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Tribunal judiciaire, service des référés, 29 juillet 2026 — n° 26/52995

Autres mesures ordonnées en référé

Synthèse de la décision

Question juridique

Le juge des référés peut-il accorder des délais de paiement suspensifs de la clause résolutoire en cas de commandement de payer visant cette clause, et à quelles conditions ?

Principe retenu

Le juge des référés peut accorder des délais de paiement suspensifs de la clause résolutoire si le locataire est en mesure de régulariser sa dette dans le délai imparti. La clause résolutoire est suspendue pendant le délai accordé et réputée n'avoir jamais été acquise si le locataire respecte les modalités de paiement. En cas de non-respect, la résiliation est constatée et l'expulsion peut être ordonnée.

Faits clés

  • Bail commercial signé le 4 avril 1996 entre la SCI Tesba et la SARL [A]
  • Loyer fixé à 17 658 euros par an par jugement du 18 décembre 2025
  • Commandement de payer délivré le 26 mars 2026 pour un arriéré de 23 880 euros
  • Dette locative échue au 1er trimestre 2026 s'élevant à 30 438,43 euros
  • Demande de délais de paiement sur 24 mois par la locataire

Articles cités

article 834 du code de procédure civile article L.145-41 du code de commerce article 700 du code de procédure civile articles L.433-1 et L.433-2 du code des procédures civiles d'exécution

Exposé du litige

TRIBUNAL JUDICIAIRE DE [Localité 1] ■ N° RG 26/52995 - N° Portalis 352J-W-B7K-DCWID N° : 10-CH Assignation du : 23 Avril 2026 [1] [1] 2 Copies exécutoires délivrées le: ORDONNANCE DE RÉFÉRÉ rendue le 29 juillet 2026 par Anne-Charlotte MEIGNAN, Vice-Président au Tribunal judiciaire de Paris, agissant par délégation du Président du Tribunal, Assistée de Célia HADBOUN, Cadre-greffier. DEMANDERESSE La société [A] [Adresse 1] [Localité 2] représentée par Maître Béatrice KIJEWSKI, avocat au barreau de PARIS - #D1688 DEFENDERESSE La société TESBA [Adresse 2] [Localité 3] représentée par Maître Franck LOPEZ, avocat au barreau de PARIS - #E0934 DÉBATS A l’audience du 30 Juin 2026, tenue publiquement, présidée par Anne-Charlotte MEIGNAN, Vice-Président, assistée de Daouia BOUTLELIS, Greffier, Aux termes d'un acte sous seing privé signé le 4 avril 1996, la SCI Tesba a consenti à la SARL [A] un contrat de bail portant sur des locaux commerciaux situés première porte droite dans l'entrée de l'immeuble sis [Adresse 3]. Les relations contractuelles se sont depuis lors poursuivies entre les parties. Le 18 décembre 2025, le juge des loyers commerciaux du tribunal judiciaire de Paris a fixé à la somme de 17 658 euros par an hors charges et hors taxes à compter du 1er juillet 2022 le montant du loyer du bail renouvelé entre les parties. Le bailleur a fait délivrer au preneur le 26 mars 2026 un commandement de payer la somme de 23 880€ au titre de l'arriéré locatif échu au 4ème trimestre 2025 inclus. Ce commandement visait la clause résolutoire stipulée au bail. C'est dans ces conditions que par assignation délivrée le 23 avril 2026, la SAS [A] a fait citer la société Tesba devant le président de ce tribunal, statuant en référé, aux fins essentielles de voir suspendre les effets de la clause résolutoire. A l'audience du 30 juin 2026 et dans le dernier état de ses prétentions, la société [A] sollicite l'octroi de délais de paiement suspensifs de la clause résolutoire sur vingt-quatre mois pour acquitter la somme de 30 438,43€, et ce, à compter du 1er juillet 2026, les versements s'imputant sur le capital. En réponse, la SCI Tesba conclut au rejet de la demande de délais de paiement et sollicite de : - constater l’acquisition de la clause résolutoire , - ordonner l’expulsion de la défenderesse et de tout occupant de son chef, - condamner la société [A] au paiement par provision de la somme de 30 438,43 euros correspondant à la dette locative échue au 1er trimestre 2026 exigible depuis le 1er avril 2026, ainsi qu'une indemnité d'occupation équivalente au double du montant du loyer augmenté de la provision sur charges, - la condamner au paiement de la somme de 3000€ au titre de l'article 700 du code de procédure civile, ainsi qu'aux dépens. Conformément aux dispositions des articles 455 et 446-1 du code de procédure civile, pour un plus ample exposé des faits, de la procédure et des moyens, il est renvoyé à l'acte introductif d’instance, aux écritures et aux notes d’audience.

