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Tribunal judiciaire, service des référés, 29 juillet 2026 — n° 26/54185

Expulsion "conditionnelle" ordonnée au fond avec suspension des effets de la clause résolutoire

Synthèse de la décision

Question juridique

Le bailleur peut-il obtenir en référé la constatation de l'acquisition de la clause résolutoire et l'expulsion du locataire pour défaut de paiement des loyers, alors que le locataire ne comparaît pas et que le bailleur propose des délais de paiement ?

Principe retenu

En référé, le juge peut constater l'acquisition de la clause résolutoire insérée dans un bail commercial en cas de défaut de paiement des loyers, dès lors que le commandement de payer est resté infructueux. Le juge peut accorder des délais de paiement au locataire et suspendre les effets de la clause résolutoire pendant ces délais, mais à défaut de paiement, la clause reprend ses effets et l'expulsion peut être ordonnée.

Faits clés

  • Bail commercial conclu le 21 mars 2024 entre Elogie-siemp et 2L Resto
  • Loyer annuel de 65 508,36 euros hors charges
  • Commandement de payer délivré le 16 mars 2026 pour un arriéré de 22 929,48 euros
  • Assignation en référé le 20 mai 2026
  • Locataire non comparant à l'audience

Articles cités

article 834 du code de procédure civile article 446-1 du code de procédure civile article 1343-2 du code civil article 700 du code de procédure civile

Exposé du litige

FAITS ET PROCEDURE Par acte du 21 mars 2024, la société Elogie-siemp a donné à bail commercial à la société 2L resto des locaux situés [Adresse 3], moyennant un loyer annuel de 65 508,36 euros, hors charges et hors taxes, payable trimestriellement, par avance. Des loyers sont demeurés impayés. Le bailleur a fait délivrer un commandement de payer, visant la clause résolutoire, par acte du 16 mars 2026, à la société 2L resto, pour une somme de 22 929,48 euros, au titre de l’arriéré locatif au 20 février 2026. Par acte du 20 mai 2026, la société Elogie-siemp a fait assigner la société 2L resto devant la juridiction des référés du tribunal judiciaire de PARIS aux fins de voir : - constater l'acquisition de la clause résolutoire insérée au bail, - ordonner l'expulsion de la société 2L resto et celle de tous occupants de son chef des lieux loués avec le concours de la force publique si besoin est, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la signification de l'ordonnance à intervenir, - ordonner le transport et la séquestration du mobilier trouvé dans les lieux dans tel garde-meubles qu'il plaira au bailleur aux frais, risques et péril de la partie expulsée, - condamner la société 2L resto à payer à DEM1 la somme provisionnelle de 29 135,37 euros au titre de l'arriéré locatif, avec intérêts au taux légal à compter de la délivrance de l'assignation, - ordonner la capitalisation des intérêts dans les conditions de l’article 1343-2 du code civil, - condamner la société 2L resto au paiement d'une indemnité d'occupation provisionnelle égale au montant du loyer augmenté des charges, jusqu'à la libération des locaux qui se matérialisera par la remise des clés ou l'expulsion du défendeur, - condamner la société 2L resto au paiement d'une somme de 1 250 euros au titre des dispositions de l'article 700 du code de procédure civile et aux entiers dépens. À l’audience du 8 juillet 2026, la société Elogie-siemp a maintenu les termes de son assignation, en proposant des délais de paiement jusqu’au mois d’octobre 2026, avec des mensualités à hauteur de 2 786,95 euros. Régulièrement assignée à étude, la société 2L resto n’a pas comparu. Conformément à l'article 446-1 du code de procédure civile, pour plus ample informé de l'exposé et des prétentions des parties, il est renvoyé à l'assignation introductive d'instance et aux écritures déposées et développées oralement à l'audience. L’affaire a été mise en délibéré au 29 juillet 2026, date de la présente ordonnance.

