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Tribunal judiciaire, service des référés, 29 juillet 2026 — n° 26/53841

Autres mesures ordonnées en référé

Synthèse de la décision

Question juridique

Le bailleur peut-il obtenir en référé la constatation de l'acquisition de la clause résolutoire et l'expulsion du locataire pour défaut de paiement des loyers, ainsi qu'une provision au titre de l'arriéré locatif ?

Principe retenu

En matière de bail commercial, la clause résolutoire est acquise si le locataire ne paie pas les loyers dans le délai d'un mois suivant la délivrance d'un commandement de payer visant cette clause. Le juge des référés peut constater l'acquisition de la clause résolutoire, ordonner l'expulsion et condamner le locataire au paiement d'une provision pour l'arriéré locatif et d'une indemnité d'occupation.

Faits clés

  • Bail commercial conclu le 24 juillet 2025 entre la SCI Les deux M et la SAS BB Gobelins
  • Loyer annuel de 54 000 euros payable trimestriellement
  • Commandement de payer visant la clause résolutoire délivré le 11 février 2026 pour un arriéré de 16 090,29 euros
  • Second commandement de payer délivré le 11 mars 2026 pour le même montant
  • Arriéré locatif total de 31 296,69 euros au 16 avril 2026

Articles cités

article 472 du code de procédure civile article 473 du code de procédure civile article 474 du code de procédure civile article 446-1 du code de procédure civile article 700 du code de procédure civile

Exposé du litige

FAITS ET PROCEDURE Par acte du 24 juillet 2025, la SCI Les deux M a donné à bail commercial à la société BB Gobelins des locaux situés [Adresse 3] et [Adresse 4], moyennant un loyer annuel de 54 000 euros, hors charges et hors taxes, payable trimestriellement, par avance. Des loyers sont demeurés impayés. Le bailleur a fait délivrer un commandement de payer, visant la clause résolutoire, par acte du 11 février 2026, à la société BB Gobelins, pour une somme de 16 090,29 euros, au titre de l’arriéré locatif au 5 février 2026. Le bailleur a fait délivrer un commandement de payer, visant la clause résolutoire, par acte du 11 mars 2026, à la société BB Gobelins, pour une somme de 16 090,29 euros, au titre de l’arriéré locatif au 9 mars 2026. Par acte du 22 mai 2026, la SCI Les deux M a fait assigner la société BB Gobelins devant la juridiction des référés du tribunal judiciaire de PARIS aux fins de voir : - constater l'acquisition de la clause résolutoire insérée au bail, - ordonner l'expulsion de la société BB Gobelins et celle de tous occupants de son chef des lieux loués avec le concours de la force publique si besoin est, sous astreinte de 500 euros par jour de retard à compter de la signification de l'ordonnance à intervenir, - ordonner le transport et la séquestration du mobilier trouvé dans les lieux dans tel garde-meubles qu'il plaira au bailleur aux frais, risques et péril de la partie expulsée, - condamner la société BB Gobelins à payer à la SCI Les deux M la somme provisionnelle de 31 296,69 euros au titre de l'arriéré locatif arrêté au 2ème trimestre inclus, avec intérêts au taux légal à compter de la délivrance de la mise en demeure du 23 janvier 2026, - ordonner la conversion de la saisie conservatoire du 14 avril 2026 réalisée auprès de la BNP Paribas pour le montant de 5 185,97 euros, - condamner la société BB Gobelins au paiement d'une indemnité d'occupation provisionnelle égale au montant du loyer augmenté des charges, jusqu'à la libération des locaux qui se matérialisera par la remise des clés ou l'expulsion du défendeur, - condamner la société BB Gobelins au paiement d'une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article 700 du code de procédure civile et aux entiers dépens. À l’audience du 8 juillet 2026, la SCI Les deux M a maintenu les termes de son assignation. Régulièrement assignée par acte remis à personne morale, la société BB Gobelins n'a pas comparu. La présente décision sera donc réputée contradictoire en application des dispositions des articles 473 et 474 du Code de procédure civile. Conformément à l'article 446-1 du code de procédure civile, pour plus ample informé de l'exposé et des prétentions des parties, il est renvoyé à l'assignation introductive d'instance et aux écritures déposées et développées oralement à l'audience. Vu la dénonciation de la procédure aux créanciers inscrits sur le fonds de commerce, L’affaire a été mise en délibéré au 29 juillet 2026, date de la présente ordonnance.