Motivations de la décision

MOTIFS Sur l'acquisition de la clause résolutoire Aux termes de l’article 834 du code de procédure civile, dans tous les cas d'urgence, le président du tribunal judiciaire peut ordonner en référé toutes les mesures qui ne se heurtent à aucune contestation sérieuse ou que justifie l'existence d'un différend. Le juge des référés n'est toutefois pas tenu de caractériser l'urgence pour constater l'acquisition de la clause résolutoire et la résiliation de droit d'un bail. L'article L.145-41 du code de commerce dispose que « toute clause insérée dans le bail prévoyant la résiliation de plein droit ne produit effet qu'un mois après un commandement demeuré infructueux. Le commandement doit, à peine de nullité, mentionner ce délai ». En l'espèce, le contrat de bail stipule qu'à défaut de paiement à son échéance exacte d'un seul terme de loyer, le bail sera résilié de plein droit un mois après commandement de payer resté sans effet et contenant déclaration par le bailleur de son intention de se prévaloir de la clause résolutoire. Le commandement de payer délivré le 26 mars 2026 mentionne le délai d'un mois pour en régulariser les causes et reprend les dispositions de l'article L.145-41 du code de commerce. Il vise la clause résolutoire La régularité de ce commandement n'est pas contestée par la société [A], les sommes appelées correspondant au jugement rendu le 18 décembre 2025. Il est constant comme résultant des débats que les causes du commandement n'ont pas été réglées dans le délai imparti, de sorte que le contrat de bail s’est trouvé résilié de plein droit à la date du 27 avril 2026 par l'effet de l'acquisition de la clause résolutoire. Aux termes de l’alinéa 2 de l’article L.145-41 du code de commerce, le juge saisi d'une demande présentée dans les formes et conditions prévues à l'article 1343-5 du code civil peut, en accordant des délais, suspendre la réalisation et les effets des clauses de résiliation, lorsque la résiliation n'est pas constatée ou prononcée par une décision de justice ayant acquis l'autorité de la chose jugée. La clause résolutoire ne joue pas, si le locataire se libère dans les conditions fixées par le juge. Compte tenu d'une part, des circonstances ayant entouré la délivrance du commandement de payer, qui sollicite un mois après la signification du jugement du 18 décembre 2025, les rappels de loyers correspondant à la fixation du loyer de renouvellement, d'autre part, de l'ancienneté du contrat de bail et enfin, de la reprise du paiement des loyers avant l'audience, et alors qu'à défaut de respect des échéances de remboursement, le bailleur disposera d'un titre exécutoire lui permettant de procéder à la reprise des lieux, il convient de faire droit à la demande de délais de paiement lesquels permettront de solder la dette dans un délai raisonnable. Compte tenu des circonstances précitées, les paiements s'imputeront en priorité sur le capital en vertu de l'article 1343-5 du code civil. A défaut de respecter les délais de paiement et/ou de ne pas procéder au paiement des échéances courantes, la clause résolutoire sera acquise, l'expulsion sera ordonnée. La défenderesse sera également redevable d’une indemnité d’occupation à titre provisionnel équivalente au montant du loyer, augmenté des charges, et ce jusqu’à libération des lieux. En effet, si la requérante sollicite une indemnité d'occupation équivalente au double du montant du loyer hors charges, soit supérieure au montant actuel du loyer, charges comprises, cette demande ne repose ni sur le fondement d'une stipulation contractuelle (qui, au demeurant, n'est pas invoquée), ni sur la démonstration d'une faute délictuelle résultant d'un maintien dans les lieux sans droit ni titre qui justifierait, de façon non sérieusement contestable, l'octroi d'une indemnité supérieure au montant du loyer et des charges. Dès lors, la majoration de l'indemnité d'occupation apparaît sérieusement contestable, tant en en son principe qu'en son montant. Sur la provision Aux termes de l'article 835 du code de procédure civile, dans les cas où l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable, le président du tribunal judiciaire peut accorder une provision au créancier, ou ordonner l'exécution de l'obligation même s'il s'agit d'une obligation de faire. La créance n'étant pas contestée, la société [A] sera condamnée par provision à verser à la SCI Tesba la somme de 30 438,43 euros au titre de la dette locative échue au 1er trimestre 2026 inclus. Sur le surplus des demandes Il n'apparaît pas inéquitable de condamner la société [A] au paiement des dépens en vertu de l'article 696 du code de procédure civile. Aucune raison d'équité ne commande de faire droit à la demande au titre des frais irrépétibles et la demande sera rejetée sur le fondement de l'article 700 du même code. PAR CES MOTIFS Nous, Juge des référés, statuant publiquement, par ordonnance contradictoire et en premier ressort, Renvoyons les parties à se pourvoir au fond ainsi qu'elles en aviseront, mais dès à présent par provision, tous les moyens des parties étant réservés : Constatons que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire stipulée au contrat de bail sont réunies, Condamnons la société [A] à verser à la SCI Tesba la somme de 30 438,43 euros à titre de provision à valoir sur la dette locative échue au 1er trimestre 2026 inclus ; L’autorisons à se libérer de cette dette en vingt-quatre mensualités égales, en sus du loyer et des charges courants, le premier versement devant être effectué le 1er juillet 2026, puis le 10ème jour de chaque mois et tout paiement étant imputé en priorité sur les loyers et charges en cours, sauf meilleur accord des parties, Disons que les paiements s'imputeront en priorité sur le capital ; Suspendons pendant cette période, les effets de la clause résolutoire qui sera réputée n’avoir jamais été acquise en cas de respect des modalités de paiement, Disons qu’à défaut de paiement d’une seule mensualité (loyer ou arriéré) à son échéance et dans son intégralité, le solde restant dû deviendra immédiatement exigible et la clause résolutoire reprendra ses effets,