Motivations de la décision

MOTIFS Sur la demande relative à l’acquisition de la clause résolutoire et aux sommes impayées L’article 834 du code de procédure civile dispose que dans tous les cas d'urgence, le président du tribunal judiciaire peut ordonner en référé toutes les mesures qui ne se heurtent à aucune contestation sérieuse ou que justifie l'existence d'un différend. La juridiction des référés n'est toutefois pas tenue de caractériser l'urgence, au sens de l'article 834 du code de procédure civile, pour constater l'acquisition de la clause résolutoire et la résiliation de droit d'un bail. L’article L. 145-41 du code de commerce dispose que toute clause insérée dans le bail prévoyant la résiliation de plein droit ne produit effet qu'un mois après un commandement demeuré infructueux. Le commandement doit, à peine de nullité, mentionner ce délai. Le bailleur, au titre d'un bail commercial, demandant la constatation de l'acquisition de la clause résolutoire comprise dans le bail doit rapporter la preuve de sa créance. Le juge des référés peut constater la résiliation de plein droit du bail au titre d’une clause contenue à l’acte à cet effet, à condition que : - le défaut de paiement de la somme réclamée dans le commandement de payer visant la clause résolutoire soit manifestement fautif, - le bailleur soit, de toute évidence, en situation d'invoquer de bonne foi la mise en jeu de cette clause, - la clause résolutoire soit dénuée d'ambiguïté et ne nécessite pas interprétation ; en effet, la clause résolutoire d'un bail doit s'interpréter strictement. En l’espèce, la soumission du bail au statut des baux commerciaux ne donne lieu à aucune discussion. Il n’existe aucune contestation sérieuse sur la régularité du commandement du 16 mars 2026 en ce qu'il correspond exactement au détail des montants réclamés préalablement au preneur par le bailleur. En annexe du commandement, figure le détail complet des loyers et charges dus et le décompte des versements effectués. Le commandement précise qu'à défaut de paiement dans le délai d'un mois, le bailleur entend expressément se prévaloir de la clause résolutoire incluse dans le bail ; la reproduction de la clause résolutoire et de l'article L. 145-17 alinéa 1 du code de commerce y figurent. Le commandement contenait ainsi toutes les précisions permettant au locataire de connaître la nature, les causes et le montant des sommes réclamées, de procéder au règlement des sommes dues ou de motiver la critique du décompte. En faisant délivrer ce commandement, la société Elogie-siemp n’a fait qu’exercer ses droits légitimes de bailleur face à un locataire ne respectant pas les clauses du bail alors que celles-ci avaient été acceptées en toute connaissance de cause. Les causes de ce commandement, n’ont pas été acquittées dans le mois de sa délivrance, ce qui permet de constater l’acquisition de la clause résolutoire au 16 avril 2026, sous réserve des dispositions ultérieures relatives aux délais de paiement. Selon le décompte produit aux débats, la créance s’élève désormais à la somme de 29 135,37 euros, arrêtée au 24 avril 2026, 2ème trimestre inclus. Il y a donc lieu de condamner par provision la société 2L resto au payement de cette somme, avec intérêts au taux légal à compter du commandement sur 22 929,48 euros et à compter de l'assignation sur le surplus, qui seront capitalisés en application de l’article 1343-2 du code civil. La société Elogie-siemp, à l’audience du 8 juillet 2026, a proposé des délais de paiement à hauteur de 2 789,95 € par mois jusqu’au mois d’octobre 2026, soit pendant encore 4 mois. Les juges saisis d'une demande présentée dans les formes et conditions prévues à l'article 1343-5 du code civil peuvent, en accordant des délais, suspendre la réalisation et les effets des clauses de résiliation, lorsque la résiliation n'est pas constatée ou prononcée par une décision de justice ayant acquis l'autorité de la chose jugée. La clause résolutoire ne joue pas, si le locataire se libère dans les conditions fixées par le juge. L'octroi des délais de paiement autorisés par l'article 1343-5 du code civil, n'est par ailleurs nullement conditionné à la seule existence d'une situation économique catastrophique de celui qui les demande, mais relève du pouvoir discrétionnaire du juge. Compte tenu des circonstances de la cause qui démontrent un réel effort du locataire pour la continuation de son commerce au regard notamment des règlements effectués de manière régulière, et de l’accord des parties, la bonne foi du preneur doit être reconnue tandis que la résiliation du bail entraînerait de très lourdes conséquences économiques. Ainsi, il y a lieu d’accorder un délai de 4 mois à la société 2L resto pour s’acquitter de sa dette, dans les conditions précisées au dispositif de la présente ordonnance et de suspendre, pendant le cours de ces délais, les effets de la clause résolutoire. Sur la demande d’expulsion et sur l’indemnité d’occupation Aux termes de l’article 835, alinéa 1er du code de procédure civile, le président peut toujours, même en présence d'une contestation sérieuse, prescrire en référé les mesures conservatoires ou de remise en état qui s'imposent, soit pour prévenir un dommage imminent, soit pour faire cesser un trouble manifestement illicite. Le maintien dans un immeuble, sans droit ni titre du fait de la résiliation du bail, constitue un trouble manifestement illicite. Mais compte-tenu des délais accordés, qui suspendent les effets de la clause résolutoire, l’expulsion ne sera autorisée qu’en cas de non-respect de l’échéancier prévu, dans les conditions précisées au dispositif. En cas de non-respect de l’échéancier, la société 2L resto sera tenue au paiement d’une indemnité d’occupation depuis l’acquisition de la clause résolutoire et jusqu’à la libération effective des lieux par la remise des clés, qui sera fixée à titre provisionnel au montant du loyer contractuel, outre les charges, taxes et accessoires. Sur les demandes accessoires L’article 491, alinéa 2 du code de procédure civile dispose que le juge statuant en référé statue sur les dépens. L’article 696 dudit code précise que la partie perdante est condamnée aux dépens, à moins que le juge, par décision motivée, n’en mette la totalité ou une fraction à la charge d’une autre partie. La société 2L resto, qui succombe, doit supporter la charge des dépens, conformément aux dispositions susvisées. L’article 700 du code de procédure civile dispose que le juge condamne la partie tenue aux dépens ou qui perd son procès à payer : 1° A l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, 2° et, le cas échéant, à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle partielle ou totale une somme au titre des honoraires et frais, non compris dans les dépens, que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Dans ce cas, il est procédé comme il est dit aux alinéas 3 et 4 de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991. Dans tous les cas, le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à ces condamnations. Néanmoins, s'il alloue une somme au titre du 2° du présent article, celle-ci ne peut être inférieure à la part contributive de l'Etat. Aucun élément tiré de l’équité ou de la situation économique de la société 2L resto ne permet d’écarter la demande de société Elogie-siemp formée sur le fondement des dispositions susvisées.

