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Tribunal judiciaire, service des référés, 27 juillet 2026 — n° 26/52627

Expulsion "ferme" ordonnée en référé (sans suspension des effets de la clause résolutoire)

Synthèse de la décision

Question juridique

Le bailleur peut-il obtenir en référé la constatation de l'acquisition de la clause résolutoire et l'expulsion du locataire pour défaut de paiement des loyers, ainsi qu'une provision pour l'arriéré locatif ?

Principe retenu

En matière de bail commercial, le commandement de payer visant la clause résolutoire doit rester infructueux pendant un mois pour que la clause soit acquise. Le juge des référés peut constater l'acquisition de la clause résolutoire et ordonner l'expulsion du locataire, ainsi que condamner ce dernier au paiement d'une provision pour les loyers impayés et d'une indemnité d'occupation.

Faits clés

  • Bail commercial conclu le 1er juin 2024 entre la SCI JKS et la société Horizontal (venant aux droits de la société Goats) pour des locaux à Paris 9ème, durée de 9 ans, loyer mensuel de 2224,93 €.
  • Loyers impayés à partir de janvier 2026.
  • Commandement de payer visant la clause résolutoire délivré le 26 janvier 2026 pour un arriéré de 9 413,85 €.
  • Assignation en référé délivrée le 1er avril 2026.
  • À l'audience du 1er juillet 2026, la dette actualisée s'élève à 14 746,20 €.

Articles cités

article L.433-1 du code des procédures civiles d'exécution article R.433-1 du code des procédures civiles d'exécution article 446-1 du code de procédure civile article 700 du code de procédure civile

Dispositif

Ordonnons, à défaut de restitution volontaire des lieux, l’expulsion de la société Horizontal et de tout occupant de son chef des lieux situés au [Adresse 2] à [Localité 5], avec le concours, en tant que de besoin, de la force publique et d’un serrurier ; Rappelons que le sort des meubles trouvés sur place est régi par les dispositions des articles R.433-1 et suivants du code des procédures civiles d’exécution ; Condamnons, à titre provisionnel, la société Horizontal à payer à la SCI JKS une indemnité d’occupation, à compter de la résiliation du bail du 27 février 2026 et jusqu’à la libération effective des lieux par la remise des clés, fixée à une somme égale au montant du loyer contractuel, outre les taxes, charges et accessoires ; Condamnons par provision la société Horizontal à payer à la SCI JKS la somme de 14 746,20 € à valoir sur les loyers, charges, accessoires et indemnités d’occupation arriérés arrêtés au 1er juillet 2026, avec intérêts au taux légal à compter du 26 janvier 2026 à hauteur de la somme de 9 413,85 €, et à compter de la date de l'assignation pour le surplus, ainsi que les indemnités d’occupation postérieures ; Disons n’y avoir lieu à référé sur les demandes formées au titre de la clause pénale et du dépôt de garantie ; Condamnons la société Horizontal aux entiers dépens, en ce compris le coût du commandement, de l’assignation et de signification de la présente ordonnance ; Condamnons la société Horizontal à payer à la SCI JKS la somme de 2 000 € par application des dispositions de l'article 700 du code de procédure civile ; Disons n’y avoir lieu à référé sur le surplus des demandes ; Rappelons que la présente décision est exécutoire à titre provisoire. Fait à [Localité 1] le 27 juillet 2026 Le Greffier, Le Président, Paul MORRIS Mathilde BALAGUE

Exposé du litige

EXPOSE DU LITIGE Par acte du 1er juin 2024, la SCI JKS a donné à bail commercial à la société Horizontal, venant aux droits de la société Goats, des locaux situés [Adresse 2] à Paris 9ème, pour une durée de neuf ans, moyennant un loyer en principal de 2224,93 € par mois. Des loyers sont demeurés impayés. Par acte du 26 janvier 2026, le bailleur a fait délivrer à la société Horizontal un commandement de payer visant la clause résolutoire, pour une somme de 9 413,85 € en principal, au titre de l’arriéré locatif au 12 janvier 2026. Par acte délivré le 1er avril 2026, la SCI JKS a fait assigner la société Horizontal devant le président du tribunal judiciaire de Paris statuant en référés aux fins de voir : - constater l'acquisition de la clause résolutoire insérée au bail, - ordonner l'expulsion de la société Horizontal et celle de tous occupants de son chef des lieux loués avec le concours de la force publique et d’un serrurier si besoin est, - ordonner la séquestration du mobilier trouvé dans les lieux dans tel garde-meubles qu'il plaira au bailleur aux frais, risques et péril de la partie expulsée, en conformité avec les dispositions des articles L.433-1 et R.433-1 et suivants du code des procédures civiles d’exécution, - condamner la société Horizontal à lui payer la somme provisionnelle de 13 901,09 € échus à la date du 11 mars 2026 au titre des loyers, charges et accessoires impayés, outre intérêts au taux d’intérêt légal majoré de 5 % à compter de chaque échéance impayée, somme à parfaire au jour de la décision à intervenir ; - majorer les sommes dues d’une pénalité de 10% ; - ordonner la conservation par le bailleur du dépôt de garantie ; - condamner la société Horizontal au paiement d'une indemnité d'occupation provisionnelle égale au montant des loyers, charges et taxes, à compter de la date de résiliation du bail et jusqu'à la libération des locaux qui se matérialisera par la remise des clés, - condamner la société Horizontal au paiement d'une somme de 2 000 € au titre des dispositions de l'article 700 du code de procédure civile et aux entiers dépens. A l’audience du 03 juin 2026, l'affaire a été renvoyée afin de permettre la constitution d'un conseil pour la société Horizontal. A l'audience du 1er juillet 2026, la SCI JKS a, par l’intermédiaire de son conseil, maintenu les prétentions de l’acte introductif d’instance et les moyens qui y sont contenus, hors dette actualisée à la somme de 14 746,20 € arrêtée au 1er juillet 2026. La société Horizontal, par l’intermédiaire de son conseil, reconnaît la dette locative. L’assignation en expulsion a été dénoncée aux créanciers inscrits. Conformément à l’article 446-1 du code de procédure civile, pour plus ample informé de l’exposé et des prétentions des parties, il est renvoyé à l'assignation et aux écritures déposées et développées oralement à l’audience, et à la note d'audience. L’affaire a été mise en délibéré au 27 juillet 2026.