Dispositif

Constatons en ce cas la résiliation de plein droit du bail consenti à la société [A] portant sur des locaux situés première porte droite dans l'entrée de l'immeuble sis [Adresse 3]; Autorisons en ce cas l'expulsion de la société [A] et celle de tous occupants de son chef des lieux précités, et disons qu'à défaut de départ volontaire, la partie défenderesse pourra être contrainte à l'expulsion avec, si besoin est, l'assistance de la force publique, Rappelons que le sort des meubles sera régi conformément aux dispositions des articles L.433-1 et L.433-2 du code des procédures civiles d’exécution, Condamnons en ce cas la société [A] à payer à la SCI Tesba une indemnité d'occupation provisionnelle équivalente au montant du dernier loyer majorée des charges et ce, à compter du non respect des délais de paiement jusqu'à libération effective des lieux, Condamnons la société [A] au paiement des dépens, Rejetons la demande fondée sur les dispositions de l'article 700 du code de procédure civile, Rappelons que la présente ordonnance bénéficie de plein droit de l'exécution provisoire. Fait à [Localité 1] le 29 juillet 2026 Le Greffier, Le Président, Célia HADBOUN Anne-Charlotte MEIGNAN

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une clause résolutoire dans un bail commercial ?
Une clause résolutoire permet au bailleur de résilier le bail de plein droit si le locataire ne paie pas les loyers dans un délai d'un mois après un commandement de payer. Dans cette affaire, la clause était stipulée au bail et le commandement a été délivré le 26 mars 2026.
Comment obtenir des délais de paiement pour éviter la résiliation ?
Le locataire peut saisir le juge des référés pour demander des délais de paiement suspensifs. Le juge les accorde si le locataire est en mesure de régulariser sa dette. Ici, la société [A] a obtenu 24 mois pour payer l'arriéré de 30 438,43 euros.
Quelles sont les conditions pour que la clause résolutoire soit suspendue ?
Le locataire doit respecter les modalités de paiement fixées par le juge, notamment payer les mensualités en plus des loyers courants. Si une seule mensualité est manquée, la clause reprend ses effets et la résiliation est constatée.
Que se passe-t-il si je ne respecte pas les délais de paiement accordés ?
En cas de non-respect, le solde restant dû devient immédiatement exigible, la clause résolutoire reprend ses effets, et le bailleur peut demander l'expulsion et une indemnité d'occupation. Dans cette décision, l'expulsion a été autorisée en cas de manquement.
Le juge des référés peut-il accorder des délais de paiement même si le bailleur s'y oppose ?
Oui, le juge des référés peut accorder des délais de paiement en vertu de l'article L.145-41 du code de commerce, même si le bailleur s'y oppose, à condition que le locataire soit en mesure de payer sa dette. Ici, le juge a accordé les délais malgré l'opposition de la SCI Tesba.
Quelle est la durée maximale des délais de paiement ?
La loi ne fixe pas de durée maximale, mais le juge apprécie au cas par cas. Dans cette affaire, le juge a accordé 24 mois, ce qui est courant pour les dettes locatives.
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