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Tribunal judiciaire, pcp jcp acr référé, 29 juillet 2026 — n° 26/02423

Expulsion "conditionnelle" ordonnée au fond avec suspension des effets de la clause résolutoire

Synthèse de la décision

Question juridique

Le juge des référés peut-il suspendre les effets d'une clause résolutoire et accorder des délais de paiement lorsque le locataire a repris le paiement intégral du loyer courant avant l'audience ?

Principe retenu

Selon l'article 24 de la loi du 6 juillet 1989, le juge peut, à la demande du locataire, suspendre les effets de la clause résolutoire et accorder des délais de paiement si le locataire a repris le paiement intégral du loyer courant avant l'audience. La suspension est subordonnée au respect des délais accordés ; en cas de non-respect, la clause résolutoire reprend ses effets.

Faits clés

  • Bail d'habitation conclu le 9 novembre 2020
  • Commandement de payer délivré le 21 octobre 2025 pour un arriéré de 2 334,98 euros
  • Assignation en référé du 6 février 2026
  • Dette actualisée au 28 mai 2026 : 1 760,06 euros
  • Reprise du paiement intégral du loyer courant avant l'audience

Articles cités

article 24 de la loi du 6 juillet 1989 article 700 du code de procédure civile articles L. 433-1 et L. 433-2 du code des procédures civiles d'exécution

Exposé du litige

EXPOSÉ DES FAITS ET DE LA PROCÉDURE Par acte sous seing privé ayant pris effet le 9 novembre 2020, la société CDC HABITAT SOCIAL a consenti un bail d’habitation à M [W] [E] et Mme [T] [E] sur des locaux situés [Adresse 3], moyennant le paiement d’un loyer mensuel de 834,88 euros et d’une provision pour charges de 274,36 euros. Par acte de commissaire de justice du 21 octobre 2025, la bailleresse a fait délivrer aux locataires un commandement de payer la somme principale de 2.334,98 euros au titre de l'arriéré locatif dans un délai de deux mois, en visant une clause résolutoire. La caisse des allocations familiales a été informée de la situation de M [W] [E] et Mme [T] [E] le 24 octobre 2025. Par assignation du 6 février 2026, la société CDC HABITAT SOCIAL a saisi le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Paris en référé pour faire constater l’acquisition de la clause résolutoire, être autorisée à faire procéder à l’expulsion de M [W] [E] et Mme [T] [E], voir statuer sur le sort des meubles et obtenir leur condamnation au paiement des sommes suivantes : une indemnité mensuelle d’occupation d’un montant égal à celui du loyer et des charges, majorés de 10%, à compter de l’acquisition de la clause résolutoire et jusqu’à libération des lieux,3.934 euros à titre de provision sur l’arriéré locatif arrêté au 2 février 2026, sauf à parfaire, en tout état de cause aux loyers impayés jusqu’au prononcé de l’acquisition de la clause résolutoire,700 euros sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile, outre les entiers dépens, comprenant le coût du commandement de payer, de l’assignation et de la dénonciation au représentant de l’Etat dans le département.. L’assignation a été notifiée au représentant de l’État dans le département le 9 février 2026. Le diagnostic social et financier est parvenu au greffe avant l'audience. Prétentions et moyens des parties À l'audience du 4 juin 2026, la société CDC HABITAT SOCIAL, représentée par son avocat, maintient l'intégralité de ses demandes, et précise que la dette locative, actualisée au 28 mai 2026, s'élève désormais à la somme de 1.760,06 euros, terme du mois d’avril 2026 inclus, hors frais. La société CDC HABITAT SOCIAL considère enfin qu'il y a bien eu une reprise du paiement intégral du loyer courant avant l'audience, au sens de l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989, et accepte la suspension des effets de la clause résolutoire et l’octroi de délais de paiement aux défendeurs. Elle indique que la Caisse d’allocations familiales a fait des versements pour régulariser des sommes dues et que les locataires versent 200 euros en plus du loyer courant pour apurer la dette. M. [W] [E] et Mme [T] [E] n’ont pas comparu, bien que régulièrement cités à étude. En application de l'article 24 V de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, les parties ont été invitées à produire tous éléments relatifs à l’existence d’une procédure de traitement du surendettement au sens du livre VII du code de la consommation. La société CDC HABITAT SOCIAL a indiqué ne pas avoir connaissance d’une telle procédure pour M [W] [E] et Mme [T] [E] . À l’issue des débats, la décision a été mise en délibéré jusqu’à ce jour, où elle a été mise à disposition des parties au greffe.