Motivations de la décision

MOTIFS Il résulte de l'article 472 du code de procédure civile que lorsque le défendeur ne comparait pas, le juge ne fait droit à la demande que dans la mesure où il l'estime régulière, recevable et bien fondée. Sur la demande relative à l’acquisition de la clause résolutoire L’article 834 du code de procédure civile dispose que dans tous les cas d'urgence, le président du tribunal judiciaire peut ordonner en référé toutes les mesures qui ne se heurtent à aucune contestation sérieuse ou que justifie l'existence d'un différend. La juridiction des référés n'est toutefois pas tenue de caractériser l'urgence, au sens de l'article 834 du code de procédure civile, pour constater l'acquisition de la clause résolutoire et la résiliation de droit d'un bail. L’article L. 145-41 du code de commerce dispose que toute clause insérée dans le bail prévoyant la résiliation de plein droit ne produit effet qu'un mois après un commandement demeuré infructueux. Le commandement doit, à peine de nullité, mentionner ce délai. Le bailleur, au titre d'un bail commercial, demandant la constatation de l'acquisition de la clause résolutoire comprise dans le bail doit rapporter la preuve de sa créance. Le juge des référés peut constater la résiliation de plein droit du bail au titre d’une clause contenue à l’acte à cet effet, à condition que : - le défaut de paiement de la somme réclamée dans le commandement de payer visant la clause résolutoire soit manifestement fautif, - le bailleur soit, de toute évidence, en situation d'invoquer de bonne foi la mise en jeu de cette clause, - la clause résolutoire soit dénuée d'ambiguïté et ne nécessite pas interprétation ; en effet, la clause résolutoire d'un bail doit s'interpréter strictement. Enfin la juridiction des référés ne peut, sans excéder ses pouvoirs, accorder d'office un délai de grâce et suspendre les effets de la clause résolutoire dès lors que ce délai ne lui a pas été demandé par le preneur. En l’espèce, la soumission du bail au statut des baux commerciaux ne donne lieu à aucune discussion. Le commandement de payer du 11 mars 2026 délivré à l'adresse des lieux loués à personne morale, adresse de l’unique établissement de la société BB Gobelins tel que mentionné sur le registre du commerce et des sociétés, est régulier. Il n’existe aucune contestation sérieuse sur la régularité du commandement en ce qu'il correspond exactement au détail des montants réclamés au preneur par le bailleur. En annexe du commandement, figure en effet le détail complet des loyers et charges dus et le décompte des versements effectués. Le commandement précise qu'à défaut de paiement dans le délai d'un mois, le bailleur entend expressément se prévaloir de la clause résolutoire incluse dans le bail ; la reproduction de la clause résolutoire (article 14 du bail) et de l'article L. 145-17 alinéa 1 du code de commerce y figurent. Le commandement contenait ainsi toutes les précisions permettant au locataire de connaître la nature, les causes et le montant des sommes réclamées, de procéder au règlement des sommes dues ou de motiver la critique du décompte. En faisant délivrer ce commandement, la SCI Les deux M n’a fait qu’exercer ses droits légitimes de bailleur face à un locataire ne respectant pas les clauses du bail alors que celles-ci avaient été acceptées en toute connaissance de cause. Les causes de ce commandement n’ont pas été acquittées dans le mois de sa délivrance. Dès lors, la clause résolutoire est acquise au 11 avril 2026 et le bail se trouve résilié de plein droit avec toutes conséquences de droit. Sur la demande d’expulsion et le sort des meubles Aux termes de l’article 835, alinéa 1er du code de procédure civile, le président peut toujours, même en présence d'une contestation sérieuse, prescrire en référé les mesures conservatoires ou de remise en état qui s'imposent, soit pour prévenir un dommage imminent, soit pour