour la TEOM et 55,50 euros pour la taxe foncière et stipule qu’une régularisation est effectuée chaque année pour tenir compte des dépenses réelles de l’exercice précédent. Il ressort des pièces versées aux débats que, chaque année, sur la base des avis de taxes foncières dressés par l’administration fiscale (pièces n°11 à 14 dem), selon avis d’échéance détaillés (pièces n°9 dem), la société Vilogia a réclamé en sus et porté au débit du compte de M. [D] le solde des taxes foncières et TEOM restant dû après imputation des provisions appelées, à savoir 1 024,04 euros pour 2020, 1 047 euros pour 2021, 1 076,04 euros pour 2022, 1 141 euros pour 2023 et 1 400,24 euros pour 2024. Contrairement à ce que soutient M. [D], au vu de l’analyse croisée des avis de taxes foncières produits, avis d’échéance et relevé de compte, la société Vilogia ne lui a pas facturé deux fois les taxes foncières et TEOM, mais ne lui a réclamé que le solde, les taxes dues étant chaque année supérieures aux provisions appelées. Il n’y a donc pas lieu à référé sur sa demande reconventionnelle de provision au titre de la taxe foncière et de la TEOM. En revanche, il ressort des pièces versées aux débats par M. [D], obtenues auprès de l’administration fiscale (pièces n°11 à 15 déf), que les taxes foncières dont le paiement lui est réclamé auraient été établies sur des bases erronées concernant à la fois la surface (94 m2 au lieu de 74 m2) et la catégorie (MAG1 au lieu de MAG2) du local commercial, bases déclarées le 13 juin 2018 par la société Vilogia à l’administration fiscale, ayant conduit à une majoration artificielle des taxes foncières, dont le montant annuel était finalement supérieur de plus du double au total des sommes provisionnées mensuellement. La société Vilogia a procédé en 2024 à une déclaration rectificative auprès de l’administration fiscale. Les élements objectifs soumis en faveur d’une erreur de taxation concernant les taxes foncières et la TEOM dont l’imputabilité est contestée par la société Vilogia caractérisent l’existence d’une contestation sérieuse que le juge des référés n’a pas le pouvoir de trancher. Il s’ensuit qu’il y a lieu de déduire de l’arriéré locatif non sérieusement contestable les rappels du solde des taxes foncières et TEOM précités d’un montant total de 5 688,32 euros. Il y a également lieu de déduire la somme de 175,97 euros mise au débit du compte de M.[D] et correspondant au coût du commandement de payer du 27 novembre 2025 qu’il n’a pas à supporter au vu de ce qui a été dit précédemment. L’arriéré non sérieusement contestable s’élève donc à la somme de 2 439,35 euros, que M.[D] sera condamné à payer à titre provisionnel à la société Vilogia, terme du mois de mai 2026 inclus, outre intérêts au taux légal à compter du 2 juin 2026, date de l’audience.

Dispositif

EN CONSÉQUENCE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE MANDE ET ORDONNE A tous commissaires de justice sur ce requis, de mettre les présentes à exécution ; Aux Procureurs Généraux et aux Procureurs de la République près des Tribunaux Judiciaires d'y tenir la main ; A tous Commandants et Officiers de la force publique de prêter main-forte lorsqu'ils en seront légalement requis ; En foi de quoi les présentes ont été signées et scellées du sceau du Tribunal ;

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une clause résolutoire dans un bail commercial ?
Une clause résolutoire permet au bailleur de résilier le bail automatiquement si le locataire ne paie pas les loyers dans un délai donné après un commandement de payer. En l'espèce, le commandement du 27 novembre 2025 visait cette clause.
Comment obtenir des délais de paiement pour mes loyers commerciaux ?
Le locataire peut demander au juge des référés des délais de paiement en vertu de l'article 1343-5 du code civil. Dans cette affaire, le juge a accordé 24 mensualités de 100 euros, suspendant la résiliation du bail.
Que se passe-t-il si je ne paie pas mes loyers commerciaux ?
Le bailleur peut délivrer un commandement de payer visant la clause résolutoire. Si le locataire ne paie pas dans le délai imparti, la clause est acquise et le bail est résilié, entraînant une possible expulsion.
Puis-je contester une demande d'expulsion en référé ?
Oui, le locataire peut contester en soulevant des moyens de défense, comme l'existence d'une contestation sérieuse ou demander des délais de paiement. En l'espèce, le juge a accordé des délais, évitant l'expulsion immédiate.
Quels sont mes droits en cas de commandement de payer ?
Le locataire doit payer les sommes dues dans le délai imparti (souvent 1 mois) pour éviter la résiliation. Il peut aussi demander des délais de paiement au juge, comme cela a été fait ici.
Comment est calculée l'indemnité d'occupation après résiliation ?
L'indemnité d'occupation est généralement égale au montant du loyer augmenté des charges. Dans cette affaire, le bailleur demandait 2 363,43 euros TTC par mois, mais le juge n'a pas statué sur ce point en raison des délais accordés.
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