Motivations de la décision

MOTIVATION 1. Sur la demande de constat de la résiliation du bail 1.1. Sur la recevabilité de la demande La société CDC HABITAT SOCIAL justifie avoir notifié l’assignation au représentant de l’État dans le département plus de six semaines avant l’audience. Elle justifie également avoir saisi la caisse d’allocations familiales deux mois au moins avant la délivrance de l’assignation. Son action est donc recevable au regard des dispositions de l’article 24 de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989. 1.2. Sur la résiliation du bail Aux termes de l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989 modifié par la loi du 27 juillet 2023, tout contrat de bail d'habitation contient une clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie. Cette clause ne produit effet que six semaines après un commandement de payer demeuré infructueux. Cependant, ce délai légal d’acquisition de la clause résolutoire et d’apurement de la dette locative relève des effets légaux du contrat de bail uniquement lorsque celui-ci ne comporte pas de prévision contractuelle sur ce point. À l'inverse, lorsque le délai d’acquisition de la clause a été contractualisé, celui-ci ne peut plus être considéré comme un effet légal du contrat. Il y a lieu alors d’appliquer le délai contractuel, ce délai ne revêtant pas un impérieux motif d'intérêt général interdisant aux parties d'y déroger dans un sens favorable au locataire. En l’espèce, un commandement de payer reproduisant textuellement les dispositions légales et la clause résolutoire contenue dans le contrat de bail a été signifié aux locataires le 21 octobre 2025. Or, d’après l'historique des versements, la somme de 2.334,98 euros n’a pas été réglée par ces derniers dans le délai de deux mois suivant la signification de ce commandement et un plan d’apurement a été conclu postérieurement à ce délai entre les parties. La bailleresse est donc bien fondée à se prévaloir des effets de la clause résolutoire, dont les conditions sont réunies depuis le 21 décembre 2025. Eu égard aux règlements faits par les locataires qui réduisent la dette et à l’accord de la bailleresse, il convient de suspendre la résiliation du bail au respect du plan d’apurement précisé ci-après. En cas de respect des modalités du plan d’apurement, la clause résolutoire sera, à l’issue de ce plan, réputée n’avoir pas joué, et l’exécution du contrat de bail pourra se poursuivre. En revanche, à défaut de paiement d’une seule échéance comprenant le loyer et la mensualité d’apurement, la clause résolutoire sera acquise, et le bail sera résilié de plein droit, sans qu’une nouvelle procédure judiciaire ne soit nécessaire. Dans ce cas, il est ordonné aux locataires ainsi qu’à tous les occupants de leur chef de quitter les lieux, et, pour le cas où les lieux ne seraient pas libérés spontanément, la bailleresse sera autorisée à faire procéder à l’expulsion de toute personne y subsistant, dès l’expiration d’un délai de deux mois après la signification d’un commandement de quitter les lieux. 2. Sur l’indemnité d’occupation En cas de maintien dans les lieux des locataires ou de toute personne de leur chef malgré la résiliation du bail, une indemnité d’occupation sera due. Au regard du montant actuel du loyer et des charges, son montant sera provisoirement fixé à la somme mensuelle de 1.217,56 euros, en avril 2026. L’indemnité d’occupation est payable et révisable dans les mêmes conditions que l’étaient le loyer et les charges, à partir du 22 décembre 2025, et ne cessera d’être due qu’à la libération effective des locaux avec remise des clés à la société CDC HABITAT SOCIAL ou à son mandataire. Aucune circonstance de l’espèce ne justifie de majorer le montant du loyer et des charges actuels pour fixer le montant de l’indemnité d’occupation, de sorte que cette demande sera rejetée. 3. Sur la dette locative Aux termes de l’article 835 du code de procédure civile, dans les cas où l’existence de l’obligation n’est pas sérieusement contestable, le juge des contentieux de la protection saisi en référé peut accorder une provision au créancier, ou ordonner l’exécution de l’obligation même s’il s’agit d’une obligation de faire. En l’espèce, la société CDC HABITAT SOCIAL verse aux débats un décompte démontrant qu’à la date du 28 mai 2026, M [W] [E] et Mme [T] [E] lui devaient la somme de 1.760,06 euros, soustraction faite des frais de procédure, terme du mois d’avril 2026 inclus. M [W] [E] et Mme [T] [E] n’apportant aucun élément de nature à remettre en cause ce montant, ils seront condamnés à payer cette somme à la bailleresse, à titre de provision. Toutefois, eu égard aux délais de paiement évoqués ci-avant, il convient de différer l'exigibilité de cette somme en autorisant M [W] [E] et Mme [T] [E] à se libérer de cette dette selon les modalités détaillées ci-après. 4. Sur les frais du procès et l'exécution provisoire M [W] [E] et Mme [T] [E] , qui succombent à la cause, seront condamnés aux dépens de la présente instance, conformément à l’article 696 du code de procédure civile. Aux termes de l’article 700 du code de procédure civile, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l’autre partie la somme qu’il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens ; dans tous les cas, le juge tient compte de l’équité et de la situation économique de la partie condamnée. Compte tenu de la situation économique, il n'y a pas lieu de les condamner à une quelconque indemnité sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile. PAR CES MOTIFS, Nous, juge des contentieux de la protection, statuant publiquement, par ordonnance de référé réputée contradictoire, rendue en premier ressort et assortie de plein droit de l’exécution provisoire en toutes ses dispositions, RENVOYONS les parties à se pourvoir ainsi qu’elles aviseront mais, dès à présent, vu l’urgence et l’absence de contestation sérieuse, CONSTATONS que la dette locative visée dans le commandement de payer du 21 octobre 2025 n’a pas été réglée dans le délai de deux mois,