faire cesser un trouble manifestement illicite. Le maintien dans un immeuble, sans droit ni titre du fait de la résiliation du bail, constitue un trouble manifestement illicite. L’expulsion de la société BB Gobelins et de tout occupant de son chef doit donc être ordonnée en cas de non restitution volontaire des lieux dans les 15 jours de la signification de la présente ordonnance, sans qu’il soit justifié de la nécessité de prononcer une astreinte. Le sort des meubles trouvés dans les lieux sera régi en cas d’expulsion conformément aux dispositions du code des procédures civiles d’exécution et selon les modalités précisées au dispositif de l’ordonnance. Sur la demande de paiement à titre provisionnel des loyers et charges impayés et d’une indemnité d’occupation L’article 835, alinéa 2 du code de procédure dispose que dans les cas où l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable, le juge des référés peut accorder une provision au créancier. Il est rappelé qu’à compter de la résiliation du bail par l'effet de la clause résolutoire le preneur n'est plus débiteur de loyers mais d'une indemnité d'occupation. L’indemnité d’occupation due par la société BB Gobelins depuis l’acquisition de la clause résolutoire et jusqu’à la libération effective des lieux par la remise des clés, sera fixée à titre provisionnel au montant du loyer contractuel, outre les charges, taxes et accessoires. S’agissant du paiement, par provision, de l’arriéré locatif, il convient de rappeler qu’une demande en paiement de provision au titre d'une créance non sérieusement contestable relève du pouvoir du juge des référés sans condition de l'existence d'une urgence, aux termes de l’article 834 du code de procédure civile. Le montant de la provision allouée en référé n'a d'autre limite que le montant non sérieusement contestable de la dette alléguée Aux termes de l'article 1353 du code civil, c'est à celui qui réclame l'exécution d'une obligation de la prouver et à celui qui se prétend libéré de justifier le paiement ou le fait qui a produit l'extinction de son obligation. En l’espèce, au vu du décompte produit par la SCI Les deux M, l'obligation de la société BB Gobelins au titre des loyers, charges, taxes, accessoires et indemnités d'occupation au 16 avril 2026 n'est pas sérieusement contestable à hauteur de 31 296,69 euros (2ème trimestre inclus), somme au paiement de laquelle il convient de condamner par provision la société BB Gobelins, avec intérêts au taux légal à compter du commandement de payer sur la somme de 16 090,29 euros, et à compter de l'assignation pour le surplus. Sur la demande de conversion de la saisie conservatoire Une telle demande ne relève pas des pouvoirs du juge des référés, puisqu’elle suppose de disposer au préalable d’un titre exécutoire, de sorte qu’il n’y a pas lieu à référé sur celle-ci. Sur les demandes accessoires L’article 491, alinéa 2 du code de procédure civile dispose que le juge statuant en référé statue sur les dépens. L’article 696 dudit code précise que la partie perdante est condamnée aux dépens, à moins que le juge, par décision motivée, n’en mette la totalité ou une fraction à la charge d’une autre partie. La société BB Gobelins, qui succombe, doit supporter la charge des dépens, conformément aux dispositions susvisées. L’article 700 du code de procédure civile dispose que le juge condamne la partie tenue aux dépens ou qui perd son procès à payer : 1° A l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, 2° et, le cas échéant, à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle partielle ou totale une somme au titre des honoraires et frais, non compris dans les dépens, que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Dans ce cas, il est procédé comme il est dit aux alinéas 3 et 4 de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991. Dans tous les cas, le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée.