Motivations de la décision

MOTIFS DE LA DÉCISION Sur la demande relative à l’acquisition de la clause résolutoire et sur les demandes subséquentes L’article 834 du code de procédure civile dispose que, dans tous les cas d'urgence, le président du tribunal judiciaire peut ordonner en référé toutes les mesures qui ne se heurtent à aucune contestation sérieuse ou que justifie l'existence d'un différend. La juridiction des référés n'est toutefois pas tenue de caractériser l'urgence, au sens de l'article 834 du code de procédure civile, pour constater l'acquisition de la clause résolutoire stipulée dans un bail et la résiliation de droit d'un bail. L’article L. 145-41 du code de commerce dispose que toute clause insérée dans le bail prévoyant la résiliation de plein droit ne produit effet qu'un mois après un commandement demeuré infructueux. Le commandement doit, à peine de nullité, mentionner ce délai. Le bailleur, au titre d'un bail commercial, demandant la constatation de l'acquisition de la clause résolutoire comprise stipulée dans le bail doit rapporter la preuve de sa créance. Le juge des référés peut constater la résiliation de plein droit du bail au titre d’une clause contenue à l’acte à cet effet, à condition que : - le défaut de paiement de la somme réclamée dans le commandement de payer visant la clause résolutoire soit manifestement fautif, - le bailleur soit, de toute évidence, en situation d'invoquer de bonne foi la mise en jeu de cette clause, - la clause résolutoire soit dénuée d'ambiguïté et ne nécessite pas interprétation. Les juges saisis d'une demande présentée dans les formes et conditions prévues à l'article 1343-5 du code civil peuvent, en accordant des délais, suspendre la réalisation et les effets des clauses résolutoires, lorsque la résiliation n'est pas constatée ou prononcée par une décision de justice ayant acquis l'autorité de la chose jugée. La clause résolutoire ne joue pas, si le locataire se libère dans les conditions fixées par le juge. L'octroi des délais de paiement autorisés par l'article 1343-5 du code civil n'est par ailleurs nullement conditionné à la seule existence d'une situation économique catastrophique de celui qui les demande mais relève du pouvoir discrétionnaire du juge. Cependant, la juridiction des référés ne peut, sans excéder ses pouvoirs, accorder d'office un délai de grâce et suspendre les effets de la clause résolutoire dès lors que ce délai ne lui a pas été demandé par le preneur. Au cas présent, la soumission du bail au statut des baux commerciaux ne donne lieu à aucune discussion. Le bail prévoit une clause résolutoire stipulant sa résiliation de plein droit à défaut de paiement d’un seul terme de loyer, accessoires et autres charges, un mois après un commandement de payer resté infructueux. Il n’existe aucune contestation sérieuse sur la régularité du commandement en ce qu'il correspond exactement au détail des montants réclamées préalablement au preneur par le bailleur. En annexe du commandement, figure en effet le détail complet des loyers et charges dus et le décompte des versements effectués. Le commandement précise qu'à défaut de paiement dans le délai d'un mois, le bailleur entend expressément se prévaloir de la clause résolutoire incluse dans le bail ; la reproduction de la clause résolutoire et de l'article L. 145-17 alinéa 1 du code de commerce y figurent. Le commandement contenait ainsi toutes les précisions permettant au locataire de connaître la nature, les causes et le montant des sommes réclamées, de procéder au règlement des sommes dues ou de motiver la critique du décompte. En faisant délivrer ce commandement, la SCI JKS n’a fait qu’exercer ses droits légitimes de bailleur face à un locataire ne respectant pas les clauses du bail alors que celles-ci avaient été acceptées en toute connaissance de cause. Ce commandement détaille le montant de la créance, à savoir la somme de 9 413,85 € en principal, au titre de l’arriéré locatif au 12 janvier 2026. Les causes de ce commandement n’ont pas été acquittées dans le mois de sa délivrance. Dès lors, la clause résolutoire est acquise et le bail se trouve résilié de plein droit avec toutes conséquences de droit. Aux termes de l’article 835 alinéa 1er du code de procédure civile, le président peut toujours, même en présence d'une contestation sérieuse, prescrire en référé les mesures conservatoires ou de remise en état qui s'imposent, soit pour prévenir un dommage imminent, soit pour faire cesser un trouble manifestement illicite. Le maintien dans un immeuble, sans droit ni titre du fait de la résiliation du bail, constitue un trouble manifestement illicite. L’expulsion de la société