Dispositif

Ordonnons la suspension des effets de la clause résolutoire pendant le cours de ces délais ; Disons que les loyers et charges courants devront être payés dans les conditions fixées par le bail commercial ; Disons que, faute pour la société 2L resto de payer à bonne date, en sus du loyer, charges et accessoires courants, une seule des mensualités, et huit jours après l’envoi d’une simple mise en demeure adressée par lettre recommandée avec avis de réception, ° le tout deviendra immédiatement exigible, ° la clause résolutoire sera acquise, ° il sera procédé à l’expulsion immédiate de la société 2L resto et à celle de tous occupants de son chef des lieux loués, à savoir [Adresse 3], avec l’assistance si nécessaire de la force publique et d’un serrurier, ° en cas de besoin, les meubles se trouvant sur les lieux seront remis aux frais de la personne expulsée dans un lieu désigné par elle et à défaut, seront laissés sur place ou entreposés en un autre lieu approprié et décrits avec précision par l’huissier chargé de l’exécution, avec sommation à la personne expulsée d’avoir à les retirer dans un délai de quatre semaines à l’expiration duquel il sera procédé à leur mise en vente aux enchères publiques, sur autorisation du juge de l’exécution, ce conformément à ce que prévoient les dispositions du code des procédures civiles d’exécution, ° une indemnité provisionnelle égale au montant du loyer contractuel augmenté des charges sera mise à sa charge, en cas de maintien dans les lieux, jusqu’à libération effective des lieux par remise des clés ; Condamnons la société 2L resto aux entiers dépens, en ce compris le coût du commandement ; Condamnons la société 2L resto à payer à la société Elogie-siemp la somme de 1 000 euros (mille euros) par application des dispositions de l'article 700 du code de procédure civile ; Rejetons toutes les autres demandes des parties, plus amples ou contraires ; Rappelons que l'ordonnance de référé rendue en matière de clause résolutoire insérée dans le bail commercial a seulement autorité de chose jugée provisoire ; Rappelons que la présente décision est exécutoire à titre provisoire. Fait à [Localité 1] le 29 juillet 2026 Le Greffier, Le Président, Célia HADBOUN Rémi FERREIRA

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une clause résolutoire dans un bail commercial ?
Une clause résolutoire est une clause du contrat de bail qui prévoit la résiliation automatique du bail en cas de manquement du locataire, notamment le défaut de paiement des loyers. Elle permet au bailleur de demander au juge de constater la résiliation et d'obtenir l'expulsion du locataire.
Comment se déroule la procédure pour faire jouer la clause résolutoire ?
Le bailleur doit d'abord délivrer un commandement de payer au locataire, visant la clause résolutoire. Si le locataire ne paie pas dans le délai imparti (souvent 1 mois), le bailleur peut assigner le locataire en référé pour faire constater l'acquisition de la clause et obtenir l'expulsion.
Le locataire peut-il obtenir des délais de paiement pour éviter l'expulsion ?
Oui, le juge des référés peut accorder des délais de paiement au locataire, suspendre les effets de la clause résolutoire pendant ces délais, et si le locataire paie les mensualités convenues, la clause est réputée ne pas avoir joué. En cas de non-paiement, la clause reprend ses effets.
Que se passe-t-il si le locataire ne comparaît pas à l'audience ?
Si le locataire est régulièrement assigné et ne comparaît pas, le juge peut statuer par défaut. Il peut faire droit aux demandes du bailleur si elles sont fondées, comme en l'espèce où le juge a constaté l'acquisition de la clause résolutoire et ordonné l'expulsion.
Qu'est-ce qu'une indemnité d'occupation ?
L'indemnité d'occupation est une somme due par le locataire qui reste dans les lieux après la résiliation du bail. Elle est généralement égale au montant du loyer augmenté des charges, et est due jusqu'à la libération effective des lieux.
Quels sont les frais que le locataire doit rembourser au bailleur ?
Le locataire peut être condamné aux dépens (frais de procédure, y compris le coût du commandement) et à payer une somme au titre de l'article 700 du code de procédure civile pour les frais irrépétibles du bailleur.
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