Dispositif

CONSTATONS, en conséquence, que le contrat conclu le 9 novembre 2020 entre la société CDC HABITAT SOCIAL, d’une part, et M [W] [E] et Mme [T] [E] , d’autre part, concernant les locaux situés au [Adresse 3], est résilié depuis le 21 décembre 2025, CONDAMNONS M [W] [E] et Mme [T] [E] à payer à la société CDC HABITAT SOCIAL la somme de 1.760,06 euros, à titre de provision sur l’arriéré locatif arrêté au 28 mai 2026, terme du mois d’avril 2026 inclus, AUTORISONS M [W] [E] et Mme [T] [E] à se libérer de sa dette en réglant chaque mois pendant 17 mois, en plus du loyer courant, une somme minimale de 100 euros, outre une dernière échéance étant majorée du solde de la dette en principal, intérêts et frais, DISONS que le premier règlement devra intervenir dans les dix jours suivant la signification de la présente décision, puis, pour les paiements suivants, en même temps que le loyer, au plus tard le dixième jour de chaque mois, sauf meilleur accord entre les parties, SUSPENDONS les effets de la clause résolutoire pendant l’exécution des délais de paiement accordés à M [W] [E] et Mme [T] [E], DISONS que si les délais accordés sont entièrement respectés, la clause résolutoire sera réputée n’avoir jamais été acquise, DISONS qu’en revanche, pour le cas où une mensualité, qu'elle soit due au titre du loyer et des charges courants ou de l’arriéré, resterait impayée quinze jours après l’envoi d'une mise en demeure par lettre recommandée avec avis de réception, le bail sera considéré comme résilié de plein droit depuis le 21 décembre 2025, le solde de la dette deviendra immédiatement exigible, la bailleresse pourra, à défaut de libération spontanée des lieux et dès l’expiration d’un délai de deux mois suivant la délivrance d’un commandement d’avoir à libérer les lieux, faire procéder à l’expulsion de M [W] [E] et Mme [T] [E] et à celle de tous occupants de leur chef, au besoin avec l’assistance de la force publique, le sort des meubles sera régi conformément aux dispositions des articles L. 433-1 et L. 433-2 du code des procédures civiles d'exécution, M [W] [E] et Mme [T] [E] seront condamnés à verser à la société CDC HABITAT SOCIAL une indemnité d’occupation mensuelle égale au montant des loyers et charges qui auraient été dus en cas de poursuite du bail, soit la somme de 1.217,56 euros et ce, à partir du 22 décembre 2025 et jusqu’à la date de libération effective et définitive des lieux, DÉBOUTONS la société CDC HABITAT SOCIAL du surplus de ses demandes, notamment de majoration du loyer courant et des charges pour la fixation de l’indemnité d’occupation, DÉBOUTONS les parties du surplus de leurs demandes, CONDAMNONS M [W] [E] et Mme [T] [E] aux dépens comprenant notamment le coût du commandement de payer du 21 octobre 2025 et celui de l'assignation du 6 février 2026, DÉBOUTONS la société CDC HABITAT SOCIAL de sa demande au titre de l’article 700 du code de procédure civile. Ainsi jugé par mise à disposition au greffe le 29 juillet 2026, et signé par la juge et la greffière susnommées. La Greffière La Juge

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une clause résolutoire ?
Une clause résolutoire est une clause du bail qui prévoit la résiliation automatique du contrat en cas de non-paiement des loyers, après un commandement de payer resté infructueux pendant un certain délai.
Comment obtenir la suspension des effets de la clause résolutoire ?
Le locataire peut demander au juge des contentieux de la protection, en référé, la suspension des effets de la clause résolutoire s'il a repris le paiement intégral du loyer courant avant l'audience et s'il est en mesure de régler sa dette selon un échéancier.
Quels sont les critères pour obtenir des délais de paiement ?
Le juge examine la situation financière du locataire, sa bonne foi, et la reprise du paiement du loyer courant. Il peut accorder des délais allant jusqu'à 3 ans, en tenant compte des versements effectués et des aides perçues.
Que se passe-t-il si je ne respecte pas les délais accordés ?
Si une mensualité reste impayée quinze jours après une mise en demeure, la clause résolutoire reprend ses effets, le bail est résilié de plein droit, et le locataire peut être expulsé.
Quelle est l'indemnité d'occupation due en cas de résiliation ?
L'indemnité d'occupation est égale au montant du loyer et des charges qui auraient été dus si le bail s'était poursuivi, sans majoration, comme l'a décidé le juge dans cette affaire.
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