Dispositif

Ordonnons, à défaut de restitution volontaire des lieux dans les quinze jours de la signification de la présente ordonnance, l’expulsion de la société BB Gobelins et de tout occupant de son chef des lieux situés [Adresse 3] et [Adresse 4] avec le concours, en tant que de besoin, de la force publique et d’un serrurier ; Disons n’y avoir lieu au prononcé d’une astreinte ; Disons, en cas de besoin, que les meubles se trouvant sur les lieux seront remis aux frais de la personne expulsée dans un lieu désigné par elle et qu’à défaut, ils seront laissés sur place ou entreposés en un autre lieu approprié et décrits avec précision par l’huissier chargé de l’exécution, avec sommation à la personne expulsée d’avoir à les retirer dans un délai de quatre semaines à l’expiration duquel il sera procédé à leur mise en vente aux enchères publiques, sur autorisation du juge de l’exécution, ce conformément à ce que prévoient les dispositions du code des procédures civiles d’exécution sur ce point ; Fixons à titre provisionnel l’indemnité d’occupation due par la société BB Gobelins, à compter de la résiliation du bail et jusqu’à la libération effective des lieux par la remise des clés, à une somme égale au montant du loyer contractuel, outre les taxes, charges et accessoires ; Condamnons par provision la société BB Gobelins à payer à la SCI Les deux M la somme de 31 296,69 euros (trente et un mille deux cent quatre-vingt-seize euros et soixante-neuf centimes) au titre du solde des loyers, charges, accessoires et indemnités d’occupation arriérés au 16 avril 2026 (2ème trimestre inclus), avec intérêts au taux légal à compter du 11 mars 2026, date du commandement, sur la somme de 16 090,29 euros, et compter du 22 mai 2026, date de l’assignation, pour le surplus, ainsi que les indemnités d’occupation postérieures ; Disons n’y avoir lieu à référé sur la demande de conversion de la saisie conservatoire réalisée le 14 avril 2026 auprès de la BNP Paribas pour un montant de 5 185,97 euros ; Condamnons la société BB Gobelins à payer à la SCI Les deux M la somme de 1 000 euros (mille euros) par application des dispositions de l'article 700 du code de procédure civile ; Condamnons la société BB Gobelins aux dépens, en ce compris le coût du commandement ; Rappelons que l'ordonnance de référé rendue en matière de clause résolutoire insérée dans le bail commercial a seulement autorité de chose jugée provisoire ; Rappelons que la présente décision est exécutoire à titre provisoire. Fait à [Localité 1] le 29 juillet 2026 Le Greffier, Le Président, Célia HADBOUN Rémi FERREIRA

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une clause résolutoire dans un bail commercial ?
Une clause résolutoire permet au bailleur de résilier le bail de plein droit si le locataire ne respecte pas certaines obligations, notamment le paiement des loyers. Elle doit être mise en œuvre par un commandement de payer délivré au locataire, qui dispose d'un délai (souvent un mois) pour régulariser.
Comment obtenir l'expulsion d'un locataire commercial impayé ?
Le bailleur doit d'abord délivrer un commandement de payer visant la clause résolutoire. Si le locataire ne paie pas dans le délai imparti, le bailleur peut saisir le juge des référés pour faire constater l'acquisition de la clause et ordonner l'expulsion. Dans cette affaire, le juge a constaté l'acquisition et ordonné l'expulsion.
Quel est le montant de l'arriéré locatif dans cette affaire ?
L'arriéré locatif s'élevait à 31 296,69 euros au 16 avril 2026, incluant les loyers, charges et accessoires impayés. Le juge a condamné le locataire à payer cette somme à titre provisionnel.
Qu'est-ce qu'une indemnité d'occupation ?
L'indemnité d'occupation est une somme due par le locataire qui reste dans les lieux après la résiliation du bail. Elle est généralement égale au montant du loyer augmenté des charges. Dans cette affaire, le juge a fixé cette indemnité provisionnelle au montant du loyer contractuel.
Que se passe-t-il si le locataire ne comparait pas à l'audience ?
Si le locataire ne comparait pas, le juge peut statuer par ordonnance réputée contradictoire, en se fondant sur les preuves fournies par le demandeur. Dans cette affaire, le locataire n'était pas représenté, et le juge a fait droit aux demandes du bailleur.
Le juge des référés peut-il convertir une saisie conservatoire ?
En général, la conversion d'une saisie conservatoire relève du juge de l'exécution, pas du juge des référés. Dans cette affaire, le juge des référés a dit n'y avoir lieu à référé sur cette demande, laissant la question au juge compétent.
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