Horizontal et de tout occupant de son chef doit donc être ordonnée en cas de non restitution volontaire des lieux dans le mois suivant la signification de la présente ordonnance. Le sort des meubles trouvés dans les lieux sera régi en cas d’expulsion conformément aux dispositions du code des procédures civiles d’exécution et selon les modalités précisées au dispositif de l’ordonnance. Sur la demande de provision L’article 835 alinéa 2 du code de procédure dispose que, dans les cas où l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable, il peut accorder une provision au créancier. Aux termes de l’article 1728 du code civil, le paiement du prix du bail aux termes convenus constitue l’une des deux obligations principales du locataire. Aux termes de l'article 1353 du code civil, c'est à celui qui réclame l'exécution d'une obligation de la prouver et à celui qui se prétend libéré de justifier le paiement ou le fait qui a produit l'extinction de son obligation. Il est rappelé qu’à compter de la résiliation du bail par l'effet de la clause résolutoire, le preneur n'est plus débiteur de loyers mais d'une indemnité d'occupation. L’indemnité d’occupation due par la société Horizontal depuis l’acquisition de la clause résolutoire et jusqu’à la libération effective des lieux par la remise des clés, sera fixée à titre provisionnel au montant du loyer contractuel, outre les charges, taxes et accessoires. S’agissant du paiement, par provision, de l’arriéré locatif, il convient de rappeler qu’une demande en paiement de provision au titre d'une créance non sérieusement contestable relève du pouvoir du juge des référés sans condition de l'existence d'une urgence, aux termes de l’article 835 du code de procédure civile. Le montant de la provision allouée en référé n'a d'autre limite que le montant non sérieusement contestable de la dette alléguée Au cas présent, au vu du décompte produit par la SCI JKS, l'obligation de la société Horizontal au titre des loyers, charges, taxes, accessoires et indemnités d'occupation au 1er juillet 2026 n'est pas sérieusement contestable à hauteur de 14 746,20 €, somme provisionnelle au paiement de laquelle il convient de condamner la société Horizontal. Cette provision sera assortie en application de l’article 1231-6 du code civil des intérêts au taux légal depuis la date de délivrance du commandement du 26 janvier 2026 à hauteur de la somme de 9 413,85 €, et à compter de la date de l'assignation pour le surplus. La clause du bail relative à la conservation par le bailleur à titre d’indemnité forfaitaire du dépôt de garantie s’analyse comme une clause pénale et comme telle est susceptible d’être modérée par le juge du fond, en raison de son caractère manifestement excessif. Le caractère non sérieusement contestable de l'obligation n'est pas établi en application des dispositions de l’article 1231-5 du code civil ; par suite, il n’y a pas lieu à référé sur ce point. La clause pénale contractuelle dont il est demandé de faire application est susceptible comme telle d’être modérée par le juge du fond, en application des dispositions de l’article 1231-5 du code civil, de sorte qu’il n’y a pas lieu à référé sur ce point. Sur les demandes accessoires

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une clause résolutoire dans un bail commercial ?
Une clause résolutoire permet au bailleur de résilier le bail de plein droit si le locataire ne paie pas les loyers dans un délai déterminé après un commandement de payer. Dans cette affaire, la clause a été acquise le 26 février 2026, un mois après le commandement du 26 janvier 2026.
Quel est le montant de la dette locative reconnue par la société Horizontal ?
La société Horizontal a reconnu devoir la somme de 14 746,20 € au titre des loyers, charges et accessoires impayés arrêtés au 1er juillet 2026.
Quelles sont les conséquences de l'acquisition de la clause résolutoire ?
L'acquisition de la clause résolutoire entraîne la résiliation du bail et l'obligation pour le locataire de quitter les lieux. Le juge a ordonné l'expulsion si les lieux ne sont pas libérés volontairement, et a condamné la société à payer une indemnité d'occupation.
Le juge a-t-il accordé la clause pénale et le dépôt de garantie ?
Non, le juge a dit n'y avoir lieu à référé sur ces demandes, car elles relèvent du juge du fond.
Quels sont les frais que la société Horizontal doit rembourser ?
La société Horizontal a été condamnée aux dépens, incluant le coût du commandement, de l'assignation et de la signification de l'ordonnance, ainsi qu'à payer 2 000 € au titre de l'article 700 du code de procédure civile.
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